Calculs rénaux — Lithiase rénale
Types de calculs et composition
| Type de calcul | Fréquence | Radio-opacité | Facteurs de risque et contexte |
|---|---|---|---|
| Oxalate de calcium monohydraté (whewellite) | 35–40 % | Radio-opaque | Hypercalciurie idiopathique, hyperoxalurie (alimentaire ou primitive), hypocitraturie, déshydratation chronique ; calculs très durs — résistants aux ondes de choc (LEC) |
| Oxalate de calcium dihydraté (weddellite) | 35–45 % | Radio-opaque | Hypercalciurie ; plus friable que la whewellite — meilleure réponse à la LEC ; souvent associé à une alimentation riche en oxalates (épinards, rhubarbe, noix, chocolat) |
| Acide urique | 5–10 % | Radiotransparent | Urines acides chroniques (pH < 5,5), hyperuricémie (goutte, syndrome métabolique, diabète type 2), chimiothérapie (syndrome de lyse), régime riche en purines ; seul type de calcul pouvant se dissoudre par alcalinisation des urines (traitement médical) |
| Phosphate de calcium (apatite, brushite) | 5–8 % | Très radio-opaque | Acidose tubulaire rénale de type 1 (pH urinaire constamment > 6,0), hyperparathyroïdie primaire, hypercalciurie avec urines alcalines ; brushite — très dure, résistante à la LEC |
| Struvite (phosphate ammoniaco-magnésien) | 2–5 % | Radio-opaque | Infections urinaires récurrentes à bactéries uréase-positives (Proteus mirabilis, Klebsiella, Pseudomonas) ; calculs coraliformes moulent les cavités rénales ; presque exclusivement chez la femme ; risque de destruction rénale si non traités |
| Cystine | 1–2 % | Faiblement radio-opaque | Cystinurie héréditaire (autosomique récessive) — défaut de réabsorption tubulaire de la cystine, ornithine, lysine, arginine (COLA) ; premier calcul souvent avant 20 ans ; récidives multiples tout au long de la vie ; calculs jaunâtres aspect « verre dépoli » au scanner |
Facteurs de risque généraux
- Déshydratation chronique : facteur de risque universel — une diurèse insuffisante (< 1,5 L/jour) concentre tous les solutés lithogènes ; professions exposées (travailleurs en milieu chaud, pompiers, cuisiniers), résidence en région chaude, pratique sportive intensive sans compensation hydrique suffisante ; les urines doivent être claires à jaune pâle — une urine foncée indique une hydratation insuffisante
- Alimentation riche en protéines animales : viandes rouges, charcuteries, fruits de mer — augmentent la charge acide urinaire (baisse du pH → précipitation de l'acide urique), l'excrétion urinaire de calcium et d'oxalate, et réduisent la citraturie (inhibiteur naturel de la cristallisation) ; régime occidental hypercalorique — facteur explicatif majeur de l'augmentation de prévalence
- Alimentation riche en sel (sodium) : l'hypercalciurie idiopathique est en grande partie sodium-dépendante — l'excrétion rénale de sodium s'accompagne d'une fuite calcique urinaire parallèle ; réduction de 2 g/jour de sodium → réduction de la calciurie de 50 à 100 mg/jour
- Alimentation riche en oxalates : épinards, rhubarbe, betteraves, noix, amandes, chocolat noir, thé noir, son de blé — aliments à très haute teneur en oxalates ; à limiter mais non à supprimer (le calcium alimentaire pris simultanément au repas chélate l'oxalate dans l'intestin et en réduit l'absorption)
- Apport en calcium trop bas (paradoxe) : contrairement à l'intuition, un régime pauvre en calcium augmente le risque de calculs d'oxalate de calcium — en l'absence de calcium alimentaire dans l'intestin, l'oxalate est absorbé en plus grande quantité par la muqueuse intestinale → hyperoxalurie → précipitation dans les urines ; recommandation : calcium alimentaire normal (1 000–1 200 mg/jour) ; les suppléments de calcium entre les repas augmentent le risque (pas de chélation intestinale)
- Obésité et syndrome métabolique : hyperinsulinisme → acidification des urines (pH < 5,5) → risque de calculs d'acide urique ; hypercalciurie associée à l'obésité ; résistance à l'insuline → réduction de la citraturie ; prise en charge du syndrome métabolique réduit directement le risque lithiasique
- Pathologies prédisposantes : hyperparathyroïdie primaire (hypercalcémie → hypercalciurie) ; goutte (hyperuricémie → calculs acide urique) ; maladie de Crohn et résections iléales (hyperabsorption intestinale de l'oxalate — oxalurie entérique) ; chirurgie bariatrique (bypass gastrique — hyperoxalurie post-bypass par malabsorption des graisses) ; reins en fer à cheval (anomalie anatomique → stase urinaire) ; médullaire rénale en éponge (tubules collecteurs ectasiques) ; acidose tubulaire rénale type 1
- Facteurs génétiques : antécédent familial au premier degré → risque multiplié par 2 à 3 ; cystinurie héréditaire ; hyperoxalurie primitive de type 1 (déficit en alanine-glyoxylate aminotransférase hépatique — AGXT) ; xanthinurie
Symptômes
- Calcul silencieux intra-rénal : la grande majorité des calculs dans les cavités rénales (calices ou bassinet) restent asymptomatiques pendant des mois à des années et sont découverts fortuitement lors d'une échographie ou d'un scanner abdominal réalisé pour une autre indication ; leur taille peut augmenter progressivement sans symptôme jusqu'à ce qu'ils migrent dans l'uretère
- Colique néphréique (calcul urétéral) : douleur lombaire aiguë unilatérale d'intensité maximale irradiant selon le trajet urétéral vers la fosse iliaque, l'aine et les organes génitaux externes ; paroxystique, sans position antalgique (le patient est agité, se tord de douleur — contrairement aux douleurs péritonéales où le patient est immobile) ; nausées et vomissements réflexes dans 50–60 % des cas ; hématurie micro ou macroscopique dans 85 % des cas
- Hématurie isolée : découverte fortuite d'une hématurie microscopique (à la bandelette urinaire ou à l'ECBU) sans symptôme associé — peut révéler un calcul intra-rénal silencieux ou un petit calcul urétéral peu obstructif ; toujours investiguer une hématurie, même isolée, pour exclure une tumeur urologique
- Infection urinaire récidivante sur calcul de struvite : infections urinaires à répétition à Proteus mirabilis ou autres germes uréase-positifs, parfois avec pyélonéphrites récidivantes ; les calculs de struvite servent de réservoir bactérien — l'infection entretient la croissance du calcul et le calcul entretient l'infection
- Insuffisance rénale chronique silencieuse : calculs bilatéraux récidivants (cystinurie, hyperoxalurie primitive), calculs coraliformes obstruant progressivement les cavités rénales, ou hydronéphrose chronique non reconnue peuvent conduire à une IRC insidieuse découverte tardivement
Bilan diagnostique et métabolique
- Scanner abdomino-pelvien sans injection (uro-TDM) : examen de référence pour le diagnostic — sensibilité 96–99 %, spécificité 95–99 % ; localise le calcul, mesure sa taille (mm), évalue sa densité en unités Hounsfield (UH — prédictive de la composition et de la friabilité) et quantifie le degré d'obstruction (hydronéphrose, uretèronéphrose) ; les calculs d'acide urique sont radiotransparents à l'ASP mais visibles au scanner (densité 200–500 UH) ; les calculs de cystine ont une densité intermédiaire (400–600 UH)
- Échographie des voies urinaires : première intention chez la femme enceinte (éviter l'irradiation) et l'enfant ; sensibilité plus faible que le scanner pour les petits calculs urétéraux (45–70 %) mais excellente pour détecter l'hydronéphrose ; utile pour le suivi des calculs rénaux connus sans colique aiguë
- Analyse du calcul expulsé ou extrait (IRTF) : indispensable pour orienter la prévention des récidives — demander au patient de filtrer ses urines (filtre à café, compresse) pour récupérer le calcul ; spectrométrie infrarouge à transformée de Fourier (IRTF) — méthode de référence ; cristallographie aux rayons X
- Bilan métabolique urinaire et sanguin (après le premier épisode ou récidive précoce) : urines de 24 heures — calciurie (normale < 6,25 mmol/jour H, < 5 mmol/jour F), oxalurie (normale < 0,45 mmol/jour), citraturie (normale > 1,7 mmol/jour — inhibiteur de la cristallisation), uricurie, phosphaturie, créatininurie, sodium urinaire, volume urinaire (objectif > 2 L/jour) ; pH urinaire sur 3 prélèvements matinaux à jeun (pH < 5,5 → acide urique ; pH constamment > 6,5 → struvite ou ATR type 1) ; sang : créatinine et DFG, calcémie, phosphatémie, uricémie, parathormone (PTH) intacte (hyperparathyroïdie), 25-OH vitamine D, bicarbonates ; électrophorèse des acides aminés urinaires si cystinurie suspectée (test au nitroprusside de sodium — positif si cystinurie)
Traitement et prévention des récidives selon le type de calcul
| Type de calcul | Mesures préventives et traitements spécifiques |
|---|---|
| Oxalate de calcium (tout type) | Hydratation : diurèse > 2,0–2,5 L/jour (objectif universel — mesure la plus efficace toutes lithiases confondues) ; calcium alimentaire normal 1 000–1 200 mg/jour avec les repas (chélate l'oxalate intestinal) ; réduire les oxalates alimentaires extrêmes ; réduire les protéines animales (< 1 g/kg/jour) ; réduire le sel (< 5 g NaCl/jour) ; si hypercalciurie persistante malgré les mesures : hydrochlorothiazide 25 mg/jour ou chlortalidone 25 mg/jour (réduisent la calciurie de 40–50 %) ; si hypocitraturie : citrate de potassium 20–40 mEq/jour (alcalinise les urines, inhibe la cristallisation du calcium) |
| Acide urique | Alcalinisation des urines — objectif pH urinaire 6,0–6,5 : citrate de potassium 20–60 mEq/jour en 3 prises ou bicarbonate de sodium 3–6 g/jour ; les calculs d'acide urique peuvent se dissoudre complètement par alcalinisation médicale (chémolithiyse — seul type de calcul dissolubles médicalement) ; réduction des purines alimentaires (viandes rouges, abats, bière) ; allopurinol 300 mg/jour si hyperuricémie persistante (> 480 µmol/L) ; traitement du syndrome métabolique |
| Phosphate de calcium (apatite) | Hydratation abondante ; traitement de l'acidose tubulaire rénale type 1 (citrate de potassium — alcalinise les urines et apporte du citrate) ; chirurgie si hyperparathyroïdie primaire (parathyroïdectomie — guérison de la lithiase dans 90 % des cas) ; réduire le sel et les protéines animales |
| Struvite | Traitement antibiotique prolongé ciblant le germe uréase-positif (culture urinaire guidée) ; élimination chirurgicale complète de tous les fragments (NLPC + urétéroscopie) — indispensable car les fragments résiduels sont un foyer infectieux permanent entretenant la croissance du calcul ; acétohydroxamique (inhibiteur de l'uréase bactérienne) — efficace mais très mal toléré (nausées, céphalées, thromboses) ; acidification des urines (acide ascorbique) peu efficace et non recommandée en routine |
| Cystine | Hydratation très intensive : diurèse > 3 L/jour impérative (diluer la cystine en-dessous de sa solubilité) ; alcalinisation urinaire intense : citrate de potassium pour pH cible > 7,5 (la solubilité de la cystine augmente exponentiellement à pH > 7,0) ; D-pénicillamine (chélateur de la cystine — très efficace mais toxicité importante : néphrotoxicité, thrombopénie, lupus induit) ; tiopronine (Thiola — α-MPG) — moins toxique que la D-pénicillamine, préféré en 1ère ligne des chélateurs ; captopril (IECA — forme des complexes cystine-captopril solubles) — données limitées |
Interventions urologiques
- Expulsion spontanée et traitement médical expulsif : calculs ≤ 5 mm — taux d'expulsion spontanée 60–80 % en 4 semaines ; calculs 5–10 mm — 40–60 % avec traitement médical expulsif ; tamsulosine (Flomax) 0,4 mg/jour — alpha-1 bloquant relaxant la musculature lisse urétérale distale ; calculs > 10 mm — expulsion spontanée < 10 % — intervention urologique quasi systématique
- Lithotritie extracorporelle par ondes de choc (LEC) : calculs rénaux ou urétéraux proximaux ≤ 20 mm ; densité scanner < 900 UH (calculs très denses — whewellite, brushite, cystine — résistants) ; pas d'obstruction complète ; contraindications : grossesse, troubles de la coagulation, pace-maker, anévrisme aortique, calcul sur rein unique sans urologue disponible
- Urétéroscopie souple (URSS) avec laser holmium : calculs urétéraux de toute taille ; calculs rénaux ≤ 15–20 mm ; traitement de choix pour les calculs d'acide urique radiotransparents (bien fragmentés au laser) ; traitement de choix si LEC contre-indiquée
- Néphrolithotomie percutanée (NLPC) : calculs rénaux > 20 mm ; calculs coraliformes (struvite) ; échec de LEC ou URSS ; calculs du pole inférieur > 15 mm difficiles à drainer par NLPC ; technique mini-NLPC (Mini-PCNL) réduisant les saignements
- Sonde double-J (tuteur urétéral) : dérivation interne d'urgence si colique néphréique fébrile (obstruction infectée — pyonéphrose) ou si obstruction sur rein unique ; peut être laissée en place 4 à 6 semaines pendant la lithotritie planifiée
Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement à l'urgence si une douleur lombaire intense s'accompagne de fièvre (> 38,5 °C) et de frissons — ce tableau signe une obstruction urinaire infectée (pyonéphrose) nécessitant un drainage urinaire en urgence (sonde double-J ou néphrostomie percutanée) et une antibiothérapie IV. Sans drainage rapide, le risque de choc septique et de destruction rénale irréversible est majeur. Consultez également à l'urgence si la douleur est réfractaire aux antalgiques habituels ou si vous avez un rein unique, une greffe rénale ou une grossesse en cours.
Pour le bilan métabolique, la prévention des récidives et l'interprétation des résultats d'imagerie ou d'analyse du calcul, les médecins de Clinique Omicron vous accompagnent et coordonnent la prise en charge urologique. Des consultations sont disponibles dans nos points de service au Québec ainsi qu'en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
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Clinique Omicron prend en charge les lithiases urinaires non compliquées, prescrit le scanner urinaire et le bilan métabolique lithiasique complet (urines de 24 heures, bilan hormonal, analyse du calcul), initie le traitement expulsif et les mesures de prévention des récidives adaptées au type de calcul, et oriente vers les urologues partenaires pour les calculs nécessitant une intervention. Des consultations sont disponibles dans nos points de service au Québec ainsi qu'en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Tout calcul rénal fébrile constitue une urgence urologique nécessitant une prise en charge hospitalière immédiate.
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