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Condition médicale

Anguillulose (Strongyloïdose)

L'anguillulose, aussi appelée strongyloïdose, est une infection parasitaire intestinale causée par un ver rond microscopique appelé Strongyloides stercoralis. Sa particularité biologique unique est sa capacité d'auto-infestation : le parasite peut compléter son cycle de vie entièrement à l'intérieur de l'organisme humain, permettant à l'infection de persister pendant des décennies sans nouvelle exposition. Chez les personnes immunocompétentes, l'anguillulose reste souvent silencieuse ou peu symptomatique. Chez les personnes immunodéprimées, elle peut évoluer vers une forme disséminée sévère, potentiellement grave.

Comment se transmet-elle ?

La contamination survient par contact direct de la peau avec un sol contaminé par les larves du parasite. Les larves filiformes pénètrent activement à travers la peau intacte, le plus souvent au niveau des pieds nus. La transmission par voie digestive (ingestion d'eau ou d'aliments contaminés) est également possible mais moins fréquente. Il n'y a pas de transmission directe d'une personne à une autre.

Quelles sont les zones à risque ?

L'anguillulose est endémique dans les régions tropicales et subtropicales, mais des cas sont régulièrement diagnostiqués au Québec, principalement chez des personnes ayant voyagé ou immigré de zones à risque. Les populations les plus touchées sont :

  • Personnes ayant vécu ou voyagé en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est, en Amérique centrale ou du Sud, ou dans certaines régions des Caraïbes
  • Immigrants et réfugiés originaires de zones endémiques, parfois infectés depuis de nombreuses années sans le savoir
  • Vétérans de guerre ayant séjourné dans des zones tropicales humides
  • Personnes vivant dans des conditions sanitaires précaires avec exposition fréquente aux sols contaminés
  • Travailleurs agricoles en contact régulier avec des sols potentiellement contaminés

Quels sont les symptômes ?

Le tableau clinique varie considérablement selon l'état immunitaire de la personne infectée. Trois formes cliniques sont distinguées :

Forme clinique Contexte Manifestations principales
Forme chronique asymptomatique Immunocompétent Aucun symptôme, découverte fortuite sur bilan sanguin (hyperéosinophilie)
Forme chronique symptomatique Immunocompétent Douleurs abdominales, diarrhées intermittentes, nausées, urticaire récurrente, larva currens cutané
Forme disséminée ou hyperin­fection Immunodéprimé Atteinte pulmonaire, neurologique, sepsis à bacilles Gram négatif, état grave nécessitant une prise en charge médicale urgente

Le larva currens : signe caractéristique

Le larva currens est une manifestation cutanée pathognomonique de l'anguillulose chronique. Il se présente sous la forme d'un trajet érythémateux et prurigineux serpigineux (en serpentin) qui progresse rapidement sur la peau, principalement au niveau des fesses, du périnée et des membres inférieurs. Ce trajet disparaît spontanément en quelques heures à quelques jours, puis réapparaît lors de nouveaux épisodes d'auto-infestation. Sa présence chez un patient ayant séjourné en zone tropicale est très évocatrice du diagnostic.

Qui est particulièrement à risque de forme grave ?

L'hyperinfection et la dissémination surviennent presque exclusivement chez des personnes dont le système immunitaire est affaibli. Les situations à risque élevé incluent :

  • Traitement par corticoïdes au long cours, même à doses modérées
  • Infection par le virus HTLV-1, qui altère spécifiquement l'immunité anti-parasitaire
  • Transplantation d'organe solide ou de moelle osseuse avec immunosuppression
  • Infection par le VIH avec immunodépression avancée
  • Hémopathies malignes traitées par chimiothérapie
  • Traitements biologiques immunosuppresseurs (anti-TNF et apparentés)
ℹ️ Toute personne originaire d'une zone endémique devant recevoir un traitement immunosuppresseur (corticoïdes, biothérapie, chimiothérapie) devrait être dépistée pour l'anguillulose avant le début du traitement. Une infection non détectée peut se transformer en forme grave sous immunosuppression. Discutez-en avec votre médecin avant tout traitement de ce type.

Comment est-elle diagnostiquée ?

Le diagnostic de l'anguillulose est souvent retardé en raison de sa présentation clinique peu spécifique. Plusieurs examens complémentaires sont utilisés, avec des sensibilités variables :

  • Numération formule sanguine : hyperéosinophilie (augmentation des éosinophiles) fréquente mais inconstante, souvent le premier indice orientant le diagnostic
  • Examen parasitologique des selles : détection des larves dans les selles, mais sensibilité limitée car l'excrétion est intermittente ; plusieurs prélèvements à des jours différents augmentent la sensibilité
  • Sérologie anti-Strongyloides : test le plus sensible pour le dépistage, recommandé chez les personnes à risque même asymptomatiques
  • PCR sur selles : technique de plus en plus disponible, haute sensibilité et spécificité
  • Aspiration duodénale ou capsule de Bermann : réservée aux cas difficiles à confirmer par les méthodes standards

Quels sont les traitements disponibles ?

Des traitements antiparasitaires efficaces existent et permettent d'éliminer l'infection dans la grande majorité des cas. Le choix du traitement, sa durée et le suivi post-traitement sont déterminés par le médecin en fonction de la forme clinique et de l'état immunitaire du patient. Un contrôle parasitologique après traitement est recommandé pour confirmer la guérison, particulièrement chez les personnes immunodéprimées. La forme disséminée requiert une prise en charge médicale spécialisée.

Comment prévenir l'infection ?

  • Porter des chaussures fermées dans les zones à risque, notamment en terrain humide et tropical
  • Éviter tout contact de la peau nue avec le sol dans les régions endémiques
  • Respecter les mesures d'hygiène alimentaire lors de voyages en zone tropicale
  • Consulter un médecin pour un dépistage au retour d'un séjour prolongé en zone endémique, même en l'absence de symptômes
  • Signaler tout antécédent de séjour tropical à votre médecin avant de débuter un traitement immunosuppresseur

Où consulter au Québec ?

Clinique Omicron propose des consultations médicales et des bilans de santé dans ses points de service au Québec. Si vous avez séjourné dans une zone tropicale ou subtropicale et présentez des symptômes digestifs, cutanés ou une hyperéosinophilie inexpliquée, nos professionnels de santé peuvent initier le bilan diagnostique approprié et vous orienter vers les ressources spécialisées si nécessaire.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Consultez un médecin pour tout symptôme, question ou décision relative à votre santé.

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