Cholécystite
Classification et formes cliniques
| Forme clinique | Mécanisme / Contexte | Caractéristiques clés |
|---|---|---|
| Colique biliaire simple | Obstruction transitoire du canal cystique par un calcul | Douleur de l'hypochondre droit d'installation rapide (souvent postprandiale après repas gras), intense, sans fièvre ni hyperleucocytose ; dure moins de 6 heures et se résout spontanément quand le calcul se désengage ; écho confirme la lithiase ; traitement : antalgiques et programmation de la cholécystectomie en électif ; précède souvent la cholécystite aiguë |
| Cholécystite aiguë lithiasique | Obstruction persistante du canal cystique par calcul + inflammation pariétale | Forme la plus fréquente (90–95 % des cholécystites) ; douleur persistant > 6 heures, fièvre, signe de Murphy positif, hyperleucocytose, CRP élevée ; vésicule distendue et inflammatoire à l'échographie ; traitement : hospitalisation, antibiothérapie IV, cholécystectomie laparoscopique précoce (24–72 h) |
| Cholécystite aiguë alithiasique | Stase biliaire et ischémie pariétale sans calcul | 5–10 % des cholécystites ; patients en réanimation (sepsis, chirurgie lourde, brûlures, nutrition parentérale prolongée, traumatisme) ; diagnostic difficile en contexte de réanimation (patient souvent sédaté, signes masqués) ; mortalité élevée (30–50 %) si diagnostic tardif ; traitement : cholécystectomie ou cholécystostomie percutanée selon l'état du patient |
| Cholécystite chronique | Inflammation récurrente avec fibrose progressive de la paroi | Épisodes répétés de coliques biliaires ou de cholécystites aiguës incomplètement traitées ; paroi vésiculaire épaissie et fibreuse à l'imagerie ; symptômes dyspeptiques chroniques (ballonnements, intolérance aux graisses, nausées postprandiales) ; traitement : cholécystectomie laparoscopique en électif |
| Cholécystite emphysémateuse | Infection par des germes anaérobies producteurs de gaz | Forme rare mais grave ; présence de gaz dans la paroi vésiculaire ou la lumière vésiculaire à la TDM ; agents : Clostridium spp., E. coli, Klebsiella ; fréquente chez les patients diabétiques et immunodéprimés ; risque de gangrène et de perforation élevé ; urgence chirurgicale absolue |
| Cholécystite gangréneuse et perforation | Complication grave de la cholécystite aiguë non traitée | Nécrose ischémique de la paroi vésiculaire avec risque de perforation et de péritonite biliaire ; facteurs de risque : diabète, retard diagnostique, âge avancé, immunodépression ; douleur pouvant paradoxalement diminuer lors de la gangrène (nécrose des terminaisons nerveuses) avant de reprendre violemment lors de la perforation ; urgence chirurgicale absolue |
Facteurs de risque de lithiase biliaire et de cholécystite
La règle mnémotechnique classique des « 5F » (Fat, Female, Fertile, Forty, Family) résume les principaux facteurs de risque de la lithiase biliaire cholestérolique, la forme la plus fréquente dans les pays occidentaux :
- Sexe féminin : les estrogènes augmentent la sécrétion biliaire de cholestérol et réduisent la motilité vésiculaire ; risque 2 à 3 fois supérieur chez la femme avant la ménopause ; la grossesse (stase vésiculaire par progestérone), la contraception orale et le traitement hormonal substitutif de la ménopause augmentent encore le risque
- Obésité et syndrome métabolique : hypersécrétion biliaire de cholestérol en proportion de la masse grasse ; perte de poids rapide (chirurgie bariatrique, régimes très hypocaloriques) — paradoxalement également un facteur de risque par mobilisation massive du cholestérol et stase vésiculaire en cas de jeûne prolongé
- Âge avancé : la prévalence de la lithiase biliaire augmente progressivement avec l'âge — de 10 % à 40 ans à plus de 40 % après 70 ans ; réduction progressive de la solubilité biliaire du cholestérol avec l'âge
- Antécédents familiaux de lithiase biliaire : héritabilité significative de la lithiase cholestérolique (mutations du transporteur ABCG8 notamment) ; prévalence particulièrement élevée dans certaines populations (Amérindiens — prévalence jusqu'à 70–80 % chez les femmes Pima, Chiliennes)
- Diabète sucré et insulinorésistance : réduction de la contractilité vésiculaire et hypersécrétion biliaire de cholestérol ; risque augmenté de cholécystite aiguë alithiasique et de cholécystite emphysémateuse
- Maladies iléales et résection intestinale : la réabsorption des acides biliaires se fait dans l'iléon terminal — la maladie de Crohn iléale, la résection iléale ou la dérivation intestinale réduisent le pool d'acides biliaires, favorisant la précipitation du cholestérol biliaire (lithiase cholestérolique) ; les lithiases pigmentaires noires sont fréquentes en cas d'hémolyse chronique (drépanocytose, sphérocytose, thalassémie)
- Médicaments lithogènes : fibrates (augmentent la sécrétion biliaire de cholestérol), ceftriaxone (précipitation dans la bile — lithiase réversible à l'arrêt), octréotide (analogues de la somatostatine — réduction de la motilité vésiculaire), ciclosporine
Symptômes
- Douleur de l'hypochondre droit ou épigastrique : douleur intense, constante (non en colique malgré la terminologie courante), d'installation progressive sur 30 à 60 minutes, irradiant classiquement vers l'épaule droite ou la région sous-scapulaire droite (irradiation phrénique) ; déclenchée typiquement dans les 1 à 3 heures suivant un repas riche en graisses ; persistant au-delà de 6 heures dans la cholécystite aiguë (vs résolution rapide dans la colique biliaire simple)
- Fièvre : température généralement entre 38 et 39 °C dans la cholécystite aiguë non compliquée ; fièvre élevée (> 39 °C), frissons et état septicémique évoquant une complication (empyème, gangrène, perforation, angiocholite associée)
- Nausées et vomissements : fréquents, souvent associés à la douleur ; les vomissements ne soulagent pas la douleur (contrairement aux douleurs d'origine gastrique)
- Signe de Murphy positif : douleur provoquée à la palpation profonde de l'hypochondre droit avec blocage inspiratoire — signe clinique le plus spécifique de la cholécystite aiguë (spécificité 79 %, sensibilité 65 %) ; la version échographique (signe de Murphy échographique) a une meilleure valeur diagnostique
- Défense ou contracture de l'hypochondre droit : signe de souffrance péritonéale locale évoquant une complication (péritonite biliaire, perforation)
- Ictère (jaunisse) : coloration jaune des sclérotiques et de la peau par hyperbilirubinémie — non attendu dans la cholécystite aiguë simple ; sa présence évoque une migration de calcul dans la voie biliaire principale avec obstruction (cholédocholithiase) ou une angiocholite (triade de Charcot : douleur + fièvre + ictère)
- Masse palpable de l'hypochondre droit : vésicule biliaire distendue et tendue palpable dans 30 à 40 % des cas de cholécystite aiguë ; hydrops vésiculaire dans les formes chroniques (vésicule distendue avec bile claire par obstruction sans inflammation)
Diagnostic
- Échographie abdominale : examen de référence de première intention — sensibilité de 88–94 % et spécificité de 78–80 % pour la cholécystite aiguë ; visualise les calculs vésiculaires (hyperéchogènes avec cône d'ombre postérieur), l'épaississement pariétal vésiculaire (> 3 mm — signe cardinal), l'œdème périvésiculaire (liseré liquidien périvésiculaire), le signe de Murphy échographique (douleur provoquée par la sonde au contact de la vésicule) et la distension vésiculaire ; examen rapide, non irradiant, disponible en urgence
- Bilan biologique : NFS (hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles — > 10 000/mm³ dans 85 % des cas) ; CRP (marqueur de l'inflammation — élevée dans la cholécystite ; une CRP très élevée avec fièvre élevée évoque une complication) ; bilan hépatique complet (ALAT, ASAT, GGT, PAL, bilirubine totale et directe) — une cytolyse hépatique ou une cholestase associée évoquent une cholédocholithiase ou une angiocholite ; lipasémie (éliminer une pancréatite aiguë associée — lithiase biliaire cause principale des pancréatites aiguës) ; hémocultures si fièvre élevée ou frissons
- Scanner abdominal avec injection (TDM) : indiqué si l'échographie est non concluante, si une complication est suspectée (gangrène, perforation, emphysème, abcès périvésiculaire) ou si un diagnostic différentiel doit être éliminé ; montre l'épaississement pariétal avec prise de contraste, les complications (perforation, abcès, gaz intrapariétal) et les adénopathies ; meilleure visualisation des voies biliaires que l'échographie
- IRM hépatobiliaire et cholangio-IRM (CPRM) : examen de référence pour l'évaluation des voies biliaires (cholédocholithiase, sténose biliaire) — non irradiant, ne nécessite pas d'injection de produit de contraste pour la visualisation des calculs biliaires ; indiquée si doute sur une cholédocholithiase associée avant chirurgie
- Scintigraphie biliaire au HIDA : visualise la fonction vésiculaire et le transit biliaire ; utile pour le diagnostic de cholécystite aiguë alithiasique (absence de remplissage vésiculaire par le traceur malgré une voie biliaire principale perméable) ; peu utilisée en première intention en raison de sa disponibilité limitée
- Critères diagnostiques de Tokyo (TG18/TG13) : critères standardisés internationaux pour le diagnostic et la gradation de la sévérité de la cholécystite aiguë (grade I : légère, grade II : modérée, grade III : sévère avec défaillance d'organe) guidant les décisions thérapeutiques
Traitement
- Hospitalisation et mesures générales : mise à jeun (NPO), analgésie (antispasmodiques, AINS IV ou opioïdes selon l'intensité), antiémétiques, hydratation intraveineuse ; surveillance clinique et biologique rapprochée (température, douleur, NFS, CRP, bilan hépatique)
- Antibiothérapie intraveineuse : indiquée dès le diagnostic de cholécystite aiguë confirmée ; couvre les entérobactéries (E. coli, Klebsiella) et les anaérobies selon le contexte ; schéma de première intention au Québec : céfazoline IV ou ampicilline-sulbactam IV pour les formes légères à modérées (grade I-II) ; pipéracilline-tazobactam ou carbapénème si patient immunodéprimé, diabétique, forme sévère (grade III) ou résistance suspectée ; durée : 24–48 heures post-cholécystectomie pour les formes non compliquées ; plus longue si complication infectieuse documentée
- Cholécystectomie laparoscopique précoce (24–72 heures) : traitement curatif de référence — supérieure à la cholécystectomie différée (6–8 semaines) selon les données actuelles des méta-analyses ; réduction de la durée totale d'hospitalisation, des complications et du risque de récidive pendant le délai d'attente ; technique laparoscopique dans > 90 % des cas (conversion en laparotomie ouverte si anatomie complexe, adhérences, complication) ; cholécystectomie à 4 ou 3 trocarts selon les centres ; durée opératoire : 45–90 minutes
- Cholécystostomie percutanée de drainage : alternative à la chirurgie pour les patients à très haut risque opératoire (grade III, comorbidités sévères, âge avancé, ASA IV) ; drainage de la vésicule par voie radiologique transcutanée sous guidage échographique ou scanner ; traitement de temporisation permettant de stabiliser le patient avant une cholécystectomie élective différée ou comme traitement définitif chez les patients inopérables
- Cholécystectomie laparoscopique en élective pour la cholécystite chronique et les coliques biliaires récidivantes : indication chirurgicale pour toute lithiase biliaire symptomatique afin de prévenir les complications (cholécystite aiguë, cholédocholithiase, pancréatite aiguë biliaire, cancer de la vésicule biliaire) ; liste d'attente variable selon les provinces et les établissements
- Prise en charge de la cholédocholithiase associée : si calculs dans la voie biliaire principale (cholédocholithiase) — cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) avec sphinctérotomie endoscopique pour extraction des calculs avant ou après la cholécystectomie ; cholangiographie peropératoire ou exploration laparoscopique de la voie biliaire principale
- Régime alimentaire post-cholécystectomie : la majorité des patients tolèrent une alimentation normale après cholécystectomie ; éviction temporaire des repas très gras dans les premières semaines ; la diarrhée postprandiale (syndrome post-cholécystectomie par déversement continu de bile dans le duodénum) est transitoire dans la majorité des cas
Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement à l'urgence en cas de : douleur abdominale intense et persistante de l'hypochondre droit ou de l'épigastre, surtout si associée à de la fièvre et des frissons, à un ictère (jaunisse), à une hypotension, à une confusion ou à un abdomen rigide (ventre de bois). Ces signes évoquent une cholécystite aiguë compliquée (gangrène, perforation, empyème), une angiocholite sévère (pentade de Reynolds) ou une pancréatite aiguë biliaire — des urgences médicales et chirurgicales engageant le pronostic vital. Toute douleur abdominale postprandiale récidivante de l'hypochondre droit, même sans fièvre, doit conduire à une consultation médicale et à une échographie abdominale dans un délai raisonnable.
Pour une consultation médicale, une demande d'échographie abdominale ou une orientation vers un chirurgien général, Clinique Omicron offre des consultations dans nos succursales au Québec ainsi qu'en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
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Les médecins de Clinique Omicron évaluent les douleurs de l'hypochondre droit évocatrices de pathologie biliaire, prescrivent l'échographie abdominale et le bilan biologique de première intention, et orientent vers les chirurgiens généraux partenaires selon les résultats et l'urgence clinique. Des consultations sont disponibles dans nos succursales au Québec ainsi qu'en télémédecine pour l'ensemble de la province. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. La cholécystite aiguë est une urgence médicale et chirurgicale nécessitant une évaluation hospitalière sans délai.
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