Périartérite noueuse (PAN)
Physiopathologie et association à l'hépatite B
- PAN idiopathique (non associée à l'hépatite B — 90 % actuellement) : mécanisme immunitaire non entièrement élucidé + dépôts de complexes immuns circulants dans la paroi artérielle de moyen calibre → activation du complément → recrutement de neutrophiles → inflammation transmurale nécrosante + pas d'auto-anticorps spécifiques identifiés (ANCA négatifs ++) + susceptibilité génétique possible (HLA-DR4 + HLA-DQ8) + dans certains cas : déclenchée par une infection (streptocoque + CMV + parvovirus B19 + VIH) ou par un médicament
- PAN associée à l'hépatite B (VHB-PAN) : mécanisme : dépôts de complexes immuns circulants contenant l'antigène HBs + anticorps anti-HBs + complément dans la paroi vasculaire → inflammation nécrosante + médiée par la réplication active du VHB (ADN VHB élevé + HBeAg positif + transaminases élevées) → la charge virale est un facteur déterminant de la sévérité + traitement spécifique : antiviraux actifs contre le VHB (ténofovir disoproxil + entécavir) + courte cure de corticoïdes initiaux (pour contrôler l'inflammation) + échanges plasmatiques (pour éliminer les complexes immuns) + NE PAS maintenir les corticoïdes au long cours (risque de réplication virale aggravée)
- Autres associations causales : VHC (rare — la vascularite cryoglobulinémique de type II liée au VHC peut mimer une PAN mais implique les petits vaisseaux et les cryoglobulines) + VIH + CMV + parvovirus B19 + médicaments (minocycline + propylthiouracil + lévamisole + cocaïne coupée au lévamisole)
Manifestations cliniques
| Organe ou système | Manifestations cliniques | Fréquence et mécanisme |
|---|---|---|
| Signes généraux (prodrome) | Fièvre prolongée + amaigrissement important (5–10 kg) + asthénie profonde + myalgies diffuses + arthralgies + sueurs nocturnes + le prodrome peut précéder les atteintes d'organe de plusieurs semaines à mois | 80–100 % des PAN + syndrome inflammatoire biologique intense (VS + CRP très élevés) + hyperleucocytose + thrombocytose réactionnelle + anémie inflammatoire |
| Système nerveux périphérique | Mononévrite multiple (atteinte asymétrique de plusieurs nerfs périphériques dans des territoires différents) → pied tombant (nerf péronier) + déficit sensitif en chaussette ou en gant + douleurs neuropathiques + la mononévrite multiple est le signe clinique le plus caractéristique de la PAN + s'installe de façon stepwise (un nerf après l'autre) | 50–75 % des PAN + signe le plus évocateur + ENMG : neuropathie axonale asymétrique + biopsie du nerf sural ou du muscle peut montrer la vascularite des vasa nervorum |
| Rein | Hypertension artérielle rénovasculaire (HTA réfractaire par ischémie rénale sur vascularite des artères rénales de moyen calibre) + infarctus rénal (douleur lombaire + hématurie + élévation de la créatinine) + microanévrismes des branches rénales à l'artériographie + PAS de glomérulonéphrite (absence d'atteinte des capillaires glomérulaires — contrairement à la PAM) | 50–70 % des PAN + HTA souvent sévère + insuffisance rénale par ischémie (pas par glomérulonéphrite) + sédiment urinaire habituellement peu perturbé (pas de cylindres érythrocytaires) + distinction fondamentale d'avec la PAM (GNRP + cylindres érythrocytaires) |
| Tube digestif | Angine de mésentère (douleurs abdominales post-prandiales par ischémie mésentérique) + infarctus intestinal (urgence chirurgicale) + hémorragie digestive + perforation intestinale + cholécystite ischémique + pancréatite ischémique | 30–50 % des PAN + l'ischémie mésentérique peut conduire à une perforation ou une nécrose intestinale nécessitant une intervention chirurgicale urgente + complication la plus mortelle à court terme |
| Cutané | Livedo reticularis (réseau bleuâtre réticulé de la peau des membres inférieurs) + nodules sous-cutanés douloureux le long du trajet des artères (d'où le nom « noueuse ») + ulcérations cutanées + gangrène distale des doigts ou des orteils + purpura nécrotique | 20–40 % des PAN + les nodules sous-cutanés artériels palpables donnent le nom à la maladie + biopsie cutanée des nodules → vascularite nécrosante des artères de moyen calibre |
| Testicule | Orchite ischémique (douleur testiculaire aiguë + gonflement) + simulant une torsion testiculaire ou une épididymite + très caractéristique de la PAN + à évoquer devant toute orchite bilatérale ou récidivante inexpliquée chez l'adulte d'âge moyen | 10–20 % des PAN + souvent révélateur + signe très spécifique de la PAN parmi les vascularites systémiques + écho-Doppler scrotal : ischémie focale |
| Cœur | Ischémie myocardique (infarctus du myocarde sur vascularite des artères coronaires de moyen calibre) + insuffisance cardiaque congestive + péricardite + cardiomyopathie ischémique | 10–30 % des PAN + peut être révélateur + coronarographie normale (pas d'athérosclérose) + angiographie coronaire → anévrismes coronaires |
Diagnostic
- ANCA — négatifs dans la PAN authentique : la positivité des ANCA (anti-MPO ou anti-PR3) doit faire reconsidérer le diagnostic vers une polyangéite microscopique (PAM) ou une GPA + les ANCA négatifs sont un critère de classification de la PAN selon l'ACR/EULAR 2022
- Biologie inflammatoire non spécifique : VS + CRP très élevées + hyperleucocytose + thrombocytose réactionnelle + anémie normocytaire inflammatoire + hématurie microscopique possible (infarctus rénal) mais pas de cylindres érythrocytaires (pas de glomérulonéphrite) + complément normal ou légèrement abaissé (contrairement aux vascularites à complexes immuns — LED + PAN hépatite B où le C3 et C4 peuvent être bas)
- Biopsie tissulaire — confirmation histologique : biopsie d'un territoire cliniquement atteint = méthode diagnostique de référence + biopsie neuromusculaire (nerf sural + muscle péroneus brevis) si neuropathie périphérique + biopsie cutanée des nodules + biopsie testiculaire si orchite + histologie : vascularite nécrosante segmentaire et focale des artères de moyen calibre + nécrose fibrinoïde de la média + infiltrat inflammatoire transmural + anévrismes + thromboses
- Artériographie viscérale ou angio-scanner — alternative si biopsie impossible : angiographie conventionnelle ou angio-TDM + angio-IRM + visualise les microanévrismes multiples et les sténoses en chapelet des branches des artères rénales + mésentériques + hépatiques → aspect en chapelet de microanévrismes = aspect quasi-pathognomonique de la PAN + indiquée si biopsie non contributive ou impossible
- Sérologie VHB — obligatoire dans tout bilan de PAN : AgHBs + Ac anti-HBs + Ac anti-HBc (IgM + IgG) + ADN VHB quantitatif (charge virale) + transaminases + si VHB positif → stratégie thérapeutique radicalement différente (antiviraux en premier)
Traitement
- PAN idiopathique (VHB négative) — traitement immunosuppresseur : prednisone 1 mg/kg/jour per os × 4–6 semaines puis décroissance progressive sur 12–18 mois + méthylprednisolone IV 500 mg–1 g/jour × 3 jours si atteinte sévère (viscérale + neurologique grave) + cyclophosphamide IV (perfusions mensuelles) si atteinte viscérale sévère (infarctus rénal + mésentérique + cardiaque) + neuropathie grave + ou corticorésistance → taux de rémission 80–90 % + risque de rechute 10–20 % à 5 ans
- PAN associée à l'hépatite B (VHB-PAN) — traitement antiviral : stratégie radicalement différente + ténofovir disoproxil (Viread® 300 mg/jour) ou entécavir (Baraclude® 0,5 mg/jour) → antiviraux puissants contre le VHB + courte cure initiale de corticoïdes (prednisone 1 mg/kg × 2–4 semaines puis décroissance rapide) pour contrôler l'inflammation aiguë + échanges plasmatiques (3 séances/semaine × 3 semaines) pour éliminer les complexes immuns + ne PAS maintenir les corticoïdes au long cours (favorisent la réplication du VHB → aggravation de l'hépatite) + l'objectif est la séroconversion HBe (disparition de l'AgHBe → apparition des Ac anti-HBe) sous antiviral → rémission durable de la vascularite + résultats excellents (survie 90 % à 5 ans) comparativement aux traitements immunosuppresseurs seuls
- Score de Five Factor Score (FFS) — guide la décision thérapeutique : protéinurie > 1 g/24 h + créatinine > 140 µmol/L + cardiomyopathie + atteinte gastro-intestinale sévère + atteinte du SNC → chaque facteur = 1 point + FFS = 0 : corticoïdes seuls + FFS ≥ 1 : corticoïdes + cyclophosphamide
- PAN cutanée pure (forme limitée) : PAN limitée à la peau et aux nerfs périphériques sans atteinte viscérale sévère → pronostic favorable + traitement moins intensif : colchicine + AINS + dapsone + ou prednisone à dose modérée + sans cyclophosphamide en général + surveillance étroite pour détecter une extension viscérale
Consulter un rhumatologue ou un interniste en urgence devant une fièvre prolongée inexpliquée + amaigrissement + mononévrite multiple (pied tombant + déficit sensitif asymétrique) + douleurs abdominales post-prandiales + HTA réfractaire d'installation rapide + ou orchite ischémique chez un homme d'âge moyen — ce tableau évoque fortement une périartérite noueuse nécessitant un bilan urgent (sérologies VHB + ANCA + angio-scanner + biopsie neuromusculaire) et l'initiation rapide du traitement pour prévenir les complications ischémiques viscérales irréversibles (infarctus rénal + mésentérique + nécrose intestinale).
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Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un rhumatologue. La périartérite noueuse est une maladie rare et grave nécessitant une prise en charge spécialisée urgente — le traitement de la PAN associée à l'hépatite B est radicalement différent de la PAN idiopathique et requiert l'expertise d'un infectiologue ou d'un hépatologue en complément du rhumatologue.
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