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Hématologie & Médecine transfusionnelle & Obstétrique

Groupe sanguin (ABO, Rhésus)

Le groupe sanguin est défini par la présence ou l'absence d'antigènes spécifiques à la surface des globules rouges (érythrocytes). Plus de 43 systèmes de groupes sanguins ont été reconnus par la Société internationale de transfusion sanguine (ISBT), mais les deux systèmes cliniquement les plus importants sont le système ABO et le système Rhésus (Rh). Le système ABO, décrit par Karl Landsteiner en 1900 (Prix Nobel 1930), repose sur la présence des antigènes A et/ou B à la surface des globules rouges et sur la présence obligatoire dans le plasma d'anticorps naturels (agglutinines) dirigés contre l'antigène absent — règle de Landsteiner. Le système Rhésus, décrit en 1940, comprend 50 antigènes dont le principal est l'antigène D — sa présence (Rh positif, 84 % des Canadiens) ou son absence (Rh négatif, 16 %) détermine la compatibilité transfusionnelle et conditionne le risque d'allo-immunisation materno-fœtale. Au Québec, Héma-Québec est l'organisme provincial responsable de la collecte, du traitement, de la qualification et de la distribution des produits sanguins labiles. La connaissance du groupe sanguin et la recherche d'anticorps anti-érythrocytaires irréguliers (RAI) sont indispensables avant toute transfusion, toute chirurgie majeure et tout suivi obstétrical.

Génétique, antigènes et anticorps des systèmes ABO et Rhésus

  • Système ABO — bases génétiques et biochimiques : génétique : gène ABO localisé sur le chromosome 9q34 → code pour des glycosyltransférases qui ajoutent des sucres spécifiques sur la substance H (précurseur commun) → 3 allèles principaux : A (glycosyltransférase A → ajoute la N-acétylgalactosamine sur la substance H → antigène A) + B (glycosyltransférase B → ajoute le galactose → antigène B) + O (allèle récessif — gène non fonctionnel — pas d'enzyme → substance H non modifiée) → 4 phénotypes : groupe A (génotype AA ou AO) + groupe B (BB ou BO) + groupe AB (AB — codominance — les deux enzymes actives) + groupe O (OO — aucune enzyme — substance H pure) ; anticorps naturels (agglutinines) — règle de Landsteiner : tout individu possède dans son plasma des anticorps IgM naturels (xénoanticorps — issus d'une sensibilisation par des antigènes environnementaux : bactéries intestinales avec structures similaires aux antigènes ABO) dirigés contre l'antigène ABO qu'il ne possède pas → groupe A : anti-B (IgM) + groupe B : anti-A (IgM) + groupe O : anti-A + anti-B + anti-A,B (IgM + parfois IgG — groupe O le plus dangereux pour les transfusions hors groupe) + groupe AB : ni anti-A ni anti-B → receveur universel + activité des agglutinines naturelles : IgM → activation du complément → hémolyse intravasculaire si transfusion incompatible → réaction transfusionnelle hémolytique aiguë → potentiellement fatale (CIVD + choc + insuffisance rénale aiguë) ; variants antigéniques du groupe A : A1 (sous-groupe le plus fort — 80 % des groupe A) vs A2 (sous-groupe plus faible) + rares : A3 + Ax + Ael → importance : certains sujets A2 ont des anti-A1 naturels → peuvent réagir avec des globules A1 → test au lectine Dolichos biflorus pour différencier A1 de A2 ; antigène H (système Hh) : précurseur des antigènes ABO → phénotype O → abondant en antigène H + phénotype Bombay (Oh) : mutation dans le gène FUT1 (fucosyltransférase 1) → absence totale d'antigène H + absence d'antigènes A et B → anti-H + anti-A + anti-B dans le plasma → incompatible avec TOUS les groupes ABO (y compris O) → phénotype rarissime (1/10 000 en Inde + 1/million en Europe + Amérique) → transfusion uniquement avec des globules Bombay → urgence transfusionnelle nécessite autotransfusion préalable ou plasma frais pour diluer les anticorps
  • Système Rhésus — antigène D et autres antigènes Rh : génétique du système Rh : deux gènes étroitement liés sur le chromosome 1p34–36 : RHD (code la protéine RhD → antigène D) + RHCE (code les antigènes C/c et E/e) → la protéine Rh est une protéine transmembranaire à 12 domaines sans glucides + classification Rh D positif/négatif : Rh D positif (Rh+) : présence de la protéine RhD → 84 % des Canadiens (variable selon l'origine : 95 % des Africains sub-sahariens + 99 % des Asiatiques + 83 % des Caucasiens) + Rh D négatif (Rh−) : absence du gène RHD (délétion homozygote RHD la plus fréquente) + prévalence Rh− au Québec : ~16 % de la population + pas d'anticorps naturels anti-D : contrairement au système ABO, l'anti-D n'existe pas naturellement → il se forme seulement après immunisation (transfusion de GR Rh+ à un Rh− + passage transplacentaire de GR fœtaux Rh+ chez une mère Rh−) → une fois formé : IgG → traverse le placenta → détruire les GR fœtaux Rh+ lors des grossesses suivantes → maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né (MHFNN) ; autres antigènes Rh cliniquement importants : C/c et E/e (système RHCE) → peuvent également induire une allo-immunisation si transfusion incompatible → antigènes c et E : plus immunogènes parmi les antigènes RHCE → à considérer pour les transfusions chroniques (drépanocytose + thalassémie) ; phénotype D faible (weak D) et D partiel : variants du gène RHD → expression réduite ou modifiée de l'antigène D → importance clinique : D faible de type 1, 2, 3 : pas de risque d'allo-immunisation → peuvent être transfusés avec du sang Rh+ + D partiel (catégorie DIV + DVI ++) : antigène D incomplet → risque d'allo-immunisation si transfusés avec GR Rh+ → classer comme Rh− pour la transfusion → génotypage RHD en biologie moléculaire pour distinguer D faible de D partiel → recommandé pour les femmes en âge de procréer avec test D faible positif ; autres systèmes de groupes sanguins cliniquement importants : Kell (K/k) : K très immunogène (fréquence 9 % chez les Caucasiens) → 2e en importance après Rh D + Duffy (Fy^a/Fy^b) : Fy^b associé à la résistance à Plasmodium vivax + Kidd (Jk^a/Jk^b) + MNS + Lewis + P1PK → tous peuvent causer des réactions transfusionnelles hémolytiques ou des MHFNN
  • Répartition des groupes sanguins au Canada et implications pratiques : prévalence des groupes ABO et Rh au Canada (données Héma-Québec + Société canadienne du sang) : O+ : 39 % (le plus fréquent) + A+ : 36 % + B+ : 9 % + AB+ : 3 % + O− : 7 % + A− : 6 % + B− : 2 % + AB− : 1 % → importance de O− : globules rouges O− = «donneur universel» de culots globulaires (pas d'antigène A, B ni D → peut être transfusé à n'importe quel receveur en urgence) + plasma AB+ = «donneur universel» de plasma (pas d'anticorps anti-A ni anti-B) → mais ces notions de «donneur universel» sont approximatives : ne tient pas compte des anticorps irréguliers (système Kell, Duffy, Kidd, etc.) → en pratique : les O− sont précieux (seulement 7 % des donneurs) → leur usage doit être limité aux urgences absolues → dès que possible : transfusion iso-groupe et iso-Rh ; groupage sanguin réglementaire — règle des deux déterminations : au Canada et au Québec : tout groupage sanguin doit être réalisé sur deux prélèvements distincts (deux déterminations) avant une transfusion programmée → objectif : éliminer les erreurs d'identification de patient (échange d'étiquettes) → chaque détermination comprend : épreuve globulaire (Beth-Vincent) : agglutination des GR du patient par des sérums anti-A + anti-B + anti-A,B + anti-D → détermine la présence des antigènes + épreuve sérique (Simonin) : agglutination des GR-tests A1 + B + O par le sérum du patient → détermine les anticorps naturels → cohérence obligatoire entre les deux épreuves → typage Rh D + phénotype Rh étendu (C/c + E/e) pour les patients polytransfusés

Groupage, compatibilité transfusionnelle, incompatibilité Rh et situations particulières

Situation cliniqueBases et interprétationConduite à tenir et suivi
Groupage sanguin et RAI — bilan pré-transfusionnel
Beth-Vincent — Simonin — RAI — épreuve de compatibilité
Le bilan pré-transfusionnel est une procédure standardisée et réglementée visant à assurer la sécurité immunologique de la transfusion ; groupage ABO-Rh (deux déterminations réglementaires) : épreuve globulaire (Beth-Vincent) : réaction des GR du patient avec des sérums-tests anti-A (réactif bleu) + anti-B (jaune) + anti-AB (incolore) + anti-D → présence d'agglutination = antigène présent sur les GR + épreuve sérique (Simonin) : réaction du sérum/plasma du patient avec des GR-tests A1 + B + O → présence d'agglutination = anticorps correspondant dans le plasma → cohérence obligatoire : groupe A → anti-B dans le sérum + groupe B → anti-A + groupe O → anti-A + anti-B + groupe AB → ni anti-A ni anti-B → résultat du groupage : noté comme «A Rh(D) positif», «O Rh(D) négatif», etc. → porté sur la carte de groupe sanguin (Héma-Québec ou hôpital) ; recherche d'anticorps anti-érythrocytaires irréguliers (RAI) : objectif : détecter les anticorps immuns acquis dirigés contre des antigènes des systèmes Rh, Kell, Duffy, Kidd, MNS, Lewis etc. → test indirect à l'antiglobuline (test de Coombs indirect) : sérum du patient + GR-tests de phénotype connu + milieu potentialisateur (LISS ou PEG) + incubation 37 °C → ajout du sérum de Coombs (antiglobuline humaine — anti-IgG + anti-C3d) → agglutination = RAI positive → identification de l'anticorps (spécificité + titre + classe) → délai de validité de la RAI : 72h avant la transfusion (si RAI récente positive : réduit à 24h selon certains protocoles) → RAI positive : nécessite la sélection de produits sanguins antigéno-compatibles (dépourvus de l'antigène cible de l'anticorps) → consultation en immunohématologie ; épreuve de compatibilité (cross-match) : dernière vérification avant transfusion → réaction entre le sérum du receveur et les GR du culot à transfuser → cross-match «électronique» (computer crossmatch) : si groupage confirmé sur 2 prélèvements + RAI négative → pas d'incompatibilité attendue → cross-match «immédiat» en spin ou «long» à 37 °C si anticorps irréguliers ou RAI positive → cross-match positif = CI absolue à la transfusion de ce culot Interprétation et gestion des résultats du bilan transfusionnel : RAI négative + groupage concordant → transfusion iso-groupe et iso-Rh(D) autorisée après cross-match compatible + RAI positive avec identification de l'anticorps : anticorps anti-D (chez Rh−) → transfuser avec des GR Rh(D)− exclusivement + anti-E → transfuser avec des GR E− + anti-Kell → transfuser avec des GR K− (Kell négatif) + anti-Jk^a (Kidd) → piège classique : titre peut être très bas (indétectable) entre deux épisodes d'immunisation → peut ne pas être détecté à la RAI → réaction hémolytique retardée à J5–J14 post-transfusion + anticorps à titre faible ou non identifiable → consultation en immunohématologie + phénotypage érythrocytaire étendu → sélection de GR phéno-compatibles + urgence transfusionnelle (pas de groupage disponible) : culots O− en urgence vitale immédiate → dès que possible → groupage + RAI + transfusion iso-groupe → les O− doivent être utilisés avec parcimonie (stock limité chez Héma-Québec) ; produits sanguins disponibles via Héma-Québec au Québec : culots globulaires (CG) déleucocytés (obligatoire au Canada depuis 1998 — réduction du risque de réaction fébrile + d'allo-immunisation HLA + de transmission du CMV) + plaquettes (pool de plaquettes ou aphérèse) + plasma frais congelé (PFC) + cryoprécipités (fibrinogène + facteur VIII + vWF + facteur XIII) + concentrés de facteurs de la coagulation (hémophilie) + albumine + immunoglobulines + Héma-Québec coordonne les produits spéciaux : irradiés (prévention GVH transfusionnelle chez les immunodéprimés) + phénotypés (patients polytransfusés + drépanocytose) + lavés (anticorps anti-IgA + anaphylaxie)
Incompatibilité ABO — réaction hémolytique aiguë
Hémolyse intravasculaire — CIVD — erreur transfusionnelle
La réaction transfusionnelle hémolytique aiguë par incompatibilité ABO est la complication transfusionnelle la plus grave — la majorité est due à des erreurs humaines d'identification ; mécanisme de l'hémolyse intravasculaire : transfusion de GR incompatibles en ABO → anticorps naturels IgM du receveur (anti-A ou anti-B) → se lient aux antigènes A ou B sur les GR transfusés → activation de la cascade du complément (voie classique — C1 → C4 → C2 → C3 → MAC — complexe d'attaque membranaire) → lyse intravasculaire directe des GR → libération massive d'hémoglobine libre (hémoglobinemie + hémoglobinurie) + libération de cytokines pro-inflammatoires + thromboxane A2 + PAF → hypotension + bronchospasme + CIVD (activation de la coagulation par les phospholipides membranaires) + insuffisance rénale aiguë (précipitation de l'Hb libre dans les tubules rénaux + vasoconstriction rénale) → tableau clinique : début immédiat (souvent après quelques mL transfusés) : frissons + fièvre + douleur lombaire intense + douleur au point de perfusion + hématurie (urines rouge foncé) + hypotension + tachycardie + dyspnée + état de choc → patient sous anesthésie générale : premier signe = saignement diffus sur le champ opératoire (CIVD) ; causes d'erreurs identifiées : erreur d'identification du prélèvement de groupage (étiquetage) + erreur d'identification du patient au moment de la transfusion (ne pas vérifier l'identité du receveur + la compatibilité de la poche) → au Québec : protocole obligatoire de vérification «côté patient» avant chaque transfusion (MSSS — Loi sur les services de santé et les services sociaux) + Programme Québécois de vigilance transfusionnelle (système d'hémovigilance QUARAD) Prise en charge de la réaction hémolytique aiguë — protocole d'urgence : arrêt immédiat de la transfusion + maintien de la voie veineuse (NaCl 0,9 %) + ne pas jeter la poche (retourner au laboratoire avec les tubes du patient pour identification de l'erreur) + appeler le médecin et la banque de sang immédiatement + prélever : NFS + bilan de coagulation (TP + TCA + fibrinogène + D-dimères) + bilan rénal + hémoglobinémie + DAT (test direct à l'antiglobuline — Coombs direct) + hémoglobinurie (bandelette urinaire) + hémocultures (éliminer une sepsis bactérienne — bactériémie à Gram négatif = autre cause de tableau similaire) + mesures thérapeutiques : remplissage vasculaire agressif (NaCl 0,9 % ou cristalloïdes) → maintenir la diurèse ≥1 mL/kg/h + furosémide si oligurie (forcer la diurèse pour prévenir l'insuffisance rénale) + traitement du choc (vasopresseurs si hypotension réfractaire) + traitement de la CIVD : PFC + cryoprécipités si fibrinogène bas + transfusion de plaquettes si thrombopénie sévère + hémodialyse si insuffisance rénale anurique + déclaration obligatoire au système d'hémovigilance provincial (QUARAD — Québec) + analyse de la cause de l'erreur (root cause analysis) ; mortalité de la réaction hémolytique aiguë par incompatibilité ABO : 5–10 % des cas graves → corrélée au volume transfusé avant l'arrêt + à la rapidité de la prise en charge → chaque décès par erreur transfusionnelle ABO est une mort potentiellement évitable
Maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né (MHFNN) — incompatibilité Rh
Anti-D — WinRho — titrage — hydrops fœtalis
La maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né par incompatibilité Rh est la MHFNN la plus sévère — sa prévention par les immunoglobulines anti-D (WinRho) a transformé le pronostic périnatal ; physiopathologie de l'allo-immunisation anti-D : mère Rh(D)− + fœtus Rh(D)+ → hémorragie fœto-maternelle (HFM) → passage de GR fœtaux Rh+ dans la circulation maternelle → première grossesse : exposition initiale → formation d'IgM anti-D (réponse primaire — pas de passage placentaire — première grossesse généralement protégée) → grossesse ultérieure Rh+ : mémoire immunitaire → réponse secondaire rapide → IgG anti-D (passent le placenta) → se lient aux GR fœtaux Rh+ → destruction par les macrophages spléniques fœtaux (hémolyse extravasculaire) → anémie fœtale + érythroblastose (production accélérée de GR immatures — érythroblastes) + hydrops fœtalis (anémie sévère → insuffisance cardiaque → anasarque) → mort fœtale in utero sans traitement ; événements sensibilisants (HFM) déclenchant la prophylaxie anti-D : accouchement (GR fœtaux Rh+ → circulation maternelle) + fausse couche spontanée ou provoquée + grossesse ectopique + amniocentèse + villocentèse + version par manœuvre externe + traumatisme abdominal + saignement ante-partum (placenta prævia + DPPNI) + mort fœtale in utero ; dépistage de l'allo-immunisation : RAI (recherche d'anticorps irréguliers) obligatoire en obstétrique : groupe sanguin + RAI à la 1re consultation prénatale → si RAI positive avec anti-D ou autre anticorps cliniquement significatif (anti-c + anti-E + anti-Kell ++) → titrage de l'anticorps + surveillance spécialisée → si titre anti-D >1/16 (seuil variable selon les centres — souvent 1/8 à 1/32) → suivi en médecine fœtale + vélocimétrie Doppler de l'artère cérébrale moyenne (ACM) fœtale → pic systolique ACM >1,5 MoM (multiples de la médiane) → anémie fœtale probable → amniocentèse ou cordocentèse ou transfusion intra-utérine (TIU) Prophylaxie anti-D — immunoglobulines anti-D (WinRho SDF au Canada) : mécanisme d'action de la prophylaxie anti-D : les IgG anti-D exogènes administrées à la mère → recouvrent les GR fœtaux Rh+ qui ont traversé la barrière placentaire → clairance rapide par les macrophages de la rate → avant que le système immunitaire maternel ne les reconnaisse → prévention de l'immunisation primaire → efficacité : réduit le taux d'allo-immunisation de 16 % à <0,1 % ; protocole de prophylaxie au Canada (recommandations SOGC 2023 — Directive clinique SOGC No 133 révisée) : prophylaxie anténatale systématique : WinRho 300 µg IM à 28 semaines de grossesse → couvre les HFM non détectées en 3e trimestre + prophylaxie post-événement : WinRho 300 µg IM dans les 72h suivant tout événement sensibilisant (accouchement + fausse couche + grossesse ectopique + amniocentèse + trauma abdominal + saignement) → si >72h : administrer quand même (efficacité partielle jusqu'à 9–28 jours) + si HFM >15 mL de GR fœtaux : dose additionnelle de 300 µg par 15 mL de GR fœtaux Rh+ estimés → test de Kleihauer-Betke (ou cytométrie en flux — méthode de référence au Canada) pour quantifier l'HFM chez la mère après l'accouchement → fausses couches précoces (<12 SA) : 120 µg suffisent → WinRho 120 µg disponible au Canada ; CI à la prophylaxie anti-D : RAI positive avec anti-D maternel déjà présent (l'immunisation est déjà survenue — la prophylaxie est inutile) + femme Rh(D)+ (pas d'indication) + dosage du groupe du fœtus/nouveau-né Rh− confirmé (non nécessaire dans ce cas) ; suivi de la MHFNN établie : surveillance Doppler ACM fœtale bi-hebdomadaire → si anémie sévère → transfusion intra-utérine (TIU) de GR O− irradiés + CMV− + phénotypés → traitement de la jaunisse néonatale : photothérapie intensive + exsanguino-transfusion si bilirubine critique
Transfusion en situations spéciales — drépanocytose, polytransfusés, urgence
Phénotypage étendu — allo-immunisation chronique — autotransfusion
Certaines populations de patients présentent des défis transfusionnels spécifiques nécessitant une prise en charge immunohématologique spécialisée ; transfusion dans la drépanocytose (anémie falciforme) : problème central : les patients drépanocytaires reçoivent des transfusions répétées depuis l'enfance → taux d'allo-immunisation érythrocytaire très élevé (25–50 % des patients polytransfusés) → anticorps anti-Rh (anti-E + anti-C + anti-e + anti-c) + anti-Kell (anti-K) + anti-Duffy + anti-Kidd → réactions hémolytiques retardées graves → parfois mortelles (syndrome drépanocytaire majeur aggravé par l'hémolyse transfusionnelle) → solution : phénotypage érythrocytaire étendu AVANT la 1re transfusion (idéalement dès la naissance ou le diagnostic) → transfusion avec des GR phéno-compatibles au minimum pour les antigènes Rh (C + E + c + e) et Kell (K) → génotypage érythrocytaire (moléculaire) : chez les patients transfusés récemment (phénotypage difficile car sang mixte) + pour les phénotypes rares + pour les patients avec sérologie complexe + programme de transfusion chronique (échange érythrocytaire ou saignées-transfusions) dans la drépanocytose sévère : objectif HbS <30 % → prévention des AVC + des crises vaso-occlusives → nécessite un approvisionnement en GR phéno-compatibles coordonné avec Héma-Québec ; réaction hémolytique retardée (RHD) : survient 5–14 jours après la transfusion → baisse de l'Hb après une remontée initiale + fièvre + ictère + hémoglobinurie + DAT positif (IgG anti-érythrocytaires) → mécanisme : réponse anamnestique → anticorps préformés à titre trop bas pour être détectés à la RAI pré-transfusionnelle → remontée rapide après stimulation → hyperlyse chez les drépanocytaires (les GR du patient sont également lysés) → traitement : ne pas transfuser sauf si anémie menaçant le pronostic vital → IVIG + corticoïdes → rituximab dans les formes graves réfractaires Autotransfusion et économie de sang (Patient Blood Management) : Programme de gestion optimale du sang (Patient Blood Management — PBM) : approche multidisciplinaire pour réduire les besoins transfusionnels → recommandations OMS 2010 + recommandations AABB 2021 + seuils transfusionnels restrictifs : NFS pré-opératoire → Hb ≥70 g/L = seuil minimal accepté chez le patient stable sans coronaropathie → Hb ≥80 g/L si coronaropathie active ou patient symptomatique → éviter la transfusion prophylactique si Hb >80 g/L et patient asymptomatique (essai TRICC — Hébert 1999 NEJM : seuil restrictif 70 g/L non inférieur au seuil libéral 100 g/L en réanimation) + correction préopératoire de l'anémie : fer IV (Ferinject — Monofer) si carence martiale + EPO si anémie de l'insuffisance rénale ou chirurgie élective → réduire le besoin transfusionnel péri-opératoire + autotransfusion peropératoire (cell saver) : récupération + retraitement des GR perdus en peropératoire → réinjection dans la circulation → chirurgie cardiaque + orthopédique + hépatique + pas d'IVIG ni d'antigènes étrangers → risque zéro d'allo-immunisation ; don autologue pré-opératoire : don de son propre sang 3–5 semaines avant une chirurgie élective → conservé + réinjecté en per- ou post-opératoire → de moins en moins utilisé (coût + logistique + pas d'apport net en Hb) + témoins de Jéhovah et refus de transfusion : respecter l'autonomie du patient adulte compétent → stratégies alternatives : fer IV + EPO + cell saver + antifibrinolytiques (acide tranexamique) + chirurgie mini-invasive + normovolémie peropératoire → pour les mineurs : le tribunal peut ordonner la transfusion malgré l'opposition des parents si le pronostic vital est engagé (jurisprudence canadienne)
Groupage sanguin en pratique clinique — questions fréquentes
Carte de groupe — grossesse — urgence — phénotype rare
Plusieurs questions pratiques entourent le groupe sanguin dans la pratique clinique quotidienne ; validité et conservation de la carte de groupe sanguin : le groupe ABO et Rh est génétiquement déterminé et ne change pas au cours de la vie (sauf exception : allogreffe de cellules souches hématopoïétiques — le receveur peut acquérir le groupe du donneur après greffe réussie) → la carte de groupe sanguin est valide à vie si établie selon les règles (deux déterminations concordantes) → en pratique hospitalière : deux déterminations sur deux prélèvements distincts obligatoires avant toute transfusion programmée — même si le patient présente une carte de groupe → la carte ne remplace pas le groupage hospitalier officiel dans la plupart des protocoles canadiens + cas particulier de la greffe de cellules souches hématopoïétiques : receveur de groupe A recevant des cellules souches d'un donneur de groupe O → après la greffe réussie → les GR produits par le nouveau système hématopoïétique sont O → groupe «change» vers O → hémorragie de chimérisme : coexistence transitoire des deux groupes → suivi immunohématologique spécialisé ; qui doit connaître son groupe sanguin : les situations où c'est particulièrement important : femmes en âge de procréer (prophylaxie anti-D) + patients avec pathologie chronique nécessitant des transfusions (drépanocytose + thalassémie + aplasie + cancers) + patients avant chirurgie majeure + donneurs de sang → en population générale : connaissance du groupe peut être utile mais n'est pas indispensable (le groupage est systématiquement répété avant toute transfusion) + découverte d'un phénotype rare ou d'un anticorps rare : référence au laboratoire de référence en immunohématologie (Héma-Québec + Société canadienne du sang) → congélation de GR autologues pour transfusions futures + enregistrement dans le registre national des phénotypes rares Don de sang au Québec et critères d'admissibilité : Héma-Québec : organisme provincial à but non lucratif → collecte environ 350 000 dons par an → 75–80 % des besoins provinciaux en produits sanguins → besoins quotidiens : ~800 culots globulaires/jour + ~400 unités de plaquettes + plasma → critères généraux d'admissibilité au don de sang (Héma-Québec 2024) : âge : 17 ans ou plus + poids : ≥50 kg + bonne santé générale + hémoglobine minimale : 125 g/L (femmes) + 135 g/L (hommes) → mesurée par piqûre au doigt avant le don + intervalles entre les dons : don de sang total : 56 jours minimum + aphérèse plaquettaire : 7 jours + aphérèse plasmatique : 28 jours ; critères d'exclusion permanente : maladie de Creutzfeldt-Jakob + certaines maladies infectieuses transmissibles (VIH + VHB + VHC actif + HTLV) → exclusion permanente + certains traitements médicamenteux (isotrétinoïne — délai 1 mois + acitretine — 3 ans + étretinate — à vie + dutastéride — 6 mois + finastéride — 1 mois) ; politiques d'admissibilité des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HARSAH) : Héma-Québec a éliminé l'exclusion basée sur l'orientation sexuelle en 2022 → remplacement par une évaluation individuelle du comportement à risque (questionnaire universel de comportements à risque — même critères pour tous) → délai d'exclusion basé sur le comportement à risque et non sur l'identité → avancée notable en équité dans l'accès au don de sang ; résultats des tests post-don (dépistage obligatoire) : VIH (Ag p24 + Ac anti-VIH) + VHB (Ag HBs + Ac anti-HBc + NAT VHB) + VHC (NAT VHC + Ac anti-VHC) + HTLV-I/II + syphilis (RPR) + virus du Nil occidental (NAT — saisonnier) + Trypanosoma cruzi (Chagas — donneur à risque) → résidu de risque de transmission par transfusion au Canada : VIH : 1/8 millions de dons + VHC : 1/14 millions + VHB : 1/1,6 millions → risque extrêmement faible grâce au dépistage NAT (Nucleic Acid Amplification Technology)
ℹ️ Le groupe O− n'est pas un «donneur universel» absolu : si les culots de groupe O Rh(D)− peuvent être transfusés en urgence à n'importe quel receveur (pas d'antigènes A, B ni D), ils ne tiennent pas compte des anticorps irréguliers des autres systèmes (Kell, Duffy, Kidd, etc.). Les stocks de O− sont limités (7 % des donneurs) et précieux. En dehors de l'urgence vitale absolue, la transfusion iso-groupe et iso-Rh après groupage et RAI reste la règle de sécurité transfusionnelle. La surconsommation de O− par précaution dans des situations non urgentes représente un risque de pénurie pour les patients qui en ont véritablement besoin (femmes Rh− en âge de procréer, nourrissons, polytraumatisés).
Situations nécessitant une évaluation médicale urgente

Frissons + fièvre + douleur lombaire intense + hématurie (urines rouge foncé) + hypotension pendant ou immédiatement après une transfusion → réaction hémolytique aiguë par incompatibilité ABO → arrêt immédiat de la transfusion + maintien de la voie veineuse + appel médecin + retour de la poche au laboratoire + remplissage vasculaire + bilan urgent (NFS + coagulation + créatinine + Coombs direct).

Fièvre + ictère + chute de l'hémoglobine 5 à 14 jours après une transfusion → réaction hémolytique retardée → RAI + DAT + bilan rénal → ne pas retransfuser sans avis immunohématologique → chez un patient drépanocytaire : syndrome d'hyperlyse possible → ne transfuser qu'en cas de détresse vitale.

Femme Rh(D)− avec saignement + douleur abdominale en cours de grossesse ou après un traumatisme abdominal → hémorragie fœto-maternelle possible → WinRho 300 µg IM à administrer dans les 72h + test de Kleihauer-Betke ou cytométrie en flux pour quantifier l'hémorragie fœto-maternelle → dose additionnelle si HFM importante.

Fœtus avec anémie détectée par vélocimétrie Doppler ACM (>1,5 MoM) chez une mère avec RAI positive anti-D ou autre anticorps cliniquement significatif → risque d'hydrops fœtalis → avis en médecine fœtale de 3e niveau → transfusion intra-utérine de GR O− irradiés phéno-compatibles en urgence.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron assurent le bilan pré-transfusionnel de routine, la prescription du groupage ABO-Rh et de la RAI, ainsi que le suivi obstétrical des femmes Rh(D)−, incluant la prescription et le suivi de la prophylaxie par immunoglobulines anti-D (WinRho). Pour les bilans pré-opératoires et le suivi des pathologies chroniques nécessitant des transfusions répétées, notre équipe coordonne les investigations avec les équipes spécialisées en hématologie et médecine transfusionnelle. Pour prendre rendez-vous dans l'un de nos plusieurs points de service au Québec ou en télémédecine, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un spécialiste en médecine transfusionnelle. Toute transfusion sanguine est un acte médical nécessitant une indication rigoureuse, un bilan immunohématologique complet et une surveillance pendant et après la transfusion.

Clinique Omicron

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