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Hématologie & Médecine interne & Médecine de famille & Biologie médicale

Hypochromie (morphologie érythrocytaire)

L'hypochromie est une anomalie morphologique des érythrocytes (globules rouges) caractérisée par une réduction de leur contenu en hémoglobine, visible sur le frottis sanguin coloré (May-Grünwald-Giemsa ou Wright) par un élargissement de la zone centrale claire (zone de palleur centrale) qui dépasse normalement un tiers du diamètre érythrocytaire. Sur le plan quantitatif, l'hypochromie correspond à une concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine (CCMH) inférieure à 315 g/L (ou 31,5 g/dL) et à une teneur corpusculaire moyenne en hémoglobine (TCMH) inférieure à 27 picogrammes. L'hypochromie est le reflet d'une synthèse d'hémoglobine insuffisante lors de l'érythropoïèse médullaire, résultant d'un déficit en l'un ou plusieurs des trois composants essentiels de l'hémoglobine : le fer (hème), la globine (chaînes alpha ou bêta), ou la porphyrine. Elle est quasi-constamment associée à la microcytose (VGM réduit <80 fL) car les mêmes mécanismes qui réduisent la synthèse d'hémoglobine permettent aux érythroblastes de se diviser davantage avant d'atteindre la maturité, donnant des érythrocytes plus petits et plus pâles. La cause la plus fréquente d'hypochromie dans la population mondiale est la carence en fer — première cause d'anémie dans le monde, touchant environ 2 milliards de personnes. Les autres causes importantes sont la thalassémie (déficit génétique en chaînes de globine), l'anémie des maladies chroniques (inflammation chronique → séquestration du fer par l'hepcidine), l'anémie sidéroblastique (déficit de l'incorporation du fer dans l'hème), et l'intoxication au plomb. La distinction entre ces différentes causes — dont plusieurs peuvent coexister — repose sur un bilan biologique ciblé incluant la ferritinémie, les indices érythrocytaires, la réticulocytose, le fer sérique, la saturation de la transferrine et parfois l'électrophorèse de l'hémoglobine.

Morphologie, mécanismes physiopathologiques et étiologies

  • Morphologie de l'hypochromie sur le frottis et corrélation avec les indices érythrocytaires : aspect morphologique sur le frottis sanguin coloré (May-Grünwald-Giemsa) : érythrocyte normal : zone de palleur centrale occupant environ 1/3 du diamètre cellulaire (zone correspondant à la biconcavité du disque + zone sans hémoglobine au centre) → érythrocyte hypochrome : zone de palleur centrale élargie occupant plus de 1/3 du diamètre → anneau fin d'hémoglobine en périphérie → aspect en « fantôme » ou en « anneau de chevalière » dans les formes sévères → pâleur intense de toute la cellule dans les thalassémies sévères → classification de l'hypochromie selon l'intensité : grade 1 : légère élargissement de la zone centrale → grade 2 : la zone claire atteint 50–60 % du diamètre → grade 3 : mince anneau périphérique d'Hb → correspondant à une CCMH très basse + association fréquente avec d'autres anomalies morphologiques sur le même frottis : microcytose (petits érythrocytes) → quasiment constante avec l'hypochromie + anisocytose (variabilité de taille — IDR — indice de distribution des réticulocytes — élevé dans la carence martiale) + poïkilocytose (variabilité de forme) → elliptocytes + ovalocytes + schizocytes + cellules cibles (target cells) : érythrocytes avec zone centrale densément colorée entourée d'un halo clair → caractéristiques des thalassémies + des hémoglobinopathies + des maladies hépatiques → hypochromie + elliptocytes → thalassémie homozygote + ou hémoglobinopathie + sidérocytes (érythrocytes contenant des granules de fer non incorporés dans l'hème — coloration bleu de Prusse) → anémie sidéroblastique + anneau de Pappenheimer (granules de fer dans les érythrocytes — visible sur coloration MGG) ; indices érythrocytaires corrélés à l'hypochromie : VGM (volume globulaire moyen) : normal 80–100 fL → microcytose <80 fL → CCMH (concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine) : normale 315–360 g/L → hypochromie si <315 g/L → TCMH (teneur corpusculaire moyenne en hémoglobine) : normale 27–33 pg → hypochromie si <27 pg → IDR (indice de distribution des réticulocytes ou Red Cell Distribution Width — RDW) : mesure l'anisocytose → normal : 11,5–14,5 % → élevé dans la carence martiale (anisocytose marquée) + normal ou légèrement élevé dans la thalassémie mineure (les érythrocytes sont homogènes malgré leur petite taille — anisocytose moins marquée) → IDR est un outil clé pour distinguer la carence martiale de la thalassémie α ou β mineure ; mécanismes physiopathologiques de l'hypochromie : l'hémoglobine (Hb) = 4 chaînes de globine + 4 molécules d'hème (fer + protoporphyrine) → déficit en l'un des 3 composants → synthèse d'Hb insuffisante → hypochromie : déficit en fer → synthèse de l'hème insuffisante → érythroblastes continuent à se diviser → microcytose + hypochromie + déficit en globine (thalassémies) → excès de chaînes de globine non appariées → précipitation intracellulaire → destruction des érythroblastes → anémie inefficace (dyserythropoïèse) → microcytose + hypochromie + anomalie de la synthèse de la porphyrine → anémie sidéroblastique → accumulation de fer dans les mitochondries des érythroblastes → hypochromie + sidéroblastes en couronne + séquestration du fer par l'inflammation (hepcidine) → anémie des maladies chroniques → fer non mobilisable → synthèse d'hème insuffisante
  • Étiologies de l'hypochromie-microcytose — classification et particularités : carence en fer (anémie ferriprive) — cause la plus fréquente : épidémiologie : 2 milliards de personnes touchées dans le monde (OMS) + 30 % des femmes en âge de procréer au Canada ont un statut ferrique insuffisant → causes : apport alimentaire insuffisant + malabsorption (maladie cœliaque + résection intestinale + chirurgie bariatrique + gastrite atrophique) + pertes chroniques (saignements digestifs + menstruelles + hématurie + épistaxis répétées + saignements occultes) + besoins accrus (grossesse + nourrisson + croissance rapide) + séquence de la déplétion martiale : stade 1 → diminution des réserves (ferritine basse) sans modification de l'Hb ou des indices → stade 2 → déficit de transport (ferritine basse + saturation transferrine basse + sidérophylline élevée) → Hb encore normale → stade 3 → anémie ferriprive constituée (Hb basse + VGM bas + CCMH bas + hypochromie + microcytose sur le frottis) + anémie des maladies chroniques (AMC) — 2e cause d'anémie dans le monde : inflammation chronique → IL-6 → production hépatique d'hepcidine → dégradation de la ferroportine → séquestration du fer dans les macrophages + entérocytes → réduction du fer disponible pour l'érythropoïèse → caractéristiques : normochrome-normocytaire dans 50 % des cas + microcytaire-hypochrome dans 25–30 % (si inflammation sévère et prolongée) + ferritine normale ou élevée (protéine de phase aiguë) + saturation de la transferrine basse + fer sérique bas + transferrine basse (vs carence martiale où la transferrine est élevée) + Ganz 2003 — Science : découverte de l'hepcidine + rôle central dans l'AMC + thalassémies — hémoglobinopathies génétiques fréquentes : bêta-thalassémie mineure (trait) : hétérozygote → une seule mutation bêta-globine → anémie légère + microcytose + hypochromie + VGM très bas souvent (≤65 fL) + IDR quasi normal (anisocytose minimale) + électrophorèse Hb : HbA2 élevée >3,5 % → Hb varie peu (80–110 g/L) + bêta-thalassémie majeure (homozygote ou doublement hétérozygote) : anémie sévère + hémolyse + dyserythropoïèse + splénomégalie massive + dépendance transfusionnelle + alpha-thalassémie (délétion des gènes alpha) : 4 formes selon le nombre de copies délétées : −α/αα (porteur silencieux — normal) + −α/−α ou ααT/αα (trait alpha-thalassémie) → microcytose légère sans anémie → HbA2 normale + −−/αα (HbH disease) → anémie modérée à sévère + corps de Heinz + −−/−− (hydrops fetalis — Hb Bart) → incompatible avec la vie → diagnostic alpha-thalassémie : pas d'élévation de HbA2 → nécessite la biologie moléculaire (PCR) → prévalence élevée en Asie du Sud-Est + Afrique + Méditerranée → anémie sidéroblastique : déficit de l'incorporation du fer dans l'hème → accumulation de fer dans les mitochondries des érythroblastes → sidéroblastes en couronne (iron ring sideroblasts) → myélogramme : sidéroblastes en couronne ≥15 % des érythroblastes → causes : génétique (ALAS2 — lié à l'X — gènes SLC25A38 + ABCB7 + GLRX5) + acquise : alcoolisme + plomb + isoniazide + pyridoxine + chloramphénicol + syndrome myélodysplasique (MDS-RS) → fer sérique élevé + saturation transferrine élevée + ferritine élevée → profil opposé à la carence martiale + intoxication au plomb : inhibition de plusieurs enzymes de la synthèse de l'hème (ALAD + ferrochelatase) → accumulation de la porphyrine + du fer → ponctuation basophile des érythrocytes (stippling basophile) + hypochromie + microcytose → plombémie + ALAD urinaire (delta-ALA)

Bilan diagnostique, interprétation et prise en charge

Aspect / étiologieDonnées, critères diagnostiques et traitementÉtudes clés et recommandations
Bilan biologique de l'hypochromie-microcytose — algorithme diagnostique
Ferritine — fer sérique — saturation transferrine — réticulocytes — IDR — électrophorèse Hb — frottis — myélogramme — récepteur soluble transferrine
Algorithme diagnostique devant une anémie hypochrome-microcytaire : étape 1 — confirmer l'hypochromie-microcytose : NFS avec indices érythrocytaires → VGM <80 fL + CCMH <315 g/L + frottis sanguin : hypochromie + microcytose → grade de l'hypochromie + autres anomalies morphologiques + IDR (anisocytose) → IDR élevé → carence martiale probable → IDR normal → thalassémie probable → étape 2 — bilan martial : ferritine sérique : marqueur des réserves en fer → valeur normale : 12–150 µg/L (femmes) + 15–200 µg/L (hommes) → ferritine <12 µg/L : carence absolue en fer (sensibilité 59 % + spécificité 99 % — Cook 1992 — Blood) → ferritine 12–30 µg/L : carence probable → ferritine normale ou élevée : carence martiale peu probable (mais attention à l'inflammation — ferritine est protéine de phase aiguë — une ferritine <100 µg/L dans un contexte inflammatoire peut masquer une carence) → fer sérique (sidérémie) : variable au cours de la journée + abaissé dans la carence + abaissé dans l'AMC + normal ou élevé dans la thalassémie + élevé dans la sidéroblastique → capacité totale de fixation de la transferrine (CTFF — ou TIBC — Total Iron Binding Capacity) : élevée dans la carence martiale (synthèse de transferrine augmentée) → basse ou normale dans l'AMC → saturation de la transferrine (Sat TRF) = fer sérique / TIBC × 100 : normale 20–50 % → <15 % : carence martiale ou AMC sévère → >50 % : surcharge en fer + anémie sidéroblastique → récepteur soluble de la transferrine (RsTf) : marqueur de l'érythropoïèse déficiente en fer → non affecté par l'inflammation → utile pour distinguer la carence martiale (RsTf élevé) de l'AMC (RsTf normal ou légèrement élevé) → ratio RsTf/log(ferritine) — index de Thomas → ratio >2 → carence martiale + ratio <1 → AMC + ratio entre 1 et 2 → carence martiale associée à l'AMC → étape 3 — électrophorèse de l'hémoglobine (HPLC) : HbA2 >3,5 % → bêta-thalassémie mineure (quasi-spécifique) → HbA2 normale (2–3,5 %) + microcytose + pas de carence martiale → évoquer l'alpha-thalassémie → biologie moléculaire → hémoglobines anormales : HbS + HbC + HbE + HbH → → voir les hémoglobinopathies correspondantes → étape 4 — réticulocytes et évaluation de l'érythropoïèse : réticulocytes normaux ou bas → érythropoïèse insuffisante (carence martiale + AMC + thalassémie légère) → réticulocytes élevés → régénération après traitement ou hémolyse → étape 5 — examens complémentaires selon l'orientation : myélogramme avec coloration de Perls (bleu de Prusse) : si anémie sidéroblastique suspectée → sidéroblastes en couronne + sidéroblastes normaux → siderose macrophagique → confirme le diagnostic + plombémie et delta-ALA urinaire : si intoxication au plomb suspectée → ponctuation basophile + hypochromie + contexte d'exposition → NFS + CRP + VS (inflammation) + ferritine → si ferritine élevée + sidérémie basse → AMC → TSH (hypothyroïdie — cause d'anémie normocytaire mais parfois microcytaire légère) + bilan cœliaque (anti-tTG IgA) si malabsorption du fer suspectée ; profil biologique comparatif des 4 grandes étiologies : carence martiale : VGM↓↓ + CCMH↓↓ + IDR↑↑ + ferritine↓ + fer↓ + CTFF↑ + Sat TRF↓ + RsTf↑ + HbA2 normale → AMC : VGM légèrement↓ ou normal + CCMH légèrement↓ ou normal + IDR normal + ferritine normale ou ↑ + fer↓ + CTFF↓ + Sat TRF↓ + RsTf normal ou légèrement↑ + CRP élevée → bêta-thalassémie mineure : VGM↓↓ (souvent <65 fL) + CCMH légèrement↓ + IDR normal + ferritine normale + fer normal + HbA2 >3,5 % → anémie sidéroblastique : VGM variable + CCMH↓ + IDR élevé + ferritine ↑↑ + fer ↑↑ + Sat TRF ↑↑ + sidéroblastes en couronne au myélogramme Cook 1992 — Blood : ferritine <12 µg/L → spécificité 99 % + sensibilité 59 % pour la carence martiale → gold standard pour le diagnostic de la carence absolue + sensibilité améliorée si seuil relevé à 30 µg/L (sensibilité 92 % + spécificité 98 %) → Thomas 2002 — Clinical Chemistry and Laboratory Medicine : ratio RsTf/log(ferritine) (index de Thomas) → distingue carence martiale de l'AMC → utile dans les situations mixtes + Ganz 2003 — Science : découverte de l'hepcidine → mécanisme moléculaire de l'AMC → révolution dans la compréhension + Guyatt 1990 — Journal of General Internal Medicine (méta-analyse) : ferritine = meilleur test pour confirmer ou exclure la carence martiale + Schaefer 2015 — Clinical Chemistry : RsTf dans les différentes anémies → revue des performances + Punnonen 1997 — Blood : sTfR/ferritine ratio → performance diagnostique dans les anémies complexes + OMS 2011 : définitions de l'anémie + carence martiale → 2 milliards personnes touchées + Cappellini 2015 — International Journal of Hematology : revue de la carence martiale + diagnostic + traitement + SOGC + OMS 2001 : algorithme de dépistage de la carence martiale
Traitement de l'anémie ferriprive — carence martiale
Fer per os — sulfate ferreux — fer IV — carboxymaltose ferrique — sucrose ferrique — transfusion — monitoring — suivi — causes à traiter
Principe général du traitement de la carence martiale : traiter la cause (le plus important) + corriger le déficit en fer ; fer per os — traitement de 1re intention si tolérée : sulfate ferreux 300 mg (60 mg de fer élémentaire) × 3/j → ou gluconate ferreux + ou fumarate ferreux → dose quotidienne efficace : 100–200 mg de fer élémentaire → à prendre à jeun ou avec de la vitamine C pour maximiser l'absorption (acidité gastrique + réducteur — vit C → réduction Fe³⁺ → Fe²⁺ → absorption accrue) → ne pas co-administrer avec : calcium + IPP + antiacides + tétracyclines + quinolones (chélation) → donner 2h d'intervalle → absorption dans le duodénum et le jéjunum proximal via DMT1 → effets indésirables : nausées + douleurs épigastriques + constipation + selles noires → améliorer en prenant avec les repas (mais réduit l'absorption de 40–50 %) → alternance jour-sur-jour peut améliorer la tolérance et l'absorption → Tolkien 2015 — PLOS ONE : fer ferreux altrenate day → meilleure absorption que la prise quotidienne (car régulation à la baisse de l'hepcidine entre les prises) → amélioration de la Hb attendue en 4–8 semaines → suivi : NFS à 4 semaines → si amélioration Hb de 10–20 g/L → poursuivre 3–6 mois pour reconstituer les réserves → ferritine cible >50 µg/L → si pas d'amélioration → évaluer la compliance + l'absorption + reconsidérer le diagnostic + fer IV (intraveineux) — 2e intention ou situations spécifiques : indications : malabsorption (cœliaque + résection intestinale + bypass gastrique) + intolérance au fer oral sévère + anémie sévère nécessitant une correction rapide + insuffisance rénale chronique (sous EPO) + Grossesse (2e et 3e trimestre) + inflammation avec hepcidine élevée (AMC + maladies rénales) → formes disponibles au Canada : carboxymaltose ferrique (Ferinject) : 1 000 mg IV en 15 min → dose unique + sucrose ferrique (Venofer) : 200 mg par perfusion × 3–5 séances → dextran ferrique de faible poids moléculaire : risque d'anaphylaxie (pré-médication recommandée) → isomaltose ferrique (Monofer) → ferumoxytol (Feraheme) + efficacité et tolérance : Muñoz 2017 — Blood Transfusion : carboxymaltose ferrique → correction de l'anémie en 4 semaines + reconstitution des réserves en 8 semaines → moins d'effets indésirables que le dextran + Cappellini 2015 — NEJM (AFFIRM trial) : carboxymaltose ferrique dans l'anémie ferriprive → supérieur au sulfate ferreux oral en rapidité de correction + Munro 2018 — BJOG : fer IV en obstétrique → correction rapide + bien tolérée → surveillance : hypophosphatémie (carboxymaltose ferrique → peut provoquer une hypophosphatémie significative transitoire → surveiller le phosphore) + NFS + ferritine à 4–8 semaines ; transfusion de culots globulaires : indiquée si Hb <70 g/L avec symptômes cardio-pulmonaires + ou Hb <80 g/L chez les patients symptomatiques avec cardiopathie + non recommandée si anémie asymptomatique sévère mais chronique (tolèrent mieux la carence chronique) → ne traite pas la cause → risques : transfusionnels (incompatibilité + allo-immunisation + infection) + traiter systématiquement la cause de la carence martiale avant de conclure à un traitement définitif + endoscopie digestive haute + basse si suspect de saignement digestif + gynécologie si ménorragies + bilan cœliaque si malabsorption + PH et gastroscopie si gastrite atrophique Tolkien 2015 — PLOS ONE : fer ferreux un jour sur deux → meilleure absorption → réduction de la régulation à la baisse de l'hepcidine + Cappellini 2015 — NEJM (AFFIRM trial) : carboxymaltose ferrique vs sulfate ferreux → efficacité supérieure + rapidité + Muñoz 2017 — Blood Transfusion : carboxymaltose ferrique → correction 4 semaines + réserves 8 semaines → bien toléré + Munro 2018 — BJOG : fer IV en obstétrique → correction rapide + excellente tolérance + Guyatt 1990 — JGIM : méta-analyse → ferritine = meilleur test de dépistage + OMS 2011 + Santé Canada : supplémentation en fer dans les groupes à risque → recommandations nationales + Recommandations SOGC 2019 : fer IV en grossesse si intolérance ou Hb <90 g/L au 3e trimestre + Canadian Blood Services + AABB 2016 : transfusion restrictive → Hb cible 70–80 g/L sauf exceptions + CARI (Caring for Australians with Renal Impairment) + KDIGO 2012 : fer IV dans l'IRC sous EPO → cible ferritine 200–500 µg/L + Sat TRF 20–50 %
Thalassémies — diagnostic, conseil génétique et traitement
Bêta-thalassémie mineure — bêta-thalassémie majeure — alpha-thalassémie — HbA2 — PCR génique — transfusions — chélation du fer — greffe — luspatercept
Bêta-thalassémie mineure (trait bêta-thalassémique) : patient souvent asymptomatique ou légèrement anémique → diagnostic : VGM très bas (souvent <65–70 fL) + Hb souvent normale ou légèrement basse (100–130 g/L) + IDR normal + électrophorèse Hb : HbA2 >3,5 % + ou HbF légèrement élevée + ferritine normale (pas de carence martiale → ne pas traiter avec du fer sans bilan martial complet) → prévalence élevée dans : populations méditerranéennes (Grèce + Italie + Espagne + Moyen-Orient) + Asie du Sud-Est + Afrique → au Canada : prévalence plus élevée dans les communautés immigrantes de ces régions → importance du conseil génétique : si les deux parents sont porteurs → risque de 25 % de bêta-thalassémie majeure pour chaque grossesse → dépistage prénatal (électrophorèse Hb maternelle + paternelle + biologie moléculaire si trait confirmé) → traitement : aucun traitement spécifique requis + ne pas supplémenter en fer sauf si carence martiale prouvée (la ferritine et les indices martiaux sont normaux dans la thalassémie mineure) → bêta-thalassémie majeure (thalassémie de Cooley) : anémie sévère dépendante des transfusions → splénomégalie massive + hépatomégalie + déformations osseuses (visage thallassémique → hypertrophie des os du crâne et des pommettes) + retard de croissance + transfusions régulières : toutes les 3–4 semaines → objectif Hb pré-transfusionnelle : 90–105 g/L → surcharge en fer progressive (hémosidérose) → chélation du fer obligatoire : déféroxamine (Desferal) SC ou IV 8–10h/nuit × 5–7 nuits/semaine → ou déférasirox (Exjade — Jadenu) oral 20–40 mg/kg/j → ou défériprone (Ferriprox) oral 75–100 mg/kg/j + surveillance : ferritine cible <1 000 µg/L + IRM cardiaque (T2* → quantification du fer cardiaque — surcharge cardiaque = principale cause de mortalité) + IRM hépatique → greffe de cellules souches hématopoïétiques (allo-CSH) : seul traitement curatif disponible jusqu'à récemment → meilleure survie si réalisée jeune + donneur HLA-compatible → résultats : survie sans maladie à 10 ans : 80–90 % si donneur géno-identique + luspatercept (Reblozyl) : agent stimulant la maturation érythroïde → Cappellini 2020 — NEJM (BELIEVE trial) : luspatercept + bêta-thalassémie majeure → réduction du besoin transfusionnel de ≥33 % dans 21 % des patients vs 4,5 % placebo → approbation FDA 2019 + Health Canada pour la bêta-thalassémie dépendante des transfusions → thérapie génique : betibeglogene autotemcel (Zynteglo — bluebird bio) : approbation FDA 2022 → insertion du gène HBB fonctionnel par vecteur lentiviral → résultats prometteurs : indépendance transfusionnelle dans 89 % des patients dans l'essai de phase 3 (HGB-207 — Thompson 2022 — NEJM) → prix très élevé → disponibilité limitée + alpha-thalassémie — particularités : diagnostic : VGM bas + HbA2 normale (ne pas conclure trop vite à la thalassémie bêta) → PCR avec gap-PCR ou MLPA pour détecter les délétions alpha → 4 formes : porteur silencieux (1 délétion) → asymptomatique → trait alpha-thalassémique (2 délétions) → légère microcytose sans anémie → hémoglobiose H (3 délétions) → anémie modérée à sévère + corps de Heinz → hydrops fetalis (4 délétions) → incompatible avec la vie → diagnostic prénatal obligatoire chez les parents à risque → HbH disease : dapsone + folates + éviter les oxydants (médicaments) → transfusions si crise hémolytique Cappellini 2020 — NEJM (BELIEVE trial RCT n=336) : luspatercept vs placebo dans la bêta-thalassémie majeure → réduction transfusions ≥33 % : 21 % vs 4,5 % → approbation FDA 2019 + Health Canada + Thompson 2022 — NEJM (HGB-207 phase 3) : thérapie génique betibeglogene autotemcel → indépendance transfusionnelle 89 % → révolution thérapeutique → approbation FDA 2022 + Angelucci 2014 — Blood : greffe de CSH + thalassémie majeure → survie sans maladie 80–90 % si géno-identique + Piga 2016 — American Journal of Hematology : déférasirox vs déféroxamine → efficacité comparable + meilleure compliance orale + Taher 2018 — Blood : chélation du fer dans la thalassémie → guidelines + recommandations + Colah 2008 — Hemoglobin : dépistage des porteurs de thalassémie → conseil génétique + Harteveld 2010 — Orphanet Journal of Rare Diseases : alpha-thalassémie → génétique + diagnostic + traitement + Galanello 2010 — Orphanet Journal of Rare Diseases : bêta-thalassémie → revue complète + International Thalassaemia Federation (TIF) Guidelines 2023 : standards of care actualisés
Anémie des maladies chroniques, anémie sidéroblastique et situations particulières
Hepcidine — AMC — traitement de la cause — EPO — fer IV dans l'IRC — sidéroblastique acquise — MDS-RS — pyridoxine — carence martiale + AMC mixte
Anémie des maladies chroniques (AMC) — prise en charge : traitement prioritaire : traiter la maladie sous-jacente (inflammation + infection + néoplasie + IRC) → si l'inflammation diminue → hepcidine diminue → fer se mobilise → anémie s'améliore → traitement spécifique : pas de supplément en fer sauf si carence martiale prouvée associée (RsTf élevé + ferritine <100 µg/L dans un contexte inflammatoire ou ferritine <30 µg/L hors inflammation → double carence) → érythropoïétine (EPO) et ses analogues : indiqués dans l'anémie de l'IRC (cible Hb 100–115 g/L — KDIGO 2012) → non indiqués systématiquement dans les AMC non rénales (augmentation du risque cardiovasculaire et thromboembolique démontrée — TREAT trial — Pfeffer 2009 — NEJM) + transfusion : si Hb <70 g/L et symptômes sévères → éviter si possible → luspatercept : à l'étude dans l'AMC (en cours) + anticorps anti-hepcidine ou activateurs de la ferroportine : en développement → rotatifs de l'hepcidine (TMPRSS6 inhibitors) → nouvelles cibles thérapeutiques + anémie sidéroblastique : anémie sidéroblastique liée à l'X (XL-SA — ALAS2) : test de réponse à la pyridoxine (B6) → doses : 100–500 mg/j × 3 mois → 60–70 % des patients ALAS2 répondent → réduction de l'anémie + du besoin transfusionnel → normalisation parfois complète chez les répondeurs + anémie sidéroblastique acquise réversible : alcoolisme → arrêt alcool + supplémentation B6 + médicaments (INH + pyrazinamide + cycloserine) → B6 (pyridoxine) 50–100 mg/j → réduction ou arrêt du médicament causal si possible + plomb → chélation (DMSA + EDTA calcique + pénicillamine selon la sévérité) + anémie sidéroblastique acquise irréversible (MDS-RS — syndrome myélodysplasique avec sidéroblastes en couronne) : transfusions régulières + EPO si carence associée + luspatercept (Reblozyl) : approbation FDA 2020 + Health Canada pour les MDS-RS → Fenaux 2020 — NEJM (MEDALIST trial) : luspatercept + MDS-RS → réduction de la dépendance transfusionnelle dans 38 % vs 13 % placebo → p<0,001 → standard of care dans les MDS-RS faible risque + greffe de CSH si risque intermédiaire ou élevé ; double carence (AMC + carence martiale coexistante) — situation clinique fréquente : fréquente chez les patients avec : MICI + cancer + IRC + insuffisance cardiaque + chirurgie récente → ferritine peut être faussement élevée → le ratio RsTf/log(ferritine) (index de Thomas) est le meilleur outil diagnostique → ratio >2 → carence martiale → traitement : fer IV (non oral car hepcidine réduit l'absorption du fer oral) → corriger la carence en fer avant l'EPO dans l'IRC (KDIGO 2012) → surveiller la réponse sur la Hb + la ferritine + la saturation TRF ; situations particulières : grossesse + hypochromie : apport en fer insuffisant → carence fréquente → dépistage systématique : NFS + ferritine à chaque trimestre → supplementation prophylactique : 27 mg/j de fer élémentaire dès le 1er trimestre → si carence → 100–200 mg/j → si intolérance ou absorption insuffisante → fer IV (sucrose ou carboxymaltose) dès le 2e trimestre → hypochromie du nouveau-né et du nourrisson : réserves en fer fournies à la naissance par le placenta (surtout dans les 3 derniers mois) → allaitement maternel : faible teneur en fer mais haute biodisponibilité → introduction d'aliments riches en fer à 6 mois (viandes + légumes verts + céréales enrichies) → supplémentation en fer recommandée chez les prématurés (2 mg/kg/j dès 4 semaines) → dépistage NFS à 12 mois chez les nourrissons à risque → hypochromie et IRC : anémie mixte (AMC + carence martiale fonctionnelle ou absolue) + EPO → cible Hb 100–115 g/L → fer IV + EPO → KDIGO 2012 : cible ferritine >200 µg/L + Sat TRF >20 % avant d'augmenter l'EPO Ganz 2003 — Science : découverte de l'hepcidine + mécanisme moléculaire de l'AMC → révolution + Pfeffer 2009 — NEJM (TREAT trial) : darbépoétine + IRC + DM2 → augmentation des AVC + mortalité cardiovasculaire → prudence avec l'EPO hors IRC + Fenaux 2020 — NEJM (MEDALIST trial RCT n=229) : luspatercept + MDS-RS → réduction dépendance transfusionnelle 38 % vs 13 % → approbation FDA 2020 + Health Canada → standard of care MDS-RS faible risque + Thomas 2002 — Clin Chem Lab Med : index de Thomas → RsTf/log(ferritine) → double carence → outil diagnostique de référence + KDIGO 2012 : anémie dans l'IRC → cibles + fer IV + EPO → recommandations internationales de référence + Tolkien 2015 — PLOS ONE : fer altrenate day → optimisation de l'absorption + hépcidine + Cappellini 2015 — International Journal of Hematology : revue globale de la carence martiale → diagnostic + traitement + suivi + TIF Guidelines 2023 (International Thalassaemia Federation) : standards of care thalassémie + luspatercept + thérapie génique + chélation + greffe
ℹ️ Ne jamais supplémenter en fer sans avoir prouvé la carence martiale par une ferritine basse — en présence d'une microcytose, la thalassémie doit être systématiquement envisagée : une ferritine basse (<30 µg/L) confirme la carence martiale dans la quasi-totalité des cas. En revanche, une ferritine normale n'exclut pas une carence si le contexte est inflammatoire. Dans les populations d'origine méditerranéenne, africaine ou asiatique, toute microcytose sans carence martiale prouvée doit faire réaliser une électrophorèse de l'hémoglobine pour chercher une bêta-thalassémie (HbA2 >3,5 %) ou demander un génotypage alpha si l'HbA2 est normale.
Situations nécessitant une consultation médicale urgente

Anémie hypochrome sévère (Hb <70 g/L) avec dyspnée d'effort, tachycardie, douleur thoracique ou syncope → anémie symptomatique grave → urgences médicales → NFS + bilan étiologique → transfusion si Hb <70 g/L + symptômes cardio-pulmonaires → identifier et traiter la cause d'urgence (saignement digestif actif + etc.).

Microcytose-hypochromie sévère chez un enfant ou un adolescent d'origine méditerranéenne ou asiatique, avec splénomégalie, déformations osseuses crânio-faciales ou retard de croissance → bêta-thalassémie majeure → consultation hématologique pédiatrique urgente → électrophorèse Hb + bilan martial + NFS + réticulocytes → programme transfusionnel + chélation → évaluation pour la greffe de CSH.

Anémie hypochrome + ponctuation basophile des érythrocytes au frottis + contexte d'exposition professionnelle à des peintures ou à des tuyauteries anciennes (rénové sans protection), ou chez un enfant vivant dans un logement ancien → intoxication au plomb → plombémie en urgence → si >450 µg/L → chélation urgente (DMSA oral si patient ambulatoire + EDTA calcique IV si sévère) → signalement si intoxication pédiatrique (direction de santé publique).

Hb découverte <80 g/L chez une femme enceinte au 3e trimestre avec ferritine <15 µg/L → carence martiale sévère en grossesse → consultation obstétricale urgente → fer IV (sucrose ferrique ou carboxymaltose) en 2e ou 3e trimestre → NFS de contrôle à 4 semaines → si pas d'amélioration → écarter d'autres causes.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron interprètent les résultats de la NFS incluant les indices érythrocytaires et la morphologie au frottis, prescrivent et interprètent le bilan martial complet (ferritine + fer sérique + CTFF + saturation transferrine + RsTf) et l'électrophorèse de l'hémoglobine selon l'indication, initient le traitement de la carence martiale (fer per os ou orientation pour fer IV), et orientent vers l'hématologiste pour les formes complexes (thalassémies + anémie sidéroblastique + MDS). Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un hématologiste. L'interprétation d'une anomalie morphologique érythrocytaire doit toujours s'intégrer dans le contexte clinique global du patient.

Clinique Omicron

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Prise en charge en 24-48h. En clinique ou en télémédecine, partout au Québec.

Reçus pour assurances. 7j/7. Sans médecin de famille requis.