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Hematology & Medical Biology & Internal Medicine & Family Medicine

Monocyte (monocytose et monocytopénie)

Les monocytes sont de grandes cellules mononucléées circulantes (diamètre 14–20 µm) issues de la moelle osseuse à partir du progéniteur myéloïde commun (GMP — granulocyte-monocyte progenitor), constituant normalement 2–8 % des leucocytes du sang périphérique (valeurs absolues normales : 0,2–0,8 × 10⁹/L). Ils circulent dans le sang pendant 1–3 jours avant de migrer dans les tissus où ils se différencient en macrophages (résidents tissulaires) et en cellules dendritiques — jouant un rôle central dans l'immunité innée et adaptative : phagocytose + présentation d'antigènes + sécrétion de cytokines + modulation de l'inflammation. La monocytose absolue est définie par un taux de monocytes >0,8–1,0 × 10⁹/L. Sa découverte doit être interprétée dans le contexte clinique global — elle peut être réactionnelle et bénigne (infections chroniques + inflammations + post-stress + récupération médullaire) ou le signe d'une hémopathie maligne grave, en particulier la leucémie myélomonocytaire chronique (LMMC) pour laquelle la monocytose persistante (>1 × 10⁹/L pendant >3 mois) est le critère diagnostique principal. La monocytopénie absolue (monocytes <0,2 × 10⁹/L) est plus rare et peut accompagner une aplasie médullaire, une hairy cell leukemia, un sepsis sévère ou être iatrogène (corticoïdes). L'analyse conjointe du taux absolu de monocytes + du frottis sanguin + du contexte clinique et biologique oriente l'investigation.

Biologie des monocytes et classification des monocytoses

  • Biologie, sous-populations et fonctions des monocytes : sous-populations de monocytes circulants (classification selon CD14 et CD16) : monocytes classiques (CD14++ CD16−) : 80–90 % des monocytes circulants → phagocytose +++ + recrutement vers les sites d'infection + production de cytokines pro-inflammatoires (IL-6 + TNF-α + IL-12) → augmentés dans les infections bactériennes + monocytes non classiques (CD14+ CD16++) : 5–10 % → patrouillement vasculaire + surveillance de l'endothélium → augmentés dans les infections virales chroniques + VIH + pathologies inflammatoires chroniques + monocytes intermédiaires (CD14++ CD16+) : 5–10 % → transition entre les deux sous-types → augmentés dans les MICI + rhumatismes + sepsis + différenciation tissulaire : migration du sang vers les tissus → différenciation en macrophages résidents (foie = cellules de Kupffer + poumons = macrophages alvéolaires + cerveau = microglie + peau = cellules de Langerhans) → ou en cellules dendritiques → fonctions principales : phagocytose + destruction des agents pathogènes + présentation d'antigènes via le CMH-II aux LT CD4+ → initiation de la réponse adaptative + sécrétion de cytokines (TNF-α + IL-1β + IL-6 + IL-10 + IL-12) → modulation de la réponse inflammatoire + cicatrisation + remodelage tissulaire + monocytose absolue : >0,8–1,0 × 10⁹/L (les laboratoires québécois utilisent généralement 1,0 × 10⁹/L comme seuil) → toujours évaluer en valeurs absolues (pas en pourcentage) → car en cas de lymphopénie, le pourcentage de monocytes peut paraître élevé sans monocytose absolue réelle
  • Classification étiologique des monocytoses : monocytoses réactionnelles (bénignes — les plus fréquentes) : infections chroniques ou subaiguës : tuberculose + endocardite bactérienne subaiguë + brucellose + leishmaniose + syphilis + infections fongiques chroniques + malaria → les maladies granulomateuses stimulent massivement les monocytes → inflammations chroniques : maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (Crohn + CU) + polyarthrite rhumatoïde + lupus + vascularites → malignités solides : carcinomes → monocytose paranéoplasique + post-stress physiologique et récupération : agression physiologique majeure + récupération après chimiothérapie + ou aplasie → pic de monocytose (signe de reprise médullaire) + splénectomie (perte du filtre splénique) + corticoïdes à dose modérée (paradoxalement — les hautes doses provoquent une monocytopénie) + monocytoses clonales (hématologie) : leucémie myélomonocytaire chronique (LMMC) : monocytose persistante >1 × 10⁹/L × >3 mois + sans autre cause + mutations fréquentes : ASXL1 + TET2 + CBL + SRSF2 + RAS + peut évoluer vers une LAM + leucémie myéloïde aiguë myélomonocytaire (LAM4) + ou monoblastique (LAM5) → monoblastes et monocytes immatures + ou leucémie myéloïde chronique (LMC) → monocytes présents mais moins importants que les granulocytes + myélodysplasies avec monocytose + monocytopénie (monocytes <0,2 × 10⁹/L) : aplasie médullaire → destruction de toutes les lignées médullaires + hairy cell leukemia (leucémie à tricholeucocytes) → monocytopénie pathognomonique (cellules B clonales sécrètent des facteurs inhibant la monopoïèse) → Staphylococcus aureus risque d'infection → sepsis sévère → redistribution + corticoïdes haute dose → migration des monocytes vers les tissus + chimiothérapie intensive → aplasie

Etiological diagnosis and management

Situation / étiologieDémarche diagnostique et conduite à tenirReferences and recommendations
Démarche diagnostique devant une monocytose
Monocytose absolue — valeurs absolues — frottis sanguin — durée persistance — autres lignées — CRP VS — infection chronique — tuberculose IDR QuantiFERON — endocardite écho — bilan inflammation — myélogramme — LMMC mutations ASXL1 TET2
Démarche diagnostique devant une monocytose absolue : étape 1 — confirmer la monocytose absolue : valeurs absolues >1,0 × 10⁹/L → NE PAS se fier aux pourcentages seuls → frottis sanguin : aspect des monocytes (matures + bien différenciés = réactionnel + ou immatures + monoblastes = hémopathie) → autres anomalies des lignées + étape 2 — évaluer la durée et la persistance : monocytose transitoire (quelques jours à semaines) → contexte infectieux aigu + ou récupération post-aplasie → pas d'investigation hématologique urgente → monocytose persistante (>3 mois) → investigation systématique pour exclure la LMMC → étape 3 — bilan clinique et biologique orienté : interrogatoire : fièvre prolongée + sueurs nocturnes + amaigrissement + ATCD infectieux + ATCD rhumatologique + ATCD néoplasique + examen clinique : splénomégalie (LMMC ++ + infection chronique) + adénopathies + lésions cutanées → NFS + frottis + bilan inflammatoire (CRP + VS) + hémocultures si fièvre → IDR + QuantiFERON si tuberculose suspecte + bilan sérologique si infection chronique (brucellose + leishmaniose + endocardite → écho cardiaque) + bilan auto-immun (ANA + FR) → étape 4 — si monocytose persistante inexpliquée >1 × 10⁹/L × >3 mois : myélogramme + biopsie ostéomédullaire (BOM) + caryotype + NGS (panel de gènes des hémopathies myéloïdes) → mutations ASXL1 + TET2 + CBL + SRSF2 + NRAS + KRAS → immunophénotypage des monocytes par cytométrie de flux : monocytes CD14+ CD16+ augmentés → LMMC → fraction monocytaire CD14+CD16− : si >94 % des monocytes → évocateur de LMMC même avant le myélogramme (Selimoglu-Buet 2015 — Blood) → score de risque pronostique LMMC : CPSS (CMML Prognostic Scoring System) Selimoglu-Buet 2015 — Blood : immunophénotypage monocytes + LMMC → fraction CD14+CD16− >94 % → évocateur → référence + Patnaik 2014 — Blood : LMMC + classification + pronostic + Swerdlow 2022 — Blood (WHO 2022) : LMMC + définition + critères + AHOQ (Association des hémato-oncologues du Québec) + INESSS Québec + RAMQ : NFS + frottis + myélogramme + cytométrie de flux + NGS → remboursés selon indication
LMMC (leucémie myélomonocytaire chronique) — diagnostic et traitement
LMMC monocytose persistante — ASXL1 TET2 mutations — splénomégalie — type myélodysplasique — type myéloprolifératif — score CPSS — azacitidine — hydroxurée — allogreffe — transformation LAM — survie médiane — suivi watchful waiting
LMMC — diagnostic et traitement : critères diagnostiques WHO 2022 de la LMMC : monocytose persistante >1 × 10⁹/L × >3 mois + monocytes ≥10 % du différentiel leucocytaire + absence de critères pour LMC BCR-ABL + ou LMMC + exclusion des autres causes de monocytose + blastes <20 % dans le sang et la moelle → deux sous-types : LMMC-0 (blastes <2 % sang + <5 % moelle) + LMMC-1 (blastes 2–4 % sang + 5–9 % moelle) + LMMC-2 (blastes 5–19 % sang + 10–19 % moelle) → mutations somatiques fréquentes : TET2 (60 %) + ASXL1 (40 %) + CBL + SRSF2 + RAS → profil clinique : sujet âgé (médiane 65–75 ans) + splénomégalie + fatigue + infection + hémorragie → risque de transformation en LAM : 15–25 % → pronostic : médiane de survie 12–24 mois selon le score pronostique (CPSS + CPSS-Mol) → traitement de la LMMC : LMMC asymptomatique + charge faible + pas d'anomalie cytogénétique → watchful waiting (surveillance attentive sans traitement) + si symptoms + ou progression : azacitidine (Vidaza) 75 mg/m² × 7j SC tous les 28j → hypométhylant → réduction de la charge clonale → efficacité dans 20–40 % + hydroxyurée (Hydrea) : si composante myéloproliférative ++ (hyperleucocytose + splénomégalie volumineuse) → contrôle de la leucocytose + allogreffe de cellules souches (allo-CSH) : seule option curative → indiquée si : patient jeune + bonne performance + donneur compatible + transformation blastique imminente → mortalité liée à la greffe significative chez le sujet âgé → nouvelles thérapies : inhibiteurs de TP53 (APR-246) + inhibiteurs de KIT + IDH (selon mutations) Patnaik 2014 — Blood : LMMC + traitement + pronostic → référence + Savona 2015 — Blood : LMMC + azacitidine → Itzykson 2011 — Journal of Clinical Oncology : azacitidine + LMMC → résultats + Swerdlow 2022 — WHO classification : LMMC + critères + Selimoglu-Buet 2015 — Blood : LMMC + cytométrie de flux + fraction monocytaire → AHOQ + INESSS Québec + RAMQ : azacitidine → remboursée LMMC selon critères INESSS + allogreffe → remboursée centres spécialisés
Monocytopénie, hairy cell leukemia et monocytoses infectieuses
Hairy cell leukemia monocytopénie pathognomonique — cladribine 2-CDA — vémurafénil — aplasie médullaire pancytopénie — tuberculose monocytose — leishmaniose — endocardite subaiguë — brucellose — sarcoïdose — LES — monocytose paranéoplasique
Monocytopénie et monocytoses infectieuses ou inflammatoires : hairy cell leukemia (leucémie à tricholeucocytes — HCL) — monocytopénie pathognomonique : la HCL est une maladie rare des LB clonaux → les « cellules chevelues » (hairy cells — aspect villeux au microscope) infiltrent la moelle et la rate → les cellules HCL sécrètent des facteurs inhibant la monopoïèse → MONOCYTOPÉNIE PROFONDE (souvent <0,1 × 10⁹/L) → pathognomonique : la monocytopénie persistante doit faire évoquer une HCL → mutation BRAF V600E dans 100 % des HCL classiques → diagnostic : frottis (cellules chevelues) + biopsie médullaire (pattern en œuf au plat) + immunophénotypage CD11c+ CD25+ CD103+ CD123+ + BRAF V600E → traitement : cladribine (2-CDA) 0,1 mg/kg × 7j → rémission complète dans 80–90 % → vémurafénil si rechute (BRAF V600E) → aplasie médullaire sévère : pancytopénie → monocytopénie + destruction médullaire → soins de support + CSA + sérum antilymphocytaire + allogreffe → monocytoses infectieuses et granulomateuses : tuberculose : monocytose + lymphocytose + IDR / QuantiFERON + TDM thoracique + Auramine + microscopie → traitement standard : HRZE × 2 mois + HR × 4 mois → leishmaniose viscérale (kala-azar) : monocytose + fièvre + splénomégalie massive + pancytopénie progressive → sérologie + antigène rK39 + PCR → L-Amphotéricine B + endocardite subaiguë d'Osler : monocytose + fièvre prolongée + végétations à l'écho → hémocultures → antibiothérapie prolongée → brucellose : monocytose + fièvre ondulante + arthralgies + ATCD contact animaux (lait + fromage non pasteurisé) + sérologie Wright → doxycycline + rifampicine + sarcoïdose : monocytose + adénopathies hilaires + ECA élevée + biopsie ganglionnaire (granulomes non caséeux sans infection) Pettirossi 2015 — Blood : hairy cell leukemia + BRAF V600E → référence + Else 2011 — Journal of Clinical Oncology : cladribine + HCL → référence + Kreitman 2019 — Blood : vémurafénib + HCL rechute + Selimoglu-Buet 2015 — Blood : LMMC + monocytose + frottis + Patnaik 2014 — Blood : LMMC + causes monocytoses + Bain 2015 — Blood Cells Molecules Diseases : frottis sanguin + monocytes + interprétation → AHOQ + INESSS Québec + RAMQ : cladribine + vémurafénil → remboursés si HCL confirmée + azacitidine LMMC remboursée
ℹ️ Une monocytose persistante supérieure à 1 × 10⁹/L durant plus de 3 mois sans cause évidente est la leucémie myélomonocytaire chronique (LMMC) jusqu'à preuve du contraire — un myélogramme + un NGS (mutations ASXL1 + TET2) sont indispensables : à l'inverse, une monocytopénie profonde (monocytes <0,1 × 10⁹/L) associée à une pancytopénie doit faire évoquer une hairy cell leukemia (mutation BRAF V600E dans 100 % des cas). Toujours évaluer les monocytes en valeurs absolues et non en pourcentages du différentiel.
Situations nécessitant une évaluation hématologique urgente

Monocytose >1 × 10⁹/L + blastes sur le frottis sanguin (>5 %) + ou pancytopénie + fièvre + altération de l'état général + splénomégalie massive → transformation blastique de la LMMC + ou LAM4/LAM5 → urgence hématologique → myélogramme en urgence + caryotype + NGS → hospitalisation + chimiothérapie d'induction si transformation confirmée → pronostic sombre.

Monocytopénie profonde (monocytes <0,1 × 10⁹/L) + pancytopénie + splénomégalie + cellules villeuses sur le frottis + patient de 40–60 ans sans cause évidente → hairy cell leukemia → biopsie ostéomédullaire + immunophénotypage (CD11c+ CD25+ CD103+) + BRAF V600E → cladribine dès confirmation → sans traitement : risque infectieux majeur (germes encapsulés + Staphylococcus aureus) lié à la monocytopénie.

Consult at Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron interprètent les monocytes en valeurs absolues sur la NFS, distinguent les monocytoses réactionnelles (infections + inflammations) des monocytoses clonales potentiellement malignes, prescrivent le bilan étiologique adapté (frottis + CRP + QuantiFERON + bilan auto-immun + sérologies), orientent vers le myélogramme et le NGS si monocytose persistante >3 mois sans cause évidente, reconnaissent la monocytopénie de la hairy cell leukemia, et orientent rapidement vers l'hématologue. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un hématologue. Une monocytose persistante inexpliquée impose une investigation hématologique complète pour exclure une leucémie myélomonocytaire chronique ou une autre hémopathie maligne.

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