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Oto-rhino-laryngologie & Neurologie & Médecine de famille

Névrite vestibulaire

La névrite vestibulaire — également appelée neuronite vestibulaire, névrite vestibulaire aiguë ou, dans ses formes historiquement plus larges, labyrinthite (terme aujourd'hui réservé aux formes associant perte auditive) — est une inflammation aiguë du nerf vestibulaire, le plus souvent d'origine virale présumée, qui représente la deuxième cause de vertige aigu après le vertige paroxystique positionnel bénin (VPPB) et la première cause de syndrome vestibulaire aigu persistant chez l'adulte. Elle se manifeste par un épisode unique de vertige rotatoire intense, d'installation brutale, associé à des nausées et vomissements sévères et à une instabilité posturale marquée, durant plusieurs jours à quelques semaines avant une amélioration progressive par compensation centrale. Contrairement au VPPB dont les crises durent secondes à minutes et sont déclenchées par les changements de position, le vertige de la névrite vestibulaire est continu et spontané, maximal dans les premières 24 à 48 heures. L'étiologie est probablement virale dans la majorité des cas — une réactivation du virus herpès simplex de type 1 (HSV-1) dans le ganglion vestibulaire de Scarpa a été proposée comme mécanisme principal, sur la base d'études post-mortem et d'études virologiques — mais cette hypothèse reste à confirmer formellement. L'enjeu clinique fondamental de la névrite vestibulaire est sa distinction avec un accident vasculaire cérébral (AVC) du cervelet ou du tronc cérébral, qui peut se présenter de façon cliniquement identique au lit du patient — un diagnostic erroné exposant à une absence de thrombolyse ou de thrombectomie pouvant laisser des séquelles neurologiques sévères. La règle HINTS (Head Impulse — Nystagmus type — Test of Skew), appliquée au lit du patient, est l'outil clinique le plus performant pour opérer cette distinction critique, surpassant l'IRM cérébrale en diffusion dans les premières 24 heures pour la détection d'un AVC de la fosse postérieure. La prise en charge repose sur la méthylprednisolone orale qui accélère la récupération fonctionnelle, les antivertigineux symptomatiques limités aux 48 premières heures, et surtout la rééducation vestibulaire précoce qui est le facteur pronostique modifiable le plus important pour la qualité de la compensation centrale à long terme.

Physiopathologie et étiologie

  • Inflammation du nerf vestibulaire supérieur : dans la majorité des cas (environ 75 à 80 %) la névrite vestibulaire touche uniquement la branche supérieure du nerf vestibulaire (innervant les canaux semi-circulaires horizontal et antérieur + l'utricule) en épargnant la branche inférieure (innervant le canal postérieur + le saccule) → asymétrie des afférences vestibulaires gauche-droite vers les noyaux vestibulaires du tronc cérébral → dérive lente des yeux vers le côté atteint (hypofonction) + nystagmus horizontal battant vers le côté sain + déviation posturale vers le côté lésé
  • Étiologie virale présumée : réactivation probable de HSV-1 dans le ganglion de Scarpa (analogue du zona auriculaire / syndrome de Ramsay Hunt pour le nerf facial) + l'ARN de HSV-1 a été détecté post-mortem dans les ganglions vestibulaires de patients décédés de névrite vestibulaire + contexte clinique d'un épisode viral des voies aériennes supérieures précédant de 1 à 2 semaines l'épisode vertigineux dans 50 à 60 % des cas + rationale théorique pour l'utilisation des antiviraux (valaciclovir) mais essai clinique VESTIGES (Strupp 2004) n'a pas démontré de bénéfice de l'association méthylprednisolone + valaciclovir vs méthylprednisolone seule → les antiviraux ne sont pas recommandés en routine
  • Décompensation et compensation centrale : la destruction ou l'hypofonction unilatérale soudaine du nerf vestibulaire crée une asymétrie tonique entre les deux noyaux vestibulaires → vertige intense + nystagmus spontané + instabilité + dans les jours à semaines qui suivent → mécanismes de plasticité neuronale du cervelet et du tronc cérébral (compensation centrale) rétablissent progressivement l'équilibre des signaux vestibulaires → disparition des symptômes au repos + puis compensation à l'effort + enfin compensation complète avec mobilisation de la tête + la rééducation vestibulaire accélère et complète cette compensation
  • Risque de VPPB secondaire : 10 à 15 % des patients développent un VPPB du canal postérieur ipsilatéral dans les semaines à mois suivant la névrite vestibulaire → probablement lié à la dénaturation des otolithes par le processus inflammatoire + doit être recherché systématiquement par le test de Dix-Hallpike lors du suivi si réapparition d'un vertige positionnel

Présentation clinique

Caractéristique clinique Description Valeur diagnostique
Vertige rotatoire spontané intense Début brutal (parfois au réveil) + sensation de rotation de l'environnement ou du corps (vertige subjectif ou objectif) + continue et permanente (non positionnel) + maximale dans les premières 24–48 heures + s'atténue progressivement sur 3 à 7 jours + oscillopsie (les objets semblent bouger ou vibrer) lors des mouvements de la tête Caractère continu et spontané distingue la névrite vestibulaire du VPPB (vertige positionnel paroxystique de quelques secondes) — élément diagnostique majeur
Nausées et vomissements intenses Souvent très sévères dans les premières heures + vomissements parfois incoercibles nécessitant une hydratation IV si déshydratation + dysautonomie végétative associée (pâleur + sueurs + bradycardie) Fréquents dans les affections vestibulaires périphériques sévères mais non spécifiques
Instabilité posturale et chute vers le côté atteint Impossibilité de se tenir debout sans aide dans les formes sévères + déviation du test de Romberg vers le côté lésé + marche en étoile (déviation vers le côté lésé lors de la marche les yeux fermés) + chute vers le côté lésé L'instabilité vers un côté cohérent avec le côté du nystagmus est en faveur d'une origine périphérique
Nystagmus horizontal unilatéral Nystagmus horizontal ou horizontorotatoire spontané + battant vers le côté sain (côté opposé à la lésion) + unidirectionnel (même direction quelle que soit la position du regard) + inhibé par la fixation visuelle + aggravé par les lunettes de Frenzel ou en obscurité Nystagmus unidirectionnel inhibé par la fixation = signature périphérique + un nystagmus vertical pur ou bidirectionnel oriente vers une cause centrale (AVC)
Absence de signes auditifs Audition strictement normale — pas de surdité + pas d'acouphènes + pas de plénitude auriculaire + l'association d'une surdité → labyrinthite ou maladie de Ménière plutôt que névrite vestibulaire pure L'absence de symptômes auditifs est un critère diagnostique négatif important — distingue la névrite vestibulaire de la maladie de Ménière et de la labyrinthite infectieuse
Absence de signes neurologiques focaux Examen neurologique rigoureusement normal — pas de diplôpie + pas de dysarthrie + pas d'ataxie des membres (dysmétrie cérébelleuse) + pas de signe de Babinski + pas de déficit sensitif ou moteur d'un membre + pas de trouble de la déglutition Tout signe neurologique focal associé au vertige impose immédiatement une IRM cérébrale urgente pour exclure un AVC de la fosse postérieure

Règle HINTS — distinction névrite vestibulaire / AVC de la fosse postérieure

La règle HINTS (Head Impulse — Nystagmus type — Test of Skew) est l'outil clinique de référence pour distinguer un syndrome vestibulaire aigu périphérique bénin d'un AVC cérébelleux ou du tronc cérébral au lit du patient :

Composante HINTS Résultat rassurant (périphérique) Résultat alarmant (central — AVC)
H — Head Impulse Test (test d'impulsion de la tête) Positif — saccade de rattrapage visible après impulsion rapide de la tête vers le côté lésé → réflexe vestibulo-oculaire (RVO) altéré du côté atteint → confirme l'hypofonction vestibulaire périphérique unilatérale Négatif — aucune saccade de rattrapage visible après impulsion de la tête dans les deux directions → RVO intact bilatéralement → un vertige intense avec HIT négatif est le signal d'alarme central le plus puissant → AVC du tronc jusqu'à preuve du contraire
N — Nystagmus type Unidirectionnel horizontal — même direction quelle que soit la position du regard (ex. : toujours battant à gauche) → signature périphérique Bidirectionnel (change de direction selon le côté du regard) ou vertical pur (down-beat ou up-beat) → signature centrale — ne s'observe jamais dans une pathologie périphérique
T — Test of Skew (déviation verticale alternante) Absent — pas de déviation verticale lors du test de couverture alternée des yeux (cover test) Présent — skew deviation : déviation verticale d'un œil par rapport à l'autre lors du cover test → désalignement oculomoteur vertical → lésion des voies otolithiques centrales → signe central très spécifique
ℹ️ La règle HINTS est plus sensible que l'IRM en diffusion (DWI) dans les premières 24 heures pour détecter un AVC de la fosse postérieure chez un patient présentant un syndrome vestibulaire aigu — la sensibilité de l'IRM-DWI pour les AVC cérébelleux et du tronc est seulement de 80 à 90 % dans les premières 24–48 heures (faux négatifs fréquents des petits infarctus du tronc cérébral). Un profil HINTS central (HIT négatif + nystagmus bidirectionnel ou vertical + skew) impose l'hospitalisation et une IRM cérébrale de contrôle à 48–72 heures même si la première IRM est négative.

Traitement

Traitement Protocole et posologie Niveau de preuve et remarques
Méthylprednisolone orale — traitement étiologique Protocole validé (Strupp 2004 — NEJM) : méthylprednisolone 100 mg/jour × 3 jours + réduction progressive de 20 mg tous les 3 jours sur 22 jours au total + à débuter dans les 3 premiers jours de l'épisode pour un bénéfice optimal Accélère significativement la récupération de la fonction vestibulaire (mesurée par l'épreuve calorique à 12 mois) + essai randomisé contrôlé de Strupp 2004 (NEJM) : méthylprednisolone supérieure au placebo pour la récupération vestibulaire + pas de bénéfice additionnel du valaciclovir + les corticoïdes ne modifient pas la durée des symptômes subjectifs mais améliorent la récupération fonctionnelle objective à long terme
Antivertigineux symptomatiques — phase aiguë uniquement Métopimazine (Vogalène®) 15 mg per os ou en suppositoire + ou prochlorpérazine + ou diménhydrinate (Gravol®) 50 mg per os ou IV + à utiliser pendant 48 à 72 heures maximum dans les cas sévères avec vomissements incoercibles Soulagement symptomatique efficace des nausées et vomissements + ne pas prolonger au-delà de 48–72 heures — les antivertigineux suppriment la compensation centrale en réduisant l'activité des noyaux vestibulaires → leur usage prolongé retarde la récupération fonctionnelle + les benzodiazépines (diazépam) doivent être évitées pour la même raison
Hydratation IV si vomissements incoercibles Soluté isotonique (NaCl 0,9 % ou Ringer lactate) + correction des pertes liquidiennes + jusqu'à ce que le patient tolère la voie orale + hospitalisation courte si déshydratation ou vomissements non contrôlés en ambulatoire Nécessaire dans les formes sévères des premières 24–48 heures + hospitalisation courte (1 à 3 jours) possible pour les cas très incapacitants avant retour à domicile avec rééducation vestibulaire
Rééducation vestibulaire — traitement fondamental Exercices de stabilisation du regard (fixation d'une cible pendant les mouvements de la tête) + exercices d'équilibre progressifs (debout + yeux fermés + sur surface instable) + exercices de marche avec perturbations sensorielles + à débuter dès que les vomissements sont contrôlés (J2 à J5) + intensité progressivement croissante + kinésithérapeute spécialisé en vestibulaire recommandé Traitement pronostique le plus important à long terme + la rééducation vestibulaire accélère la compensation centrale + réduit le risque d'anxiété et d'évitement postural (phobies) + améliore la qualité de vie à 3 mois et à 1 an + niveau de preuve A (Cochrane 2015 — Hillier) + à privilégier largement sur les antivertigineux prolongés

Évolution et pronostic

  • Récupération subjective : la majorité des patients voient leurs symptômes s'améliorer significativement en 1 à 3 semaines + disparition complète des vertiges spontanés en 4 à 6 semaines dans les formes typiques + une instabilité résiduelle lors de mouvements rapides de la tête + en milieu sombre ou sur sol instable peut persister plusieurs mois chez 30 à 50 % des patients
  • Récupération fonctionnelle vestibulaire objective : normalisation de l'épreuve calorique (mesure de la fonction de chaque labyrinthe séparément) dans 30 à 40 % des cas à 12 mois + 60 à 70 % gardent une hypofonction vestibulaire unilatérale résiduelle asymptomatique compensée par la plasticité centrale + la méthylprednisolone améliore ce taux de récupération fonctionnelle
  • Risque de VPPB secondaire : 10 à 15 % des patients développent un VPPB ipsilatéral dans les semaines à mois suivant la névrite + à suspecter si réapparition de vertiges positionnels brefs + manœuvre de Dix-Hallpike + traitement par manœuvre d'Epley
  • Facteurs de mauvais pronostic fonctionnel : âge avancé (compensation centrale plus lente) + sédentarité et évitement postural + usage prolongé d'antivertigineux + absence de rééducation vestibulaire + anxiété et phobophobie phobique du vertige (développement d'une PPPd — persistent postural-perceptual dizziness) dans 15 à 25 % des patients + comorbidités neurologiques (sclérose en plaques)
  • Récidive : la névrite vestibulaire ne récidive généralement pas sur le même côté + une récidive ipsilatérale après récupération complète doit faire évoquer une maladie de Ménière ou une autre étiologie
Situations nécessitant un appel au 911 ou une évaluation urgente immédiate

Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement aux urgences si un vertige aigu intense s'accompagne de l'un des signes neurologiques suivants : difficulté à marcher ou chute sans pouvoir se relever + diplôpie (vision double) + dysarthrie ou voix rauque + dysphagie + faiblesse d'un membre + engourdissement ou perte de sensibilité d'un côté du visage ou du corps + céphalée brutale et sévère (la pire de votre vie) + perte de conscience — ces signes évoquent un AVC du cervelet ou du tronc cérébral nécessitant une thrombolyse ou une thrombectomie d'urgence dont chaque minute compte pour le pronostic neurologique.

Un vertige aigu intense chez un patient de plus de 60 ans avec des facteurs de risque vasculaires (hypertension + diabète + fibrillation auriculaire + tabagisme + antécédent d'AVC) doit toujours conduire à une évaluation médicale urgente aux urgences même en l'absence de signes neurologiques évidents, car les AVC de la fosse postérieure peuvent se présenter avec un tableau cliniquement identique à la névrite vestibulaire.

Pour l'évaluation d'un vertige aigu, la réalisation du test d'impulsion de la tête et de la règle HINTS, la prescription de méthylprednisolone et l'orientation vers la rééducation vestibulaire, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron évaluent les patients présentant un vertige aigu, appliquent la règle HINTS pour distinguer une névrite vestibulaire d'un AVC de la fosse postérieure, prescrivent la méthylprednisolone selon le protocole validé, orientent vers les urgences en cas de profil central suspect, et référent en rééducation vestibulaire spécialisée pour la récupération fonctionnelle à long terme. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un spécialiste en oto-rhino-laryngologie ou en neurologie. Tout vertige aigu intense associé à des signes neurologiques focaux constitue une urgence neurologique nécessitant une évaluation hospitalière immédiate pour exclure un AVC de la fosse postérieure.

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