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Migraine ou céphalée de tension : comment faire la différence

Migraine ou céphalée de tension : comment faire la différence

Tous les maux de tête ne se valent pas. Mettre un nom sur le type de céphalée change la prise en charge et l’efficacité du traitement [1]. Cet article explique comment distinguer les trois grands types les plus courants — céphalée de tension, migraine et céphalée de Horton — ce que sont les auras migraineuses, et les signes d’alarme à connaître pour consulter rapidement.

Dans cette page

La céphalée de tension

La céphalée de tension est la plus fréquente. La plupart des adultes en font à un moment ou à un autre, sans que cela ne traduise une maladie grave [1].

Comment elle se manifeste

  • Douleur sourde, en bandeau ou en casque
  • Bilatérale, ressentie des deux côtés de la tête
  • Intensité légère à modérée
  • Pas d’aggravation à l’effort physique habituel
  • Pas de nausées importantes ni de vomissements
  • Sensibilité musculaire à la palpation de la nuque, des tempes, du cuir chevelu
  • Durée : de 30 minutes à plusieurs jours
  • Possibilité d’une légère intolérance à la lumière ou au bruit (jamais les deux ensemble dans la forme typique)

Les déclencheurs courants

  • Stress et tension émotionnelle
  • Posture prolongée (travail à l’écran, conduite)
  • Fatigue et manque de sommeil
  • Déshydratation
  • Sauts de repas, hypoglycémie
  • Tensions cervicales et trapèzes contracturés
  • Bruxisme (grincement des dents) et tensions de la mâchoire
  • Anxiété et troubles de l’humeur

Que faire

  • Identifier et corriger les déclencheurs
  • Améliorer la posture et faire des pauses régulières
  • S’hydrater, manger à heures régulières, dormir suffisamment
  • Exercice physique régulier (effet préventif documenté)
  • Étirements du cou et des épaules
  • Analgésiques en vente libre (acétaminophène, ibuprofène) en cas de crise, à utiliser avec parcimonie
  • Consulter en cas de céphalées fréquentes (plus de 15 jours par mois) ou d’aggravation

À retenir

  • La céphalée de tension est la plus fréquente, généralement bilatérale, sans aggravation à l’effort [1]
  • La migraine est plus intense, unilatérale, pulsatile, souvent accompagnée de nausées et d’intolérance à la lumière et au bruit
  • La céphalée de Horton est rare mais extrêmement intense, unilatérale autour de l’œil, en salves
  • L’aura migraineuse est un symptôme neurologique transitoire qui précède la migraine chez environ 25 % des personnes [2]
  • Les signes d’alarme (céphalée en coup de tonnerre, déficit neurologique, fièvre, traumatisme récent) imposent une consultation rapide
  • Un journal des céphalées facilite le diagnostic et l’ajustement du traitement
  • Le recours excessif aux analgésiques peut entretenir et aggraver les céphalées (céphalée par abus médicamenteux)

La migraine

La migraine touche environ 12 % des adultes [3], avec une prédominance féminine nette. C’est une maladie neurologique, non un simple « gros mal de tête ».

Comment elle se manifeste

  • Douleur pulsatile, qui bat au rythme du cœur
  • Unilatérale le plus souvent (mais peut être bilatérale chez certains)
  • Intensité modérée à sévère
  • Aggravée par l’effort physique, même léger
  • Souvent accompagnée de nausées, parfois de vomissements
  • Photophobie et phonophobie (intolérance à la lumière et au bruit)
  • Parfois osmophobie (intolérance aux odeurs)
  • Durée : 4 à 72 heures sans traitement
  • Souvent suivie d’une phase de récupération (fatigue, sensation de « gueule de bois » sans alcool)

Les déclencheurs fréquents

  • Variations hormonales (cycle menstruel, contraception, périménopause)
  • Stress et relâchement du stress (« migraine du week-end »)
  • Manque ou excès de sommeil
  • Sauts de repas, déshydratation
  • Certains aliments selon les personnes (chocolat, fromages affinés, vin rouge, glutamate)
  • Alcool, surtout vin rouge
  • Variations météorologiques (pression atmosphérique)
  • Lumières intenses, écrans, environnements bruyants
  • Odeurs fortes (parfums, produits chimiques)

Les traitements disponibles

  • Traitements de crise : AINS, acétaminophène, triptans (sumatriptan, rizatriptan, etc.), antiémétiques, gépants plus récents
  • Traitements de fond à envisager si plus de 4 crises par mois ou si les crises sont sévères : bêtabloquants, anticonvulsivants, antidépresseurs tricycliques, anti-CGRP
  • Approches non médicamenteuses : régularité du sommeil, gestion du stress, activité physique régulière, identification et évitement des déclencheurs
  • Thérapies complémentaires parfois utiles : biofeedback, relaxation, acupuncture, magnésium, vitamine B2

L’aura migraineuse

Environ 25 % des personnes migraineuses présentent une aura : symptômes neurologiques transitoires (15 à 60 minutes) précédant le mal de tête [2].

Les manifestations les plus fréquentes

  • Taches lumineuses scintillantes (scotomes scintillants), souvent au centre du champ visuel
  • Lignes en zigzag qui s’étendent progressivement
  • Vision trouble ou perte temporaire d’une partie du champ visuel
  • Parfois fourmillements dans une main, qui remontent vers le bras et le visage
  • Troubles de la parole transitoires (manque de mot, difficulté à articuler)
  • Rarement, vertige ou faiblesse d’un côté
  • Les symptômes évoluent sur quelques minutes et disparaissent en moins d’une heure

Ce qu’il faut savoir

  • L’aura n’est pas dangereuse en soi
  • Elle précède habituellement le mal de tête, mais peut survenir sans céphalée chez certaines personnes
  • Une première aura, surtout après 40 ans, justifie une évaluation médicale
  • Un changement dans la présentation habituelle (aura plus longue, plus intense, symptômes nouveaux) impose aussi un avis médical
  • L’aura peut ressembler à un AVC : si la personne n’a jamais eu d’aura, ou si le tableau est atypique, il faut composer le 911 sans hésiter
  • La migraine avec aura est associée à un risque cardiovasculaire légèrement accru, à intégrer dans l’évaluation globale (tabac, contraception hormonale, hypertension)

La céphalée de Horton (algie vasculaire de la face)

La céphalée de Horton est beaucoup plus rare, mais reconnaissable. C’est l’une des céphalées les plus douloureuses qui existent, parfois appelée « suicide headache » en raison de son intensité [1].

Comment elle se manifeste

  • Douleur extrêmement intense, unilatérale
  • Localisée autour ou derrière l’œil, parfois irradiant à la tempe ou à la mâchoire
  • Crises courtes : 15 minutes à 3 heures
  • Survenant en salves sur plusieurs semaines, parfois plusieurs fois par jour
  • Larmoiement, rougeur de l’œil, écoulement nasal du côté de la douleur
  • Parfois chute de la paupière, rétrécissement de la pupille
  • Agitation pendant la crise (la personne ne tient pas en place, contrairement à la migraine où l’on cherche le calme et l’obscurité)
  • Souvent déclenchée la nuit, à heure relativement fixe

Les traitements spécifiques

  • Oxygène à haut débit en masque (souvent très efficace en quelques minutes)
  • Triptans en injection ou en spray nasal pour casser la crise
  • Traitements de fond comme le vérapamil pour réduire la fréquence des salves
  • Parfois corticostéroïdes de courte durée pour interrompre une période de crises
  • L’arrêt du tabac et de l’alcool est recommandé pendant les périodes de crise
  • Suivi neurologique souvent utile

Tableau comparatif des trois types

Caractéristique Tension Migraine Horton
Localisation Bilatérale, en bandeau Unilatérale souvent Unilatérale, autour de l’œil
Type de douleur Sourde, en pression Pulsatile Très intense, en coup de poignard
Intensité Légère à modérée Modérée à sévère Extrême
Durée 30 min à plusieurs jours 4 à 72 h 15 min à 3 h, en salves
Nausées Rares Fréquentes Rares
Lumière / bruit Rare Fréquent Rare
Comportement Variable Calme, repos Agitation
Signes oculaires Absents Aura possible Larmoiement, rougeur, écoulement nasal

Les signes d’alarme

Certains signes doivent inciter à consulter rapidement ou à se rendre à l’urgence, parce qu’ils peuvent traduire une cause sérieuse (hémorragie cérébrale, infection, hypertension intracrânienne, autre) [1][4].

Quand consulter rapidement

  • Mal de tête « coup de tonnerre » apparaissant en quelques secondes, d’intensité maximale d’emblée
  • Premier mal de tête sévère après 50 ans
  • Mal de tête s’aggravant progressivement sur plusieurs semaines
  • Symptômes neurologiques associés : faiblesse, trouble de la parole, perte de vision, confusion, perte de conscience
  • Fièvre, raideur de nuque, éruption cutanée (suspicion de méningite)
  • Mal de tête après un traumatisme crânien, surtout s’il s’aggrave
  • Mal de tête chez un patient immunodéprimé ou ayant un cancer
  • Mal de tête de la femme enceinte, surtout au 3e trimestre
  • Mal de tête avec vomissements importants, sans diagnostic préalable
  • Mal de tête provoqué par la position, l’effort, la toux, l’éternuement, les rapports sexuels

Où aller en cas d’urgence

  • En présence d’un signe d’alarme aigu, composer le 911 ou se présenter à l’urgence hospitalière
  • Pour une céphalée sévère mais sans signe d’alarme, une consultation médicale rapide (dans la journée ou les jours suivants) est appropriée
  • Au Québec, les portes d’entrée comprennent l’urgence, le Guichet d’accès à la première ligne (GAP), une clinique sans rendez-vous, le 811 (option 1, Info-Santé)
  • Ne jamais banaliser un mal de tête inhabituel chez une personne qui n’en a habituellement pas

Vous avez des maux de tête fréquents ou inhabituels ? Clinique Omicron offre une évaluation médicale des céphalées, la prescription des traitements de crise et de fond, et l’orientation vers la neurologie au besoin, à nos points de service au Québec, avec téléconsultation possible pour la discussion initiale. Prendre rendez-vous ou opter pour la téléconsultation.

Le piège des médicaments contre la douleur

Un usage trop fréquent d’analgésiques contre la douleur peut paradoxalement entretenir et aggraver les céphalées : c’est la céphalée par abus médicamenteux [1].

Comment elle s’installe

  • Usage régulier d’analgésiques simples (acétaminophène, ibuprofène) plus de 15 jours par mois
  • Ou usage de triptans, opioïdes, médicaments combinés plus de 10 jours par mois
  • Sur plusieurs mois consécutifs
  • Le mal de tête devient quotidien ou quasi quotidien
  • L’arrêt du médicament peut provoquer une aggravation temporaire avant amélioration

Comment l’éviter et la traiter

  • Limiter l’usage d’analgésiques à moins de 10 à 15 jours par mois
  • Tenir un journal des prises pour bien évaluer la fréquence
  • Si les céphalées deviennent fréquentes, consulter pour discuter d’un traitement de fond
  • Le traitement de la céphalée par abus repose sur le sevrage progressif accompagné, parfois avec un soutien spécifique
  • Souvent suivi d’une amélioration nette du fond douloureux après quelques semaines à mois

Tenir un journal des céphalées

Le journal des céphalées est un outil simple qui accélère le diagnostic et l’ajustement du traitement. Plusieurs applications mobiles le facilitent.

Ce qu’il faut noter

  • Date et heure de début de la céphalée
  • Durée totale
  • Intensité sur une échelle de 0 à 10
  • Localisation (uni- ou bilatérale, frontale, occipitale)
  • Type de douleur (pulsatile, sourde, en coup de poignard)
  • Symptômes associés (nausées, photophobie, aura, larmoiement)
  • Déclencheurs possibles (alimentation, sommeil, stress, cycle, météo, alcool)
  • Médicaments pris (nom, dose, heure)
  • Efficacité du traitement
  • Impact sur les activités (absence du travail, annulation de plans)

À quoi cela sert

  • Préciser le diagnostic (souvent plus utile que les examens d’imagerie)
  • Identifier les déclencheurs personnels
  • Mesurer la fréquence réelle des crises
  • Évaluer l’efficacité des traitements de crise
  • Décider de l’intérêt d’un traitement de fond
  • Détecter un éventuel abus médicamenteux
  • Faciliter les discussions avec le médecin et l’orientation vers un neurologue si nécessaire

Mythes et idées reçues

« Une migraine, c’est juste un gros mal de tête »

Faux. La migraine est une maladie neurologique avec des mécanismes propres. Elle se traite spécifiquement, avec des médicaments de crise et de fond différents des analgésiques courants. Considérer la migraine comme un simple mal de tête conduit souvent à un sous-traitement et à un retard de diagnostic.

« Il faut faire une imagerie pour tout mal de tête »

Faux. La grande majorité des céphalées (tension, migraine) ne nécessitent pas d’imagerie. L’examen clinique et l’interrogatoire suffisent à poser le diagnostic. L’imagerie est réservée aux cas avec signes d’alarme, présentation atypique ou évolution inhabituelle.

« Les triptans, c’est juste pour les cas graves »

Faux. Les triptans sont des médicaments spécifiques de la migraine, recommandés dès que les antalgiques simples ne suffisent pas. Ils sont d’autant plus efficaces qu’ils sont pris tôt dans la crise. Leur usage est encadré, mais ils ne sont pas réservés aux cas extrêmes.

« Si j’ai des migraines, c’est forcément à vie »

Pas nécessairement. La migraine évolue avec le temps. Beaucoup de personnes voient leurs crises diminuer ou disparaître après la ménopause, en particulier les migraines liées au cycle hormonal. Les traitements de fond modernes améliorent souvent significativement la qualité de vie.

« Le mal de tête vient toujours d’un problème de vue »

Souvent faux. Une correction visuelle inadaptée peut provoquer des céphalées de tension, surtout en fin de journée. Mais la majorité des céphalées primaires (tension, migraine, Horton) ne sont pas liées à la vue. Un examen optométrique est utile en cas de doute, sans expliquer à lui seul des céphalées chroniques.

Questions fréquentes

Combien de fois par mois est-ce trop ?

À partir de 4 crises de migraine par mois, un traitement de fond est généralement discuté. Pour les céphalées de tension, plus de 15 jours par mois avec mal de tête définissent une forme chronique qui mérite une évaluation et un plan structuré. Toute céphalée qui altère significativement la qualité de vie ou qui pousse à prendre des analgésiques très souvent doit motiver une consultation.

Comment différencier une aura migraineuse d’un AVC ?

L’aura migraineuse évolue habituellement sur plusieurs minutes, est constituée de symptômes visuels progressifs et disparaît en moins d’une heure, suivie d’un mal de tête. Un AVC se manifeste plutôt par une apparition brutale, immédiate, d’un déficit (faiblesse, paralysie, trouble de la parole), sans installation progressive. En cas de doute, surtout pour une première aura ou un changement de présentation, composer le 911 sans attendre.

La pilule contraceptive est-elle compatible avec la migraine ?

La contraception œstroprogestative est généralement déconseillée en cas de migraine avec aura, en raison d’un risque cardiovasculaire accru. Les contraceptions à base de progestatif seul (pilule, stérilet hormonal, implant) sont souvent une meilleure option. Une discussion personnalisée avec le médecin permet d’évaluer les risques et les bénéfices.

Les enfants peuvent-ils avoir des migraines ?

Oui, et c’est fréquent. La migraine de l’enfant et de l’adolescent peut être plus courte que celle de l’adulte, parfois associée à des douleurs abdominales, des vomissements ou des vertiges. Une évaluation médicale aide à distinguer la migraine d’autres causes et à proposer un traitement adapté à l’âge.

Quand passer une imagerie cérébrale ?

L’imagerie est indiquée en présence d’un signe d’alarme (céphalée en coup de tonnerre, premier mal de tête sévère après 50 ans, aggravation progressive, déficit neurologique, fièvre, traumatisme, immunodépression), d’une présentation atypique ou d’un changement marqué dans une céphalée connue. Elle n’est pas justifiée pour une migraine typique stable.

Existe-t-il des spécialistes des céphalées au Québec ?

Oui. Les neurologues, et plus particulièrement certains spécialistes des céphalées, prennent en charge les cas complexes. L’accès se fait habituellement via une orientation par un médecin de famille ou une infirmière praticienne spécialisée. La consultation initiale en médecine générale permet souvent d’amorcer le diagnostic et le traitement, et de référer en neurologie au besoin.

Sources

  1. International Headache Society. International Classification of Headache Disorders (ICHD-3).
  2. Société canadienne des céphalées. Recommandations pour le diagnostic et le traitement de la migraine et des céphalées.
  3. Migraine Canada. Information sur la migraine, traitements et outils pour les patients.
  4. Collège des médecins du Québec. Guides cliniques et lignes directrices.
  5. INESSS — Institut national d’excellence en santé et en services sociaux. Guides et avis sur la prise en charge des céphalées.
  6. Cœur + AVC Canada. Reconnaître les signes de l’AVC (acronyme VITE).
  7. American Headache Society. Guidelines on the treatment of migraine and headache disorders.

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Geneviève Dostie
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