Les étés québécois ont changé. Smog urbain, fumée des feux de forêt, vagues de chaleur : la qualité de l’air est devenue un enjeu de santé publique récurrent, en particulier pour les personnes vivant avec une maladie respiratoire chronique [1][2]. Connaître la Cote Air Santé (CAS) et savoir adapter ses activités fait une vraie différence. Cet article explique l’indice, ses effets sur l’asthme et la MPOC, les bons réflexes lors d’épisodes de pollution, l’importance d’un plan d’action et les ressources québécoises.
Dans cette page
- La Cote Air Santé (CAS)
- Effets sur l’asthme et la MPOC
- Les bons réflexes lors de pollution élevée
- Avoir un plan d’action asthme
- Personnes particulièrement vulnérables
- L’air intérieur compte aussi
- Cas particulier : la fumée des feux de forêt
- Mythes et idées reçues
- Questions fréquentes
- Sources
La Cote Air Santé (CAS)
La Cote Air Santé est un indice canadien sur une échelle de 1 à 10+ qui combine les concentrations de plusieurs polluants : particules fines PM2,5, ozone (O₃) et dioxyde d’azote (NO₂) [1]. Plus l’indice est élevé, plus le risque sanitaire augmente, surtout pour les groupes vulnérables.
Les niveaux et les recommandations
- 1 à 3 — Risque faible : activités normales
- 4 à 6 — Risque modéré : réduire ou réaménager les activités si symptômes
- 7 à 10 — Risque élevé : réduire l’effort à l’extérieur pour les groupes vulnérables
- 10+ — Risque très élevé : éviter les efforts extérieurs prolongés pour tous
- La CAS est mise à jour plusieurs fois par jour par Environnement et Changement climatique Canada
- Elle est disponible en ligne, dans les bulletins météo et via plusieurs applications mobiles
À retenir
- La Cote Air Santé est un outil simple à consulter avant les activités extérieures [1]
- Les particules fines (PM2,5) sont les principales responsables des effets de la fumée des feux de forêt
- L’ozone est plus élevé en après-midi par temps chaud et ensoleillé
- Les personnes avec asthme, MPOC, maladies cardiaques, les enfants, les femmes enceintes et les aînés sont les plus vulnérables
- Un plan d’action asthme écrit, élaboré avec son médecin, est essentiel pour gérer les exacerbations
- L’air intérieur compte aussi : filtres HEPA, ventilation, climatisation
- En cas d’épisode intense de fumée, un masque N95 bien ajusté est utile, même pour les adultes en bonne santé
Effets sur l’asthme et la MPOC
Les polluants de l’air agissent directement sur les voies respiratoires. Les particules fines pénètrent profondément dans les bronches et peuvent déclencher inflammation, bronchospasme et exacerbation aiguë [3].
Ce qui se passe dans les bronches
- Les PM2,5 et plus fines (PM1) traversent les défenses des voies aériennes
- Elles atteignent les alvéoles pulmonaires, voire la circulation sanguine
- Elles déclenchent une réaction inflammatoire locale et systémique
- Spasme des muscles lisses des bronches (bronchospasme)
- Surproduction de mucus, toux, oppression thoracique
- Aggravation de l’asthme, des bronchites chroniques, de l’emphysème
- Effets cardiovasculaires aussi possibles (arythmies, infarctus, AVC)
Ce qu’on observe au Québec
- Augmentation des consultations à l’urgence et des hospitalisations dans les jours qui suivent les pics de pollution ou les épisodes de fumée de feux de forêt [2]
- Hausse des visites pour asthme aigu, surtout chez les enfants et les jeunes adultes
- Décompensations cardiaques et respiratoires chez les personnes plus âgées
- Délai de quelques heures à plusieurs jours entre le pic de pollution et les effets cliniques
- Effets cumulés en cas d’épisodes répétés (été 2023, par exemple)
Symptômes qui doivent alerter
- Essoufflement plus marqué qu’à l’habitude
- Toux sèche ou productive qui s’intensifie
- Oppression thoracique, sifflements (« wheezing »)
- Besoin plus fréquent du bronchodilatateur de secours
- Réveils nocturnes liés à des symptômes respiratoires
- Diminution de la tolérance à l’effort habituel
- Maux de tête, fatigue, brûlure aux yeux et à la gorge
- Toute aggravation qui ne répond plus aux médicaments habituels doit motiver une consultation
Les bons réflexes lors de pollution élevée
Quelques habitudes simples aident à réduire l’exposition et à protéger les voies respiratoires lors des journées difficiles.
Surveiller et anticiper
- Consulter la Cote Air Santé d’Environnement Canada chaque matin
- S’abonner aux alertes par courriel ou par application
- Tenir compte des prévisions de fumée des feux de forêt (Ressources naturelles Canada, MELCCFP)
- Anticiper les sorties (sport, jardinage) selon la cote prévue
- Prévoir des activités intérieures de remplacement
À la maison
- Fermer les fenêtres en cas d’épisode marqué
- Climatiser si possible, avec un filtre adéquat (la climatisation centrale en mode recirculation, lorsqu’elle est bien filtrée, peut aider)
- Utiliser un filtre HEPA ou une unité de purification d’air dans la chambre et les pièces principales
- Éviter d’allumer une bougie, un foyer, un feu d’extérieur ou de fumer à l’intérieur lors des épisodes
- Aérer brièvement lors d’éclaircies, en se référant à la CAS
- Limiter les activités physiques intérieures qui augmentent la respiration si la qualité d’air intérieur est mauvaise
À l’extérieur
- Limiter l’effort à l’extérieur, surtout en après-midi (pic d’ozone)
- Privilégier les premières heures du matin si la cote est plus basse
- Éviter les axes routiers à forte densité de trafic
- Choisir des parcs et zones végétalisées plutôt que des rues passantes
- Avoir son inhalateur de secours à portée de main
- Masque N95 bien ajusté lors d’épisodes intenses de fumée (utile pour adultes en bonne santé aussi)
- Boire suffisamment d’eau, sans pour autant croire qu’elle « lave » les voies respiratoires (idée reçue)
- Surveiller les enfants : ils ne signalent pas toujours leur essoufflement
Au travail
- Les travailleurs en extérieur sont parmi les plus exposés (construction, agriculture, jardinage, livraison)
- Les employeurs doivent ajuster l’organisation du travail selon les épisodes (LSST, CNESST)
- Adapter horaires, cadence, équipements de protection selon la cote
- Sensibiliser les équipes aux signaux d’alerte
- Prévoir une procédure en cas de symptôme respiratoire au travail
Avoir un plan d’action asthme
Un plan d’action asthme écrit, élaboré avec son médecin, est l’outil de référence pour gérer la maladie et les exacerbations [4]. Il réduit significativement les hospitalisations et les visites à l’urgence.
Ce que contient un bon plan
- Quels médicaments prendre quotidiennement (corticostéroïde inhalé, bronchodilatateur combiné le cas échéant)
- Quand augmenter les doses en cas de signaux précurseurs (zone jaune)
- Quand utiliser le bronchodilatateur de secours
- Quand consulter en clinique ou à l’urgence (zone rouge)
- Comment reconnaître les signes d’aggravation (essoufflement, sifflements, toux nocturne, baisse du débit expiratoire de pointe si on utilise un débitmètre)
- Quoi faire en cas d’exposition à un déclencheur (fumée, pollens, infection virale, exercice intense)
- Le plan est personnalisé et révisé périodiquement
Les trois zones (modèle du feu de circulation)
| Zone | Signes | Action |
|---|---|---|
| Verte (asthme contrôlé) | Peu ou pas de symptômes, sommeil intact, activités normales | Poursuivre le traitement de base |
| Jaune (alerte) | Symptômes nouveaux ou plus fréquents, besoin accru du secours, sommeil dérangé | Augmenter le traitement selon le plan, consulter au besoin |
| Rouge (urgence) | Essoufflement marqué, secours peu efficace, lèvres bleutées, parole entrecoupée | Composer le 911 ou aller à l’urgence |
Pour la MPOC
- Un plan d’action MPOC existe aussi, sur le même principe
- Identifier les exacerbations tôt (augmentation des expectorations, changement de couleur, essoufflement marqué)
- Prévoir une antibiothérapie et un corticostéroïde oral à la maison dans certains cas (« plan d’urgence » sur ordonnance)
- Importance du maintien de la vaccination antigrippale, antipneumococcique et anti-COVID-19
- La cessation tabagique reste l’intervention la plus efficace
- La réadaptation pulmonaire améliore la qualité de vie et la tolérance à l’effort
Vous vivez avec de l’asthme ou de la MPOC et vous n’avez pas de plan d’action écrit ? Clinique Omicron offre un suivi de l’asthme et de la MPOC, la prescription des plans d’action et l’évaluation lors d’exacerbations à nos points de service au Québec, avec téléconsultation possible pour la révision du traitement. Prendre rendez-vous ou opter pour la téléconsultation.
Personnes particulièrement vulnérables
Les groupes à risque accru
- Personnes avec asthme, MPOC, fibrose pulmonaire, bronchectasies
- Personnes avec maladies cardiaques (angine, insuffisance cardiaque, antécédents d’infarctus, troubles du rythme)
- Femmes enceintes (risque accru de complications obstétricales lors de fortes expositions)
- Enfants (organes respiratoires en développement, plus de respirations par minute, jeux en plein air)
- Personnes âgées (souvent plusieurs maladies chroniques cumulées)
- Travailleurs en extérieur (exposition prolongée)
- Personnes vivant dans la pauvreté ou en logement mal ventilé
- Personnes avec diabète ou obésité, plus sensibles aux effets cardiovasculaires
Mesures supplémentaires recommandées
- Limiter davantage les activités extérieures lors d’épisodes
- Avoir un plan d’action à jour, partagé avec la famille
- Vérifier régulièrement l’inhalateur de secours, sa date d’expiration, son utilisation correcte
- Anticiper le besoin de renouvellement d’ordonnance avant les vacances ou un voyage
- S’assurer d’avoir une pièce climatisée ou rafraîchie pendant les canicules
- Identifier à l’avance le service d’urgence ou la clinique la plus proche
- Numéros utiles à conserver : Info-Santé 811 option 1, urgence 911
L’air intérieur compte aussi
On passe en moyenne 80 à 90 % de son temps à l’intérieur. La qualité de l’air intérieur influence beaucoup la santé respiratoire et amplifie ou atténue les effets de la pollution extérieure.
Les principaux ennemis à la maison
- Fumée du tabac et du vapotage
- Foyers à bois et appareils mal ventilés
- Bougies, encens, vaporisateurs parfumés
- Produits ménagers très odorants (aérosols, sprays, javel)
- Moisissures et humidité excessive (au-dessus de 50 %)
- Acariens de la poussière et squames d’animaux
- Vapeurs de peintures, vernis, colles
- Cuisson sans hotte adéquate (surtout avec gaz)
Bons réflexes à la maison
- Ventiler régulièrement, sauf en cas d’épisode extérieur critique
- Utiliser une hotte de cuisine qui évacue vers l’extérieur
- Maintenir un taux d’humidité entre 30 et 50 %
- Nettoyer les filtres de la climatisation et de la ventilation
- Utiliser un filtre HEPA dans les pièces les plus utilisées
- Éviter de fumer ou de vapoter à l’intérieur
- Réduire les produits parfumés et chimiques agressifs
- Limiter les tapis et lourdes textures dans la chambre des personnes allergiques
- Détecteur de monoxyde de carbone obligatoire au Québec dans plusieurs configurations résidentielles
Cas particulier : la fumée des feux de forêt
Depuis l’été 2023, le Québec a connu des épisodes de fumée massive liés à des feux de forêt parfois éloignés. Ces situations exigent des réflexes spécifiques [2].
Ce qui rend la fumée des feux particulièrement nocive
- Très haute concentration en PM2,5 et PM1
- Présence de composés organiques volatils (COV)
- Monoxyde de carbone en zones très proches des feux
- Effets aigus sur les voies respiratoires en quelques heures
- Persistance possible plusieurs jours, parfois plusieurs semaines
- Effets cardiovasculaires documentés
- Effets sur la santé mentale (anxiété, stress, troubles du sommeil)
Mesures spécifiques à prendre
- Limiter au maximum les activités extérieures pendant l’épisode
- Créer une « pièce propre » à la maison : pièce avec fenêtres fermées et filtre HEPA
- Utiliser un masque N95 bien ajusté pour les sorties indispensables
- Les masques chirurgicaux et masques de tissu sont peu efficaces contre les PM2,5
- Vérifier les ressources locales (mesures d’évacuation, lieux de refuge avec air filtré)
- Surveiller particulièrement les jeunes enfants, les femmes enceintes et les aînés
- Anticiper les renouvellements de médicaments avant l’épisode prévu
- Tenir compte de la fatigue et du stress liés à la situation
Mythes et idées reçues
« Boire beaucoup d’eau nettoie les poumons »
Faux. L’hydratation est utile pour de nombreuses raisons, mais elle ne « lave » pas les voies respiratoires. La protection des poumons passe par la réduction de l’exposition, la gestion médicamenteuse et un environnement intérieur sain.
« Un masque de tissu suffit contre la fumée »
Faux. Les masques en tissu ou chirurgicaux n’arrêtent que partiellement les particules fines. Pour la fumée des feux de forêt et le smog intense, un masque N95 bien ajusté est plus efficace. L’ajustement (pas de fuite par les côtés) est essentiel.
« La climatisation diffuse la pollution »
Pas nécessairement. En mode recirculation, avec un bon filtre, la climatisation contribue à protéger l’air intérieur. Sans filtre adéquat ou en mode admission d’air extérieur, elle peut au contraire amener de la pollution dans la maison. La clé est la qualité du filtre et le mode utilisé.
« Faire du sport intensif « lave » les poumons »
Faux et risqué. Lors d’un épisode de pollution, faire de l’exercice intense augmente la ventilation et l’inhalation des polluants. Cela peut déclencher des exacerbations, surtout chez les personnes asthmatiques. Il est préférable de reporter ou de déplacer l’activité à l’intérieur dans un environnement sain.
« Mon asthme est stable, je n’ai pas besoin de plan d’action »
Faux. Même un asthme bien contrôlé peut décompenser rapidement lors d’un épisode de pollution important, d’une infection virale ou d’une exposition particulière. Le plan d’action écrit existe précisément pour ces moments où le réflexe est plus difficile.
Questions fréquentes
À quelle fréquence consulter la Cote Air Santé ?
Quotidiennement en saison à risque (smog estival, épisodes de fumée de feux de forêt), en particulier le matin avant les activités extérieures et en après-midi (pic d’ozone). Plusieurs applications mobiles et bulletins météo intègrent l’indice. Les personnes vulnérables peuvent activer les notifications automatiques.
Faut-il garder les enfants à l’intérieur lors d’un épisode ?
Si la cote est élevée (7 ou plus) ou très élevée (10+), oui : réduire ou éviter les activités extérieures, surtout les jeux intenses qui augmentent la ventilation. Les enfants asthmatiques sont particulièrement à risque. Les écoles et les milieux de garde adaptent généralement leurs activités selon les avis officiels et les directives du MSSS.
Faut-il un masque N95 chaque fois qu’on sort ?
Non. Le N95 est utile lors d’épisodes intenses de fumée ou de très forte pollution, surtout pour les personnes vulnérables et pour les sorties prolongées. Pour des promenades brèves par cote modérée, il n’est pas indispensable. Le bon ajustement compte plus que le port systématique.
Quels purificateurs d’air choisir ?
Privilégier les unités HEPA, dimensionnées pour la superficie de la pièce. Vérifier le « CADR » (Clean Air Delivery Rate) et la fréquence de renouvellement des filtres. Les unités sans filtre (ioniseurs, ozone) sont à éviter, certaines pouvant générer des irritants. Un seul purificateur bien placé dans la chambre vaut souvent mieux que plusieurs mal entretenus.
Le sport intérieur est-il sécuritaire pendant la fumée des feux ?
Oui, à condition que la qualité de l’air intérieur soit préservée (fenêtres fermées, climatisation avec bon filtre ou purificateur HEPA). Les centres sportifs et piscines bien ventilés sont souvent une bonne alternative aux sorties extérieures lors des épisodes. Adapter l’intensité si des symptômes apparaissent.
Quand consulter à l’urgence ?
Dès qu’un essoufflement marqué ne répond plus au bronchodilatateur de secours, en présence de lèvres bleutées, d’une parole entrecoupée, d’une somnolence inhabituelle ou de douleur thoracique. En cas de doute, composer le 911 ou se rendre à l’urgence. Le 811 option 1 (Info-Santé) peut aider à évaluer la situation rapidement.
Sources
- Environnement et Changement climatique Canada. Cote Air Santé (CAS) et conseils d’adaptation.
- Santé Canada. Qualité de l’air, fumée des feux de forêt et santé.
- INSPQ — Institut national de santé publique du Québec. Pollution de l’air et santé respiratoire au Québec.
- Asthme Canada. Plans d’action et gestion de l’asthme.
- Association pulmonaire du Québec. Asthme, MPOC et qualité de l’air.
- Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Surveillance de la qualité de l’air au Québec.
- Société canadienne de pédiatrie. Effets de la pollution atmosphérique sur les enfants.
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