Près d’un Québécois sur quatre souffre d’hypertension artérielle. La moitié d’entre eux ne le sait pas encore (Institut national de santé publique du Québec, 2022). Ce n’est pas une question de négligence. C’est une question d’absence de symptômes. La tension artérielle peut grimper pendant des années sans que la personne ressente quoi que ce soit, pendant que les artères, le coeur, les reins et le cerveau subissent une pression silencieuse et continue.
C’est pour cette raison qu’on l’appelle parfois le tueur silencieux. Et c’est pour cette raison que la mesure régulière de la pression sanguine fait partie des gestes préventifs les plus utiles qu’une personne puisse poser.
Ce que les chiffres veulent dire
La tension artérielle se mesure en millimètres de mercure (mmHg) et s’exprime sous la forme de deux chiffres. Le premier, la pression systolique, correspond à la pression exercée sur les parois artérielles au moment où le coeur se contracte. Le second, la pression diastolique, reflète cette même pression au moment où le coeur se relâche entre deux battements.
Une tension considérée normale chez l’adulte se situe autour de 120/80 mmHg. Entre 130/80 et 139/89 mmHg, on parle d’hypertension de stade 1 selon les critères de l’American Heart Association, bien que les seuils varient légèrement selon les guides canadiens. À partir de 140/90 mmHg, l’hypertension artérielle est clairement établie et nécessite une évaluation médicale complète (Hypertension Canada, 2023).
Une tension inférieure à 90/60 mmHg peut indiquer une hypotension, qui présente ses propres risques, notamment des étourdissements et des chutes, surtout chez les personnes âgées.
Ces seuils sont des repères. Un seul relevé élevé ne suffit pas à poser un diagnostic. La tension varie naturellement au cours de la journée, selon l’activité physique, le stress, la position du corps et même l’heure du repas. C’est la tendance sur plusieurs mesures, dans des conditions similaires, qui permet au médecin ou à l’IPS de se prononcer.
Pourquoi l’hypertension passe inaperçue
La grande majorité des personnes hypertendues ne ressentent rien de particulier. Pas de douleur, pas de signal d’alarme, pas de fatigue distinctive. Certaines personnes décrivent des maux de tête en fin de journée, des bourdonnements dans les oreilles ou une vision légèrement trouble lors de pics tensionnels très élevés, mais ces signes sont rares et peu spécifiques. Ils apparaissent souvent à des niveaux de pression dangereux, là où les dommages sont déjà en cours.
C’est précisément ce mécanisme qui rend l’hypertension si préoccupante. Une pression sanguine élevée de façon chronique force le coeur à travailler davantage, rigidifie progressivement les parois artérielles, fragilise les petits vaisseaux rénaux et cérébraux. Le résultat, s’il n’est pas intercepté, peut être un infarctus, un accident vasculaire cérébral, une insuffisance rénale ou une insuffisance cardiaque. Toutes ces complications peuvent survenir sans que la personne ait jamais ressenti le moindre signe avant-coureur.
Les facteurs qui font grimper la pression
Certains facteurs sont modifiables, d’autres ne le sont pas. Parmi ceux sur lesquels on peut agir, l’alimentation occupe une place centrale. Une consommation élevée de sodium, présent en grande quantité dans les aliments transformés, les charcuteries et les repas préparés, est l’un des facteurs alimentaires les mieux documentés dans la littérature sur l’hypertension. La sédentarité, le surpoids abdominal, la consommation régulière d’alcool et le tabagisme contribuent également de façon significative.
Le stress chronique mérite une mention particulière. Son effet sur la tension artérielle est complexe et médié par plusieurs mécanismes hormonaux, notamment l’activation prolongée du système sympathique et la sécrétion de cortisol. Un stress ponctuel fait monter la tension temporairement, ce qui est normal. Un stress installé de façon permanente entretient une élévation de fond qui finit par devenir structurelle.
Du côté des facteurs non modifiables, l’âge est le plus déterminant. La rigidité artérielle augmente naturellement avec le temps, ce qui explique pourquoi le risque d’hypertension grimpe de façon marquée après 55 ans chez les hommes et après 65 ans chez les femmes. Les antécédents familiaux jouent aussi un rôle, tout comme certaines origines ethniques, les personnes d’origine africaine présentant statistiquement un risque plus élevé et une hypertension souvent plus sévère (Hypertension Canada, 2023).
Comment se fait la mesure en clinique
La mesure de la tension artérielle en clinique se fait avec un tensiomètre au bras, dans des conditions standardisées : position assise, bras à hauteur du coeur, après quelques minutes de repos. La personne ne doit pas avoir consommé de café ou de tabac dans les 30 minutes précédant la mesure, et ne doit pas avoir fait d’effort physique intense dans l’heure.
Une lecture élevée lors d’une première visite peut refléter ce qu’on appelle l’hypertension de la blouse blanche, soit une réaction d’anxiété liée à l’environnement médical. Pour distinguer une hypertension réelle d’une réaction situationnelle, le médecin peut recommander une mesure ambulatoire sur 24 heures, à l’aide d’un appareil portable, ou des mesures répétées à domicile dans des conditions neutres.
Questions fréquentes sur la tension artérielle
Peut-on avoir une hypertension sans jamais avoir eu de problèmes de santé ?
Oui. C’est même la situation la plus fréquente. L’hypertension progresse sans symptômes pendant des années. Les problèmes de santé apparaissent souvent plus tard, sous forme de complications cardiovasculaires ou rénales, si la condition n’est pas prise en charge.
Est-ce que la tension artérielle fluctue normalement au cours de la journée ?
Oui. La tension est naturellement plus basse durant le sommeil et augmente au réveil. Elle varie aussi selon l’activité physique, les émotions et l’alimentation. C’est la moyenne sur plusieurs mesures dans des conditions comparables qui compte, pas une seule lecture isolée.
L’hypertension est-elle héréditaire ?
Les antécédents familiaux augmentent le risque, mais ils ne garantissent pas que la condition se développera. Les habitudes de vie jouent un rôle déterminant, même chez les personnes génétiquement prédisposées.
À partir de quel âge devrait-on surveiller sa tension ?
La Société canadienne de cardiologie recommande une mesure régulière dès l’âge adulte, et au moins une fois par an à partir de 40 ans ou dès que des facteurs de risque sont présents.
Peut-on contrôler son hypertension sans médicaments ?
Dans les cas d’hypertension légère à modérée, des modifications du mode de vie peuvent suffire à ramener la tension dans des valeurs acceptables. Pour les formes plus sévères ou persistantes, une médication est généralement nécessaire. Cette décision appartient au médecin traitant, qui évalue l’ensemble du tableau clinique.
Quand consulter un professionnel de santé
Si vous n’avez pas mesuré votre tension artérielle depuis plus d’un an, si vous avez des antécédents familiaux d’hypertension, de maladies cardiovasculaires ou d’AVC, ou si vous avez plus de 40 ans sans suivi médical régulier, une consultation s’impose. La mesure de la tension artérielle prend deux minutes. Ce qu’elle révèle peut changer beaucoup de choses.
Un médecin ou une infirmière praticienne spécialisée peut évaluer votre pression sanguine, analyser les facteurs de risque associés et vous proposer un suivi adapté. Cette évaluation ne requiert pas de médecin de famille attitré. Une consultation en présentiel ou en téléconsultation dans l’un des points de service de Clinique Omicron au Québec permet d’y accéder sans délai.
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