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Rhumatologie & Médecine interne & Médecine de famille

Pseudogoutte (chondrocalcinose — maladie à dépôts de CPPD)

La pseudogoutte — terme clinique désignant la crise arthritique aiguë de la maladie à dépôts de pyrophosphate de calcium dihydraté (CPPD — Calcium Pyrophosphate Dihydrate) — est une arthropathie microcristalline causée par la précipitation et le dépôt de cristaux de pyrophosphate de calcium dihydraté (CPPD) dans le cartilage articulaire, les ménisques, les tendons, les bursas et la synoviale de nombreuses articulations, qui peuvent ensuite être libérés dans le liquide synovial déclenchant une réaction inflammatoire aiguë intense médiée par les neutrophiles — tableau clinique ressemblant à la crise de goutte mais impliquant des cristaux de nature chimique distincte (pyrophosphate de calcium vs urate monosodique) et avec une distribution articulaire différente (genou ++ vs métatarsophalangien ++ dans la goutte). La terminologie moderne recommandée par l'EULAR (2023) désigne cette entité sous le nom de maladie à dépôts de CPPD (CPPD disease), avec ses formes cliniques : arthrite aiguë à CPPD (ancienne pseudogoutte) + chondrocalcinose asymptomatique (dépôts radiologiques sans inflammation) + arthropathie chronique à CPPD (atteinte articulaire dégénérative accélérée). La chondrocalcinose — terme radiologique décrivant la calcification du cartilage articulaire visible à la radiographie standard — est le signe pathognomonique de la maladie à dépôts de CPPD, visible en particulier dans les genoux (fibrocartilage méniscal + cartilage hyalin), le poignet (cartilage triangulaire + ligament lunotriquetral + os du carpe), la symphyse pubienne, les disques intervertébraux et la hanche. La prévalence de la chondrocalcinose augmente fortement avec l'âge — de 7 % chez les 60–70 ans à 50 % après 80 ans — faisant de la maladie à dépôts de CPPD une cause très fréquente de monoarthrite aiguë chez la personne âgée, souvent méconnue et traitée à tort comme un rhumatisme articulaire aigu ou une arthrite septique.

Physiopathologie et facteurs de risque

  • Mécanisme de formation des cristaux CPPD : élévation locale du pyrophosphate inorganique (PPi) dans le cartilage articulaire → précipitation du PPi avec le calcium sous forme de cristaux de CPPD → dépôts dans la matrice cartilagineuse + le fibrocartilage + la synoviale + libération des cristaux dans le liquide synovial lors de traumatismes + épisodes infectieux + chirurgie → phagocytose par les neutrophiles → activation de l'inflammasome NLRP3 → sécrétion d'IL-1β → inflammation aiguë + même voie que pour les cristaux d'urate monosodique dans la goutte
  • Facteurs de risque métaboliques — à rechercher systématiquement : hyperparathyroïdie primaire (hypercalcémie → excès de calcium pour la précipitation des cristaux CPPD) + hémochromatose héréditaire (surcharge en fer → inhibition des phosphatases qui normalement dégradent le PPi → accumulation de PPi) + hypomagnésémie chronique (le magnésium inhibe normalement la cristallisation du CPPD — son déficit favorise la précipitation) + hypothyroïdie (réduction de la dégradation du PPi) + maladie de Wilson + hypofosfatasie (déficit en phosphatase alcaline → accumulation de PPi)
  • Vieillissement — facteur de risque principal : le vieillissement réduit l'activité des pyrophosphatases chondrocytaires et altère la composition de la matrice cartilagineuse → accumulation progressive de PPi → dépôts de CPPD + la grande majorité des cas de chondrocalcinose radiologique est liée à l'âge sans cause métabolique identifiable
  • Formes familiales / héréditaires : rares + mutations du gène ANKH (gène régulant le transport du PPi hors des chondrocytes) → chondrocalcinose familiale à début précoce (avant 55 ans) + transmission autosomale dominante + rechercher si chondrocalcinose chez un sujet < 55 ans sans cause métabolique
  • Facteurs déclenchants des crises aiguës : traumatisme articulaire + chirurgie (y compris chirurgie à distance — parathyroïdectomie ++ par chute brutale du calcium) + maladie intercurrente aiguë (infection + infarctus du myocarde) + transfusion ou perfusion (hémodilution)

Formes cliniques

Forme clinique Présentation et localisations préférentielles Caractéristiques et fréquence
Arthrite aiguë à CPPD (pseudogoutte) Arthrite aiguë monoarticulaire + début brutal en quelques heures + douleur intense + gonflement + chaleur + rougeur localisée + épanchement articulaire + genou ++ (50 % des crises — contrairement à la goutte qui touche préférentiellement la 1re métatarsophalangienne) + poignet + cheville + hanche + coude + épaule + atteinte bilatérale ou polyarticulaire possible dans 10–20 % des crises Durée de la crise : 5 à 21 jours (plus longue que la crise de goutte typique) + souvent déclenchée par un traumatisme ou une maladie intercurrente + fièvre possible (38–38,5 °C) + diagnostic par ponction articulaire + cristaux CPPD
Chondrocalcinose asymptomatique Dépôts de CPPD visibles à la radiographie standard sans aucune arthrite ni symptôme articulaire + découverte fortuite sur une radio standard ou une échographie articulaire + très fréquente chez la personne âgée (> 50 % après 80 ans) + aucun traitement nécessaire Souvent fortuite sur radiographie du genou + de la symphyse pubienne + du poignet + surveillance clinique + bilan métabolique si sujet jeune (< 60 ans)
Arthropathie chronique à CPPD Arthropathie dégénérative chronique accélérée affectant des articulations inhabituellement touchées par l'arthrose primitive (poignets + métacarpo-phalangiennes ++ + coudes + épaules) + associée ou non à des crises aiguës surajoutées + peut mimer une polyarthrite rhumatoïde (atteinte des doigts + poignets + raideur matinale) ou une arthrose diffuse atypique Peut précéder ou accompagner les crises aiguës + arthrose des poignets + MCP chez un homme âgé → évoquer hémochromatose + arthropathie de Haglund (destructions articulaires sévères dans certaines formes) + traitement symptomatique uniquement
Forme pseudo-rhumatoïde Arthrite chronique à CPPD touchant plusieurs articulations (poignets + MCP + genoux) + raideur matinale + gonflement articulaire + signes systémiques (VS + CRP élevés) → peut mimer une polyarthrite rhumatoïde + FR et anti-CCP négatifs + cristaux CPPD au liquide articulaire + chondrocalcinose à la radiographie 5–10 % des formes de maladie à dépôts de CPPD + diagnostic différentiel de la PR chez la personne âgée + ne pas traiter par méthotrexate + répondent mieux à la colchicine et à l'hydroxychloroquine

Diagnostic

  • Ponction articulaire + analyse du liquide synovial — examen de référence : liquide inflammatoire (aspect trouble + leucocytose > 2 000 GB/mm³ + prédominance de neutrophiles > 75 %) + identification des cristaux de CPPD en lumière polarisée compensée → cristaux rhomboïdes ou bâtonnets + biréfringence faiblement positive (distingue des cristaux d'urate monosodique qui sont fortement biréfringents et en formes d'aiguilles) + la ponction est OBLIGATOIRE pour confirmer le diagnostic et éliminer une arthrite septique (urgence) — la chondrocalcinose radiologique ne suffit pas à confirmer une crise aiguë à CPPD
  • Radiographie standard — chondrocalcinose : calcifications linéaires ou punctuées du cartilage articulaire (hyalin et fibrocartilagineux) + genoux : calcifications des ménisques (en particulier le ménisque interne) + cartilage fémoro-tibial + poignet : calcifications du cartilage triangulaire + ligaments + symphyse pubienne + disques intervertébraux (discopathie calcifiante) + hanche + épaule (coiffe des rotateurs)
  • Échographie articulaire : visualise les dépôts de CPPD comme des hyperéchogénicités intra-cartilagineuses (au milieu de la couche cartilagineuse — contrairement aux dépôts d'hydroxyapatite qui sont en surface) + détecte l'épanchement articulaire + guide la ponction + plus sensible que la radiographie pour les dépôts cartilagineux débutants
  • Scanner à haute résolution (DECT — Dual Energy CT) : permet la caractérisation chimique des dépôts cristallins + distingue les cristaux de CPPD (calcium) des cristaux d'urate (urate de sodium) + utile si l'analyse du liquide synovial en lumière polarisée est non concluante ou si la ponction n'est pas réalisable + disponibilité limitée
  • Bilan métabolique systématique si chondrocalcinose chez sujet < 60 ans : calcémie + PTH (hyperparathyroïdie primaire) + magnésémie (hypomagnésémie) + ferritine + coefficient de saturation de la transferrine (hémochromatose) + TSH (hypothyroïdie) + phosphatase alcaline + phosphatémie (hypofosfatasie) + cuprémie + céruléoplasmine (Wilson)
ℹ️ La pseudogoutte et l'arthrite septique peuvent avoir des présentations cliniques identiques (monoarthrite aiguë avec fièvre + gonflement + rougeur) — les différencier sans ponction articulaire est impossible et potentiellement dangereux. Une arthrite septique non traitée peut détruire l'articulation en quelques jours. La ponction articulaire avec analyse du liquide synovial (leucocytose + cristaux + culture bactériologique) est obligatoire devant toute monoarthrite aiguë fébrile, même si la chondrocalcinose est connue et visible à la radiographie — une surinfection de l'articulation peut coexister avec des cristaux CPPD.

Traitement

  • Crise aiguë — AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) : naproxène 500 mg × 2/jour + indométacine 25–50 mg × 3/jour + ibuprofène 600 mg × 3/jour + traitement de 7 à 14 jours selon la durée de la crise + première ligne si pas de contre-indication (insuffisance rénale + anticoagulants + ulcère gastrique actif) + gastroprotection (IPP) systématique
  • Crise aiguë — colchicine : 1 mg dès les premiers symptômes → 0,5 mg 1 heure après → puis 0,5 mg × 2/jour jusqu'à résolution + alternative aux AINS ou en association + également efficace en prophylaxie des récidives (colchicine 0,5–1 mg/jour en continu chez les patients avec crises fréquentes) + effets indésirables : diarrhée + nausées
  • Crise aiguë — infiltration intra-articulaire de corticoïdes : méthylprednisolone 40–80 mg IA + ou triamcinolone 20–40 mg IA + après ponction évacuatrice du liquide inflammatoire + traitement rapide et très efficace + indiqué si contre-indications aux AINS et à la colchicine + ou si articulation volumineuse avec épanchement abondant (genou) + drainage + infiltration dans la même séance
  • Traitement de la cause métabolique : normalisation de la calcémie (parathyroïdectomie si hyperparathyroïdie primaire → réduction des crises) + supplémentation en magnésium si hypomagnésémie (réduction de la fréquence des crises) + traitement de l'hémochromatose (phlébotomies → réduction des dépôts tissulaires + amélioration de l'arthropathie) + traitement de l'hypothyroïdie
  • Forme chronique et prophylaxie des récidives : colchicine 0,5–1 mg/jour au long cours → réduction de la fréquence des crises + hydroxychloroquine (Plaquenil® 200 mg × 2/jour) dans la forme pseudo-rhumatoïde + pas de traitement équivalent à l'allopurinol pour la goutte qui permettrait de dissoudre les cristaux CPPD déjà déposés + le traitement des dépôts eux-mêmes n'est pas possible actuellement
Situations nécessitant une consultation médicale rapide

Consulter un médecin dans les heures suivantes si une articulation (genou + poignet + cheville) devient soudainement douloureuse + gonflée + chaude et rouge — une arthrite aiguë microcristalline (pseudogoutte ou goutte) et une arthrite septique ont des présentations similaires et seule la ponction articulaire permet de les distinguer. L'arthrite septique est une urgence chirurgicale qui peut détruire une articulation en 24 à 48 heures sans traitement. Ne jamais traiter une monoarthrite aiguë par AINS ou colchicine seuls sans avoir exclu une arthrite infectieuse.

Pour le bilan d'une chondrocalcinose radiologique chez un sujet de moins de 60 ans (dépistage des causes métaboliques traitables), le traitement d'une crise aiguë de pseudogoutte et l'orientation rhumatologique, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron évaluent les arthrites aiguës microcristallines (pseudogoutte + goutte), réalisent ou prescrivent la ponction articulaire diagnostique, prescrivent le traitement AINS + colchicine ou l'infiltration corticoïde selon le contexte, prescrivent le bilan métabolique pour exclure une cause traitables chez les patients jeunes, et orientent vers la rhumatologie pour les formes chroniques récidivantes ou les formes pseudo-rhumatoïdes. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un rhumatologue. Toute monoarthrite aiguë doit faire l'objet d'une ponction articulaire pour exclure une arthrite infectieuse avant d'être traitée comme une arthrite microcristalline.

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