Allergies alimentaires
Signes d'anaphylaxie nécessitant le 9-1-1 immédiatement
En présence de deux ou plusieurs systèmes atteints simultanément après exposition à un aliment, ou d'un seul signe cardiovasculaire ou respiratoire sévère, administrez l'épinéphrine auto-injectable (EpiPen) sans délai dans la cuisse externe, appelez le 9-1-1 et allongez le patient jambes surélevées. Les signes d'alerte comprennent : gorge qui se serre, voix rauque ou enrouée, stridor, difficulté à avaler, sifflement bronchique, essoufflement important, hypotension, pouls rapide et filant, pâleur extrême ou perte de conscience, urticaire généralisée accompagnée de symptômes dans un deuxième système (digestif, respiratoire ou cardiovasculaire). Ne pas attendre l'apparition de tous les signes pour agir. Une deuxième dose d'épinéphrine peut être administrée 5 à 15 minutes après la première si les symptômes persistent. Le transport immédiat aux urgences est impératif même après amélioration, en raison du risque de réaction biphasique survenant dans les 4 à 8 heures suivantes.
Mécanismes immunologiques
Les réactions d'hypersensibilité aux aliments sont classifiées selon le mécanisme immunologique impliqué, distinction fondamentale qui conditionne la présentation clinique, le délai de survenue des symptômes, les investigations pertinentes et la prise en charge thérapeutique.
| Type de réaction | Mécanisme | Délai de survenue | Exemples cliniques |
|---|---|---|---|
| Médiée par les IgE (hypersensibilité immédiate, type I) | Sensibilisation préalable : production d'IgE spécifiques dirigées contre les protéines de l'aliment (allergènes), fixation de ces IgE sur les mastocytes tissulaires et les basophiles sanguins; lors d'une réexposition, la liaison de l'allergène aux IgE fixées entraîne la dégranulation mastocytaire avec libération massive d'histamine, de tryptase, de leucotriènes et de prostaglandines responsables des manifestations cliniques; réaction rapide car elle ne nécessite pas de nouvelle synthèse d'immunoglobulines | Quelques minutes à 2 heures après l'ingestion (généralement inférieur à 30 à 60 minutes pour les réactions sévères) | Urticaire aiguë, angioedème, rhinite, conjonctivite, bronchospasme, vomissements, diarrhée, anaphylaxie; allergie à l'arachide, aux noix, aux crustacés, au lait, à l'œuf |
| Mixte IgE et cellulaire | Combinaison de la dégranulation mastocytaire IgE-dépendante et d'une inflammation tissulaire entretenue par des lymphocytes T éosinophiles; la composante IgE explique les exacerbations aiguës, la composante cellulaire explique l'inflammation chronique persistante | Composante immédiate (minutes) combinée à une composante retardée (heures à jours) | Œsophagite à éosinophiles, dermatite atopique sévère alimentaire chez l'enfant, syndrome de l'intestin irritable post-allergique |
| Médiée par les cellules T (hypersensibilité retardée, type IV) | Activation de lymphocytes T spécifiques de l'antigène alimentaire entraînant une réponse inflammatoire locale différée, sans implication des IgE; infiltration tissulaire par des lymphocytes et des éosinophiles activés par des cytokines pro-inflammatoires (IL-5, IL-13, éotaxine) | Plusieurs heures à plusieurs jours après l'ingestion (typiquement 48 à 72 heures) | Entérocolite induite par les protéines alimentaires (FPIES : Food Protein-Induced Enterocolitis Syndrome); proctocolite allergique du nourrisson; maladie cœliaque (pathophysiologie auto-immune sur terrain génétique HLA-DQ2/DQ8, souvent classée séparément) |
| Non médiée par le système immunitaire adaptatif (intolérance alimentaire) | Mécanisme enzymatique (déficit en lactase pour l'intolérance au lactose; déficit en diamine-oxydase pour l'intolérance à l'histamine), pharmacologique (caféine, tyramine, alcool), osmotique (fructose, polyols) ou toxique; aucune implication des IgE ou des lymphocytes T spécifiques | Variable; souvent dose-dépendant (les symptômes n'apparaissent qu'au-delà d'un seuil de consommation, contrairement à l'allergie IgE qui peut réagir à des traces infimes) | Intolérance au lactose, intolérance au gluten non cœliaque, syndrome de l'intestin irritable post-prandial aux FODMAPs, intolérance à l'histamine, réactions aux sulfites, à la caféine, aux colorants alimentaires azoïques |
Allergènes alimentaires prioritaires au Canada
Santé Canada identifie quatorze allergènes alimentaires prioritaires pour lesquels une déclaration obligatoire sur l'étiquetage de tous les aliments préemballés est requise en vertu du Règlement sur les aliments et drogues. Ces allergènes sont responsables de la très grande majorité (plus de 90 %) des réactions allergiques alimentaires graves au Canada, incluant les réactions anaphylactiques.
| Allergène prioritaire | Prévalence et populations à risque | Évolution naturelle | Allergènes croisés notables |
|---|---|---|---|
| Arachide (cacahuète) | 1,5 à 2 % de la population canadienne; l'une des causes les plus fréquentes d'anaphylaxie sévère et de décès par allergie alimentaire; plus fréquente chez l'enfant avec persistance à l'âge adulte dans 80 % des cas | Persistance dans 80 à 85 % des cas; résolution spontanée rare (15 à 20 % des enfants, principalement avant l'âge de 5 ans si IgE spécifiques initiales basses); introduction précoce avant 6 mois chez les nourrissons à haut risque réduit le risque de sensibilisation (étude LEAP) | Réactivité croisée possible avec autres légumineuses (soja, lentille, pois, haricot) dans 5 à 15 % des cas; syndrome latex-arachide |
| Noix d'arbre (arbre à noix) | Noix de cajou, noix de Grenoble, amande, noisette, noix de macadamia, noix du Brésil, noix de pécan, pistache, noix de pin; 0,5 à 1 % de la population; réactions souvent sévères, anaphylaxie fréquente; comorbidité fréquente avec allergie à l'arachide (25 à 40 %) | Persistance dans 90 à 95 % des cas jusqu'à l'âge adulte; résolution rare, moins fréquente que pour le lait ou l'œuf; polysensibilisation entre plusieurs noix d'arbre très fréquente | Réactivité croisée entre noix d'arbre fréquente (noix de cajou et pistache; noix de Grenoble et noix de pécan); syndrome bouleau-noix (Bet v 1 et homologues PR-10) |
| Lait de vache | 2 à 3 % des nourrissons et jeunes enfants; cause la plus fréquente d'allergie alimentaire chez le nourrisson; moins fréquente chez l'adulte (0,1 à 0,5 %); réactions variables : IgE-médiées (urticaire, vomissements, anaphylaxie) et non IgE-médiées (FPIES, proctocolite allergique, entéropathie) | Résolution spontanée dans 50 % des cas avant l'âge de 1 an, 70 % avant 3 ans, 85 % avant 5 ans; persistance à l'âge adulte dans 15 % des cas; IgE spécifiques à la caséine prédisent une persistance plus prolongée que les IgE à la bêta-lactoglobuline | Réactivité croisée lait de vache et lait de chèvre, brebis, jument dans 90 % des cas (protéines homologues); réactivité croisée avec la viande de bœuf dans 10 à 20 % des cas (albumine sérique bovine thermolabile) |
| Œuf de poule | 1,5 à 2,5 % des enfants; deuxième cause d'allergie alimentaire après le lait chez le nourrisson; blanc d'œuf plus allergénique que le jaune (ovomucine, ovalbumine, ovomucoïde thermostable); allergie au jaune seul plus rare et souvent moins sévère | Résolution dans 50 % des cas avant l'âge de 5 ans, 70 % avant 10 ans; persistance à l'âge adulte dans 30 % des cas; IgE spécifiques à l'ovomucoïde (thermostable) prédisent une réactivité maintenue aux œufs cuits et une persistance plus longue; tolérance possible aux œufs cuits (gâteaux) avant la tolérance aux œufs crus | Syndrome oiseau-œuf (sensibilisation aux protéines de plumes avec réactivité à l'alpha-livetine du jaune d'œuf); réactivité croisée avec autres œufs d'oiseaux (oie, caille, canard) |
| Poisson | 0,5 à 1 % de la population adulte; plus fréquente dans les régions côtières et chez les adultes; la parvalbumine (allergène Gad c 1 de la morue) est l'allergène majeur thermostable; inhalation de vapeurs de cuisson peut déclencher une réaction chez les patients très sensibilisés | Persistance à l'âge adulte dans la grande majorité des cas (supérieure à 90 %); résolution rare; l'allergie à un poisson n'implique pas nécessairement une allergie à tous les poissons (parvalbumines de structure variable entre espèces) | Réactivité croisée entre poissons osseux (téléostéens) fréquente; certains patients tolèrent la morue mais réagissent au saumon ou inversement; pas de réactivité croisée systématique avec les crustacés ou mollusques |
| Crustacés et mollusques | Crevette, crabe, homard, langouste, écrevisse (crustacés); palourde, moule, huître, calmar, poulpe (mollusques); 0,5 à 2 % de la population adulte; cause fréquente d'anaphylaxie chez l'adulte; la tropomyosine (Pen a 1) est l'allergène majeur thermostable des crustacés | Persistance à vie dans la grande majorité des cas; apparition fréquente à l'âge adulte sans sensibilisation préalable connue dans l'enfance; réactions souvent sévères | Réactivité croisée entre crustacés très fréquente (crevette, crabe, homard, langouste); réactivité croisée crustacés-mollusques via la tropomyosine dans 40 à 60 % des cas; syndrome acariens-crustacés (tropomyosines homologues entre acariens et crustacés) |
| Blé et céréales contenant du gluten | Blé, orge, seigle, kamut, épeautre, triticale; 0,1 à 0,5 % de la population; à distinguer de la maladie cœliaque (auto-immune) et de la sensibilité au gluten non cœliaque; chez l'enfant sportif : allergie alimentaire induite par l'effort au blé (WDEIA, Wheat-Dependent Exercise-Induced Anaphylaxis) médiée par les oméga-5-gliadines | Résolution dans 50 à 60 % des cas avant l'âge de 12 ans; persistance fréquente à l'âge adulte; l'allergie au blé médiée par les IgE est différente de la maladie cœliaque qui ne se résout pas avec l'âge | Syndrome latex-blé; allergie croisée entre céréales de la famille des Poacées (blé, orge, seigle, avoine) variable; l'avoine est souvent tolérée dans les allergies IgE au blé mais pas dans la maladie cœliaque (contamination croisée et protéines homologues) |
| Soja | 0,3 à 0,5 % des enfants; souvent associée à l'allergie au lait chez le nourrisson; réactions généralement modérées mais anaphylaxie possible; le soja transformé (lécithine de soja, huile de soja raffinée) est souvent mieux toléré que le soja non transformé (protéines intactes) | Résolution dans 50 à 70 % des cas avant l'âge de 7 à 10 ans; moins fréquente et souvent moins sévère que l'allergie à l'arachide ou aux noix à l'âge adulte | Réactivité croisée possible avec autres légumineuses (arachide, lentille, pois); syndrome bouleau-soja (Gly m 4, homologue de Bet v 1 du bouleau, réaction oropharyngée fréquente dans le syndrome allergie au pollen-aliment) |
| Graines de sésame | Ajouté à la liste des allergènes prioritaires canadiens en 2021; prévalence 0,1 à 0,5 %; réactions souvent sévères, anaphylaxie documentée; présent dans tahini, huile de sésame, pain, produits de boulangerie, certains plats asiatiques et du Moyen-Orient | Persistance à l'âge adulte dans la majorité des cas; résolution moins fréquente que pour le lait ou l'œuf | Réactivité croisée avec kiwi, noix, graines de pavot, noisette décrite dans des cas isolés; polysensibilisation fréquente avec arachide et noix d'arbre |
| Moutarde | Ajoutée à la liste canadienne en 2021; prévalence 0,1 %; plus fréquente en Europe qu'en Amérique du Nord; présente dans nombreuses vinaigrettes, sauces, charcuteries, plats préparés; Sin a 1 (napine) est l'allergène majeur | Tendance à la persistance à l'âge adulte; souvent associée à des polysensibilisations aux pollen de Brassicacées | Réactivité croisée avec autres Brassicacées (colza, brocoli, chou) et avec le latex possible |
Présentation clinique
Les manifestations cliniques des allergies alimentaires IgE-médiées sont variables en intensité, en topographie et en délai de survenue. Elles surviennent typiquement dans les minutes à deux heures suivant l'ingestion de l'aliment responsable et peuvent atteindre simultanément plusieurs organes ou systèmes.
| Système atteint | Manifestations cliniques | Mécanisme |
|---|---|---|
| Cutané (plus fréquent : 80 à 90 % des réactions) | Urticaire aiguë (plaques érythémateuses et prurigineuses fugaces, mobiles, confluentes); angioedème (gonflement non inflammatoire sous-cutané ou sous-muqueux prédominant au visage, lèvres, paupières, langue, larynx); flush (érythème diffus); prurit généralisé sans lésion visible; exacerbation d'un eczéma atopique (chez l'enfant, parfois réaction retardée) | Libération d'histamine et de médiateurs vasoactifs par les mastocytes cutanés; vasodilatation et augmentation de la perméabilité capillaire dermique; chémotaxis éosinophilique |
| Digestif (40 à 70 % des réactions) | Nausées, vomissements précoces (dans les 30 minutes suivant l'ingestion); douleurs abdominales crampoformes; diarrhée profuse aiguë; dysphagie ou sensation de striction œsophagienne; syndrome oral (prurit et gonflement labio-lingual limités à la sphère oropharyngée dans le SAPA); coliques sévères chez le nourrisson | Activation des mastocytes de la muqueuse gastro-intestinale; augmentation de la perméabilité de la barrière intestinale; hyperpéristaltisme réflexe; sécrétion hydrique intestinale accrue |
| Respiratoire (25 à 50 % des réactions modérées à sévères) | Rhinorrhée, éternuements, obstruction nasale; conjonctivite allergique (larmoiement, érythème conjonctival, prurit oculaire); bronchospasme (sifflement, dyspnée, toux sèche paroxystique); stridor inspiratoire (angioedème laryngé, signe d'alarme majeur); enrouement ou aphonie; sensation de gorge serrée | Mastocytes bronchiques et des voies aériennes supérieures; bronchospasme médiateur-induit; angioedème sous-glottique et laryngé par activation mastocytaire locale ou systémique; inhalation de vapeurs de cuisson chez les patients très sensibilisés (poisson notamment) |
| Cardiovasculaire (signes d'anaphylaxie sévère) | Hypotension artérielle; tachycardie; pouls rapide et filant; pâleur, sudation froide; sensation de malaise et d'évanouissement; syncope; arrêt cardiaque (forme extrême et rare); arythmie par effet de l'histamine sur les récepteurs cardiaques H2 | Vasodilatation périphérique massive par histamine, PAF (platelet activating factor) et prostaglandines; hypovolémie relative par fuite capillaire généralisée; effet chronotrope et inotrope négatif de l'histamine et des leucotriènes; hypoperfusion coronarienne secondaire |
| Neurologique | Anxiété intense, agitation; céphalées; sensation de mort imminente (signe prémonitoire important à ne pas négliger); confusion, altération de la conscience; perte de connaissance en cas d'hypotension sévère; hypoxémie cérébrale en cas d'atteinte respiratoire sévère associée | Hypoperfusion cérébrale secondaire à l'hypotension systémique; effets centraux des médiateurs vasoactifs; anxiété réactionnelle à la perception des symptômes somatiques |
Facteurs aggravant le risque d'anaphylaxie sévère
Certains facteurs endogènes et exogènes augmentent la probabilité de développer une réaction anaphylactique sévère lors d'une exposition à un allergène alimentaire, indépendamment de la dose d'allergène ingérée.
- Asthme bronchique préexistant, notamment mal contrôlé ou nécessitant des corticoïdes inhalés à forte dose : le bronchospasme anaphylactique est plus sévère et plus difficile à traiter en présence d'une hyperréactivité bronchique sous-jacente; l'asthme est le principal facteur de risque de décès par anaphylaxie alimentaire
- Effort physique dans les heures suivant l'ingestion de l'allergène : l'allergie alimentaire induite par l'effort (WDEIA avec le blé, anaphylaxie à l'effort avec crevettes ou céleri) nécessite la cofactorisation de l'exercice et de l'ingestion pour déclencher la réaction, chacun étant individuellement toléré
- Consommation d'alcool au moment du repas : l'alcool augmente la perméabilité intestinale aux allergènes, potentialise la dégranulation mastocytaire et abaisse le seuil de réactivité
- Prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou d'aspirine avant l'ingestion de l'allergène : cofacteur réduisant le seuil de déclenchement de la réaction par augmentation de la perméabilité intestinale et potentialisation de la dégranulation mastocytaire
- Bêtabloquants et inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) : les bêtabloquants atténuent la réponse à l'épinéphrine administrée en urgence et aggravent le bronchospasme; les IEC peuvent potentialiser l'angioedème par accumulation de bradykinine
- Mastocytose systémique ou élévation basale de la tryptase sérique : augmentation de la charge mastocytaire corporelle totale avec réactivité exagérée aux allergènes; anaphylaxies souvent plus sévères et moins corrélées à la dose d'allergène
- Adolescence et jeune adulte : surreprésentation dans les statistiques de décès par anaphylaxie alimentaire, probablement par prise de risque comportementale accrue (non-port de l'EpiPen, consommation d'aliments à risque en contexte social), déni de la sévérité de l'allergie et accès retardé aux soins
Démarche diagnostique
Le diagnostic d'allergie alimentaire repose sur la convergence de l'histoire clinique détaillée, des tests cutanés d'allergie, du dosage des IgE spécifiques sériques et, dans les cas complexes ou avant une réintroduction, du test de provocation orale en milieu médicalisé. Aucun examen isolé n'est suffisant pour confirmer ou infirmer une allergie alimentaire.
| Investigation | Modalités techniques | Interprétation et limites |
|---|---|---|
| Histoire clinique détaillée | Identification de l'aliment suspect, délai précis entre ingestion et premiers symptômes, description systématique des symptômes par système atteint, reproductibilité lors d'expositions ultérieures, circonstances (exercice, alcool, AINS), antécédents atopiques personnels et familiaux, liste complète des médicaments, impact sur la qualité de vie et les habitudes alimentaires | Élément central du diagnostic; un délai inférieur à 2 heures avec atteinte de plusieurs systèmes est très évocateur d'allergie IgE-médiée; l'histoire ne suffit pas seule à confirmer le diagnostic car les patients surestiment fréquemment le lien entre aliment et symptômes; un journal alimentaire-symptômes sur 2 à 4 semaines est utile dans les cas complexes |
| Tests cutanés d'allergie (prick-tests) | Application d'extrait allergénique standardisé sur la face antérieure de l'avant-bras par lancette standardisée; lecture à 15 à 20 minutes; mesure du diamètre de la papule (réaction positive si papule supérieure ou égale à 3 mm avec témoin négatif inférieur à 3 mm et témoin histamine supérieur ou égal à 3 mm); prick-to-prick avec l'aliment frais (pommes, fruits, légumes crus) pour les SAPA; réalisés par un allergologue en milieu spécialisé | Sensibilité 70 à 90 %, spécificité 50 à 60 % selon l'allergène; un prick-test positif signe une sensibilisation, non nécessairement une allergie cliniquement active; un prick-test négatif avec un extrait standardisé de bonne qualité exclut raisonnablement une allergie IgE-médiée pour la majorité des allergènes; résultats non interprétables sous antihistaminiques (à arrêter 5 à 7 jours avant) |
| Dosage des IgE spécifiques sériques (ImmunoCAP) | Dosage quantitatif des IgE sériques dirigées contre des extraits allergéniques totaux ou des allergènes moléculaires recombinants (composant diagnostics : rAra h 2 pour l'arachide, nCor a 9 pour la noix de cajou, rSin a 1 pour la moutarde, etc.); résultats exprimés en kUI/L ou kUA/L; classification de 0 (inférieur à 0,10) à 6 (supérieur à 100); diagnostic moléculaire par biopuce (ISAC CRD 112 allergènes simultanément) pour les polysensibilisés complexes | Corrélation imparfaite entre niveau d'IgE spécifiques et sévérité clinique potentielle; un niveau élevé d'IgE spécifiques signe une sensibilisation mais pas nécessairement une allergie symptomatique; le diagnostic moléculaire permet de distinguer les sensibilisations primaires (allergènes d'espèce, prédicteurs de réactions sévères) des réactivités croisées (panallergens, souvent symptômes moins sévères); utile lorsque les prick-tests sont impossibles (dermographisme, eczéma étendu, antihistaminiques non sevrables) |
| Test de provocation orale (TPO) en milieu médicalisé | Administration orale de doses croissantes d'aliment suspect, en double aveugle contre placebo (DBPCFC : Double-Blind Placebo-Controlled Food Challenge) dans les centres de référence, ou en simple aveugle voire ouvert en pratique clinique courante; réalisé en milieu médicalisé (urgences ou unité d'allergologie) avec voie veineuse, épinéphrine et personnel formé disponibles; protocole adapté à l'âge, à l'allergène et à l'histoire clinique | Examen de référence absolu (gold standard) pour confirmer ou infirmer une allergie alimentaire; indiqué pour les sensibilisations asymptomatiques détectées fortuitement, pour évaluer l'acquisition d'une tolérance lors du suivi longitudinal, pour élargir le régime d'éviction chez les patients polysensibilisés; contre-indiqué en cas d'asthme non contrôlé, de dermatite atopique sévère en poussée, d'antécédent de réaction anaphylactique récente (délai minimum 4 à 6 semaines) |
| Clairance fécale de l'alpha-1-antitrypsine | Marqueur des entéropathies exsudatives (entérocolite allergique non IgE-médiée); dosage protéique des selles sur 24 heures; valeur normale inférieure à 27 ml/24h en dehors d'une diarrhée | Utile dans les suspicions d'allergie alimentaire non IgE-médiée chez le nourrisson (FPIES, proctocolite) ou d'entéropathie exsudative allergique; complète le bilan IgE qui peut être négatif dans ces formes |
Prise en charge thérapeutique
La prise en charge des allergies alimentaires repose sur plusieurs piliers complémentaires : l'éviction stricte de l'allergène responsable, l'éducation thérapeutique du patient et de son entourage, la prescription et la formation à l'utilisation de l'épinéphrine auto-injectable, le suivi allergologique régulier pour réévaluer l'évolution de la sensibilisation, et les nouvelles approches d'immunothérapie orale disponibles dans les centres spécialisés.
| Pilier thérapeutique | Modalités | Points essentiels |
|---|---|---|
| Éviction stricte de l'allergène | Identification et exclusion complète de l'allergène et de toutes ses formes dans l'alimentation quotidienne; lecture systématique des étiquettes de tous les aliments préemballés; vigilance aux contaminations croisées lors de la préparation des aliments (planche à découper, friteuse, ustensiles communs); communication des allergies au personnel de restauration lors des repas à l'extérieur du domicile; mention de l'allergie lors de tout séjour hospitalier, intervention chirurgicale ou consultation médicale | Pilier indispensable de la prise en charge; une éviction stricte nécessite une formation approfondie du patient et de son entourage (parents, fratrie, personnel scolaire, enseignants, entraîneurs sportifs); au Québec, les 14 allergènes prioritaires doivent être déclarés sur l'étiquette de tous les aliments préemballés selon la réglementation fédérale; les aliments préparés en restauration rapide ou artisanale ne sont pas soumis aux mêmes obligations d'étiquetage et représentent une source fréquente d'exposition accidentelle |
| Épinéphrine auto-injectable (EpiPen, Allerject) | Prescription systématique chez tout patient avec allergie alimentaire confirmée ayant présenté une réaction antérieure ayant atteint au moins deux systèmes simultanément ou présentant un facteur de risque d'anaphylaxie sévère; deux auto-injecteurs prescrits en tout temps; posologie : 0,15 mg pour les enfants de 15 à 30 kg (EpiPen Jr), 0,30 mg pour les personnes de plus de 30 kg (EpiPen); administration intramusculaire dans la face antérolatérale de la cuisse externe, à travers les vêtements si nécessaire; formation pratique du patient et de son entourage à l'utilisation; vérifier la date de péremption tous les 6 mois | L'épinéphrine est le seul traitement efficace de l'anaphylaxie; les antihistaminiques et les corticoïdes n'ont aucune action sur les manifestations cardiovasculaires et respiratoires immédiates et ne doivent jamais remplacer ni retarder l'administration d'épinéphrine; après administration d'EpiPen, le 9-1-1 doit être appelé immédiatement et le patient transporté aux urgences pour surveillance d'une réaction biphasique, même si les symptômes s'améliorent; au Québec, le Programme de remboursement des médicaments de la RAMQ couvre l'EpiPen sur ordonnance dans les indications reconnues |
| Antihistaminiques H1 | Antihistaminiques de deuxième génération non sédatifs (cétirizine, loratadine, desloratadine, fexofénadine) pour les réactions légères à modérées sans atteinte respiratoire ni cardiovasculaire : urticaire localisée, prurit, érythème, syndrome oral isolé; antihistaminiques de première génération (diphénhydramine, chlorphéniramine) plus rapidement actifs mais sédatifs, moins recommandés en ambulatoire | Traitement symptomatique des manifestations cutanées et prurigineuses; délai d'action de 30 à 60 minutes; n'empêchent pas la progression vers une réaction plus sévère et ne traitent pas l'anaphylaxie; en cas d'urticaire accompagnée de tout autre symptôme (digestif, respiratoire, cardiovasculaire), l'épinéphrine prime sur les antihistaminiques |
| Corticoïdes systémiques | Prednisolone ou prednisone 1 mg/kg/jour per os (dose maximale 50 à 60 mg) sur 2 à 5 jours; méthylprednisolone IV en milieu hospitalier pour les réactions sévères; pas d'indication en préhospitalier avant l'épinéphrine | Utilisés pour réduire l'inflammation et prévenir ou atténuer les réactions biphasiques tardives (survenant 4 à 8 heures après la réaction initiale); délai d'action de plusieurs heures; aucun rôle dans le traitement immédiat de l'anaphylaxie aiguë; indication principalement hospitalière après stabilisation initiale |
| Immunothérapie orale (ITO) et immunothérapie sublinguale | Désensibilisation progressive par administration de doses croissantes d'allergène alimentaire purifié ou naturel sur une période de 6 à 24 mois selon le protocole et l'allergène; disponible principalement pour l'arachide (Palforzia, seul médicament approuvé par Santé Canada et la FDA pour l'allergie à l'arachide), le lait et l'œuf dans des centres spécialisés; objectif : atteindre un état de désensibilisation permettant de tolérer des doses accidentelles sans réaction sévère, réduisant le risque d'anaphylaxie par ingestion involontaire | Palforzia (arachide) approuvé pour les enfants de 4 à 17 ans avec allergie à l'arachide confirmée par test de provocation; réservé aux centres d'allergologie spécialisés au Québec avec protocole strict de surveillance; effets indésirables fréquents (réactions locales oropharyngées, douleurs abdominales) et risque de réaction anaphylactique lors de la montée de dose; non curatif (la tolérance dure tant que la consommation est maintenue); prometteuses perspectives thérapeutiques mais non encore accessibles en soins primaires; immunothérapie épicutanée (patch) pour l'arachide sous évaluation réglementaire canadienne |
Plan d'action en cas de réaction allergique (résumé pour le patient)
- Réaction légère (urticaire localisée, prurit, gonflement mineur d'une seule zone sans autre symptôme) : administrer un antihistaminique oral (cétirizine 10 mg ou loratadine 10 mg), surveiller l'évolution toutes les 15 minutes pendant au moins 1 heure, rester dans un endroit accessible aux secours; si aggravation ou apparition d'un nouveau symptôme, passer immédiatement à l'étape suivante
- Réaction modérée à sévère (urticaire généralisée avec tout autre symptôme, gonflement de la bouche ou de la gorge, difficulté à avaler, sifflement bronchique, essoufflement, vomissements répétés, malaise, étourdissements) : administrer immédiatement l'épinéphrine auto-injectable dans la cuisse externe, appeler le 9-1-1, allonger le patient jambes surélevées (sauf si difficultés respiratoires), ne pas laisser le patient se lever ou marcher seul, attendre les secours même si les symptômes s'améliorent après l'EpiPen
- En cas de doute entre réaction légère et modérée, toujours administrer l'EpiPen sans délai : le risque de traiter inutilement une réaction légère est bien inférieur au risque de retarder le traitement d'une anaphylaxie
- Après toute réaction traitée avec épinéphrine : consultation aux urgences pour surveillance minimale de 4 à 6 heures, consultation de suivi avec l'allergologue dans les 2 à 4 semaines, vérification et renouvellement de la prescription d'EpiPen (deux auto-injecteurs en permanence), révision du plan d'action et de l'identification des sources potentielles d'exposition
Consulter à Clinique Omicron
Les médecins de Clinique Omicron, dans ses points de service au Québec, accompagnent les patients présentant une suspicion d'allergie alimentaire dans les étapes initiales de la démarche diagnostique. Lors de la consultation, nos praticiens recueillent une histoire clinique détaillée de la réaction, prescrivent le bilan de première intention incluant les IgE spécifiques sériques ciblées selon l'allergène suspect, et coordonnent la référence vers un allergologue pour la réalisation des prick-tests et, si indiqué, du test de provocation orale. En situation d'urgence ou après une première réaction sévère, nos médecins prescrivent l'épinéphrine auto-injectable et assurent la formation initiale du patient et de son entourage à son utilisation. Nos équipes peuvent également orienter vers les ressources québécoises d'éducation sur les allergies alimentaires, incluant les groupes de soutien de l'Association québécoise des allergies alimentaires (AQAA) et les programmes d'information scolaire. La téléconsultation est disponible pour l'interprétation de résultats d'investigation allergologique, la révision d'un plan d'action allergique ou les questions de gestion quotidienne de l'éviction alimentaire. Prenez rendez-vous à l'un de nos points de service sur la Rive-Sud ou dans l'une de nos succursales au Québec.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Consultez un médecin pour tout symptôme, question ou décision relative à votre santé.
Clinique Omicron
Besoin de consulter un médecin ?
Prise en charge en 24-48h. En clinique ou en télémédecine, partout au Québec.
Reçus pour assurances. 7j/7. Sans médecin de famille requis.