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Ophtalmologie & Rhumatologie & Médecine de famille

Xérophtalmie — Sécheresse oculaire

La xérophtalmie — du grec xêros (sec) + ophthalmos (œil) — est un terme qui désigne au sens large toute sécheresse oculaire pathologique + en distinguant deux acceptions principales selon le contexte clinique : au sens strict et historique + la xérophtalmie désigne les manifestations oculaires de la carence sévère en vitamine A (voir fiche Vitamine A) + qui constitue la première cause de cécité pédiatrique évitable dans les pays en développement — progressant de la cécité nocturne aux taches de Bitot + puis à la kératomalacie irréversible. Dans les pays développés + le terme xérophtalmie est souvent utilisé comme synonyme de syndrome de l'œil sec (keratoconjunctivitis sicca — KCS) — une pathologie chronique multifactorielle extrêmement fréquente (touchant 5 à 33 % de la population adulte selon les critères diagnostiques utilisés + avec une prédominance féminine marquée et une augmentation avec l'âge) + caractérisée par une instabilité du film lacrymal avec des symptômes oculaires d'inconfort (brûlures + picotements + sensation de corps étranger + larmoiement paradoxal) + d'irritation + et de perturbation visuelle — résultant d'une diminution de la sécrétion lacrymale (composante aqueuse déficiente — glandes lacrymales) + d'une évaporation excessive du film lacrymal (composante lipidique déficiente — glandes de Meibomius) + ou des deux simultanément. La distinction clinique et étiologique entre ces deux mécanismes est fondamentale pour le traitement + car une sécheresse par hypoécrétion (syndrome de Sjögren + médicaments anticholinergiques) répond mal à des agents antiévaporatifs + tandis qu'une sécheresse par dysfonction meibomienne (la plus fréquente — 86 % des cas de sécheresse oculaire) bénéficiera d'un traitement ciblant les glandes de Meibomius.

Causes principales

Catégorie Causes principales Mécanisme
Syndrome de Sjögren primitif ou secondaire Sjögren primitif + Sjögren secondaire (lupus + PR + sclérodermie + polymyosite) + anticorps anti-SSA (Ro) + anti-SSB (La) Infiltration lymphocytaire des glandes lacrymales et salivaires → destruction progressive → sécheresse oculaire (xérophtalmie) + buccale (xérostomie) → keratoconjunctivitis sicca
Dysfonction des glandes de Meibomius (DGM — la plus fréquente) Rosacée + dermatite séborrhéique + blépharite chronique + port de lentilles de contact + vieillissement + andropause + ménopause Obstruction des glandes de Meibomius → déficit de la couche lipidique du film lacrymal → évaporation accrue → instabilité du film + inflammation
Médicaments Antihistaminiques H1 + antidépresseurs tricycliques + antipsychotiques + diurétiques + bêtabloquants systémiques + isotrétinoïne + contraceptifs oraux + chimiothérapie + collyres bêtabloquants Effet anticholinergique → réduction de la sécrétion lacrymale + ou effets directs sur les glandes lacrymales
Chirurgie oculaire (LASIK + cataracte) Section des nerfs cornéens sensitifs lors de la chirurgie → réduction du réflexe lacrymal + dysfonction neurotrophique Sécheresse oculaire post-LASIK fréquente (30–60 % des patients) + transitoire en général (3–12 mois) + parfois chronique
Environnementaux et comportementaux Exposition prolongée aux écrans (réduction du clignement des yeux) + air conditionné + chauffage + air sec + port de lentilles de contact + exposition au vent + fumée Évaporation accrue du film lacrymal + réduction du clignement palpébral (de 15/min à 5/min devant un écran)
Carence en vitamine A Dénutrition (pays en développement) + malabsorption lipidique + chirurgie bariatrique Déficit en rétinol → métaplasie squameuse de la conjonctive → perte des cellules caliciformes → déficit en mucine → taches de Bitot + kératomalacie si sévère
Maladies inflammatoires oculaires Conjonctivite cicatricielle (pemphigoïde des muqueuses + syndrome de Stevens-Johnson + trachome) + brûlures chimiques Destruction des glandes lacrymales accessoires + des cellules caliciformes + cicatrices conjonctivales

Diagnostic

  • Symptômes (OSDI — Ocular Surface Disease Index) : brûlures + picotements + sensation de sable ou de corps étranger + photophobie + larmoiement paradoxal (réflexe compensateur) + vision floue fluctuante (s'améliore après le clignement) + aggravation par la lecture + les écrans + le vent + la fumée + le chauffage
  • Test de Schirmer : bandelette de papier buvard placée dans le cul-de-sac conjonctival inférieur × 5 minutes → mesure la quantité de larmes produites → <5 mm = hyposécrétion sévère + 5–10 mm = hyposécrétion modérée + >10 mm = normal → utile pour quantifier la composante aqueuse déficiente
  • Temps de rupture du film lacrymal (BUT — Break-Up Time) : instillation de fluorescéine + observation à la lampe à fente → temps avant l'apparition de la première zone sèche sur la cornée → <5 secondes = instabilité sévère + 5–10 sec = borderline + >10 sec = normal → mesure l'instabilité du film lacrymal
  • Coloration à la fluorescéine et au rose Bengale : visualisation des zones d'épithélium cornéen et conjonctival altérées → kératite ponctuée superficielle → scoring de la sévérité des lésions épithéliales
  • Bilan Sjögren si hyposécrétion sévère : anti-SSA (Ro) + anti-SSB (La) + ANA + FR + NFS + VS + CRP + biopsie des glandes salivaires accessoires (lèvre inférieure) si diagnostic incertain

Traitement — paliers selon la sévérité

  • Mesures générales : réduction du temps d'écran + règle 20-20-20 (toutes les 20 min d'écran → regarder à 20 pieds pendant 20 sec) + humidificateur d'air + protection contre le vent + arrêt du tabac + lunettes de protection + réduction des médicaments aggravants si possible
  • Larmes artificielles sans conservateurs (1re ligne) : carmélose sodique (sodium carboxymethylcellulose) + acide hyaluronique + polyéthylène glycol → instillation 4–8×/j selon les symptômes → privilégier les formulations sans conservateurs (le chlorure de benzalkonium aggrave l'inflammation et l'instabilité du film) + gel lubrifiant la nuit (Lacri-Lube® + Refresh PM®) si symptômes nocturnes
  • Traitement de la dysfonction meibomienne : compresses chaudes × 5–10 min + massage palpébral matin et soir → liquéfaction des sécrétions meibomiennes + amélioration de la couche lipidique + nettoyage des paupières (lingettes pré-imprégnées Blephagel® + ou solution diluée de shampoing pour bébé)
  • Cyclosporine topique (Restasis® 0,05 % + Cequa® 0,09 %) : immunomodulateur topique → réduit l'inflammation de la surface oculaire + augmente la sécrétion lacrymale → 1 goutte × 2/j + délai 3–6 mois avant effet maximal + indication : sécheresse modérée à sévère insuffisamment contrôlée par les larmes artificielles seules
  • Lifitégrast (Xiidra® 5 %) : antagoniste de l'intégrine LFA-1 → bloque l'interaction lymphocytes T-cellules épithéliales → réduit l'inflammation → 1 goutte × 2/j + approbation Santé Canada + effet dès 2–4 semaines + alternative ou combinaison à la cyclosporine
  • Bouchons lacrymaux (punctal plugs) : occlusion des points lacrymaux supérieur et/ou inférieur → rétention des larmes dans le cul-de-sac → pour les formes hyposécrétrices sévères réfractaires aux traitements topiques
  • Sérum autologue : collyre préparé à partir du propre sérum du patient (centrifugé + dilué 20 % + réfrigéré) → contient des facteurs de croissance + vitamines + IgA → pour les formes sévères réfractaires + kératites neurotrophiques + syndrome de Stevens-Johnson
ℙ️ Le larmoiement excessif (épiphora) peut paradoxalement être un signe de sécheresse oculaire — et non d'hyperproduction lacrymale. La logique est simple : lorsque la surface oculaire est sèche et irritée + les glandes lacrymales principales produisent un larmoiement réflexe compensatoire (larmes réflexes riches en eau + mais pauvres en mucine et lipides + qui s'évaporent rapidement sans stabiliser le film) + aggravant le cycle de sécheresse et d'irritation. Ce paradoxe clinique — l'œil qui larmoie peut être un œil sec — est souvent source de confusion pour les patients et doit être expliqué pour améliorer l'observance du traitement lubrifiant.
Consultation ophtalmologique recommandée

Consulter un ophtalmologiste si une sécheresse oculaire s'accompagne d'une baisse de la vision + d'une photophobie intense + d'une douleur oculaire + ou de lésions cornéennes visibles — ces signes peuvent indiquer une kératite sévère nécessitant un traitement urgent. Consulter un médecin pour un bilan de Sjögren si la sécheresse oculaire s'accompagne d'une sécheresse buccale sévère + de douleurs articulaires + ou d'autres signes systémiques. Pour la prescription de larmes artificielles adaptées + de cyclosporine topique et l'orientation vers l'ophtalmologie, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron évaluent la sécheresse oculaire (symptômes OSDI + test de Schirmer si indication), recherchent les causes traitables (médicaments aggravants + carence en vitamine A + Sjögren), recommandent les larmes artificielles sans conservateurs adaptées au type de sécheresse, prescrivent la cyclosporine topique (Restasis®) ou le lifitégrast (Xiidra®) pour les formes modérées à sévères, prescrivent le bilan immunologique si Sjögren suspecté, et orientent vers l'ophtalmologie pour les kératites sévères + les bouchons lacrymaux + et le sérum autologue. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un ophtalmologiste. Les collyres contenant du chlorure de benzalkonium comme conservateur peuvent aggraver la sécheresse oculaire à long terme — privilégier les formulations sans conservateurs (unidoses) pour une utilisation fréquente. La cyclosporine et le lifitégrast nécessitent plusieurs semaines à mois avant de produire leur plein effet — ne pas les arrêter prématurément.

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