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Dermatologie & Rhumatologie & Pédiatrie & Médecine de famille

Morphée (sclérodermie localisée)

La morphée — également appelée sclérodermie localisée — est une maladie inflammatoire fibrosante de la peau et des structures sous-cutanées, caractérisée par une accumulation excessive de collagène dans le derme et l'hypoderme, conduisant à un durcissement et une induration progressive de la peau. Elle est fondamentalement différente de la sclérodermie systémique (SSc) : la morphée est une maladie strictement localisée à la peau (et parfois aux tissus sous-cutanés, muscles et os sous-jacents dans les formes profondes et linéaires) sans atteinte des organes internes, sans phénomène de Raynaud, et sans anticorps anti-centromère ni anti-Scl-70. Elle touche plus fréquemment les femmes (ratio F/H de 2–3:1) et peut survenir à tout âge, avec deux pics : l'enfance (surtout la morphée linéaire) et la cinquième décennie. L'étiologie reste mal connue — des facteurs immunitaires (auto-immunité) + génétiques + environnementaux (traumatismes + radiations + infections — Borrelia burgdorferi dans certaines régions européennes — médicaments) ont été impliqués. La classification de Padua 2004 distingue cinq formes cliniques : morphée en plaques + morphée généralisée + morphée bulleuse + morphée linéaire (dont la forme « en coup de sabre » et le syndrome de Parry-Romberg) + morphée profonde. Le traitement dépend de la forme et de la sévérité — les formes légères peuvent bénéficier des dermocorticoïdes + du tacrolimus topique + de la photothérapie UVA1 ; les formes sévères (linéaires étendues + généralisées) nécessitent le méthotrexate (traitement systémique de référence) ± corticoïdes systémiques.

Physiopathologie, classification et présentation clinique

  • Physiopathologie de la morphée et mécanismes de fibrose : mécanismes immunologiques et fibrotiques : phase inflammatoire initiale → infiltration lymphocytaire périvasculaire dans le derme (LT CD4+ + macrophages) + activation des LT → libération de cytokines pro-fibrotiques (TGF-β ++ + IL-4 + IL-13 + PDGF) → activation des fibroblastes dermiques → surproduction de collagène de types I et III → accumulation dans le derme + l'hypoderme → remplacement du tissu adipeux sous-cutané par du collagène dense + perte des appendices cutanés (glandes sudoripares + follicules pileux) → phase fibrotique tardive : fibrose irréversible → peau dure + indurée + adhérente → la phase inflammatoire (active = lésion érythémateuse + indurée + violacée à bordure active lilacée) est la fenêtre thérapeutique + mécanismes vasculaires : atteinte des petits vaisseaux → épaississement de la paroi vasculaire → oblitération de la lumière → ischémie relative + fibrose → similaire mécaniquement à la SSc mais sans atteinte des vaisseaux systémiques (donc pas de Raynaud) + auto-immunité : ANA positifs dans 20–50 % des morphées (mais anti-Scl-70 et anti-centromère négatifs → différence fondamentale avec la SSc) + anti-ssDNA + anti-histones + éosinophilie périphérique + hypergammaglobulinémie → rôle de Borrelia burgdorferi : discuté — impliqué dans certains cas en Europe centrale (Allemagne + Autriche) → Aberer 1988 — Lancet → pas de lien clairement établi en Amérique du Nord
  • Classification de Padua 2004 et présentation clinique des formes : classification clinique de la morphée (Padua 2004) : morphée en plaques (la plus fréquente — 56 % des cas) : une ou quelques plaques indurées bien délimitées sur le tronc + membres → centre blanc nacrée + ivoire → bordure active violacée ou érythémateuse (lilac ring) signant l'activité inflammatoire → prurit ou sensibilité possible → surface lisse + lustrée + hypochrome ou hyperpigmentée → évolution vers la fibrose + cicatrice pigmentée résiduelle + morphée généralisée : ≥4 plaques de >3 cm touchant ≥2 régions corporelles → peut être étendue + invalidante fonctionnellement + morphée linéaire (prédominance pédiatrique) : bande linéaire d'induration et de fibrose sur un membre + ou le visage + scalp → peut traverser les articulations → restriction de mobilité + inégalité de longueur des membres (chez l'enfant en croissance) + morphée linéaire de la tête (coup de sabre) : bande linéaire verticale sur le front + cuir chevelu → peut atteindre le derme + muscles + os + méninges → céphalées + épilepsie + troubles visuels dans les formes profondes → syndrome de Parry-Romberg (hémiatrophie faciale progressive) : forme sévère touchant toute une hémi-face → atrophie progressive des tissus mous + muscles + os → asymétrie faciale sévère + morphée profonde : atteint l'hypoderme + le fascia + les muscles → aspect de cellulite fibreuse + adhérence aux plans profonds + morphée bulleuse : rare + bulles se forment sur les plaques → induration très serrée → lymphœdème localisé → histologie : atrophie épidermique + bandes de collagène épaissies homogènes dans le derme + oblitération des annexes + infiltrat lymphoplasmocytaire périvasculaire → diagnostic histologique si doute

Diagnostic et traitement

Aspect / traitementDonnées, modalités et résultatsRéférences et recommandations
Diagnostic clinique et bilan complémentaire
Biopsie cutanée — histologie collagène — ANA — anti-Scl-70 négatif — anti-centromère négatif — échographie cutanée — IRM formes profondes — bilan neurologique coup de sabre — ophtalmologie — Borrelia sérologie — classification activité
Diagnostic de la morphée — démarche clinique et paraclinique : diagnostic principalement clinique : aspect caractéristique des plaques (centre nacreux + bordure active lilacée + induration) + contexte (pas de Raynaud + pas d'atteinte systémique) → biopsie cutanée + histologie : indiquée si doute diagnostique + ou forme profonde + atypique → atrophie épidermique + bandes de collagène épaissies homogènes dans le derme réticulaire et profond + perte des annexes cutanées (glandes sudoripares + follicules pileux) + infiltrat lymphoplasmocytaire périvasculaire → bilan immunologique : ANA : positifs dans 20–50 % (titre faible + pattern moucheté habituellement) → anti-Scl-70 (anti-topo I) : NÉGATIF (si positif → sclérodermie systémique) + anti-centromère : NÉGATIF (si positif → sclérodermie systémique limitée) + NFS + VS + CRP → éosinophilie + hypergammaglobulinémie + sérologie Borrelia : utile en Europe centrale (Allemagne + Autriche) → moins pertinente au Québec + évaluation de la profondeur et de l'activité : échographie cutanée à haute fréquence (20–70 MHz) : évalue l'épaisseur dermique + l'échogénicité → suivi de l'activité et de la réponse au traitement → IRM : indiquée si morphée linéaire profonde → évaluer l'atteinte musculaire + fasciale + osseuse + méningée (coup de sabre) + bilan neurologique + ophtalmologique si morphée en coup de sabre (épilepsie + troubles visuels + atteinte oculaire possible — uvéite) → IRM cérébrale → bilan orthopédique si morphée linéaire des membres chez l'enfant (inégalité de longueur + contracture) → score d'activité (LoSSI — Localized Scleroderma Skin Severity Index) + score de dommage (mLoSSI) : outils standardisés pour le suivi clinique Kreuter 2017 — Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology (EADV guidelines) : morphée + diagnostic + traitement → référence européenne + Fett 2011 — Journal of the American Academy of Dermatology : morphée + revue + classification + diagnostic + Laxer 2006 — Pediatric Rheumatology : morphée pédiatrique + suivi + Mertens 2017 — Rheumatology : morphée + IRM + profondeur + SCD (Société canadienne de dermatologie) + SRC (Société canadienne de rhumatologie) + INESSS Québec + RAMQ : biopsie + ANA + IRM → remboursés selon indication
Traitement topique et photothérapie
Dermocorticoïdes classe III IV — tacrolimus 0,1 % — calcipotriol — photothérapie UVA1 haute dose — PUVA — balnéo-PUVA — morphée plaques — formes légères — durée traitement — récidive — émollients — physiothérapie
Traitement topique et photothérapie de la morphée — formes légères à modérées : dermocorticoïdes topiques (DcT) : corticoïdes puissants (classe III — bétaméthasone + ou classe IV — clobétasol 0,05 %) appliqués sur les lésions actives → réduisent l'inflammation + l'épaisseur dermique + prudence si utilisation prolongée (atrophie cutanée iatrogène) → utiles en phase active → efficacité modérée → kalcipotriol (vitamine D3) : calcipotriol crème → inhibe la synthèse du collagène par les fibroblastes + inhibe la prolifération des LT → en association avec les DcT → données limitées mais utilisé cliniquement + tacrolimus 0,1 % pommade (inhibiteur de la calcineurine) : anti-inflammatoire sans risque d'atrophie cutanée → utile si zones sensibles (visage + plis) + ou en relais des DcT → quelques séries de cas positives → photothérapie UVA1 (longueur d'onde 340–400 nm) : traitement physique — action sur les fibroblastes : réduction de la synthèse du collagène + induction de la collagénase (MMP-1) + induction de l'apoptose des fibroblastes activés + des LT infiltrants → haute dose (80–130 J/cm²) : la plus efficace pour la morphée — régression de l'induration dans 70–80 % + amélioration de l'élasticité → dose médium (20–70 J/cm²) : alternative → Kerscher 1998 — Journal of the American Academy of Dermatology : UVA1 haute dose + morphée → référence + séances × 3–5/sem × 8–12 semaines → photothérapie PUVA (psoralène + UVA) ou balnéo-PUVA : alternative si UVA1 non disponible → données moins solides pour la morphée + émollients : maintien de l'hydratation cutanée + réduction du prurit + souplesse cutanée → utiles en adjuvant tout au long du traitement + physiothérapie et ergothérapie : morphée linéaire des membres → prévention des contractures + kinésithérapie active et passive → maintien des amplitudes articulaires → orthèse si contracture débutante Kerscher 1998 — JAAD : UVA1 haute dose + morphée → réduction induration 70–80 % → référence + Kreuter 2017 — EADV guidelines : morphée + photothérapie + topiques → El-Mofty 2000 — Photodermatology : PUVA + morphée → efficacité + Zwischenberger 2011 — Journal of the American Academy of Dermatology : UVA1 + morphée + méta-analyse + SCD (Société canadienne de dermatologie) + EADV 2017 guidelines : morphée + UVA1 → recommandations + INESSS Québec + RAMQ : photothérapie UVA1 → remboursée selon indication + dermocorticoïdes + tacrolimus topique → remboursés
Traitement systémique — méthotrexate et corticoïdes
Méthotrexate 15–25 mg/sem — acide folique — mycophénolate mofétil — corticoïdes systémiques — indications formes sévères linéaires généralisées coup de sabre — durée traitement — rechute — anti-IL — biologiques — abatacept — IVIg — morphée pédiatrique
Traitement systémique de la morphée — formes sévères et extensives : indications du traitement systémique : morphée linéaire des membres ++ (risque de contracture + inégalité de longueur chez l'enfant) + ou morphée en coup de sabre (atteinte profonde + neurologique + oculaire) + ou morphée généralisée étendue + ou formes réfractaires aux traitements topiques + ou syndrome de Parry-Romberg + méthotrexate (MTX) : traitement systémique de référence de la morphée sévère → mécanisme : inhibition de la dihydrofolate réductase → réduction de la synthèse d'ADN → antiprolifératif + immunomodulateur + anti-fibrotique → posologie : 15–25 mg/sem PO ou SC → acide folique 5 mg/sem (J lendemain du MTX) pour réduire les effets indésirables → durée minimale recommandée : 12–24 mois (après stabilisation) → résultats : réduction de l'activité de la maladie + prévention des contractures dans les formes linéaires + Fitch 2006 — Arthritis and Rheumatism : MTX + morphée pédiatrique → réduction de l'activité + Uziel 2011 — Arthritis Care and Research : MTX + prednisone + morphée → résultats + effets indésirables : nausées + hépatotoxicité (bilan hépatique de surveillance) + pneumopathie rare + contre-indications : grossesse (tératogène) + IRC + insuffisance hépatique + corticoïdes systémiques (prednisone + méthylprednisolone) : en association avec le MTX en début de traitement → réduction de l'activité inflammatoire → prednisone 0,5–1 mg/kg/j × 3–6 mois → puis décroissance progressive → seuls les corticoïdes sans MTX → risque de rebond à l'arrêt + mycophénolate mofétil (MMF) : alternative si intolérance au MTX → données limitées mais croissantes → 1 000–3 000 mg/j + traitements biologiques émergents : abatacept (inhibiteur de la co-stimulation T) → essais en cours + anti-IL-6 (tocilizumab) → données préliminaires + IVIg : quelques cas décrits → formes réfractaires sévères → séquelles fonctionnelles et esthétiques : chirurgie reconstructrice (lipofilling + implants + chirurgie osseuse) → si séquelles stables (maladie éteinte) + morphée pédiatrique → suivi multidisciplinaire : dermatologie + rhumatologie pédiatrique + neurologie + ophtalmologie + orthopédie Fitch 2006 — Arthritis and Rheumatism : MTX + morphée pédiatrique → réduction activité → référence + Uziel 2011 — Arthritis Care and Research : MTX + prednisone + morphée → Laxer 2006 — Pediatric Rheumatology : morphée pédiatrique + MTX + suivi + Kreuter 2017 — EADV guidelines : MTX + morphée sévère → recommandations + SRC (Société canadienne de rhumatologie) + SCD + EADV 2017 guidelines : morphée + MTX → recommandations → INESSS Québec + RAMQ : MTX + acide folique + prednisone → remboursés + MMF → remboursé selon critères
ℹ️ La morphée (sclérodermie localisée) est fondamentalement différente de la sclérodermie systémique — elle ne touche que la peau (et les structures sous-jacentes dans les formes profondes), sans phénomène de Raynaud ni atteinte des organes internes, et les anticorps anti-Scl-70 et anti-centromère sont négatifs : la phase inflammatoire active (bordure lilacée) est la fenêtre thérapeutique. Le méthotrexate est le traitement systémique de référence pour les formes sévères (linéaire + généralisée). La morphée linéaire de la tête (coup de sabre) peut atteindre les méninges et nécessite une IRM cérébrale et un suivi neurologique et ophtalmologique.
Situations nécessitant une référence dermatologique ou rhumatologique urgente

Enfant avec bande linéaire d'induration sur le front ou le cuir chevelu (morphée coup de sabre) + céphalées + convulsions + troubles visuels + ou asymétrie faciale progressive → morphée linéaire profonde de la tête + atteinte cérébrale ou oculaire → IRM cérébrale urgente + consultation neurologique + ophtalmologique + dermatologue + rhumatologue pédiatrique → méthotrexate systémique + corticoïdes → urgence fonctionnelle.

Enfant avec morphée linéaire d'un membre + limitation articulaire + ou inégalité de longueur des membres + ou contracture en flexion débutante → morphée linéaire avec atteinte articulaire → physiothérapie + orthèse urgente + MTX systémique + consultation rhumatologie pédiatrique + orthopédie → sans traitement → séquelles fonctionnelles irréversibles.

Plaques scléreuses multiples + Raynaud + dysphagie + essoufflement + anti-Scl-70 ou anti-centromère positifs → SCLÉRODERMIE SYSTÉMIQUE et non morphée → référence rhumatologique urgente → bilan d'extension systémique (poumon + œsophage + cœur + rein) + HTAP → traitement spécialisé → NE PAS confondre les deux entités.

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Les médecins de Clinique Omicron reconnaissent les caractéristiques cliniques de la morphée (plaques indurées nacrées + bordure lilacée active + absence de Raynaud + absence d'atteinte systémique), initient le bilan diagnostique (ANA + anti-Scl-70 négatif + biopsie si doute), prescrivent les dermocorticoïdes et le tacrolimus topique pour les formes légères, orientent vers le dermatologue pour la photothérapie UVA1 et le rhumatologue pour le méthotrexate dans les formes sévères, et coordonnent avec la neurologie et l'ophtalmologie dans les formes de la tête. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin, d'un dermatologue ou d'un rhumatologue. La morphée linéaire de la tête (coup de sabre) et le syndrome de Parry-Romberg nécessitent un suivi multidisciplinaire spécialisé urgent, particulièrement chez l'enfant en croissance.

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