ACTH – Hormone Adrénocorticotrope
Comment fonctionne l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ?
La sécrétion d'ACTH s'inscrit dans une cascade hormonale finement régulée par un mécanisme de rétrocontrôle négatif :
| Étape | Glande ou structure | Hormone sécrétée | Action |
|---|---|---|---|
| 1 | Hypothalamus | CRH (corticolibérine) | Stimule la libération d'ACTH par l'hypophyse |
| 2 | Hypophyse antérieure | ACTH | Stimule les glandes surrénales pour produire le cortisol |
| 3 | Glandes surrénales (cortex) | Cortisol | Exerce ses effets dans l'organisme (métabolisme, immunité, stress) |
| 4 | Rétrocontrôle négatif | Cortisol (en retour) | Inhibe la sécrétion de CRH et d'ACTH pour maintenir l'équilibre hormonal |
L'ACTH est sécrétée de façon pulsatile et suit un rythme circadien marqué : son taux est maximal tôt le matin (entre 6 h et 8 h) et minimal en fin de soirée. Ce rythme conditionne directement la sécrétion de cortisol, qui suit le même profil diurne. C'est pourquoi le prélèvement pour le dosage de l'ACTH doit impérativement être réalisé le matin à jeun.
Quels sont les rôles de l'ACTH ?
- Stimulation de la synthèse et de la sécrétion du cortisol par la zone fasciculée du cortex surrénalien, principal rôle physiologique de l'ACTH
- Stimulation de la production d'androgènes surrénaliens (DHEA, androstènedione) par la zone réticulée du cortex surrénalien
- Trophicité du cortex surrénalien : en l'absence d'ACTH sur une longue période, les glandes surrénales s'atrophient progressivement
- Stimulation mineure de la production d'aldostérone par la zone glomérulée, bien que la régulation principale de l'aldostérone dépende du système rénine-angiotensine
- Effet mélanotrope : à des taux très élevés, l'ACTH peut stimuler les mélanocytes cutanés et provoquer une hyperpigmentation, en raison de sa structure moléculaire partagée avec la MSH (hormone mélanotrope)
Dans quels contextes le dosage de l'ACTH est-il prescrit ?
- Suspicion d'insuffisance surrénalienne (maladie d'Addison ou insuffisance secondaire d'origine hypophysaire) : fatigue chronique profonde, hypotension orthostatique, amaigrissement, nausées, hyperpigmentation cutanée
- Suspicion de syndrome de Cushing : obésité tronculaire, vergetures pourpres, hypertension, diabète, faiblesse musculaire proximale, ostéoporose
- Bilan d'une hyperpigmentation cutanée diffuse inexpliquée
- Exploration d'une masse hypophysaire (adénome corticotrope) découverte à l'imagerie
- Suivi post-chirurgical d'une tumeur surrénalienne ou hypophysaire opérée
- Évaluation d'une sécrétion ectopique d'ACTH dans le cadre d'un bilan de néoplasie
- Suivi d'un traitement par corticoïdes au long cours pour évaluer la suppression de l'axe HHS
Comment interpréter les résultats ?
L'ACTH ne s'interprète jamais seule : elle doit toujours être corrélée au taux de cortisol prélevé simultanément, et replacée dans le contexte clinique du patient. Les valeurs de référence varient selon les laboratoires et les méthodes de dosage.
| Résultat ACTH (matin) | Cortisol associé | Orientation diagnostique probable |
|---|---|---|
| Normal (10 à 60 pg/mL) | Normal | Axe HHS fonctionnel, pas d'anomalie significative |
| Élevée (> 60 pg/mL) | Bas | Insuffisance surrénalienne primaire (maladie d'Addison) : les surrénales ne répondent pas malgré la stimulation hypophysaire intense |
| Basse ou indétectable | Bas | Insuffisance surrénalienne secondaire (origine hypophysaire) ou tertiaire (origine hypothalamique), ou suppression par corticoïdes exogènes |
| Élevée (> 60 pg/mL) | Élevé | Syndrome de Cushing ACTH-dépendant : adénome hypophysaire corticotrope (maladie de Cushing) ou sécrétion ectopique d'ACTH (tumeur pulmonaire, carcinoïde) |
| Basse ou indétectable | Élevé | Syndrome de Cushing ACTH-indépendant : adénome ou carcinome surrénalien autonome produisant du cortisol sans stimulation par l'ACTH |
Quelles sont les principales maladies associées à une anomalie de l'ACTH ?
| Maladie | ACTH | Cortisol | Caractéristiques principales |
|---|---|---|---|
| Maladie d'Addison | Très élevée | Bas | Destruction auto-immune (80 % des cas) ou infectieuse des glandes surrénales. Fatigue profonde, hypotension, hyperpigmentation cutanée et muqueuse, hyponatrémie, hyperkaliémie |
| Insuffisance surrénalienne secondaire | Basse | Bas | Déficit hypophysaire en ACTH (adénome, chirurgie, radiothérapie, traumatisme) ou suppression par corticoïdes exogènes prolongés. Pas d'hyperpigmentation ni de trouble électrolytique majeur |
| Maladie de Cushing | Élevée | Très élevé | Adénome hypophysaire corticotrope sécrétant de l'ACTH en excès. Obésité facio-tronculaire, vergetures pourpres, HTA, diabète, ostéoporose, fragilité cutanée |
| Sécrétion ectopique d'ACTH | Très élevée | Très élevé | Production d'ACTH par une tumeur non hypophysaire (cancer pulmonaire à petites cellules, tumeur carcinoïde bronchique, thymome). Syndrome de Cushing souvent sévère et d'installation rapide |
| Adénome surrénalien cortisol-sécrétant | Très basse | Élevé | Tumeur surrénalienne autonome produisant du cortisol indépendamment de l'ACTH. Le rétrocontrôle négatif freine la sécrétion hypophysaire d'ACTH |
Quels tests complémentaires sont associés au dosage de l'ACTH ?
- Cortisol plasmatique matinal : dosé simultanément, indispensable à l'interprétation de l'ACTH
- Test de stimulation à la Synacthène (tétracosactide) : injection IV ou IM d'ACTH synthétique et mesure du cortisol à 30 et 60 minutes, pour évaluer la réserve surrénalienne et confirmer une insuffisance surrénalienne
- Test de freinage à la dexaméthasone : prise de dexaméthasone la veille au soir et dosage du cortisol le lendemain matin, pour dépister un hypercortisolisme (syndrome de Cushing)
- Cortisolurie des 24 heures : mesure du cortisol libre urinaire, reflet de la production quotidienne totale de cortisol
- IRM hypophysaire avec injection de gadolinium : recherche d'un microadénome corticotrope en cas de maladie de Cushing suspectée
- Scanner surrénalien : visualisation des glandes surrénales, recherche d'adénome, d'hyperplasie ou de carcinome
- Cathétérisme des sinus pétreux inférieurs (IPSS) : examen invasif de référence pour différencier un adénome hypophysaire d'une sécrétion ectopique d'ACTH dans les cas difficiles
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Si vous présentez des symptômes évocateurs d'un dysfonctionnement surrénalien ou hypophysaire, comme une fatigue inexpliquée et persistante, une prise de poids centrée sur l'abdomen, une hyperpigmentation cutanée, une hypotension ou des troubles métaboliques, les médecins de Clinique Omicron, dans ses points de service au Québec, peuvent initier le bilan hormonal approprié, interpréter les résultats et vous orienter vers un endocrinologue selon votre tableau clinique.
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