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Oto-rhino-laryngologie & Pédiatrie & Médecine de famille

Otite séreuse (glue ear — otite moyenne avec effusion)

L'otite séreuse — également désignée otite moyenne avec effusion (OME), otite muqueuse ou, dans sa forme la plus caractéristique chez l'enfant, glue ear (« oreille collée » en anglais, évocateur de la consistance visqueuse du liquide intraoturien) — est la présence d'un liquide non infectieux dans la caisse du tympan (oreille moyenne) en l'absence de signes d'infection aiguë (pas de fièvre, pas de douleur intense, tympan non inflammatoire). Elle représente la cause la plus fréquente de surdité de transmission chez l'enfant en âge préscolaire et scolaire, et constitue l'indication la plus courante de chirurgie ORL pédiatrique dans les pays occidentaux. Sa physiopathologie repose essentiellement sur un dysfonctionnement de la trompe d'Eustache — canal ostéo-cartilagineux qui relie la caisse du tympan au nasopharynx et assure la ventilation et le drainage de l'oreille moyenne — qui, lorsqu'elle ne s'ouvre pas correctement lors de la déglutition et du bâillement, entraîne une pression négative dans l'oreille moyenne, une transsudat de liquide depuis la muqueuse, et un défaut de drainage du mucus de la cavité tympanique. Chez l'enfant, la trompe d'Eustache est anatomiquement plus courte, plus horizontale et de moindre diamètre que chez l'adulte, ce qui explique la prévalence très élevée de l'OME dans la petite enfance — environ 80 % des enfants auront au moins un épisode avant l'âge de 4 ans. Les principaux facteurs favorisants sont les infections virales des voies aériennes supérieures répétées (le rhume d'hiver fait office de déclencheur principal), la fréquentation d'une collectivité (garderie, crèche), l'exposition tabagique passive, et l'hypertrophie adénoïdienne qui obstrue mécaniquement le débouché de la trompe au niveau du cavum. Dans la grande majorité des cas, l'otite séreuse est une affection bénigne et spontanément résolutive en 3 mois pour 75 % des épisodes. Son importance clinique tient à son impact sur l'audition — une surdité de transmission de 20 à 40 dB en moyenne — qui, si elle persiste durant les périodes critiques du développement du langage (entre 6 mois et 3 ans), peut entraîner un retard de parole et de langage ainsi que des difficultés scolaires secondaires.

Physiopathologie et facteurs de risque

  • Dysfonctionnement tubaire — mécanisme central : la trompe d'Eustache s'ouvre normalement lors de la déglutition et du bâillement grâce à la contraction du muscle tenseur du voile du palais → équilibre la pression entre l'oreille moyenne et l'air ambiant + draine les sécrétions de la caisse vers le nasopharynx + en cas de dysfonctionnement : pression négative dans l'oreille moyenne → transsudat de liquide depuis la muqueuse tympanique → accumulation de sécrétions muqueuses → effusion → la caisse du tympan se remplit d'un liquide visqueux (glue) non infectieux dans les cas chroniques
  • Facteurs anatomiques propres à l'enfant : trompe d'Eustache plus courte (17–18 mm vs 35–38 mm chez l'adulte) + plus horizontale (angle de 10° vs 45° chez l'adulte) + moindre rigidité cartilagineuse + s'ouvre moins facilement à la déglutition → explique la prévalence maximale entre 0 et 5 ans
  • Facteurs favorisants principaux : infections virales des voies respiratoires supérieures répétées (rhinovirus + VRS + adénovirus + influenza) → inflammation de la muqueuse tubaire → obstruction temporaire + hypertrophie des végétations adénoïdes (obstruction mécanique du débouché tubaire au niveau du cavum) + fréquentation d'une garderie ou crèche (risque × 2 à 3) + tabagisme passif (altération du transport mucociliaire et de la clairance tubaire) + allaitement artificiel en position allongée (reflux de lait vers la trompe d'Eustache) + fente palatine (insuffisance du tenseur du voile → dysfonctionnement tubaire sévère et chronique)
  • Facteurs protecteurs : allaitement maternel (réduction de 23 % du risque d'OME récidivante) + absence d'exposition tabagique + utilisation limitée de la sucette (la sucette augmente le risque d'otite moyenne par modifications de la pression tubaire + portage de pneumocoques) + vaccination antipneumococcique et anti-Haemophilus influenzae b

Présentation clinique et impact auditif

Signe ou symptôme Description et caractéristiques Valeur diagnostique
Hypoacousie de transmission Perte auditive de 20 à 40 dB en moyenne (peut atteindre 50 dB dans les formes sévères) + unilatérale ou bilatérale + le parent décrit un enfant qui fait répéter + ne répond pas quand on l'appelle de loin + augmente le volume de la télévision + parle fort + manque d'attention en classe + un enfant ne se plaint pas lui-même de ne pas entendre (il n'a pas de référence) Signe cardinal de l'OME + malheureusement souvent attribué à tort à un manque d'attention ou à un trouble comportemental dans les formes modérées + un retard de langage sans autre cause évidente doit conduire à évaluer l'audition
Absence de douleur et de fièvre Contrairement à l'otite moyenne aiguë (OMA) purulente → absence de douleur ototpulsatile + absence de fièvre + l'enfant ne tire pas sur l'oreille + parfois une sensation de plénitude auriculaire ou d'oreille « bouchée » est rapportée par les enfants plus grands et les adultes + acouphènes graves rares mais possibles L'absence de douleur explique que la diagnostic d'OME est souvent posé tardivement ou de façon fortuite lors d'un examen systématique
Otoscopie — aspect du tympan Tympan mat + terne + perd son reflet lumineux normal + rétracté (dépression vers la caisse) + couleur variant du jaune ambré à l'orange (liquide visqueux visible en transparence) au grisâtre ou bleuté (liquide mucoïde ancien) + mobilité tympanique réduite ou nulle à la pression pneumatique (otoscope pneumatique) + niveau liquide horizontal parfois visible derrière le tympan + bulles d'air visibles dans le liquide (aspect caractéristique) L'otoscopie pneumatique (utilisation d'un otoscope permettant de souffler de l'air dans le conduit auditif) est l'examen clinique le plus performant pour la détection de l'OME (sensibilité 94 % + spécificité 80 % dans les mains d'un opérateur entraîné) mais peu utilisée en médecine de famille
Retard de langage et difficultés scolaires Les enfants avec OME bilatérale persistante (> 3 mois) peuvent présenter un retard de parole et de langage + des difficultés de discrimination phonémique + des performances scolaires inférieures en lecture + des difficultés d'attention en classe (souvent confondues avec un TDAH) + l'impact est plus marqué si l'OME survient entre 6 mois et 3 ans (période critique du développement du langage) Justification principale de l'intervention chirurgicale (aérateurs transtympaniques) dans les formes persistantes bilatérales chez l'enfant en bas âge

Diagnostic — examens complémentaires

  • Tympanométrie (impédancemétrie) : examen objectif de référence pour confirmer l'OME + mesure la compliance (souplesse) du tympan en réponse à des variations de pression dans le conduit auditif + tympanogramme de type B (courbe plate sans pic — compliance nulle ou très basse) → signe caractéristique de l'effusion dans la caisse du tympan + sensibilité 80–90 % + spécificité 70–85 % pour l'OME + disponible au cabinet médical + rapide + non invasif + bien toléré + le tympanogramme de type C (pic déplacé vers les pressions négatives) indique une rétraction tympanique avec pression négative dans la caisse sans effusion franche
  • Audiométrie tonale et vocale : quantifie le degré de surdité (courbe osseuse normale + courbe aérienne abaissée de 20 à 40 dB = surdité de transmission) + test de Weber et Rinne au diapason en consultation (Rinne négatif — conduction osseuse meilleure que la conduction aérienne = surdité de transmission) + audiométrie comportementale chez l'enfant < 3 ans (conditioning play audiometry)
  • Réflexe stapédien : absent si effusion dans la caisse (le muscle stapédien ne peut pas se contracter efficacement si la chaîne ossiculaire est immobilisée par le liquide) + renforce le diagnostic d'OME en combinaison avec la tympanométrie
  • Nasofibroscopie : examen endoscopique du nasopharynx + évalue l'hypertrophie des végétations adénoïdes + recherche une tumeur nasopharyngée (à exclure systématiquement chez l'adulte présentant une OME unilatérale persistante)
  • IRM ou scanner des cavités nasales et du cavum : réservé aux adultes avec OME unilatérale persistante pour exclure un carcinome du nasopharynx (tumeur rare mais grave dont l'OME unilatérale peut être le premier signe)
ℹ️ Toute otite séreuse unilatérale persistante chez un adulte, en l'absence d'étiologie évidente (rhinite allergique, IVRS récente), impose une nasofibroscopie et une IRM du cavum pour exclure un carcinome du nasopharynx — tumeur rare mais dont l'OME unilatérale est parfois le premier et unique signe pendant des semaines à mois. Cette règle est absolue chez les adultes d'origine asiatique du Sud-Est (Chine du Sud, Hong Kong, Vietnam, Cambodge) et chez les personnes nées en zone endémique, car la prévalence du carcinome du nasopharynx est jusqu'à 20 fois plus élevée dans ces populations.

Traitement et stratégie de prise en charge

Stratégie Indications et modalités Résultats et niveau de preuve
Surveillance active — watchful waiting (3 mois) Première étape pour la majorité des enfants avec OME récente ou de durée inconnue + surveillance de l'audition et du développement du langage + contrôle ORL et tympanométrie à 3 mois + indiquée si audition satisfaisante (> 40 dB) + développement du langage normal + pas de complications tympaniques (rétraction sévère) 75 % des OME régressent spontanément dans les 3 mois + la surveillance évite des interventions chirurgicales inutiles dans la majorité des cas + niveau de preuve A pour l'efficacité de la surveillance dans les OME récentes (Rosenfeld 2016 — Clinical Practice Guideline AAO-HNS)
Traitement médical — mesures adjuvantes Antibiotiques → NON recommandés (pas de bénéfice démontré dans l'OME non infectieuse) + corticoïdes oraux → bénéfice à court terme sur la résolution (NNT 7) mais récidive fréquente + risques des corticoïdes non justifiés pour une affection bénigne → non recommandés en routine par les lignes directrices actuelles + décongestionnants (pseudoéphédrine + oxymétazoline) → aucun bénéfice démontré + antihistaminiques → aucun bénéfice sauf rhinite allergique associée documentée (traitement de la cause sous-jacente) + manœuvre d'auto-inflation (Otovent®) → insufflation nasale d'un ballonnet gonflable → augmente la pression nasopharyngée → ouvre la trompe d'Eustache → efficacité modeste mais sans effets indésirables + peut être proposée aux enfants > 3 ans capables de réaliser la manœuvre Les lignes directrices AAO-HNS (2016) et NICE (2023) déconseillent les antibiotiques et les corticoïdes en traitement systématique de l'OME + la manœuvre d'auto-inflation (Otovent®) peut améliorer légèrement la résolution à 3 mois (Williamson 2015 — BMJ)
Aérateurs transtympaniques (ATT) — drains tympaniques Intervention chirurgicale sous anesthésie générale courte (10–15 minutes) + myringotomie (incision du tympan) + pose d'un petit tube en plastique ou en silicone dans l'incision → ventile l'oreille moyenne + draine l'effusion + rétablit l'équilibre de pression + ATT à court terme : s'extrudent spontanément en 6 à 18 mois + ATT à long terme (T-tube) : 2 à 4 ans + indications : OME bilatérale persistant > 3 mois + surdité ≥ 40 dB + ou impact sur le développement du langage + ou complications tympaniques (poche de rétraction) + ou OME unilatérale > 6 mois Amélioration immédiate de l'audition (+10 à +15 dB) + réduction des épisodes d'otite aiguë récidivante + impact sur le développement du langage : bénéfice démontré chez les enfants avec surdité documentée > 40 dB + ATT intervention la plus fréquente chez l'enfant sous anesthésie générale au Canada + taux de complications faible : otorrhée (25–30 % — traitée par gouttes auriculaires) + perforation tympanique résiduelle après extrusion (1–2 %)
Adénoïdectomie Ablation chirurgicale des végétations adénoïdes + souvent combinée aux ATT lors de la même intervention + indiquée si hypertrophie adénoïde documentée (obstruction du cavum) + ou infections des voies aériennes supérieures récidivantes + ou ronflement nocturne + apnée obstructive du sommeil associée + réduit le taux de récidive d'OME et le taux de réintervention pour ATT Adénoïdectomie + ATT → réduit de 50 % le risque de réinsertion d'ATT à 2 ans vs ATT seuls (Paradise 1990 — NEJM) + adénoïdectomie seule (sans ATT) → moins efficace que l'association mais option si ATT préalables extrudés + bénéfice sur l'OME indépendant de la taille des adénoïdes

Otite séreuse chez l'adulte — particularités

  • Causes à évoquer en priorité chez l'adulte : rhinite allergique chronique (cause la plus fréquente) + obstruction nasale chronique (polypes + déviation septale) + dysfonctionnement tubaire fonctionnel + barotraumatisme (plongée sous-marine + voyage en avion) + masse nasopharyngée (carcinome du nasopharynx à exclure systématiquement si unilatéral) + radionécrose post-radiothérapie cervicale + maladie de Behçet + sarcoïdose
  • Examen systématique obligatoire chez l'adulte : nasofibroscopie + et/ou IRM du cavum si OME unilatérale persistante > 4 à 6 semaines sans explication évidente → exclure un carcinome du nasopharynx + sérologie EBV (VCA IgA — marqueur diagnostique du carcinome du nasopharynx dans les populations à risque)
  • Traitement chez l'adulte : corticoïdes nasaux en spray (budésonide + fluticasone) → réduisent l'inflammation nasopharyngée et facilitent la ventilation tubaire + traitement de la rhinite allergique si présente + manœuvre de Valsalva ou auto-inflation régulière + ATT si persistance > 3 mois avec surdité significative + traitement étiologique en priorité
Situations nécessitant une consultation ORL rapide

Une consultation ORL dans les semaines suivantes est recommandée dans les situations suivantes : OME bilatérale persistant depuis plus de 3 mois avec surdité documentée chez un enfant en bas âge (risque d'impact sur le développement du langage) + OME associée à un retard de parole ou de langage quelle que soit sa durée + OME unilatérale persistante chez un adulte de plus de 3 semaines sans cause évidente (exclure carcinome du nasopharynx) + OME avec poche de rétraction tympanique progressive (risque de cholestéatome) + ou OME associée à des vertiges ou à une surdité de type neurosensoriel.

Pour le diagnostic d'une otite séreuse par tympanométrie, l'évaluation de l'audition d'un enfant et l'orientation vers l'ORL pour les formes persistantes ou compliquées, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

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Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron diagnostiquent l'otite séreuse par l'otoscopie et la tympanométrie, évaluent l'impact sur l'audition et le développement du langage de l'enfant, prescrivent les examens complémentaires appropriés (audiométrie + nasofibroscopie chez l'adulte), assurent la surveillance active pendant les 3 premiers mois et orientent vers l'ORL-pédiatrique ou l'ORL pour les formes persistantes nécessitant des aérateurs transtympaniques. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un oto-rhino-laryngologiste. Toute otite séreuse unilatérale persistante chez un adulte doit être explorée par nasofibroscopie pour exclure une tumeur du nasopharynx avant d'être attribuée à une cause bénigne.

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