Hypogonadisme masculin
Classification, étiologies et présentation clinique
- Hypogonadisme primaire (hypergonadotrope) — étiologies et mécanismes : définition : défaillance testiculaire primitive → testostérone basse + FSH et LH élevées (réponse hypophysaire au déficit androgénique) + souvent altération de la spermatogenèse (FSH élevée = marqueur de dommage tubulaire sévère) → mécanisme : perte des cellules de Leydig (productrices de testostérone) et/ou des cellules de Sertoli (soutien de la spermatogenèse) ; étiologies principales de l'hypogonadisme primaire : syndrome de Klinefelter (47,XXY) : cause génétique la plus fréquente d'hypogonadisme primaire → 1/660 naissances masculines → mécanisme : chromosome X surnuméraire → fibrose progressive des tubes séminifères → azoospermie + insuffisance des cellules de Leydig (testostérone basse dans 50–75 % des adultes) → phénotype : petits testicules fermes (<6 mL) + gynécomastie + grande taille + hypospadias (rare) + trouble cognitif léger → diagnostic : caryotype sur sang périphérique + mosaïques 47,XXY/46,XY : phénotype plus atténué → fertilité possible dans les mosaïques (Lanfranco 2004 — Lancet) + orchite ourlienne (oreillons) : principale cause acquise d'hypogonadisme primaire → orchite dans 25–35 % des oreillons post-pubères → atrophie testiculaire → azoospermie dans 5–10 % + cryptorchidie non corrigée : atrophie tubulaire + insuffisance de Leydig selon la durée et la bilatéralité → risque de cancer testiculaire + torsion testiculaire ou traumatisme + chimiothérapie et radiothérapie gonadotoxiques : agents alkylants (cyclophosphamide) + busulfan + irradiation pelvienne ou testiculaire → préservation de la fertilité (cryoconservation du sperme) avant le traitement + anorchidie bilatérale (congénitale ou post-orchidectomie) + syndromes polyendocriniens auto-immuns : anticorps anti-cellules de Leydig (rares) + hémochromatose héréditaire : dépôts de fer dans les cellules de Leydig ET dans l'hypophyse → hypogonadisme mixte (primaire + secondaire) → diagnostic : ferritine + saturation de la transferrine + génotypage HFE (C282Y) → saignées → améliore l'hypogonadisme si débuté tôt ; syndrome de Noonan (46,XY + mutations PTPN11) : phénotype Turner + cryptorchidie + hypogonadisme + varicocèle bilatérale volumineuse : hypertension veineuse → augmentation de la température testiculaire → altération de la spermatogenèse + insuffisance partielle de Leydig → testostérone basse-normale → correction chirurgicale ou radiologique si infertilité
- Hypogonadisme secondaire (hypogonadotrope) — étiologies hypothalamo-hypophysaires : définition : déficit en GnRH (hypothalamique) ou en LH/FSH (hypophysaire) → testostérone basse + LH et FSH normales ou basses (paradoxalement normales malgré l'hypogonadisme) → spermatogenèse potentiellement restaurable par la stimulation par hCG + FSH → fertilité possible contrairement à l'hypogonadisme primaire sévère ; étiologies congénitales : syndrome de Kallmann : déficit isolé en GnRH + anosmie (aplasie des bulbes olfactifs) → mutations KAL1 (anosmine-1 — lié à l'X) + FGFR1 + PROKR2 + CHD7 + FGF8 → prévalence : 1/10 000 hommes → gynécomastie absente → petits testicules prépubères + micropénis + cryptorchidie → LH + FSH très basses + testostérone prépubère → diagnostic : IRM cérébrale (aplasie des bulbes olfactifs) + test olfactif (UPSIT — University of Pennsylvania Smell Identification Test) + hypogonadisme hypogonadotrope idiopathique normosique (IHH) : déficit GnRH sans anosmie → mutations similaires → bilan IRM normal + prolactinome hypophysaire : la cause hypophysaire la plus fréquente d'hypogonadisme secondaire → prolactine élevée → inhibe la pulsatilité du GnRH → testostérone basse + LH basse + prolactine >200 ng/mL → macroprolactinome probable → IRM hypophysaire → traitement : agonistes dopaminergiques (cabergoline 0,5–2 mg/semaine → normalisation de la prolactine + récupération de l'axe gonadotrope dans 70–80 % des cas) + autres adénomes hypophysaires + craniopharyngiome + méningiome + chirurgie ou radiothérapie hypophysaire → hypopituitarisme acquis + hémochromatose (atteinte hypophysaire simultanée) : voir hypogonadisme primaire + causes fonctionnelles réversibles — très importantes en pratique clinique : obésité (tissu adipeux → aromatisation T→estradiol → suppression GnRH) → hypogonadisme fonctionnel + perte de poids → restauration partielle ou complète de la testostéronémie + syndrome métabolique + résistance à l'insuline + maladies chroniques sévères (insuffisance rénale chronique + BPCO + cirrhose + VIH) → hypogonadisme fonctionnel + traitement de la maladie sous-jacente → suivi + opioïdes (morphine + oxycodone + méthadone + fentanyl) : suppression directe de la pulsatilité du GnRH → OPIAD (opioid-induced androgen deficiency) → prévalence 75–90 % sous opioïdes chroniques → évaluer T et LH avant opioïdes chroniques → glucocorticoïdes au long cours → suppression de l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique + stéroïdes anabolisants exogènes (dopage) : suppression totale de l'axe + atrophie testiculaire + azoospermie → récupération variable (3–18 mois) après arrêt
- Présentation clinique — symptômes et signes selon l'âge de début : hypogonadisme prépubère (congénital ou avant la puberté) : absence de développement pubertaire → micropénis + cryptorchidie + petits testicules prépubères + absence de pilosité pubienne et axillaire + grande taille (absence de fusion des épiphyses) + voix aiguë + gynécomastie + ostéoporose (absence de pic de masse osseuse) → tableau clinique dramatique → diagnostic souvent évident ; hypogonadisme post-pubère (adulte) — symptômes variables et non spécifiques : symptômes sexuels (les plus spécifiques) : diminution de la libido (désir sexuel) + dysfonction érectile (DE) + réduction des érections matinales (érections nocturnes — NPTR) + réduction du volume éjaculatoire + infertilité (azoospermie ou oligospermie sévère) → symptômes physiques : réduction de la masse musculaire + augmentation de la masse grasse (surtout viscérale) + réduction de la pilosité corporelle et faciale + gynécomastie + réduction du volume testiculaire + ostéoporose + fractures de fragilité + anémie normochrome normocytaire (testostérone stimule l'érythropoïèse) → symptômes non spécifiques (moins discriminants) : fatigue + asthénie + dépression + irritabilité + troubles de la concentration et de la mémoire + bouffées de chaleur (si hypogonadisme brutal) + troubles du sommeil + questionnaires de dépistage des symptômes : ADAM (Androgen Deficiency in Aging Men — Morley 2000 — Metabolism) : 10 questions → sensibilité 88 % mais spécificité faible (60 %) → AMS (Aging Males' Symptoms) : 17 items → mieux validé → utile pour le suivi de l'efficacité du traitement → aucun questionnaire ne remplace le dosage biologique
Diagnostic biologique et traitement substitutif
| Étape / aspect clinique | Méthodologie et interprétation | Données cliniques et suivi |
|---|---|---|
| Bilan hormonal et diagnostic biologique Testostérone totale — libre — SHBG — LH — FSH — prolactine — seuils diagnostiques |
Dosage de la testostérone — conditions et méthodes : prélèvement standardisé : le matin entre 7h et 10h (pic circadien de la testostérone — valeurs les plus élevées) → à jeun recommandé (repas gras → réduction transitoire de la testostérone de 20–30 %) → 2 dosages à des moments différents requis pour confirmer le diagnostic (Endocrine Society 2018 — Bhasin — JCEM) → méthode de référence : spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS) → la plus précise + peu d'interférences + recommandée par les sociétés savantes → immunoessais automatisés (RIA + immunochimiluminescence) : méthodes courantes en pratique → variabilité inter-laboratoire jusqu'à 30 % → résultats à interpréter selon les valeurs de référence du laboratoire local → ne pas comparer des valeurs de laboratoires différents ; seuils diagnostiques de la testostérone totale (Endocrine Society 2018 + Société canadienne d'endocrinologie — SCE) : normale : ≥300–350 ng/dL (10,4–12,1 nmol/L) selon les lignes directrices → zone grise : 200–350 ng/dL → traitement à discuter selon les symptômes + comorbidités → hypogonadisme confirmé : <200–300 ng/dL (6,9–10,4 nmol/L) selon le seuil retenu → valeurs de référence LC-MS/MS des hommes sains de 19–40 ans : 264–916 ng/dL (9,2–31,8 nmol/L — Bhasin 2011 — JCEM — étude de référence pour les valeurs normatives) → importante variabilité biologique intra-individuelle : ±15–20 % d'un jour à l'autre → d'où la nécessité de 2 dosages pour confirmer le diagnostic ; testostérone libre et SHBG — quand les doser : testostérone libre (TL) : fraction biologiquement active (non liée à la SHBG) → représente 2–3 % de la testostérone totale → dosage direct : peu fiable (dialyse d'équilibre trop complexe) → calcul de la TL par la formule de Vermeulen (en entrant testostérone totale + SHBG + albumine) → calculateurs en ligne (ISSAM) → TL utile si : testostérone totale borderline (200–350 ng/dL) + SHBG anormale → SHBG (sex hormone binding globulin) : protéine de liaison principale de la testostérone → augmentée par : âge + cirrhose + hyperthyroïdie + VIH + antiépileptiques (carbamazépine + phénytoine) → testostérone totale normale mais TL basse → hypogonadisme clinique → diminuée par : obésité + syndrome métabolique + hypothyroïdie + corticoïdes + acromégalie → testostérone totale basse mais TL normale → pas d'hypogonadisme vrai → doser systématiquement si obésité + cirrhose + hyperthyroïdie ou résultat de testostérone totale discordant avec la clinique ; bilan complémentaire selon le contexte : LH + FSH : obligatoires pour différencier hypogonadisme primaire (LH ↑ + FSH ↑) vs secondaire (LH normale ou basse + FSH normale ou basse) → prolactine : systématiquement si hypogonadisme secondaire (éliminer prolactinome) → FSH élevée : marqueur de dommage tubulaire sévère → azoospermie probable → spermogramme → testostérone totale + LH + FSH + prolactine = bilan de 1re ligne → IRM hypophysaire : si hypogonadisme secondaire confirmé (LH + FSH basses) + prolactine anormale ou déficit en d'autres hormones hypophysaires → caryotype : si hypogonadisme primaire chez l'homme jeune (FSH élevée) → éliminer Klinefelter → ferritine + saturation de la transferrine : si suspicion d'hémochromatose (diabète + hépatomégalie + bronzage cutané + arthropathie) → bilan thyroïdien (TSH) : hypothyroïdie peut aggraver le tableau + IGF-1 : si suspicion d'acromégalie + DFGe + bilan hépatique : comorbidités fréquentes | Hypogonadisme lié à l'âge (LOH — Late-Onset Hypogonadism) : données épidémiologiques : testostérone totale décline de 1–2 %/an à partir de 40 ans → MMAS (Massachusetts Male Aging Study — Harman 2001 — JCEM) : testostérone totale −1,6 %/an + SHBG augmente → TL diminue plus vite (−2–3 %/an) → European Male Aging Study — EMAS (Wu 2010 — NEJM) : 3 369 hommes 40–79 ans → hypogonadisme LOH défini par : 3 symptômes sexuels (érections matinales rares + libido réduite + DE) + testostérone totale <317 ng/dL ou TL <64 pg/mL → prévalence : 2,1 % → beaucoup moins fréquent que le chiffre de 20–35 % basé sur le seuil biochimique seul → conclusion : la majorité des hommes âgés avec testostérone basse n'ont pas de syndrome de déficit androgénique cliniquement significatif → l'association symptômes + biologie reste indispensable pour indiquer le traitement ; essais cliniques récents — TRAVERSE trial (Lincoff 2023 — NEJM) : 5 246 hommes avec hypogonadisme + risque cardiovasculaire élevé ou modéré → testostérone undécanoate injectable vs placebo × 33 mois → événements cardiovasculaires majeurs (MACE) : non-infériorité confirmée → pas d'augmentation du risque CV sous testostérone → résultat rassurant mais suivi limité → TESTOSTERONE trials (Snyder 2016 — NEJM et al.) : 7 essais randomisés chez hommes ≥65 ans + T <275 ng/dL → testostérone en gel vs placebo × 1 an → amélioration de la densité osseuse + anémie + force musculaire + dysfonction sexuelle → pas d'amélioration cognitive ni de vitalité significative → résultats nuancés |
| Traitement substitutif par testostérone (TRT) — formulations et posologie Gel transdermique — injectable — patch — implant — buccal — contre-indications — objectifs |
Indications du traitement substitutif par testostérone (TRT) — Endocrine Society 2018 + AUA 2018 : indications formelles : hypogonadisme primaire ou secondaire confirmé (2 dosages matinaux <300 ng/dL) + symptômes cliniques présents (libido + érections + énergie + masse musculaire + densité osseuse) → contre-indications absolues : cancer de la prostate (actif ou non traité) + cancer du sein masculin + polyglobulie sévère (hématocrite >54 %) + désir de fertilité (le TRT supprime la spermatogenèse) → contre-indications relatives : HBP sévère non traitée + insuffisance cardiaque décompensée + apnées du sommeil sévères non traitées + hématocrite >50 % (surveiller étroitement) ; formulations disponibles au Canada (Santé Canada) et posologie : gel de testostérone transdermique 1 % (AndroGel + Testim) : 25–100 mg/j appliqués sur les épaules + les abdomen ou les cuisses → testostérone stable + mimie le rythme circadien → avantage : facilité d'ajustement de dose + inconvénient : risque de transfert cutané à la partenaire ou aux enfants → laver les mains + couvrir la zone d'application + mesurer la testostérone 2–8h après l'application → gel de testostérone 2 % (Fortesta) ou solution 2 % (Axiron) : doses plus concentrées → application aux aisselles (Axiron) → testostérone undécanoate injectable (Aveed/Nebido — 1 000 mg IM) : toutes les 10–14 semaines → avantage : observance + pic modéré → inconvénient : douleur au site d'injection + injection en milieu médical obligatoire (risque de microembolie pulmonaire — suivi 30 min post-injection) + cypionate de testostérone injectable (Depo-Testosterone 200 mg/mL) : toutes les 2–3 semaines IM ou toutes les 1–2 semaines à demi-dose → fluctuations marquées (pic 2–3 jours post-injection → nadir avant l'injection suivante) → moins physiologique + plus économique → disponible en autoadministration → énanthate de testostérone (Delatestryl 200 mg/mL) : profil similaire au cypionate + patch transdermique (Androderm) : 2–4 mg/j → irritation cutanée dans 30–40 % des cas → moins utilisé + implant sous-cutané (Testopel) : pellets 75 mg implantés sous anesthésie locale × 10–14 → durée d'action : 3–6 mois → testoostérone stable + onéreux → disponibilité limitée au Canada + buccal (Striant) : comprimé mucoadhésif 30 mg × 2/j → inconfort buccal + peu utilisé | Objectifs thérapeutiques et surveillance sous TRT : objectif de testostéronémie sous TRT (Endocrine Society 2018) : testostérone totale dans la moitié inférieure à normale de la valeur de référence des hommes jeunes → 400–700 ng/dL (13,9–24,3 nmol/L) → éviter les valeurs supraphysiologiques (risque de polyglobulie + aggravation des apnées du sommeil) → surveillance biologique sous TRT : testostérone totale : à 3 mois après l'initiation (ou après ajustement de dose) → puis annuellement si stable → timing du dosage selon la formulation : gel → 2–8h après l'application → injectable → à mi-chemin entre deux injections + hématocrite : à 3 mois + 6 mois + annuellement → si hématocrite >54 % → réduire la dose + phlébotomie si nécessaire → risque thrombo-embolique (TVP + EP) associé à la polyglobulie → PSA + TR : avant initiation + à 3–6 mois + annuellement → si augmentation du PSA >1,4 ng/mL sur 12 mois ou PSA >4 ng/mL → référence urologue → NFS + bilan lipidique + bilan hépatique : à 3–6 mois puis annuellement → densitométrie osseuse (DXA) : au diagnostic + tous les 1–2 ans si ostéoporose + évaluation clinique : amélioration de la libido attendue à 3–6 semaines + érections à 3 mois + masse musculaire à 6 mois + densité osseuse à 12–24 mois → si absence de réponse à 3–6 mois → vérifier la compliance + le dosage + reconsidérer le diagnostic + durée du TRT : traitement à long terme si indication confirmée → ne pas arrêter arbitrairement → réévaluation annuelle de l'indication et de la tolérance |
| Effets secondaires et risques du TRT — cardiovasculaire, prostate, polyglobulie TRAVERSE — polyglobulie — apnées du sommeil — prostate — fertilité — transfert cutané |
Risque cardiovasculaire du TRT — controverse et données actuelles : historique de la controverse : études observationnelles contradictoires dans les années 2010–2014 (Vigen 2013 — JAMA + Finkle 2014 — PLOS ONE → augmentation des événements CV) vs études contraires (Muraleedharan 2013 — European Journal of Endocrinology → TRT réduit la mortalité) → études de cohorte rétrospectives : biais méthodologiques importants → TRAVERSE trial (Lincoff 2023 — NEJM) : essai randomisé le plus large à ce jour (5 246 hommes) → testostérone undécanoate vs placebo × 33 mois → MACE non inférieur (HR 0,96 ; IC 95 % 0,78–1,17) → données rassurantes pour le risque cardiovasculaire global → mais augmentation de FA (3,5 % vs 2,4 %) + EP (0,9 % vs 0,5 %) + rein aigu dans un sous-groupe → TRAVERSE : pas d'augmentation du risque de cancer de la prostate → mais augmentation des lithiases urinaires + suivi limité (33 mois) → résultats à long terme inconnus → conclusion actuelle : le TRT n'augmente pas significativement le risque d'infarctus ou d'AVC chez les hommes hypogonadiques à risque CV modéré → prudence dans l'IC décompensée et la FA ; polyglobulie sous TRT : la plus fréquente complication hématologique → la testostérone stimule l'EPO + l'érythropoïèse → hématocrite >50–54 % dans 5–25 % des patients → risque de thrombose (TVP + EP + AVC) si hématocrite >54 % → facteurs de risque : testostérone injectable (pics élevés) + tabac + SAOS + BPCO + altitude + âge + prévention : choisir les formulations à profil stable (gel + undécanoate longue durée) + surveiller l'hématocrite → traitement de la polyglobulie sous TRT : réduire la dose → espacer les injections → passer à une autre formulation → phlébotomie si hématocrite >54 % + symptômes → la fréquence est moindre avec les gels transdermiques vs les injectables (pics moins élevés) → apnées du sommeil : la testostérone peut aggraver ou démasquer un SAOS → dépistage du SAOS avant initiation si ronflements + somnolence diurne → polygraphie si suspicion + CPAP si SAOS sévère + éviter TRT si SAOS non traité ; cancer de la prostate et TRT : contre-indication absolue si cancer actif → «testostérone hypothesis» historique (Huggins 1941 — prix Nobel) : la castration réduit le cancer → donc la testostérone stimule le cancer → «saturation model» (Morgentaler 2006 — Urology) : les récepteurs androgènes sont saturés à des niveaux bas de testostérone → augmenter la testostérone au-delà d'un seuil n'augmente pas la prolifération tumorale → TRAVERSE 2023 : pas d'augmentation du cancer de la prostate → mais surveillance PSA + TR obligatoire + TRT après cancer de la prostate traité : possible dans certains cas (Pürerfellner 2021 — Andrology) → discuter avec l'urologue → surveillance PSA étroite | Effets du TRT sur la fertilité et alternatives pour les hommes souhaitant une grossesse : TRT et fertilité : la testostérone exogène supprime la LH et la FSH endogènes (rétrocontrôle négatif sur l'axe hypothalamo-hypophysaire) → azoospermie dans 40–90 % des cas sous TRT → réversible dans 90 % des cas à l'arrêt (délai : 3–18 mois) → spermogramme de contrôle à 6–12 mois post-arrêt → si désir de paternité → alternatives au TRT : hCG (gonadotrophine chorionique humaine) : stimule les récepteurs de la LH → maintient la spermatogenèse + stimule la production intratesticulaire de testostérone → posologie : 1 000–3 000 UI × 3/semaine en sous-cutané → augmente la testostéronémie de 20–50 % → maintient le volume testiculaire → indiqué dans l'hypogonadisme secondaire → peut être combiné au TRT gel en cas d'atrophie testiculaire sous TRT → spermogramme de contrôle à 6 mois + FSH recombinante (rFSH — Gonal-F + Puregon) : indiquée pour stimuler la spermatogenèse en association avec l'hCG dans l'hypogonadisme hypogonadotrope sévère (syndrome de Kallmann + IHH) → traitement de l'infertilité masculine dans les hypogonadismes secondaires + citrate de clomifène (Clomid — hors indication AMM masculine) : SERM — modulateur sélectif des récepteurs aux estrogènes → bloque le rétrocontrôle négatif des estrogènes sur l'hypothalamus → augmente la pulsatilité du GnRH → augmente LH + FSH → augmente la testostérone endogène + préserve la spermatogenèse → posologie : 25–50 mg/j ou en jours alternés → utile dans les formes légères d'hypogonadisme secondaire fonctionnel (obésité + syndrome métabolique) → anastrozole (inhibiteur de l'aromatase) : dans les cas où le rapport testostérone/estradiol est très défavorable (obésité → aromatisation excessive → estradiol élevé → FSH et LH supprimées) → 1 mg/j → augmente la testostérone endogène + réduit les effets estrogènes + préserve la spermatogenèse |
| Hypogonadisme dans les situations particulières — syndrome de Klinefelter, opioïdes, obésité Klinefelter — OPIAD — obésité — syndrome métabolique — stéroïdes anabolisants |
Syndrome de Klinefelter (47,XXY) — prise en charge spécifique : dépistage et diagnostic : souvent diagnostiqué à l'âge adulte (infertilité + hypogonadisme progressif) → diagnostic retardé en moyenne de 9 ans après l'apparition des premiers signes → caryotype sanguin : confirme le diagnostic → mosaïques (46,XY/47,XXY) : phénotype atténué → fertilité possible dans certains cas + comorbidités associées : risque accru de syndrome métabolique (obésité + diabète de type 2) + risque de cancer du sein masculin (×20 vs population générale) + ostéoporose + troubles neurocognitifs légers (difficultés d'apprentissage + langage) + risque de lupus et de polyarthrite rhumatoïde + risque de thrombose veineuse + thrombophilie → prise en charge du Klinefelter : TRT dès que testostéronémie basse confirmée → améliore la masse musculaire + la densité osseuse + l'humeur + la dysfonction sexuelle → commencer à la puberté si pubère tardif + gynécomastie : mastectomie si volumineuse ou gênante + infertilité dans le Klinefelter : azoospermie dans 95 % des cas + extraction chirurgicale de spermatozoïdes (TESE — testicular sperm extraction) → micro-TESE : succès dans 40–70 % des hommes Klinefelter (Lanfranco 2004 — Lancet) → spermatozoïdes utilisés en ICSI (injection intra-cytoplasmique) → grossesse possible → cryoconservation du sperme pubertaire avant le TRT chez les adolescents Klinefelter si volonté de paternité future ; OPIAD (opioid-induced androgen deficiency) : prévalence : 75–90 % des hommes sous opioïdes chroniques → mécanisme : opioïdes → inhibition directe du GnRH hypothalamique → LH basse → testostérone basse → symptômes : baisse de la libido + DE + fatigue + dépression → bilan : testostérone totale + LH + FSH + prolactine → prise en charge : réduction de la dose d'opioïde si possible → substitution par buprénorphine (moins gonadotoxique) → rotation des opioïdes → TRT si testostéronémie <300 ng/dL + symptômes + pas de correction après optimisation des opioïdes → surveillance étroite (interactions analgésiques + TRT) ; hypogonadisme fonctionnel lié à l'obésité — hypogonadisme métabolique : obésité viscérale → insulinorésistance + inflammation chronique + aromatisation accrue de la testostérone en estradiol (tissu adipeux ++) → estradiol élevé → freine la pulsatilité du GnRH → LH basse → testostérone basse → SHBG basse → testostérone totale très basse mais TL peut être moins affectée → traitement de 1re intention : perte de poids → chirurgie bariatrique si IMC >35 : normalise la testostérone dans 60–90 % des cas (Corona 2013 — European Journal of Endocrinology) → TRT NON recommandé en 1re intention si obésité seule → perte de poids d'abord → TRT si testostérone persiste basse après perte de poids | Stéroïdes anabolisants (AAS) et hypogonadisme induit — problème de santé publique croissant : ampleur du problème : usage non médical des AAS (dopage + culturisme + esthétique) → prévalence : 1–4 % des hommes selon les pays → au Canada : estimée à 0,5–1,5 % → mécanisme : suppression totale de l'axe HPG → LH + FSH effondrées → azoospermie + atrophie testiculaire → manque de testostérone endogène à l'arrêt → syndrome de sevrage → hypogonadisme post-AAS (ASIH — anabolic steroid-induced hypogonadism) ; présentation de l'ASIH : après arrêt des AAS → syndrome de sevrage : dépression profonde + fatigue + baisse de libido + DE + douleurs musculaires + testostérone effondrée + LH basse (axe récupère lentement) → durée de l'hypogonadisme post-AAS : variable → médiane de récupération : 6–12 mois → parfois >18 mois + facteurs de risque de récupération lente : durée et doses élevées d'AAS + âge avancé + utilisation d'estrogènes associés → protocoles de relance de l'axe post-AAS (PCT — post-cycle therapy) : hCG 500–1 500 UI × 3/semaine × 4–6 semaines + SERM (clomifène 25–50 mg/j ou tamoxifène 20–40 mg/j) → stimule la récupération de l'axe HPG → données principalement empiriques → pas d'essais randomisés de haut niveau → TRT à vie : si récupération de l'axe insuffisante après 18–24 mois → discuter avec endocrinologue → importance de ne pas initier le TRT immédiatement après l'arrêt des AAS (cela bloque la récupération de l'axe) → dépistage des comorbidités : cardiomyopathie (HVG) + dyslipidémie (LDL ↑ + HDL ↓) + érythrocytose + péliose hépatique (AAS oraux) + troubles psychiatriques |
Hypogonadisme secondaire avec céphalées + troubles visuels (hémianopsie bitemporale) + diplopie + insuffisance hypophysaire multiple (insuffisance corticotrope + thyréotrope + gonadotrope) + prolactine >200 ng/mL → macroprolactinome ou autre tumeur hypophysaire envahissante → IRM hypophysaire en urgence → si compression chiasmatique → neurochirurgie → initier un support corticoïde empirique si insuffisance corticotrope possible (hydrocortisone 100 mg IV) avant l'imagerie en cas de décompensation.
Hématocrite >54 % documenté chez un patient sous TRT + symptômes de thrombose (douleur de mollet + dyspnée + douleur thoracique + céphalées + déficit neurologique focal) → polyglobulie sévère + événement thrombo-embolique possible → urgences → arrêt immédiat du TRT + phlébotomie → bilan de thrombose (écho-Doppler des membres inférieurs + angio-TDM thoracique si EP suspectée) → anticoagulation si thrombose confirmée.
Adolescent avec retard pubertaire (absence de développement testiculaire à 14 ans + petits testicules <3 mL) + anosmie ou hyposmie → syndrome de Kallmann probable → dosage FSH + LH + testostérone + IRM cérébrale (bulbes olfactifs) → référence endocrinologie pédiatrique → induction de la puberté par hCG + FSH si souhait de fertilité ultérieure ou par TRT (sans fertilité immédiate) → ne pas différer au-delà de 14 ans sans bilan étiologique.
Nouveau-né avec ambiguïté sexuelle (organes génitaux intermédiaires — micropénis + hypospadias pénoscrotal + gonades non palpables) + AMH masculine indétectable → anorchidie bilatérale ou syndrome d'insensibilité aux androgènes complet → urgence néonatale → équipe multidisciplinaire (pédiatrie + endocrinologie + génétique + chirurgie + psychologie) → caryotype + dosage testostérone + AMH + test à l'hCG + IRM pelvienne → décision sur l'attribution du sexe et le plan thérapeutique.
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Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un endocrinologue. Le dosage de la testostérone doit être réalisé le matin, à deux reprises, avant de poser le diagnostic d'hypogonadisme et d'initier un traitement substitutif.
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