Syndrome du canal carpien
Clinique et tests d'examen
- Symptômes classiques (territoire sensitif du médian) : paresthésies nocturnes (fourmillements + brûlures + engourdissements) des 3 premiers doigts et demi (pouce + index + majeur + moitié radiale de l'annulaire) + réveil nocturne caractéristique + « flick sign » (gestes de secouer la main pour soulager) + douleurs remontant vers l'avant-bras et le coude + aggravation lors de la tenue du volant + du téléphone + de la lecture (flexion prolongée du poignet) + amélioration lors du port d'une attelle en position neutre + engourdissement diurne lors d'activités manuelles répétitives
- Test de Phalen : maintien des poignets en flexion forcée pendant 60 secondes → reproduction des paresthésies dans les 3 premiers doigts + sensibilité 67–80 % + spécificité 55–70 %
- Signe de Tinel : percussion du canal carpien (face palmaire du poignet en regard du ligament carpien transverse) → décharges électriques ou paresthésies dans le territoire médian + sensibilité 48–73 % + spécificité 70–77 % → moins sensible que Phalen mais plus spécifique
- Test de compression du canal carpien (Durkan) : compression manuelle directe de la face palmaire du poignet pendant 30 secondes → reproduction des paresthésies + sensibilité 87 % + spécificité 90 % → test le plus sensible et le plus spécifique des tests cliniques
- Signes moteurs tardifs : atrophie de l'éminence thénar (muscle court abducteur du pouce — MACP) + faiblesse de l'abduction et de l'opposition du pouce + signe de la bouteille (impossibilité de tenir une bouteille cylindrique avec le pouce en abduction complète)
Facteurs de risque et causes secondaires
| Catégorie | Facteurs / Causes | Mécanisme |
|---|---|---|
| Facteurs constitutionnels et morphologiques | Sexe féminin (F:H = 3–4:1) + morphotype avec poignets étroits + indice de masse corporelle élevé + hérédité (variations anatomiques du canal) | Canal carpien plus petit en volume relatif + tendons proportionnellement plus volumineux |
| Causes métaboliques et hormonales | Hypothyroïdie + grossesse (rétention hydrique) + diabète de type 2 (neuropathie + modifications glycation du collagène) + ménopause + acromégalie + insuffisance rénale (dépôts amyloïde β2-microglobuline) | Augmentation du volume des structures intracanalaires par rétention hydrique + dépôts pathologiques + épaississement des gaines tendineuses |
| Causes rhumatologiques et inflammatoires | Polyarthrite rhumatoïde + arthrose du poignet + synovite des tendons fléchisseurs + ténosynovite | Inflammation synoviale → augmentation du volume des gaines tendineuses → compression du nerf médian dans le canal |
| Causes professionnelles et posturales | Travaux manuels répétitifs (pinces + vibrations + frappes répétées + clavier + caisse enregistreuse) + postures prolongées en flexion ou extension du poignet | Microtraumatismes répétés + inflammation tendineuse → œdème intracanalaire → compression |
| Causes locales | Kyste synovial du carpe + tumeur du canal (lipome + schwannome) + fracture du poignet (Cal vicieux + fracture du radius distal) + hématome | Réduction mécanique de l'espace intra-canalaire |
Électroneuromyogramme (ENMG)
- Indications : confirmation du diagnostic si présentation atypique + évaluation de la sévérité avant traitement chirurgical + élimination d'un diagnostic différentiel (radiculopathie C6–C7 + neuropathie périphérique généralisée + plexopathie brachiale) + suivi post-chirurgical si récupération insuffisante
- Paramètres mesurés : vitesse de conduction sensitive du nerf médian (VCNS) au poignet + latence distale motrice (LDM) du médian au pouce + comparaison médian/cubital + médian/radial
- Résultats typiques : allongement de la latence distale sensitive (LDS > 3,5 ms) + allongement de la LDM motrice (LDM > 4,2 ms) + réduction de l'amplitude des potentiels d'action sensitifs (dénervation sensitive) + dans les formes sévères : signes de dénervation musculaire (potentiels de fibrillation + potentiels polyphasiques) au muscle court abducteur du pouce
- Sévérité selon l'ENMG : légère (anomalies sensitives isolées) + modérée (anomalies sensitives et motrices) + sévère (dénervation musculaire + absence de réponse sensitive)
Traitement
- Attelle nocturne (poignet en position neutre) — traitement conservateur de première ligne : attelle rigide maintenant le poignet en position neutre (0° de flexion-extension) port nocturne systématique + port diurne si activités aggravantes + efficacité démontrée pour les formes légères à modérées (réduction des paresthésies nocturnes dans 60–80 % des cas) + port minimal de 4–6 semaines + peut être utilisée à long terme + traitement de choix pendant la grossesse (résolution spontanée dans 50 % des cas dans les mois post-partum)
- Infiltration de corticoïdes intracanalaires : méthylprednisolone (Depo-Medrol® 40 mg) + ou triamcinolone 40 mg + lidocaïne 1 % + injection dans le canal carpien sous guidage clinique ou échographique + efficacité : soulagement significatif dans 70–80 % des cas à 1 mois → diminuant à 30–40 % à 1 an + indiquée en cas d'échec de l'attelle + ou pour les formes modérées + ou pour « gagner du temps » pendant la grossesse + maximum 2–3 infiltrations (risque de rupture tendineuse si répétées)
- Mesures adjuvantes : AINS per os (court terme pour les poussées inflammatoires) + modification des activités aggravantes (ergonomie au poste de travail + pauses régulières) + traitement de la cause systémique sous-jacente (hypothyroïdie + diabète + PR) + kinésithérapie (étirements + exercices de glissement tendineux)
- Chirurgie de décompression du canal carpien — libération du ligament carpien transverse : section du ligament carpien transverse (rétinaculum des fléchisseurs) par voie ouverte ou endoscopique (mini-invasive) → libération définitive du nerf médian + indications : formes sévères ou modérées persistant malgré 3–6 mois de traitement conservateur bien conduit + présence d'une atrophie thénarienne (urgence relative) + ENMG sévère + grossesse avec symptômes réfractaires (après accouchement) + résultats : soulagement complet ou très significatif dans 90–95 % des cas + récupération sensitive en 3–6 mois + récupération motrice plus lente (6–12 mois) si atrophie préexistante
- Chirurgie endoscopique vs ouverte : endoscopique (technique de Agee ou Chow — 1 ou 2 incisions miniatures) = récupération plus rapide + douleur cicatricielle moindre + retour au travail plus précoce + vs voie ouverte conventionnelle = meilleure visualisation + moins de risque de lésion accidentelle du nerf médian + taux de succès comparable à long terme → décision selon les préférences du chirurgien et les caractéristiques anatomiques du patient
Diagnostic différentiel
- Radiculopathie cervicale C6–C7 : paresthésies du pouce + index (C6) + ou majeur (C7) + douleur cervicale + irradiation vers l'épaule + signe de Spurling positif + Phalen et Tinel négatifs + EMG avec signes de dénervation au niveau radiculaire + IRM cervicale si hernie discale suspectée + le « double crush syndrome » (compression à deux niveaux — cervicale + canal carpien) est possible
- Syndrome de Raynaud : paresthésies digitales + mais déclenchées par le froid + aspect triphasique (blanc → bleu → rouge) + atteinte des 4 doigts + pas de territoire médian spécifique + pas de symptômes nocturnes prédominants
- Neuropathie périphérique généralisée : symptômes bilatéraux + symétriques + touchant les membres inférieurs également + diabète + alcoolisme + ENMG : atteinte diffuse + non limitée au territoire médian
- Maladie de De Quervain : douleur à la base du pouce + tendinopathie de l'abducteur long + extensor court du pouce + pas de paresthésies + test de Finkelstein positif
Consulter un médecin si les paresthésies nocturnes des doigts sont fréquentes et perturbent le sommeil + si une faiblesse du pouce ou une atrophie visible de l'éminence thénar apparaît — l'atrophie thénarienne indique une dénervation motrice avancée nécessitant une chirurgie rapide pour éviter des séquelles irréversibles. Pour la prescription de l'attelle + l'infiltration de corticoïdes et l'orientation vers la neurochirurgie ou l'orthopédie pour la chirurgie de décompression, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Consulter à Clinique Omicron
Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron diagnostiquent le syndrome du canal carpien par l'anamnèse et les tests cliniques (Phalen + Tinel + Durkan), prescrivent l'attelle nocturne en position neutre pour les formes légères à modérées, réalisent ou prescrivent l'infiltration intracanalaire de corticoïdes, prescrivent l'ENMG pour objectiver et quantifier la compression avant chirurgie, et orientent vers la chirurgie orthopédique ou neurochirurgicale pour la libération du ligament carpien transverse dans les formes sévères ou réfractaires. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un neurochirurgien. L'atrophie thénarienne dans le syndrome du canal carpien est un signe de dénervation motrice avancée nécessitant une chirurgie de décompression rapide pour optimiser les chances de récupération fonctionnelle. La récupération motrice est plus lente et moins complète que la récupération sensitive après chirurgie.
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