Thrombose veineuse profonde (phlébite)
Facteurs de risque et triade de Virchow
- Stase veineuse : immobilisation prolongée (alitement > 72 h + long voyage en avion ou en voiture > 4–6 h + plâtre ou attelle d'un membre inférieur) + insuffisance veineuse chronique + insuffisance cardiaque congestive + compression extrinsèque (tumeur + hématome + adénopathie)
- Lésion endothéliale : chirurgie récente (risque maximal dans les 4 premières semaines — chirurgie orthopédique prothétique de hanche et de genou ++ + neurochirurgie + chirurgie abdominale carcinologique) + traumatisme vasculaire + cathétérisme veineux central + chimiothérapie cytotoxique (toxicité endothéliale directe)
- Hypercoagulabilité acquise : cancer actif (coagulopathie paranéoplasique — risque de MTEV multiplié par 4 à 7) + grossesse et post-partum (état hypercoagulable physiologique + compression cave par l'utérus) + contraceptifs oraux estroprogestatifs (risque × 3 à 5 — surtout avec lévonorgestrel de 2e génération) + traitement hormonal substitutif de la ménopause (voie orale) + syndrome des anti-phospholipides (SAPL) + syndrome néphrotique + maladies inflammatoires chroniques
- Thrombophilies héréditaires : mutation du facteur V Leiden (résistance à la protéine C activée) — la plus fréquente (5 % population générale + risque × 3 à 8 chez l'hétérozygote) + mutation de la prothrombine G20210A (2 %) + déficit en protéine C + protéine S + antithrombine (rares mais risque thrombotique élevé) + hyperhomocystéinémie
Score de Wells — probabilité clinique pré-test
| Critère clinique | Points |
|---|---|
| Cancer actif (traitement en cours ou dans les 6 derniers mois + soins palliatifs) | +1 |
| Paralysie + parésie + plâtre récent d'un membre inférieur | +1 |
| Alitement de plus de 3 jours ou chirurgie majeure dans les 12 semaines (sous anesthésie générale ou loco-régionale) | +1 |
| Sensibilité localisée le long du trajet du système veineux profond | +1 |
| Œdème de la jambe entière unilatéral | +1 |
| Gonflement du mollet > 3 cm par rapport au côté asymptomatique (mesuré 10 cm sous la tubérosité tibiale) | +1 |
| Œdème prenant le godet (œdème déclive) uniquement du côté symptomatique | +1 |
| Veines superficielles dilatées non variqueuses (collatérales) | +1 |
| Diagnostic alternatif au moins aussi probable que la TVP | -2 |
| Interprétation : score ≤ 0 = faible probabilité + score 1–2 = probabilité modérée + score ≥ 3 = probabilité élevée |
Démarche diagnostique
- D-dimères (test ELISA haute sensibilité) : produits de dégradation de la fibrine + élevés si thrombus présent mais peu spécifiques (élevés aussi dans les infections + cancers + grossesse + post-opératoire + personnes âgées) + valeur prédictive négative élevée (> 97 %) si négatifs → excluent une TVP si probabilité clinique faible ou modérée (Wells ≤ 2) + inutiles si probabilité élevée (procéder directement à l'écho-Doppler) + seuil ajusté à l'âge : 500 µg/L standard + ou âge × 10 µg/L pour les patients > 50 ans (réduit les faux positifs liés à l'âge)
- Écho-Doppler veineux des membres inférieurs — examen de référence : visualise le thrombus + teste la compressibilité des veines (veine incompressible = thrombus) + évalue le flux Doppler couleur + sensibilité 90–95 % pour les TVP proximales + moins sensible pour les TVP distales (veines tibiales) + examen non invasif + sans irradiation + disponible en urgence + répéter à J5–J7 si négatif avec probabilité clinique modérée à élevée (évolution possible d'une TVP distale vers le proximal)
- Bilan de thrombophilie — quand le prescrire : TVP ou EP chez le sujet jeune (< 50 ans) sans facteur de risque évident + TVP récidivante + antécédents familiaux de MTEV au premier degré + localisation inhabituelle (mésentérique + cave + sinus veineux cérébral) + à ne pas réaliser en phase aiguë ni sous anticoagulants (résultats faussés) + orienter vers l'hématologie ou la médecine interne pour le bilan
Traitement anticoagulant
| Anticoagulant | Posologie et protocole | Indications préférentielles et remarques |
|---|---|---|
| Rivaroxaban (Xarelto®) — NACO de première ligne | 15 mg × 2/jour × 21 jours (phase initiale) → puis 20 mg × 1/jour (phase de maintien et prophylaxie étendue) + avec le repas du soir (améliore l'absorption) + pas de monitoring INR | NACO de premier choix au Canada pour la TVP et l'EP non massive + essai EINSTEIN-DVT : non-inférieur à la warfarine + moins d'hémorragies majeures + antidote : andexanet alfa (Ondexxya®) si hémorragie grave + à éviter si DFG < 15 mL/min + grossesse + syndrome des anti-phospholipides (risque d'échec) |
| Apixaban (Eliquis®) — NACO première ligne | 10 mg × 2/jour × 7 jours (phase initiale) → puis 5 mg × 2/jour (phase de maintien) → puis 2,5 mg × 2/jour (prophylaxie étendue si bénéfice) + avec ou sans aliments | Alternative au rivaroxaban + essai AMPLIFY : efficacité équivalente à la warfarine + moins d'hémorragies majeures + profile de sécurité favorable chez l'insuffisant rénal modéré + antidote : andexanet alfa + meilleure tolérance digestive que le dabigatran |
| Dabigatran (Pradaxa®) | Nécessite un traitement parentéral initial 5–10 jours (HBPM ou fondaparinux) → puis dabigatran 150 mg × 2/jour (ou 110 mg × 2/jour si ≥ 80 ans ou risque hémorragique élevé) | Antidote spécifique : idarucizumab (Praxbind®) — avantage si risque élevé d'hémorragie grave nécessitant une réversion rapide + moins prescrit que rivaroxaban et apixaban en pratique canadienne pour la TVP + à éviter si DFG < 30 mL/min |
| HBPM (héparine de bas poids moléculaire) | Énoxaparine (Lovenox®) 1 mg/kg SC × 2/jour + ou tinzaparine 175 UI/kg SC × 1/jour + dose ajustée au poids + monitoring anti-Xa si IRC modérée + obésité morbide + grossesse | Traitement de référence pendant la grossesse (les NACO sont contre-indiqués) + cancer actif (supérieure à la warfarine — études CATCH + CLOT) + de plus en plus remplacée par les NACO chez les patients avec cancer (NACO approuvés en oncologie) |
| Warfarine (Coumadin®) | Dose initiale 5–10 mg/jour → ajustement selon INR (cible INR 2–3) + INR quotidien en phase initiale → espacer à hebdomadaire puis mensuel si stable + nombreuses interactions alimentaires (vitamine K) et médicamenteuses | De moins en moins utilisée pour la TVP/EP (remplacée par les NACO) + reste indiquée dans le SAPL (INR cible 2,5–3,5 si thrombose artérielle) + et si NACO contre-indiqués + suivi INR mensuel obligatoire + antidote : vitamine K + plasma frais congelé + concentré de complexe prothrombinique (CCP) |
Durée du traitement anticoagulant
- TVP distale isolée (en dessous du genou) symptomatique : 3 mois + si facteur de risque transitoire résolu + risque de récidive faible + anticoagulant oral pendant 3 mois puis arrêt + si facteur de risque persistant ou récidivante → discussion prolongation
- TVP proximale ou EP + facteur de risque transitoire majeur (chirurgie + traumatisme) : 3 mois + risque de récidive très faible après l'arrêt si facteur de risque résolu
- TVP proximale ou EP non provoquée (sans facteur de risque identifié) : minimum 3 mois puis réévaluation individuelle du rapport bénéfice/risque d'une anticoagulation prolongée + scores de risque de récidive (HERDOO2 + Vienna + DASH) + si score de récidive élevé → prolongation indéfinie + si risque hémorragique faible → prophylaxie étendue à faible dose (rivaroxaban 10 mg/jour ou apixaban 2,5 mg × 2/jour)
- TVP ou EP associée au cancer actif : durée minimale de 6 mois + souvent traitement indéfini tant que le cancer est actif ou sous traitement + NACO (rivaroxaban ou apixaban) ou HBPM selon le type de cancer et le risque hémorragique gastro-intestinal
- Thrombophilie majeure (déficit en protéine C/S/antithrombine + SAPL + double hétérozygotie FVL + prothrombine) : anticoagulation indéfinie souvent recommandée après un premier épisode si thrombophilie majeure documentée
Syndrome post-thrombotique et mesures non pharmacologiques
- Syndrome post-thrombotique (SPT) : complication chronique survenant chez 20 à 50 % des patients après une TVP proximale + résulte des séquelles valvulaires et de l'hypertension veineuse chronique → douleur + œdème + lourdeur + crampes de jambe + dermite ocre + ulcère veineux de jambe dans les formes sévères + prévention : bas de compression classe 2 (20–30 mmHg) portés dès le diagnostic et pendant au moins 2 ans + réduction du SPT modéré à sévère de 50 % avec la compression (essai SOX — résultats nuancés)
- Compression élastique : bas de contention ou de compression classe 2 à porter le jour dès le lever jusqu'au coucher + pendant toute la durée du traitement anticoagulant + réduit la douleur et l'œdème aiguë + prévient le SPT + indication formelle si TVP proximale symptomatique
- Mobilisation précoce : marche active dès que la douleur le permet (J1 si possible) → améliore le retour veineux + réduit l'extension du thrombus + réduit la douleur + l'alitement n'est plus recommandé en routine dans la TVP non compliquée
Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement aux urgences si une TVP suspectée ou connue s'accompagne d'une dyspnée d'apparition soudaine + de douleurs thoraciques + d'une tachycardie + ou d'une hémoptysie (crachat de sang) — ces signes évoquent une embolie pulmonaire, complication potentiellement fatale de la thrombose veineuse profonde nécessitant une évaluation et une prise en charge en urgence absolue. Une saturation en oxygène inférieure à 94 % ou une fréquence cardiaque supérieure à 100/min chez un patient avec TVP est un signal d'alarme devant conduire au 911 immédiatement.
Pour l'évaluation d'une suspicion de TVP (douleur + gonflement + rougeur unilatérale d'une jambe), le calcul du score de Wells, la prescription des D-dimères et de l'écho-Doppler, et l'initiation du traitement anticoagulant, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
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Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron évaluent les patients présentant une suspicion de TVP par le score de Wells, prescrivent les D-dimères et l'écho-Doppler veineux des membres inférieurs, initient le traitement anticoagulant par NACO dès le diagnostic confirmé, prescrivent les bas de compression, et assurent le suivi de la durée optimale de l'anticoagulation — en orientant vers la médecine interne ou l'hématologie pour les formes complexes (thrombophilie + cancer + SAPL + récidives). Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un spécialiste en médecine vasculaire. Toute dyspnée ou douleur thoracique chez un patient avec TVP doit conduire à une évaluation médicale urgente pour exclure une embolie pulmonaire.
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