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Chaleur extrême et personnes vulnérables : préparer l'été

Chaleur extrême et personnes vulnérables : préparer l’été

Les vagues de chaleur estivales se sont intensifiées au Québec [1]. Au-delà du coup de chaleur ponctuel, ce sont surtout les personnes vulnérables qui paient le prix : aînés, malades chroniques, jeunes enfants, travailleurs à l’extérieur, personnes en situation d’itinérance. La canicule de 2018 à Montréal, associée à de nombreux décès en excès, en a été un rappel marquant [2]. Cet article fait le tour de qui est à risque, des signes d’alerte, des médicaments qui amplifient la vulnérabilité et des mesures préventives à prendre en amont et pendant les épisodes de chaleur.

Dans cette page

Qui est vulnérable

Plusieurs facteurs augmentent la vulnérabilité à la chaleur. Connaître ces profils permet d’anticiper et de mettre en place les bonnes mesures [1].

Les profils les plus à risque

  • Personnes de 65 ans et plus (régulation thermique moins efficace, soif diminuée)
  • Personnes vivant seules ou isolées
  • Personnes avec une maladie chronique : cardiaque, rénale, respiratoire, diabète, troubles mentaux
  • Personnes prenant certains médicaments : diurétiques, anticholinergiques, antipsychotiques, bêtabloquants, lithium
  • Personnes en surpoids important
  • Nourrissons et jeunes enfants
  • Travailleurs à l’extérieur ou dans des environnements chauds (construction, agriculture, cuisines)
  • Personnes en situation d’itinérance
  • Personnes enceintes
  • Personnes consommant de l’alcool ou des drogues

À retenir

  • La vulnérabilité à la chaleur ne se limite pas aux aînés : nourrissons, malades chroniques, travailleurs extérieurs et personnes itinérantes sont aussi à risque [1]
  • Reconnaître les signes (maux de tête, nausées, confusion, peau chaude rouge) permet d’agir vite
  • La confusion ou une température corporelle au-delà de 40 °C est une urgence : appel au 911
  • Plusieurs médicaments amplifient la vulnérabilité ; une révision de la médication avant l’été est une bonne pratique chez les personnes à risque
  • S’hydrater régulièrement, fréquenter des lieux frais, limiter l’effort entre 11 h et 16 h sont les mesures de base
  • La surveillance des aînés isolés par des appels quotidiens sauve des vies
  • Le SUPREME (système québécois de surveillance) et les alertes d’Environnement Canada permettent d’anticiper

Reconnaître les signes de souffrance liée à la chaleur

La souffrance liée à la chaleur évolue souvent progressivement. Identifier les premiers signes permet d’agir avant la complication grave.

Signes précoces

  • Crampes musculaires (mollets, abdomen)
  • Maux de tête, vertiges
  • Nausées, vomissements
  • Faiblesse, fatigue inhabituelle
  • Soif intense
  • Sueurs abondantes
  • Diminution du débit urinaire (urines foncées)
  • Pouls et respiration rapides

Signes graves — agir immédiatement

  • Peau chaude, rouge, parfois sèche (la sudation peut s’arrêter)
  • Confusion, comportement inhabituel — signal d’urgence
  • Pertes d’équilibre, démarche instable
  • Convulsions
  • Perte de conscience
  • Température corporelle > 40 °C — appel au 911

Gestes immédiats en attendant les secours

  • Mettre la personne au frais, à l’ombre ou dans une pièce climatisée
  • Allonger avec les jambes légèrement surélevées
  • Refroidir activement : compresses fraîches sur la nuque, les aisselles, l’aine, brumiser de l’eau et ventiler
  • Donner de l’eau à boire par petites gorgées si la personne est consciente et alerte
  • Ne pas donner d’eau si la personne est confuse ou inconsciente
  • Surveiller les fonctions vitales en attendant les secours
  • Appeler le 911 si signes graves, Info-Santé 811 en cas de doute

Médicaments à risque

Certains médicaments augmentent la vulnérabilité à la chaleur, soit en favorisant la déshydratation, soit en altérant la thermorégulation, soit en augmentant leur propre toxicité quand le corps se déshydrate [3].

Principales classes à surveiller

  • Diurétiques (hydrochlorothiazide, furosémide, indapamide) — risque de déshydratation
  • Anticholinergiques (certains antihistaminiques de première génération, antispasmodiques, antiparkinsoniens) — réduisent la sudation
  • Antipsychotiques — altèrent la thermorégulation centrale
  • Antidépresseurs tricycliques — effets anticholinergiques
  • Lithium — concentration sanguine augmentée en cas de déshydratation, risque de toxicité
  • IECA et ARA — interaction avec l’hydratation et la fonction rénale
  • Bêtabloquants — réduisent la capacité d’adaptation cardiovasculaire
  • AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) — risque rénal en cas de déshydratation
  • Inhibiteurs de la SGLT2 (pour le diabète) — peuvent favoriser la déshydratation

Bonnes pratiques avant l’été

  • Une révision de la médication avant l’été chez les personnes à risque est une bonne pratique
  • Ne pas arrêter un médicament de sa propre initiative
  • Discuter avec le médecin ou le pharmacien des ajustements possibles (réduction de dose, suspension temporaire, surveillance plus rapprochée)
  • Vérifier la fonction rénale, les électrolytes et les concentrations sanguines (lithium, digoxine) si pertinent
  • Profiter de la visite pour faire le point sur les vaccins, l’activité physique et l’environnement de vie
  • Adapter les doses de diurétiques au besoin pendant les vagues de chaleur, avec accompagnement médical

Vous prenez plusieurs médicaments et vous voulez préparer l’été ? Clinique Omicron offre la révision préventive des médicaments à risque, le suivi des maladies chroniques et l’évaluation des aînés à nos points de service au Québec, avec téléconsultation possible pour la discussion initiale et le suivi. Prendre rendez-vous ou opter pour la téléconsultation.

Mesures de prévention

Gestes au quotidien pendant la chaleur

  • Boire régulièrement, même sans soif (sauf restriction médicale précise comme insuffisance cardiaque sévère, insuffisance rénale terminale)
  • Climatiser ou fréquenter des lieux frais publics (bibliothèques, centres commerciaux, piscines publiques, centres communautaires)
  • Garder les rideaux fermés le jour, aérer la nuit quand la température extérieure est plus basse
  • Vêtements amples, clairs, en fibres naturelles (coton, lin)
  • Chapeau à large bord et lunettes de soleil à l’extérieur
  • Limiter l’effort entre 11 h et 16 h
  • Adapter les sorties (très tôt le matin ou en soirée)
  • Prendre des douches tièdes, plonger les pieds et les mains dans l’eau fraîche
  • Vaporiser la peau d’eau fraîche en utilisant un ventilateur
  • Éviter les boissons très sucrées, l’alcool excessif et les boissons très froides à jeun

Pour les travailleurs à l’extérieur

  • Respecter les directives de la CNESST sur le travail à la chaleur
  • Pauses régulières à l’ombre, accès à de l’eau fraîche en quantité
  • Acclimatation progressive lors des premières journées chaudes ou pour les nouveaux travailleurs
  • Vêtements légers, respirants, à manches longues si exposition solaire
  • Surveiller les collègues, surtout les nouveaux ou ceux qui prennent des médicaments à risque
  • Adapter les horaires de travail si possible (commencer plus tôt, finir plus tard)
  • Plan de prévention écrit dans les milieux à risque (construction, agriculture, fonderies)

Activité physique et sport

  • Adapter l’intensité et la durée en cas de chaleur ou d’humidité élevée
  • S’hydrater avant, pendant et après l’effort
  • Privilégier les activités intérieures ou aquatiques aux heures les plus chaudes
  • Éviter l’effort intense en milieu de journée
  • Surveiller les signes de souffrance (vertiges, nausées, crampes) et arrêter au besoin
  • Encadrer les enfants : ils s’auto-régulent moins bien que les adultes

Hydratation : quoi boire et quoi éviter

Les meilleurs choix

  • Eau plate ou pétillante en première ligne
  • Infusions froides, eaux aromatisées maison (concombre, citron, menthe)
  • Soupes et bouillons légèrement salés
  • Fruits riches en eau (melon d’eau, melon, concombre, raisins, oranges, fraises)
  • Yogourt, lait dilué pour certains
  • Solution de réhydratation orale en cas de pertes importantes (sueurs intenses, diarrhée, vomissements)

À limiter ou éviter

  • Alcool qui favorise la déshydratation
  • Boissons très sucrées (sodas, jus concentrés)
  • Boissons très caféinées en grande quantité
  • Boissons énergisantes
  • Repas très copieux qui augmentent la production de chaleur métabolique

Cas particuliers

  • Insuffisance cardiaque ou rénale avec restriction hydrique : suivre les recommandations du médecin, ne pas augmenter l’eau de sa propre initiative
  • Diabète : éviter les boissons sucrées, surveiller la glycémie
  • Nourrissons : continuer l’allaitement à la demande ou les biberons habituels, ne pas donner d’eau aux moins de 6 mois sans avis médical
  • Aînés : la sensation de soif diminue avec l’âge ; programmer des « rappels » pour boire
  • Pertes importantes (sueurs, diarrhée) : solutions de réhydratation orale plutôt qu’eau pure seule

Adapter son logement

Garder la chaleur dehors

  • Rideaux, toiles ou stores tirés du côté ensoleillé pendant la journée
  • Films solaires ou pellicules réfléchissantes sur les vitres exposées
  • Aérer la nuit et tôt le matin quand la température baisse
  • Éviter d’utiliser le four, le sèche-linge ou des appareils générant de la chaleur aux heures chaudes
  • Ventilateurs utiles en complément (mais inefficaces seuls si la pièce dépasse 35 °C ambiante)
  • Concentrer la climatisation dans une seule pièce (« pièce fraîche ») si l’appartement n’est pas entièrement climatisé
  • Profiter des programmes d’aide municipaux ou provinciaux pour les climatiseurs portatifs chez les personnes vulnérables (selon les programmes en vigueur)

Identifier les lieux frais à proximité

  • Bibliothèques, centres communautaires, centres commerciaux, piscines publiques
  • Halls climatisés de certains immeubles publics
  • Cliniques, hôpitaux et CLSC en cas de besoin de fraîcheur ou de surveillance
  • Plusieurs municipalités publient la liste des « lieux frais » lors des canicules ; consulter le site de la ville
  • Connaître l’itinéraire et les heures d’ouverture avant la canicule

Veiller sur les aînés isolés

Surveillance pendant les vagues de chaleur

  • Appel quotidien, idéalement matin et soir, aux aînés isolés
  • Visite en personne en cas d’inquiétude
  • Vérifier la fraîcheur du logement et la disponibilité d’un climatiseur ou d’un ventilateur
  • Encourager l’hydratation : laisser des bouteilles d’eau bien en vue
  • Aider à s’inscrire au registre municipal des personnes vulnérables (dans les municipalités qui l’offrent)
  • Sensibiliser au repérage des signes (confusion, faiblesse, soif intense)
  • Coordonner avec les voisins, le CLSC, les services à domicile

Ressources pour les proches aidants

  • L’Appui pour les proches aidants — 1 855 852-7784, information et soutien
  • Info-Santé 811, option 1 (santé physique) ou option 2 (psychosocial)
  • CLSC du territoire : soins à domicile, évaluation infirmière
  • Services privés de soins à domicile (comme UVO Soins à domicile)
  • Travailleur social pour soutien et démarches
  • En cas de doute sur la capacité de l’aîné à se protéger seul, parler au médecin et au CLSC

Vous accompagnez un aîné isolé et la canicule approche ? Clinique Omicron offre l’évaluation des aînés, la révision préventive des médicaments à risque et le suivi des maladies chroniques. Pour les soins à domicile, l’équipe d’UVO Soins à domicile peut compléter le soutien apporté par les proches.

Outils et ressources utiles au Québec

Outils d’information et d’alerte

  • Alertes Environnement Canada (application Météo, site web, alertes mobiles)
  • SUPREME — système québécois intégré de surveillance multimenaces : bulletins du MSSS sur les vagues de chaleur
  • Bulletins INSPQ et tableaux de bord publiés pendant les épisodes
  • Info-Santé 811 — conseils 24/7
  • Sites municipaux : alertes, liste des lieux frais, programmes pour personnes vulnérables
  • Société canadienne du cancer et Cœur+AVC pour des recommandations spécifiques aux maladies chroniques

Lignes d’urgence et d’aide

  • 911 — urgence médicale (signes graves, perte de conscience, température > 40 °C)
  • Info-Santé 811, option 1 — conseils santé
  • Info-Social 811, option 2 — soutien psychosocial
  • L’Appui 1 855 852-7784 — proches aidants
  • Services municipaux de proximité (police, services sociaux) en cas d’inquiétude pour un aîné isolé

Mythes et idées reçues

« Si on ne sue pas, ça va »

Faux. L’absence de sudation en pleine chaleur est au contraire un signe d’alerte : le mécanisme de refroidissement est dépassé. Une peau chaude, rouge et sèche dans un contexte de canicule justifie une consultation rapide.

« Boire de la bière hydrate »

Faux. L’alcool, y compris la bière, a un effet diurétique et favorise la déshydratation. En cas de canicule, mieux vaut limiter sa consommation et la compenser par de l’eau.

« Un ventilateur suffit en cas de canicule »

Pas toujours. Un ventilateur est utile lorsque la température ambiante est inférieure à 35 °C. Au-delà, il peut aggraver le stress thermique en soufflant de l’air chaud. La combinaison ventilateur + brumisation d’eau sur la peau est plus efficace, ou mieux : un lieu climatisé.

« Il faut arrêter ses diurétiques en canicule »

Pas sans avis médical. Certaines maladies (insuffisance cardiaque, hypertension sévère) nécessitent ces médicaments. Une discussion avec le médecin ou le pharmacien avant l’été permet d’ajuster les doses au besoin, sans risque d’arrêt brutal.

« Les enfants n’ont qu’à boire un peu plus »

Insuffisant. Les nourrissons et jeunes enfants régulent mal leur température, transpirent moins et se déshydratent plus vite. Outre l’hydratation, il faut protéger activement : lieu frais, vêtements légers, jamais laisser un enfant dans une voiture stationnée (même pour quelques minutes).

Questions fréquentes

À partir de quelle température parle-t-on de canicule au Québec ?

Une chaleur extrême est généralement définie, dans le sud du Québec, par un maximum diurne de 33 °C ou plus combiné à des minima nocturnes élevés (autour de 20 °C) pendant au moins quelques jours, ou par un indice humidex significatif. Les seuils varient selon les régions. Le MSSS et la santé publique précisent les critères régionaux.

Quels signes doivent faire appeler le 911 ?

Confusion, perte de conscience, convulsions, température corporelle supérieure à 40 °C, peau chaude rouge et sèche, troubles graves de l’équilibre ou de l’élocution. En attendant les secours, mettre la personne au frais et la refroidir activement.

Combien d’eau faut-il boire par jour en canicule ?

Il n’existe pas de quantité unique. La plupart des adultes en santé peuvent viser 1,5 à 2 L par jour en conditions normales, davantage en cas de chaleur, d’activité physique ou de sudation importante. Les personnes avec restriction hydrique (insuffisance cardiaque ou rénale) doivent suivre les recommandations de leur médecin. Le meilleur indicateur reste la couleur des urines : claires = bien hydraté.

Faut-il s’inquiéter pour son animal de compagnie ?

Oui. Les animaux de compagnie sont aussi vulnérables : leur fournir de l’eau fraîche en abondance, ne jamais les laisser dans une voiture, éviter les promenades aux heures les plus chaudes (le bitume brûle les coussinets). Consulter un vétérinaire en cas de signes de souffrance (essoufflement, salivation excessive, faiblesse).

Quand consulter en clinique après un épisode de chaleur ?

Si les symptômes persistent (fatigue marquée, maux de tête, faiblesse) après un retour au frais et une bonne hydratation, ou si la personne a une maladie chronique ou prend des médicaments à risque, une évaluation médicale est recommandée pour vérifier la fonction rénale, les électrolytes et ajuster au besoin la médication.

Sources

  1. INSPQ — Institut national de santé publique du Québec. Chaleur et santé : populations vulnérables et recommandations.
  2. Direction régionale de santé publique de Montréal. Bilan de la canicule de 2018 et leçons.
  3. MSSS — Ministère de la Santé et des Services sociaux. Recommandations canicule et médicaments à risque.
  4. Environnement et Changement climatique Canada. Alertes de chaleur extrême.
  5. CNESST — Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Travail à la chaleur : guide de prévention.
  6. Société canadienne de gériatrie. Soins aux aînés et conditions extrêmes.
  7. L’Appui pour les proches aidants. Ressources pour proches aidants au Québec.

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Geneviève Dostie
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