Occlusion artérielle aiguë
Étiologie et mécanismes
| Mécanisme | Sources et caractéristiques | Profil clinique typique |
|---|---|---|
| Embolie artérielle (40–50 % des OAA) | Fibrillation auriculaire (cause la plus fréquente — 60–70 % des embolies artérielles périphériques) + infarctus du myocarde récent avec thrombus mural + cardiomyopathie dilatée + endocardite infectieuse + prothèse valvulaire mécanique (sous-anticoagulation) + anévrisme de l'aorte ou des iliaques avec thrombus mural + athéro-embolie (emboles de cholestérol depuis une plaque ulcérée aortique ou iliaque) + rare : myxome de l'oreillette gauche | Début brutal et soudain + pas d'antécédent d'artériopathie chronique + pouls controlatéral normal + artère sus-jacente normale (bifurcation fémorale commune ou poplitée +++) + tableau ischémique complet (tous les 6 P présents) + embolie souvent à un carrefour artériel (bifurcation de l'artère fémorale = embolie en selle) |
| Thrombose artérielle aiguë sur artériopathie (40–50 % des OAA) | Instabilisation d'une plaque d'athérosclérose avec thrombose in situ sur sténose serrée + thrombose d'un pontage vasculaire antérieur (prothétique ou veineux) + thrombose sur anévrisme artériel (poplité +++) + dissection artérielle aiguë (aortique + artère fémorale + artère poplitée) + thrombose sur pontage ou stent vasculaire | Contexte d'artériopathie oblitérante chronique des membres inférieurs (AOMI) connue + claudication intermittente préexistante + pontage antérieur + diabète + tabagisme + tableau ischémique parfois incomplet (circulation collatérale) + pouls controlatéral souvent diminué |
| Causes rares et particulières | Syndrome de loge (compression extrinsèque) + traumatisme vasculaire (fractures déplacées + luxations) + ergotisme + cocaïne et drogues vasoconstrictrices + thrombophilies sévères (SAPL + mutations de coagulation) + iatrogène (après cathétérisme artériel + pose de défibrillateur) + artérite de Takayasu chez la femme jeune | Tableau variable selon la cause + traumatisme artériel : contexte évident + syndrome compartimental possible + drogues vasoconstrictrices : contexte d'intoxication + spasme vasculaire diffus + thrombophilie : patient jeune sans facteurs de risque cardiovasculaires |
Présentation clinique — la règle des 6 P
- Pain (douleur) : douleur ischémique intense + brutale + continue + localisée au membre + initialement distale + remontant progressivement vers le siège de l'occlusion + différente de la claudication intermittente (qui cède au repos) + dans les stades très avancés avec nécrose nerveuse complète → la douleur peut paradoxalement diminuer (anesthésie) — signe de gravité extrême et non de résolution
- Pallor (pâleur) : pâleur cireuse du membre atteint contrastant avec la coloration normale du membre controlatéral + devient marbrée (livedo violacé) puis cyanosée (violacée) dans les stades avancés → pâleur → marbrures → cyanose = progression de l'ischémie
- Pulselessness (absence de pouls) : abolition des pouls en aval de l'occlusion + le niveau de la limite supérieure du membre froid et insensible correspond au siège de l'occlusion + détection à l'écho-Doppler si les pouls ne sont pas palpables cliniquement + pouls périphérique présent à l'écho-Doppler → ischémie incomplète (meilleur pronostic)
- Paresthesia (paresthésies) : fourmillements + engourdissements + hypoesthésie distale → signe précoce d'ischémie des fibres nerveuses sensitives (qui tolèrent moins l'ischémie que les muscles) + la topographie des paresthésies correspond au territoire nerveux irrigué par l'artère occluse
- Paralysis (paralysie) : faiblesse puis paralysie des muscles du membre en aval de l'occlusion → signe de gravité indiquant une ischémie musculaire profonde → myonécrose imminente ou débutante → urgence chirurgicale absolue + l'absence de paralysie après 6 heures est de mauvais pronostic si non traitée
- Poikilothermia (froideur) : refroidissement brutal du membre (froid glacé) s'arrêtant à un niveau cutané précis correspondant au siège de l'occlusion + le contraste thermique avec le membre controlatéral est frappant + en cas d'embolie à la bifurcation fémorale → froideur symétrique des deux membres inférieurs
Classification de Rutherford de l'ischémie aiguë de membre
| Stade Rutherford | Description | Décision thérapeutique |
|---|---|---|
| Stade I — Viable | Membre non immédiatement menacé + pas de douleur au repos ou douleur légère + sensibilité intacte + motricité normale + signal Doppler artériel et veineux audibles | Revascularisation élective ou semi-urgente (dans les 12–24 h) + anticoagulation IV immédiate + bilan complet avant revascularisation |
| Stade IIa — Menacé marginalement | Membre sauvable avec traitement rapide + douleur légère au repos + déficit sensitif minimal (orteils seulement) + motricité normale + signal Doppler artériel faible ou absent — signal veineux audible | Revascularisation urgente (dans les 6 h) + anticoagulation IV immédiate + artériographie urgente si disponible |
| Stade IIb — Menacé immédiatement | Membre sauvable avec revascularisation immédiate + douleur modérée à sévère + déficit sensitif au-delà des orteils + faiblesse musculaire légère à modérée + signal Doppler artériel absent — signal veineux audible | Revascularisation en urgence absolue (dans les 1–3 h) + anticoagulation IV immédiate + bloc opératoire urgent + pas de délai pour artériographie si tableau complet |
| Stade III — Irréversible | Membre non sauvable + douleur sévère ou absente (anesthésie complète — signe de mauvais pronostic) + paralysie complète + rigidité musculaire (rigor mortis musculaire) + signal Doppler artériel et veineux absents + marbrures extensives + cyanose fixée | Amputation primaire (pas de tentative de revascularisation — risque de syndrome de revascularisation pouvant être fatal) + traitement de la douleur + soins palliatifs si mauvais état général + discussion multidisciplinaire |
Diagnostic et bilan initial
- Écho-Doppler artériel des membres — examen de première intention : confirme l'absence de flux artériel au-delà de l'occlusion + localise le niveau de l'obstruction + évalue l'état de l'artère en amont (athérosclérose + anévrisme + dissection) + évalue la présence d'un flux résiduel + rapide + non invasif + disponible au lit du patient
- Angioscanner (angio-TDM) des membres : cartographie précise de l'arbre artériel + localise l'occlusion + évalue l'état des artères sus-jacentes et sous-jacentes + détecte un anévrisme source + guide le choix de la technique de revascularisation (embolectomie + thrombolyse + angioplastie) + réalisé si le tableau le permet sans perdre de temps opératoire
- Artériographie diagnostique et thérapeutique : peut être réalisée directement en salle de cathétérisme + permet la thrombolyse in situ ou l'angioplastie simultanément + indiquée si thrombose sur artériopathie chronique (nécessité de connaître l'anatomie avant revascularisation) + moins nécessaire si embolie sur artère saine (embolectomie chirurgicale directe)
- Biologie urgente : NFS + TP + TCA + groupe + RAI + ionogramme + créatinine (préparation à l'anticoagulation et à l'angioscanner) + CPK (myonécrose — élévation précoce des CPK musculaires proportionnelle à l'étendue de l'ischémie) + LDH + myoglobine (syndrome de revascularisation post-ischémique) + troponine (cardiopathie emboligène) + ECG (fibrillation auriculaire ++) + échographie cardiaque si embolie suspectée
Traitement
- Anticoagulation IV immédiate — dès le diagnostic clinique : héparine non fractionnée (HNF) en bolus IV de 5 000 UI suivi d'une perfusion continue à 500–1 000 UI/h + objectif TCA cible 60–90 secondes (2 à 3 fois la normale) + prévient la propagation du thrombus + prévient la thrombose des collatérales + ne lyse pas l'occlusion existante mais évite son aggravation + à initier avant l'imagerie si le tableau clinique est évident
- Embolectomie chirurgicale à la sonde de Fogarty : traitement de référence des embolies artérielles + abord chirurgical de l'artère occluse (souvent l'artère fémorale commune sous anesthésie locale ou générale) + introduction d'une sonde à ballonnet de Fogarty au-delà du thrombus + gonflement du ballonnet + retrait de la sonde avec extraction du caillot + technique efficace + rapide + réalisable en urgence + complications : reperfusion (syndrome de revascularisation) + spasme artériel + lésion intimale
- Thrombolyse intra-artérielle : instillation de thrombolytique (altéplase — tPA) directement dans le thrombus via un cathéter artériel in situ + dissout le thrombus progressivement en 12 à 48 heures + indiquée pour les thromboses sur artériopathie chronique + les thromboses de pontage + les embolies distales inaccessibles chirurgicalement + contre-indiquée si ischémie complète avancée (stade IIb ou III) + risque hémorragique (AVC + saignement au point de ponction)
- Angioplastie percutanée et stenting : dilatation de la sténose ou de l'occlusion par ballonnet + avec ou sans pose de stent + en complément de la thrombolyse ou de l'embolectomie + pour traiter les lésions athéroscléreuses sous-jacentes ayant conduit à la thrombose
- Traitement du syndrome de revascularisation : après revascularisation d'une ischémie de plus de 6 heures → libération massive de myoglobine + potassium + acide lactique → hyperkaliémie + acidose + insuffisance rénale aiguë (néphropathie à la myoglobine) + syndrome de détresse respiratoire + hypotension → hyperhydratation IV + alcalinisation urinaire + surveillance en soins intensifs + hémodialyse si hyperkaliémie sévère
- Amputation en urgence (stade III) : indiquée si ischémie irréversible (rigidité musculaire + anesthésie complète + cyanose fixée) + la tentative de revascularisation d'un membre nécrosé expose à un syndrome de revascularisation fatal (libération massive de toxines dans la circulation générale) + amputation au niveau fonctionnel le plus distal possible + prothèse + rééducation
Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement aux urgences si un membre (jambe + bras + pied + main) devient soudainement froid + douloureux + pâle + engourdi ou si les pouls disparaissent — ces signes évoquent une occlusion artérielle aiguë, urgence chirurgicale dont le pronostic de sauvetage du membre dépend directement de la rapidité de la revascularisation. Chaque heure de retard augmente le risque d'amputation. Un membre froid, pale et douloureux est une urgence vasculaire même si aucun antécédent cardiovasculaire n'est connu.
Chez un patient connu pour une fibrillation auriculaire présentant soudainement une douleur avec froideur et engourdissement d'un membre — même sans disparition évidente des pouls à la palpation — une occlusion artérielle aiguë embolique doit être suspectée et une évaluation aux urgences vasculaires réalisée sans délai. L'anticoagulation intraveineuse à l'héparine doit être débutée dès la suspicion clinique, avant même la confirmation imagerie.
Consulter à Clinique Omicron
Clinique Omicron assure des consultations médicales pour le dépistage et le suivi de l'artériopathie oblitérante chronique des membres inférieurs (AOMI), facteur de risque majeur d'occlusion artérielle aiguë, incluant la mesure de l'index de pression systolique (IPS), le bilan cardiovasculaire et l'initiation du traitement antiplaquettaire et hypolipémiant. Toute suspicion d'occlusion artérielle aiguë doit faire l'objet d'un appel au 911 ou d'un transfert immédiat aux urgences d'un centre hospitalier avec chirurgie vasculaire. Pour la prévention et le suivi vasculaire, des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un chirurgien vasculaire. L'occlusion artérielle aiguë est une urgence chirurgicale absolue — tout délai dans la prise en charge expose à la perte définitive du membre. Ne pas attendre de rendez-vous médical : appeler le 911 immédiatement.
Clinique Omicron
Besoin de consulter un médecin ?
Prise en charge en 24-48h. En clinique ou en télémédecine, partout au Québec.
Reçus pour assurances. 7j/7. Sans médecin de famille requis.