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L’hidrosadénite suppurée (HS) est une maladie chronique qui se traite, même si elle ne guérit pas définitivement [1]. Un suivi structuré combinant traitements médicaux, habitudes de vie et, dans certains cas, chirurgie, permet à la majorité des personnes touchées de mieux contrôler leurs symptômes et d’améliorer leur qualité de vie. Cet article fait le tour des approches actuelles, des nouveaux biologiques disponibles au Canada et des ressources québécoises.

Dans cette page

Un traitement adapté au stade

La classification de Hurley (I, II, III) reste l’outil principal pour orienter la prise en charge [1]. Plus la maladie est sévère, plus on combine plusieurs approches.

Les trois stades de Hurley

  • Hurley I : abcès isolés, sans trajets fistuleux ni cicatrices
  • Hurley II : abcès récidivants avec quelques trajets fistuleux et cicatrices, lésions séparées
  • Hurley III : atteinte diffuse avec trajets fistuleux multiples et larges plaques cicatricielles inflammatoires
  • D’autres outils comme l’IHS4 ou l’HiSCR sont utilisés pour suivre l’évolution sous traitement, mais Hurley reste la référence clinique de base
  • La classification guide le choix entre traitement topique, antibiothérapie, biologique ou chirurgie

Principes généraux de la prise en charge

  • Approche par paliers : commencer par les traitements simples, ajouter selon la réponse
  • Combiner traitement médical et habitudes de vie
  • Anticiper les poussées et avoir un plan de prise en charge rapide
  • Suivi régulier par un médecin (idéalement en collaboration avec un dermatologue)
  • Évaluer les comorbidités fréquentes : surpoids, syndrome métabolique, MPOC liée au tabagisme, dépression, MII (maladies inflammatoires de l’intestin)
  • Inclure un soutien psychosocial systématique

À retenir

  • L’HS est une maladie chronique qui se contrôle mieux qu’elle ne se guérit, avec une approche graduée selon le stade de Hurley [1]
  • L’arrêt du tabac est le facteur le plus influençable et le mieux documenté
  • Les antibiotiques sont souvent utilisés en cures de plusieurs mois et en association
  • L’adalimumab et le sécukinumab sont les biologiques approuvés par Santé Canada pour les formes modérées à sévères [2]
  • Les approches chirurgicales ont un rôle essentiel pour les lésions fistuleuses installées
  • Le soutien psychologique est un complément précieux face à une maladie souvent invisibilisée
  • Au Québec, le parcours typique commence en médecine générale, avec orientation en dermatologie pour les cas modérés à sévères

Habitudes de vie

Les habitudes de vie ne suffisent pas seules, mais elles réduisent la fréquence et la sévérité des poussées et améliorent la réponse aux traitements médicaux [1][3].

Les leviers les plus utiles

  • Arrêt du tabac — facteur le plus influençable, gain documenté sur le nombre de poussées
  • Gestion du poids et de la résistance à l’insuline : alimentation, activité physique, suivi médical
  • Vêtements amples, tissus respirants (coton, lin)
  • Éviter les frottements répétés sur les zones touchées (sous-vêtements serrés, ceintures)
  • Hygiène avec savons doux (syndets), non parfumés
  • Éviter les rasoirs irritants et l’épilation traumatique (épilation à la cire, épilateurs électriques agressifs) sur les zones touchées
  • Préférer la tonte avec une tondeuse électrique douce ou l’épilation par laser, sur recommandation médicale
  • Réduire le stress et améliorer le sommeil
  • Optimiser la santé des comorbidités (diabète, dépression, MPOC)

Astuces concrètes

  • Surveiller les zones plis (aisselles, aine, sous les seins, plis interfessiers) avec une attention particulière
  • Sécher doucement la peau après la douche, sans frotter
  • Éviter les déodorants antisudoraux à l’alcool sur les aisselles enflammées
  • Hydrater avec une crème non comédogène en dehors des poussées
  • Apaiser les zones douloureuses avec des compresses tièdes
  • Tenir un journal des poussées (déclencheurs, douleur, écoulement, durée)
  • Surveiller les signes d’infection profonde (fièvre, érythème étendu, douleur intense) et consulter rapidement

Traitements topiques et antiseptiques

Les traitements topiques sont la première ligne pour les formes légères (Hurley I, parfois début de Hurley II).

Les outils disponibles

  • Clindamycine topique pour les lésions superficielles (application 2 fois par jour)
  • Antiseptiques : chlorhexidine, peroxyde de benzoyle, en application locale ou en savon
  • Application localisée pour réduire la charge bactérienne et l’inflammation
  • Utilisation possible en cycles ou de façon continue selon la situation
  • Souvent associés à des traitements systémiques ou à des soins locaux
  • Bien tolérés, avec rares effets secondaires locaux (irritation, sécheresse)

Soins de plaie

  • Pansements absorbants non adhérents pour les abcès drainants
  • Nettoyage doux avec sérum physiologique ou antiseptique
  • Pansements renouvelés selon l’écoulement (parfois plusieurs fois par jour)
  • Éviter les pansements occlusifs serrés qui peuvent macérer la peau
  • Recourir à une infirmière ou à un service de soins à domicile pour les soins complexes ou prolongés
  • Reconnaître les signes de surinfection (fièvre, douleur croissante, érythème en expansion) et consulter rapidement

Antibiothérapie systémique

L’antibiothérapie systémique est utilisée à la fois en cures courtes pour les poussées et en cures prolongées pour réduire l’inflammation chronique [1].

Stratégies fréquentes

  • Tétracyclines (doxycycline) en cure de plusieurs mois, souvent 3 à 6 mois
  • Association rifampicine + clindamycine en cure de 10 à 12 semaines pour les formes modérées
  • Cures courtes ciblées pour traiter une poussée aiguë
  • Métronidazole ou autres antibiotiques selon le tableau clinique et les résistances
  • Adaptation selon les antécédents et les comorbidités
  • Suivi des effets indésirables (effets digestifs, photosensibilisation, interactions médicamenteuses)

Limites et précautions

  • L’antibiothérapie contrôle l’inflammation mais ne guérit pas la maladie
  • Risque de résistance bactérienne à long terme
  • Effets indésirables digestifs et hépatiques possibles
  • Précautions pendant la grossesse : plusieurs antibiotiques sont contre-indiqués
  • Suivi biologique en cas de cure prolongée
  • Surveiller les signes d’infection à C. difficile en cas de cure d’antibiothérapie

Hormonothérapie

Chez certaines femmes, l’hormonothérapie peut réduire la fréquence des poussées, surtout quand celles-ci sont rythmées par le cycle menstruel.

Les options principales

  • Contraceptifs combinés (œstroprogestatifs)
  • Spironolactone, un anti-androgène utilisé hors indication
  • Plus rarement, finastéride ou autres anti-androgènes
  • Choix selon le profil hormonal, les contre-indications cardiovasculaires, le risque thromboembolique et les préférences
  • Évaluation complémentaire du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) souvent associé
  • Discussion en parallèle de la contraception et de la planification d’une grossesse

Précautions

  • Contre-indications des œstroprogestatifs : antécédents thromboemboliques, migraine avec aura, tabagisme actif après 35 ans, etc.
  • Effets indésirables possibles (saignements, sensibilité mammaire, troubles de l’humeur)
  • Suivi biologique recommandé en cas d’utilisation prolongée de spironolactone (potassium, fonction rénale)
  • Adaptation selon les maladies associées (diabète, hypertension, MII)
  • Décision partagée avec le médecin, idéalement en collaboration avec la gynécologie ou la dermatologie

Biologiques

Les biologiques représentent une avancée majeure dans la prise en charge de la HS modérée à sévère. Ils ciblent des médiateurs spécifiques de l’inflammation [2].

Les molécules approuvées au Canada

  • Adalimumab — premier biologique approuvé par Santé Canada pour la HS modérée à sévère (anti-TNF alpha)
  • Sécukinumab — approbation plus récente (anti-IL-17)
  • Pour les formes réfractaires, en milieu spécialisé
  • D’autres molécules sont à l’étude (anti-IL-1, anti-JAK), avec des résultats prometteurs

Critères d’éligibilité

  • HS modérée à sévère, généralement Hurley II ou III
  • Réponse insuffisante aux traitements de première ligne (antibiotiques, traitements topiques, habitudes de vie)
  • Évaluation préalable par un dermatologue ou un autre spécialiste habilité
  • Vérification de l’absence d’infections actives (notamment tuberculose latente, hépatite B et C)
  • Mise à jour vaccinale avant le début du traitement
  • Évaluation des comorbidités et des contre-indications

Modalités pratiques au Québec

  • Administration par injection sous-cutanée (souvent à domicile après formation)
  • Couverture par le régime public d’assurance médicaments (RAMQ) sous certaines conditions, et par plusieurs assurances privées
  • Suivi régulier par le médecin spécialiste, avec évaluations cliniques et biologiques
  • Délai de réponse souvent de 12 à 16 semaines pour évaluer l’efficacité
  • Adaptation possible (changement de molécule, ajustement de la dose) selon la réponse
  • Surveillance des effets indésirables (infections, réactions au site d’injection, allergies)

Vous vivez avec une HS modérée à sévère qui ne répond pas aux traitements de première ligne ? Clinique Omicron offre l’évaluation médicale initiale, le démarrage des traitements de première ligne et l’orientation en dermatologie pour les cas modérés à sévères, à nos points de service au Québec, avec téléconsultation possible pour la discussion initiale. Prendre rendez-vous ou opter pour la téléconsultation.

Approches procédurales et chirurgicales

Les approches chirurgicales ont une place essentielle dans la HS, particulièrement pour les lésions fistuleuses installées et les plaques cicatricielles [3].

Les principales options

  • Infiltrations de corticostéroïdes dans les nodules pour réduire l’inflammation rapidement
  • Drainage des abcès aigus (incision et drainage), mesure de soulagement immédiat
  • Déroofage (mise à plat) des sinus : technique chirurgicale d’épargne tissulaire pour éliminer les trajets fistuleux superficiels
  • Excision large des zones cicatricielles, parfois suivie de cicatrisation dirigée ou de greffe
  • Laser (Nd:YAG, CO₂, laser dépilatoire) dans certains centres spécialisés
  • Choix adapté au stade, à la localisation, à l’extension et aux préférences du patient

Quand envisager la chirurgie

  • En cas de trajets fistuleux persistants malgré le traitement médical
  • Pour les plaques cicatricielles douloureuses et chroniques
  • Pour les abcès aigus en récidive
  • En complément des biologiques, dans une approche combinée
  • Avec un chirurgien familier avec la HS (dermatologie chirurgicale, plastique, générale selon la localisation)

Suites opératoires

  • Soins de plaie réguliers, souvent par une infirmière
  • Périodes de récupération variables selon l’étendue de l’intervention
  • Soutien de la douleur postopératoire
  • Adaptation du travail et des activités physiques
  • Reprise progressive du traitement médical d’entretien
  • Suivi conjoint entre la dermatologie et l’équipe chirurgicale

Soutien psychologique et social

La douleur chronique, la gêne et l’isolement augmentent le risque d’anxiété et de dépression chez les personnes vivant avec une HS [4]. Le soutien psychologique est un complément précieux au traitement médical.

Les impacts les plus fréquents

  • Douleur chronique et fatigue
  • Sentiment de honte face aux écoulements et aux odeurs
  • Difficultés à se vêtir, à pratiquer du sport, à vivre l’intimité
  • Évitement social et isolement
  • Anxiété et symptômes dépressifs
  • Impact professionnel : absentéisme, présentéisme, difficulté à concilier travail et soins
  • Stress financier lié aux traitements et aux soins de plaie

Ressources québécoises et francophones

  • Psychologue en pratique privée, par le réseau public (CLSC), ou par les programmes d’aide aux employés (PAE)
  • Groupes de soutien (en ligne, francophones)
  • Associations de patients (HS Foundation, ressources européennes francophones)
  • Ligne Info-Social 811, option 2 — soutien psychosocial 24/7
  • En cas de pensées suicidaires, ligne 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) accessible 24/7
  • Travailleur social du CLSC pour soutien social, démarches administratives, accès aux ressources
  • Approches complémentaires : TCC pour la douleur chronique, pleine conscience, soutien par les pairs

Parcours de soins au Québec

Premières étapes

  • Consultation en médecine générale ou avec une IPS pour identifier la maladie, démarrer le traitement de première ligne, gérer les comorbidités
  • Soins de plaie avec l’infirmière du CLSC ou en clinique
  • Orientation en dermatologie pour les cas modérés à sévères ou réfractaires
  • Évaluation et démarrage d’un biologique en milieu spécialisé
  • Soutien psychologique en parallèle
  • En cas de chirurgie, orientation vers un chirurgien dermatologue, plastique ou général selon la localisation

Couverture et remboursement

  • RAMQ : couvre les consultations médicales, les soins en CLSC et plusieurs traitements (antibiotiques, hormonothérapie selon le profil)
  • Biologiques : couverts par la RAMQ et plusieurs assurances privées sous certaines conditions, avec un processus d’autorisation
  • Soins infirmiers à domicile : disponibles par le CLSC et en privé (UVO et autres prestataires)
  • Crédits d’impôt médicaux pour certaines dépenses non couvertes
  • Possibilité d’indemnités selon le contexte (CNESST si lien avec le travail, assurance invalidité collective)

Mythes et idées reçues

« L’HS est causée par un manque d’hygiène »

Faux. L’HS est une maladie inflammatoire chronique avec une composante génétique, hormonale et immunologique. Elle n’est pas due à un défaut d’hygiène. L’utilisation excessive de produits agressifs peut même aggraver les lésions.

« L’HS est contagieuse »

Faux. L’HS n’est pas contagieuse. Les écoulements peuvent contenir des bactéries (surinfection), mais la maladie elle-même est inflammatoire, non transmissible.

« Une chirurgie unique guérit la maladie »

Faux. La chirurgie traite les lésions installées mais ne supprime pas la maladie sous-jacente. Sans traitement médical et adaptation des habitudes, des récidives sont possibles. Une approche combinée donne les meilleurs résultats à long terme.

« Les antibiotiques résolvent tout »

Faux. Les antibiotiques contrôlent l’inflammation et la composante bactérienne, mais ne guérissent pas la maladie. Pour les formes modérées à sévères, ils sont une étape vers un traitement biologique ou chirurgical, dans une stratégie globale.

« Il faut vivre avec la douleur sans rien dire »

Faux. La douleur chronique liée à l’HS mérite une prise en charge active, comme tout autre symptôme. Une bonne gestion de la douleur améliore la qualité de vie, le sommeil et la santé mentale.

Questions fréquentes

À quel âge l’HS commence-t-elle généralement ?

L’HS débute le plus souvent à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, entre 18 et 30 ans. Elle peut apparaître plus tôt (puberté) ou plus tard. Le diagnostic est souvent retardé de plusieurs années en raison de la méconnaissance de la maladie et du tabou associé.

Peut-on guérir de l’HS ?

Il n’existe pas de guérison définitive, mais une rémission de longue durée est possible avec un traitement adapté, l’arrêt du tabac, le contrôle des comorbidités et, dans certains cas, la chirurgie. La maladie peut s’atténuer avec l’âge, notamment chez les femmes après la ménopause.

L’HS est-elle héréditaire ?

Il existe une composante familiale dans 30 à 40 % des cas. Plusieurs gènes ont été identifiés, mais aucun test génétique de routine n’est utilisé. Avoir un parent atteint augmente le risque, sans le rendre certain.

Quels sont les délais pour voir un dermatologue au Québec ?

Les délais en clinique publique varient de plusieurs mois à plus d’un an selon la région et le degré d’urgence. En privé, les rendez-vous sont souvent disponibles en quelques semaines. Le médecin de famille ou l’IPS peut amorcer le traitement de première ligne en attendant.

Peut-on faire du sport avec une HS ?

Oui, et c’est même recommandé pour le poids, la santé cardiovasculaire et l’humeur. Choisir des tissus respirants, éviter les frottements répétés, se laver avec un savon doux après l’effort et adapter selon les poussées. La natation est souvent bien tolérée, mais le chlore peut irriter certaines lésions.

Quel est l’impact de l’HS sur la grossesse ?

L’évolution de l’HS pendant la grossesse est variable : amélioration chez certaines, aggravation chez d’autres. Plusieurs traitements (certains antibiotiques, l’hormonothérapie, certains biologiques) doivent être ajustés. Une planification avec le médecin et un suivi dermato-obstétrical sont recommandés en cas de projet de grossesse.

Sources

  1. European Hidradenitis Suppurativa Foundation. Guidelines de prise en charge de l’hidrosadénite suppurée.
  2. Santé Canada. Monographies des biologiques approuvés pour l’HS.
  3. Association canadienne de dermatologie. Recommandations sur l’HS et la peau au Canada.
  4. INESSS — Institut national d’excellence en santé et en services sociaux. Avis sur biologiques en dermatologie.
  5. Société canadienne de dermatologie chirurgicale. Approches chirurgicales en HS et lésions cutanées chroniques.
  6. HS Foundation (États-Unis). Information patient et soutien sur l’hidrosadénite suppurée.
  7. Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Couverture des médicaments biologiques pour l’HS.

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Geneviève Dostie
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