Lithium (lithémie)
Pharmacocinétique, indications et valeurs cibles
- Pharmacocinétique du lithium et mécanismes d'action : pharmacocinétique : absorption orale complète (biodisponibilité quasi-100 %) → pas de liaison aux protéines plasmatiques → volume de distribution : 0,7–1 L/kg → demi-vie : 20–24h (formulations à libération prolongée — Duralith) → ou 12–16h (formulations à libération immédiate — Lithane + Carbolith) → état d'équilibre atteint après 4–5 demi-vies (4–7 jours) → élimination exclusivement rénale (filtration glomérulaire + réabsorption tubulaire proximale concurremment au sodium — 75–80 % réabsorbé au tubule proximal avec le sodium) → facteur clé : le lithium suit le sodium dans la réabsorption tubulaire → tout état de déplétion sodée ou d'hypovolémie → réabsorption tubulaire du lithium ↑ → lithémie ↑ → toxicité → mécanismes d'action : inhibition de l'inositol monophosphatase (IMPase) → réduction du second messager IP₃ (inositol-1,4,5-triphosphate) → réduction de la libération du calcium intracellulaire + inhibition de la GSK-3β → effets sur les voies de signalisation Wnt + effets neuroprotecteurs + modulation sérotoninergique + dopaminergique + glutamatergique → effets neuroprotecteurs : augmentation du BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) + réduction de l'apoptose neuronale → effets neurotropiques uniques + indications thérapeutiques validées : trouble bipolaire type I et II : prévention des rechutes maniaques + dépressives → 1re ligne (CANMAT 2018 — Canadian Journal of Psychiatry) + traitement aigu de la manie (moins souvent — titration lente) + trouble bipolaire à prédominance dépressive + prévention du suicide (trouble bipolaire + dépression récurrente) → réduction de la mortalité par suicide de 60–80 % → Cipriani 2013 — Lancet méta-analyse → trouble schizoaffectif (en association) + cyclothymie sévère + augmentation de l'antidépresseur dans la dépression unipolaire résistante (augmentation au lithium) + neutropénie sous clozapine (lithium augmente les neutrophiles) → valeurs cibles de lithémie (mesurées 12h après la dernière dose — valle) : traitement d'entretien (prévention des rechutes) : 0,6–0,8 mmol/L → patients jeunes actifs ou manie sévère : 0,8–1,0 mmol/L → manie aiguë : 0,8–1,2 mmol/L → personnes âgées + IRC légère : cible plus basse 0,4–0,6 mmol/L → zone thérapeutique : 0,6–1,2 mmol/L → toxicité probable : >1,5 mmol/L → toxicité sévère : >2,0 mmol/L
- Surveillance clinique et biologique sous lithium : surveillance obligatoire du lithium — avant l'instauration : lithémie de base (basale) + créatinine + DFGe + ionogramme + TSH + T4L + calcémie + NFS + bilan hépatique + ECG (si âge >50 ans ou cardiopathie connue) + bilan de grossesse si femme en âge de procréer (tératogène — anomalie d'Ebstein) → surveillance pendant le traitement : lithémie : hebdomadaire pendant la titration + puis mensuelle les 3 premiers mois + puis tous les 3–6 mois à l'état stable + à chaque changement de dose + si symptômes de toxicité + si introduction d'un médicament interférant + si épisode intercurrent (déshydratation + infection + fièvre) → créatinine + DFGe : tous les 6 mois → lithium est néphrotoxique à long terme (néphropathie tubulo-interstitielle chronique → réduction progressive du DFGe → IRC → dans les formes avancées → diabète insipide néphrogénique — polydipsie + polyurie — comme symptôme précoce de néphropathie) → TSH : tous les 6 mois → hypothyroïdie induite par le lithium dans 20–40 % des patients → parfois hyperthyroïdie + hypercalcémie → calcémie tous les 6 mois → hyperparathyroïdie induite par le lithium (hypercalcémie asymptomatique ou symptomatique) + ECG annuel (allongement du QT + modifications des ondes T — effets cardiaques du lithium) → poids et signes de lithiase rénale → prévention de la toxicité : maintenir une hydratation suffisante ++ → apport en sodium stable → éduquer le patient sur les signes de toxicité + les situations à risque (vomissements + diarrhées + chaleur + exercice intense + diète hyposodée + médicaments interférants)
Toxicité, interactions et prise en charge
| Aspect / situation | Données, signes et protocoles | Études clés et recommandations |
|---|---|---|
| Toxicité du lithium — signes cliniques et prise en charge Lithémie >1,5 mmol/L — toxicité légère modérée sévère — tremblement — ataxie — confusion — convulsions — coma — arythmies — IRA — dialyse — arrêt lithium — réhydratation IV — urgences — charbon activé inutile |
Toxicité du lithium — signes selon le niveau de lithémie : toxicité légère (lithémie 1,5–2,0 mmol/L) : nausées + vomissements + diarrhée + tremblement fin des mains (aggravé) + fatigue + faiblesse musculaire + étourdissements + somnolence légère → toxicité modérée (lithémie 2,0–2,5 mmol/L) : ataxie (démarche instable + manque de coordination) + dysarthrie (parole lente + embrouillée) + tremblement grossier + confusion + désorientation + somnolence marquée + nystagmus + myoclonies + réflexes ostéotendineux augmentés → toxicité sévère (lithémie >2,5–3,0 mmol/L) : convulsions + coma + rigidité musculaire + hyperthermie + insuffisance rénale aiguë (oligurie) + arythmies cardiaques (bradycardie + BAV + tachycardie ventriculaire) → urgence vitale + ATTENTION : la lithémie peut être normale en début d'intoxication aiguë sur chronique (le lithium se redistribue depuis les cellules) → les symptômes cliniques priment sur la lithémie → toujours traiter selon les symptômes + SYNDROME CÉRÉBELLEUX IRRÉVERSIBLE (SILENT — Syndrome of Irreversible Lithium-Effectuated Neurotoxicity) : ataxie + dysarthrie + déficits cognitifs persistants après résolution de la toxicité aiguë → le SILENT peut survenir à des lithémies modérément élevées → traitement de la toxicité au lithium : arrêt immédiat du lithium + urgences médicales → NE PAS donner de charbon activé (lithium non adsorbé par le charbon) → hydratation IV (NaCl 0,9 %) : réhydratation vigoureuse → restaure la natrémie → réduit la réabsorption tubulaire du lithium → favorise son excrétion → bilan électrolytique + rénal + lithémie toutes les 4–6h → hémodialyse : indications → lithémie >4,0 mmol/L + ou lithémie >2,5 mmol/L + symptômes neurologiques sévères (convulsions + coma) + ou IRA oligurique + ou lithémie persistante malgré l'hydratation → l'hémodialyse épure rapidement le lithium → mais attention au rebond (redistribution depuis les tissus après l'hémodialyse) → surveiller et répéter si lithémie remonte → monitoring cardiaque continu | Waring 2006 — Journal of Toxicology : lithium + toxicité + hémodialyse → référence + Timmer 2006 — Nephrology Dialysis Transplantation : hémodialyse + lithium + indications → Gitlin 1999 — Psychiatric Clinics of North America : lithium + effets indésirables + toxicité → référence + Duffy 2009 — Acta Psychiatrica Scandinavica : lithium + monitoring + Kessing 2010 — JAMA Psychiatry : lithium + mortalité suicide → référence + SPIBI (Saskatchewan Prevention Intervention for Bipolar Initiative) + CANMAT 2018 (Canadian Journal of Psychiatry) : TB + lithium + monitoring → recommandations canadiennes → INESSS Québec + RAMQ : lithium (Carbolith + Duralith) remboursé + lithémie dosage remboursé + urgences toxicologie Québec : 1-800-463-5060 |
| Interactions médicamenteuses et situations à risque AINS lithémie augmentée — IECA ARA II réduction clairance lithium — diurétiques thiazidiques — déshydratation — infections — chaleur — diarrhée — sel — grossesse tératogène anomalie Ebstein — vieillissement rein — méthotrexate — carbamazépine neurotoxicité |
Interactions médicamenteuses et situations augmentant le risque de toxicité au lithium : interactions médicamenteuses critiques : AINS (ibuprofène + naproxène + diclofénac + indométacine + kétorolac) : réduction de la prostaglandine → vasoconstriction rénale → réduction de la clairance du lithium → lithémie peut augmenter de 30–60 % en quelques jours → ÉVITER les AINS chez les patients sous lithium + ou surveiller lithémie à 5–7 jours après introduction + IECA (ramipril + lisinopril + énalapril) + ARA II (losartan + valsartan) : réduction de la filtration glomérulaire → réduction de la clairance du lithium → augmentation de la lithémie de 20–40 % → si introduction inévitable → réduire la dose de lithium + surveiller lithémie à 5–7 jours + diurétiques thiazidiques (hydrochlorothiazide + chlorthalidone) : déplétion sodée → réabsorption tubulaire compensatrice de lithium → augmentation de la lithémie de 30–50 % → ÉVITER + ou réduire la dose de lithium + surveiller → diurétiques de l'anse (furosémide) : moins d'effet sur le lithium (déplétion sodée modérée) → surveillance recommandée → carbamazépine : association avec le lithium → risque de neurotoxicité (syndrome cérébelleux) même à des lithémies dans la zone thérapeutique → surveiller les signes de toxicité neurologique → situations cliniques augmentant la lithémie (par déplétion sodée + hypovolémie) : déshydratation (gastro-entérite + vomissements + diarrhée + chaleur intense + exercice intense + diurèse excessive) → régime hyposodé strict → NSAID + tout médicament réduisant la fonction rénale → instructions au patient : maintenir une hydratation adéquate ++ → ne pas débuter un régime hyposodé sans ajuster la dose → consulter si vomissements ou diarrhée sévères → ne pas prendre d'AINS en automédication → grossesse et lithium : risque tératogène : anomalie d'Ebstein (malformation cardiaque — déplacement de la valve tricuspide) → risque absolu faible mais présent (× 2–3 vs population générale) → risque de rechute bipolaire si arrêt → décision individualisée en collaboration avec le psychiatre + l'obstétricien → si maintenu → suivi échocardiographique fœtal → lithémie cible plus basse + ajustement en cours de grossesse (la clairance du lithium augmente au 2e trimestre → augmenter la dose pour maintenir la lithémie) + réduire ou arrêter avant l'accouchement (risque neonatal) → toxicité néonatale + allaitement : CONTRE-INDICATION (concentration dans le lait maternel de 30–50 % de la lithémie maternelle → toxicité néonatale) | |
| Effets indésirables chroniques — rein, thyroïde et autres Néphropathie tubulo-interstitielle — diabète insipide néphrogénique — DFGe surveillance — hypothyroïdie TSH — hyperparathyroïdie calcémie — tremblement chronique — prise de poids — acné — psoriasis — leucocytose bénigne — arrêt lithium rechute — biphosphonates DIN |
Effets indésirables chroniques du lithium — surveillance et gestion : effets rénaux (les plus importants à long terme) : diabète insipide néphrogénique (DIN) : 20–40 % des patients sous lithium → polydipsie + polyurie (urines diluées isosthenuriques — osmolalité urinaire <300 mOsm/kg malgré la déshydratation) → mécanisme : le lithium inhibe l'action de l'ADH sur les aquaporines 2 du tube collecteur → concentration des urines réduite → DIN traitement : amiloride (épargne le potassium + réduit l'entrée du lithium dans les cellules tubulaires) 5–10 mg × 2/j → indométacine (AINS — mais risque d'augmentation du lithium) → hydrochlorothiazide à faible dose (paradoxalement réduit le volume urinaire) + néphropathie tubulo-interstitielle chronique : altération progressive et irréversible du DFGe → micro-kystique cortical + fibrose interstitielle → survient dans 10–30 % des patients traités depuis >10–15 ans → monter la préoccupation à une lithémie minimale efficace + surveillance du DFGe tous les 6 mois → si DFGe <60 → discussion avec le néphrologue + le psychiatre → réduire la lithémie cible + si DFGe <30 → lithium déconseillé → Bendz 1994 — NEJM : lithium + néphropathie + études longitudinales → effets thyroïdiens : hypothyroïdie : le plus fréquent → 20–40 % des femmes sous lithium → mécanisme : inhibition de la synthèse des hormones thyroïdiennes (inhibition de la iodotyrosine couplée) → traitement : lévothyroxine si hypothyroïdie clinique ou TSH >10 mUI/L → NE PAS arrêter le lithium pour l'hypothyroïdie sauf si sévère → hyperthyroïdie (moins fréquente — mécanisme auto-immun) + goitre → hyperparathyroïdie primaire induite par le lithium : hypercalcémie → calcémie surveillance + effets dermatologiques : acné (20 %) + aggravation du psoriasis + alopécie → réversibles à l'arrêt + effets métaboliques : prise de poids (2–10 kg en 1re année) → obésité métabolique → counseling diététique + activité physique → tremblement essentiel-like : propranolol 10–20 mg × 2–3/j si gênant + leucocytose bénigne : lithium stimule la leucopoïèse → GB 10–14 × 10⁹/L sans infection → bénin + arrêt du lithium — risque majeur : rechute bipolaire sévère → rebond de l'hypomanie + manie → L'arrêt brusque est déconseillé → arrêt progressif sur au minimum 4 semaines → éduquer le patient sur le risque de rechute à l'arrêt | Geddes 2004 — Lancet : lithium + prévention rechutes TB → référence + Cipriani 2013 — Lancet méta-analyse : lithium + prévention suicide → −60–80 % mortalité par suicide + Bendz 1994 — NEJM : lithium + néphropathie chronique → données longitudinales + Gitlin 1999 — Psychiatric Clinics of North America : lithium + effets indésirables + Duffy 2009 — Acta Psychiatrica Scandinavica : lithium + monitoring rénale + CANMAT 2018 (Yatham — Canadian Journal of Psychiatry) : TB + lithium → guidelines canadiennes → cibles lithémie + surveillance → référence canadienne + Kessing 2010 — JAMA Psychiatry : lithium + DFGe + IRC + suivi longitudinal + INESSS Québec + RAMQ : lévothyroxine + lithium + DFGe surveillance → remboursés + Société canadienne de psychiatrie : lithium + TB + monitoring |
Patient sous lithium avec tremblement grossier + ataxie + dysarthrie + confusion + myoclonies + nystagmus — OU lithémie >2,0 mmol/L même si peu symptomatique → toxicité au lithium modérée à sévère → appel au Centre antipoison du Québec (1-800-463-5060) → ou 911 si symptômes sévères → urgences médicales → arrêt du lithium + NaCl 0,9 % IV → monitoring cardiaque + lithémie toutes 4–6h → discussion de l'hémodialyse si lithémie >2,5 mmol/L + symptômes neurologiques.
Patient sous lithium + prescription récente d'un AINS (ibuprofène + naproxène) par un autre médecin + ou démarrage d'un IECA + ARA II + ou thiazide → sans ajustement du lithium → interaction potentiellement grave → lithémie de contrôle dans les 5–7 jours + éducation du patient → si symptômes de toxicité → appel Centre antipoison → si asymptomatique mais lithémie élevée → arrêt de l'AINS + réhydratation + contrôle lithémie.
Patient sous lithium depuis 10+ ans + polyurie + polydipsie + DFGe en baisse progressive + derniers DFGe 45 → 38 → 31 mL/min/1,73m² → néphropathie au lithium évoluée → consultation urgente en néphropathie + psychiatrie → discussion de la réduction de la dose + du changement de stabilisateur de l'humeur + si DFGe <30 → lithium contre-indiqué → plan de transition vers un autre agent (valproate + lamotrigine + aripiprazole) en collaboration avec le psychiatre.
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Les médecins de Clinique Omicron assurent le suivi des patients sous lithium (lithémie à 12h + créatinine + DFGe + TSH + calcémie tous les 6 mois), éduquent les patients sur les signes de toxicité et les situations à risque, identifient et gèrent les interactions médicamenteuses (AINS + IECA + diurétiques thiazidiques), traitent les effets indésirables (hypothyroïdie + diabète insipide + tremblement), et coordonnent avec le psychiatre et le néphrologue pour les cas complexes. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin, d'un psychiatre ou d'un pharmacien. Le lithium a une marge thérapeutique étroite et nécessite un suivi biologique régulier. En cas de suspicion de toxicité, contacter le Centre antipoison du Québec au 1-800-463-5060 ou appeler le 911.
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