Dysplasie cervicale (néoplasie intra-épithéliale cervicale — CIN)
Classification et histoire naturelle
- CIN 1 (LSIL — lésion de bas grade) : dysplasie limitée au tiers inférieur de l'épithélium ; reflète souvent une infection VPH active récente et transitoire ; taux de régression spontanée : 60–70 % à 2 ans (clearance immunitaire) ; taux de progression vers CIN 3 : 10–15 % ; taux de progression vers cancer invasif : <1 % ; prise en charge conservatrice et surveillance recommandée (colposcopie + biopsies + suivi cytologique/VPH)
- CIN 2 (lésion intermédiaire) : dysplasie occupant les deux tiers inférieurs de l'épithélium ; catégorie intermédiaire avec grande variabilité pronostique selon l'âge et le génotype VPH ; taux de régression spontanée : 40–50 % (plus élevé chez les femmes <30 ans — 60–70 %) ; taux de progression vers CIN 3 : 20–25 % ; traitement recommandé chez les femmes >30 ans ou si persistance >24 mois ; surveillance admissible chez les femmes <25–30 ans ou désirant une grossesse (risque de prématurité post-conisation)
- CIN 3 / carcinome in situ (HSIL — lésion de haut grade) : dysplasie occupant plus des deux tiers de l'épaisseur épithéliale jusqu'à la pleine épaisseur (carcinome in situ) sans franchissement de la membrane basale ; taux de régression spontanée : <10 % ; taux de progression vers cancer invasif en l'absence de traitement : 30–50 % à 30 ans (étude Christchurch, McCredie 2008 — NEJM) ; traitement actif indiqué dans tous les cas
- Adénocarcinome in situ (AIS) : lésion précancéreuse glandulaire endocervicale — moins fréquente que les lésions squameuses (10–15 % des cancers du col) — VPH 18 prédominant — souvent multifocale et discontinue (difficultés d'évaluation colposcopique) — risque de lésion résiduelle élevé même après conisation à marges saines — traitement par conisation avec marges libres + surveillance rapprochée ou hystérectomie si projet reproductif accompli
- Facteurs de risque de persistance / progression : génotype VPH 16/18 (risque de progression CIN 3 à 5 ans : 17–25 % pour VPH 16 vs 5–10 % pour les autres génotypes à HR) ; tabagisme actif (cotinine et agents mutagènes dans les sécrétions cervicales — réduction de l'immunité locale) ; immunodépression (VIH — CD4 bas — transplantation — risque de CIN multiplié par ×5–10) ; partenaires multiples ; début précoce de l'activité sexuelle ; multiparité ; contraceptifs oraux au long cours (>5 ans — cofacteur hormonal mineur) ; absence de vaccination anti-VPH
Dépistage, diagnostic et suivi
| Examen / Situation | Technique, fréquence et indications | Interprétation et conduite à tenir |
|---|---|---|
| Cytologie cervicale (frottis de Papanicolaou — Pap test) Dépistage primaire — Québec |
Prélèvement des cellules de la zone de transformation (JPC) par cytobrosse (Cervex-Brush) → milieu liquide (ThinPrep ou SurePath — cytologie en couche mince) → analyse microscopique ; classification de Bethesda 2014 : cellules épithéliales normales → ASC-US (atypies squameuses de signification indéterminée) → LSIL → ASC-H (atypies squameuses, HSIL non exclue) → HSIL → carcinome ; au Québec (PQDCCU) : initier le dépistage à 21 ans (ou 3 ans après le 1er rapport sexuel si <21 ans) ; rythme : tous les 3 ans si résultats normaux répétés (nouvelles lignes SOGC 2020) ; arrêter à 70 ans si 3 cytologies normales consécutives dans les 10 dernières années | ASC-US → test VPH réflexe : si VPH+ → colposcopie ; si VPH− → suivi à 3 ans ; LSIL → colposcopie (si ≥25 ans) ou suivi à 12 mois (si <25 ans) ; ASC-H → colposcopie immédiate ; HSIL → colposcopie immédiate (référence en 4 semaines) ; AGC (atypies glandulaires) → colposcopie + biopsies endocervicales ± endométriales (surtout si >35 ans ou saignements) ; carcinome suspecté → référence urgente en oncologie gynécologique (≤2 semaines) |
| Test VPH (dépistage primaire ou co-test) Co-test cytologie + VPH ou VPH seul |
Détection des génotypes VPH à haut risque (HR-VPH) par PCR sur le prélèvement cervical — plateformes Cobas (Roche — génotypage VPH 16/18 individualisé + groupe poolé 12 autres HR), Aptima (Hologic — détecte les ARNm E6/E7 des VPH HR — marqueur d'expression active des oncogènes) ; le test VPH est plus sensible que la cytologie seule pour la détection des CIN 2+ (sensibilité 96 % vs 53 % pour la cytologie — méta-analyse Arbyn 2018 — Cochrane) mais moins spécifique ; le co-test (cytologie + VPH) offre un intervalle de dépistage sécuritaire de 5 ans si les deux sont négatifs ; en cours d'implantation au Québec (transition vers VPH primaire selon PQDCCU 2024) | VPH 16/18 positif : colposcopie directe quelle que soit la cytologie concomitante ; VPH HR positif (non 16/18) + cytologie normale : répéter le co-test à 12 mois ou colposcopie directe selon les guidelines locaux ; VPH négatif + cytologie normale : intervalle de 5 ans (très bas risque résiduel — valeur prédictive négative >99,9 %) ; intérêt du génotypage VPH 16/18 : risque de CIN 3+ à 5 ans de 17–26 % pour VPH 16 vs 2–5 % pour les autres génotypes HR |
| Colposcopie Examen de référence après dépistage anormal |
Examen du col utérin au colposcope (grossissement ×6–40) après application d'acide acétique 3–5 % (zones acetoblanches — anomalies de la maturation épithéliale — dysplasie) et de solution de Lugol (test de Schiller — zones iodo-négatives = zones dysplasiques non glycogénées) ; évaluation de la zone de transformation : type 1 (entièrement visible à l'ectocol) ; type 2 (partiellement endocervicale) ; type 3 (entièrement endocervicale — colposcopie non satisfaisante) ; biopsies dirigées des zones acetoblanches + curetage endocervical (CEC) si JPC non visible ; terminologie IFCPC 2011 (International Federation for Cervical Pathology and Colposcopy) : anomalies de grade 1 (mosarque fine, ponctuations fines, acétoblanc fin — CIN 1 probable) vs grade 2 (acétoblanc épais, mosaïque grossière, ponctuations grossières, rebord interne — CIN 2–3 probable) | Sensibilité de la colposcopie pour CIN 2+ : 80–85 % (dépend de l'expérience du colposcopiste) ; les biopsies dirigées confirment le grade histologique CIN 1–2–3 ; colposcopie non satisfaisante (JPC non visible) → curetage endocervical systématique + envisager conisation diagnostique ; corrélation cyto-colpo-histologique : la concordance des 3 examens oriente le traitement ; surveillance après conisation : co-test (cytologie + VPH) à 6 mois + 12 mois + 24 mois (selon le résidu et les marges) |
| Biopsies cervicales et curetage endocervical (CEC) Confirmation histologique |
Biopsies dirigées (punch biopsies — pince de Tischler ou Burke) sur les zones les plus suspectes identifiées en colposcopie (zones acetoblanches de grade 2, mosaïque grossière, vascularisation atypique) — 2–4 biopsies recommandées pour augmenter la sensibilité ; curetage endocervical (CEC — curette de Kevorkian) si JPC non visible ou si AIS suspecté ; résultat histologique : gold standard diagnostique — détermine le grade CIN et oriente la décision thérapeutique (surveillance vs traitement excisionnel vs ablatif) | Une biopsie négative ne signifie pas l'absence de dysplasie — faux négatifs possibles par échantillonnage (erreur de ciblage, lésion endocervicale) ; si discordance colposcopie/histologie (colposcopie évocatrice de HSIL, biopsie négative ou CIN 1) → répéter la colposcopie ou envisager une conisation diagnostique ; les biopsies confirment le grade mais le statut des marges n'est évaluable que sur la pièce de conisation |
Traitements
| Traitement | Technique, indications et résultats | Complications, suivi et remarques |
|---|---|---|
| Surveillance active (watch-and-wait) CIN 1 et CIN 2 <25 ans |
Indiquée pour CIN 1 (régression spontanée 60–70 % à 2 ans) et CIN 2 chez les femmes <25–30 ans (régression spontanée 40–70 %) ou désireuses de grossesse ; protocole de surveillance : colposcopie + cytologie + test VPH tous les 6–12 mois pendant 24 mois ; si persistance ou progression → traitement excisionnel ; si régression documentée (cytologie normale + VPH négatif × 2 consécutifs) → retour au dépistage standard (tous les 3 ans) | Nécessite une adhésion rigoureuse au suivi — risque de perte au suivi (up to 30 % dans certaines cohortes) ; chez les femmes immunodéprimées (VIH, transplantées) : la surveillance seule est généralement insuffisante pour CIN 2 — traitement recommandé d'emblée ; le tabagisme actif réduit significativement les taux de régression spontanée — sevrage tabagique recommandé pour favoriser la clairance VPH |
| LEEP / LLETZ (Loop Electrosurgical Excision Procedure) CIN 2–3 — traitement excisionnel de référence |
Excision électrochirurgicale de la zone de transformation à l'anse diathermique (électrode en fil métallique — courant alternatif haute fréquence) réalisée en consultation sous anesthésie locale (lidocaïne 1–2 % + épinéphrine intracervicale) ; exérèse de la totalité de la ZT avec marges de sécurité (marges latérales ≥3 mm + marge endocervicale ≥3–5 mm) ; pièce envoyée en histologie (évaluation des marges + confirmation du grade + exclusion d'un carcinome invasif) ; durée : 15–30 minutes en consultation ; taux de guérison CIN 2–3 : 85–95 % après une seule procédure | Complications immédiates : hémorragie peropératoire (1–5 % — traitement : Monsel + compression ± ligature vasculaire) ; infection post-procédure (5–10 % — antibioprophylaxie si endocervicale) ; complications à long terme : risque de prématurité augmenté en cas de grossesse ultérieure (risque relatif 1,7 — méta-analyse Kyrgiou 2006 — BMJ) — surtout si excision >1 cm de profondeur ou répétée ; sténose cervicale (<1 % — complication rare) ; suivi post-LEEP : co-test (cytologie + VPH) à 6 mois, 12 mois, 24 mois — si marges positives ou VPH 16/18 positif persistant → colposcopie de contrôle |
| Conisation au bistouri froid (conisation chirurgicale) CIN 3 étendue — AIS — colposcopie non satisfaisante |
Excision conique du col utérin au bistouri froid sous anesthésie générale ou rachianesthésie en salle d'opération ; indiquée si : AIS (exige des marges libres documentées — souvent plusieurs mm de marge) ; CIN 3 étendue ou endocervicale profonde ; colposcopie non satisfaisante avec JPC non visible ; discordance cyto-colpo-histologique nécessitant une évaluation histologique complète ; la conisation au bistouri froid offre des marges thermiquement intactes (contrairement au LEEP — artefacts d'électrocoagulation pouvant gêner l'interprétation histologique) | Taux de guérison supérieur au LEEP pour les AIS (80–85 % avec marges libres) ; morbidité plus élevée qu'un LEEP ambulatoire (anesthésie générale — 2–4 semaines de récupération) ; risque de sténose cervicale plus élevé (~5 %) ; risque de prématurité similaire au LEEP à excision équivalente ; si AIS avec marges positives → reconisation ou hystérectomie selon le projet reproductif ; suivi : co-test + colposcopie à 6 mois post-procédure |
| Ablation par cryothérapie ou laser CO₂ CIN 1–2 — alternative ablative dans les pays à ressources limitées |
Cryothérapie : congélation de la zone de transformation (NO₂ ou CO₂ — température −65 °C — protocole double cycle de 3 min + 5 min de dégel + 3 min) → destruction des cellules dysplasiques par cristallisation intracellulaire ; ablation laser CO₂ : vaporisation de la ZT au laser à dioxyde de carbone (profondeur de 6–8 mm) ; conditions préalables indispensables à tout traitement ablatif : colposcopie satisfaisante (JPC entièrement visible) + concordance cyto-colpo-histologique + biopsies endocervicales négatives + exclusion formelle d'un carcinome invasif (IMPOSSIBLE à exclure sans histologie de la pièce d'exérèse) | Taux de guérison CIN 2 : 75–85 % (inférieur au LEEP excisionnel) ; avantages : accessible dans les pays à ressources limitées, pas d'anesthésie locale nécessaire pour la cryothérapie, applicable en consultation ; inconvénients majeurs : pas de pièce histologique → impossibilité d'évaluer les marges et d'exclure un carcinome invasif méconnu → ne pas utiliser si colposcopie non satisfaisante ou forte suspicion de lésion endocervicale ; moins utilisées au Canada qu'en contexte international (LEEP privilégié) |
| Vaccination anti-VPH (Gardasil 9) Prévention primaire — programme universel Québec |
Gardasil 9 (Merck) : vaccin recombinant nonavalent contre les VPH 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 (protéines L1 de la capside — pseudoparticules virales — adjuvant aluminium) → protection contre 90 % des cancers du col, 85–90 % des lésions précancéreuses CIN 2–3, 90 % des condylomes génitaux (VPH 6/11) ; efficacité en prévention primaire (sujets naïfs) : 97–100 % contre les CIN 2–3 à VPH 16/18 (essai FUTURE II — Garland 2007 — NEJM) ; programme québécois : 2 doses à 0 et 6–12 mois si initiation ≤14 ans (4e année du primaire — gratuit) ; 3 doses (0, 2, 6 mois) si >15 ans ou immunodéprimés ; rattrapage jusqu'à 26 ans (gratuit au Québec pour les femmes) — admissible jusqu'à 45 ans (NORC trial — efficacité réduite mais significative) | La vaccination est également efficace chez les femmes déjà infectées par un ou plusieurs génotypes (protection contre les génotypes non encore contractés) → vacciner même si VPH connu ou antécédent de CIN traitée ; la vaccination après traitement d'une CIN réduit le risque de récidive de 46 % (essai CVT — Hildesheim 2016 — JAMA Oncol) ; la vaccination masculine est recommandée et remboursée au Québec pour les garçons depuis 2016 (même programme scolaire) — immunité collective ; effets indésirables : réactions locales (douleur, érythème au site d'injection), syncope vagale post-injection (rester assis 15 min), fièvre légère ; aucun lien démontré avec les maladies auto-immunes (méta-analyse de sécurité — EMA 2015) |
Consultez votre médecin sans délai (référence en oncologie gynécologique dans les 2 semaines) si vous présentez : saignements vaginaux anormaux (métrorragies post-coïtales, inter-menstruelles ou post-ménopausiques) ; pertes vaginales inhabituelles (séreuses, muqueuses ou sanglantes, malodorantes) ; douleur pelvienne chronique ou douleur lors des rapports sexuels (dyspareunie) ; cytologie avec mention de « carcinome suspecté » ou « HSIL avec suspicion d'invasion » ; colposcopie montrant une vascularisation atypique (vaisseaux en tire-bouchon, bourgeonnement) ou une friabilité cervicale marquée.
Ces symptômes peuvent indiquer un carcinome invasif du col nécessitant une stadification urgente (IRM pelvienne, TDM thoraco-abdomino-pelvien, TEP-FDG selon le stade FIGO) et une prise en charge en oncologie gynécologique spécialisée (radio-chimiothérapie concomitante ± chirurgie selon le stade).
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Les médecins de Clinique Omicron réalisent les frottis cervicaux de dépistage (cytologie en couche mince avec co-test VPH), interprètent les résultats selon les lignes directrices du PQDCCU, initient les références en colposcopie selon les seuils recommandés, et assurent le suivi post-traitement (post-LEEP, post-conisation). La vaccination anti-VPH Gardasil 9 est également disponible dans nos points de service au Québec pour les patientes et patients non couverts par le programme scolaire. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Le dépistage et le traitement de la dysplasie cervicale doivent être assurés par un médecin, une sage-femme ou une infirmière praticienne spécialisée en gynécologie.
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