Cholestérol total, HDL et LDL
Les lipoprotéines : rôles et mécanismes
Comprendre les différentes lipoprotéines et leurs rôles physiologiques permet d'interpréter correctement les résultats du bilan lipidique :
| Lipoprotéine | Rôle physiologique | Relation avec le risque cardiovasculaire |
|---|---|---|
| LDL (Low-Density Lipoprotein) — « mauvais cholestérol » | Transport du cholestérol du foie vers les cellules périphériques pour leurs besoins structuraux et métaboliques ; les cellules captent les LDL via des récepteurs spécifiques (récepteurs LDL, LDLR) régulant leur taux plasmatique | Relation causale directe et dose-dépendante avec le risque de maladie cardiovasculaire athérosclérotique (MCAS) ; les LDL s'accumulent dans la paroi artérielle, s'oxydent et déclenchent la formation de plaques d'athérome ; chaque réduction de 1 mmol/L du LDL-C réduit le risque d'événement cardiovasculaire majeur d'environ 22 % |
| HDL (High-Density Lipoprotein) — « bon cholestérol » | Transport inverse du cholestérol : collecte le cholestérol en excès dans les parois artérielles et les tissus périphériques et le ramène au foie pour son élimination dans la bile (voie du transport inverse du cholestérol) ; propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes supplémentaires | Relation inverse avec le risque cardiovasculaire : un HDL élevé est cardioprotecteur ; un HDL bas (< 1,0 mmol/L chez l'homme, < 1,2 mmol/L chez la femme) est un facteur de risque cardiovasculaire indépendant ; cependant, les essais thérapeutiques visant à élever le HDL n'ont pas démontré de réduction du risque cardiovasculaire proportionnelle à leur élévation biologique |
| VLDL (Very Low-Density Lipoprotein) | Transport des triglycérides endogènes synthétisés par le foie vers les tissus ; précurseur des LDL après hydrolyse de leur contenu en triglycérides par la lipoprotéine lipase | Non mesuré directement dans le bilan lipidique standard ; estimé à partir des triglycérides (VLDL ≈ triglycérides / 2,2) ; contribue au risque cardiovasculaire résiduel dans les hypertriglycéridémies sévères |
| Lp(a) — Lipoprotéine (a) | Particule LDL-like à laquelle est covalemment liée une apolipoprotéine (a) ; facteur de risque cardiovasculaire génétiquement déterminé, peu influencé par les statines | Facteur de risque cardiovasculaire indépendant important, sous-estimé ; taux élevés associés à un risque accru d'infarctus du myocarde, d'AVC ischémique et de sténose aortique calcifiée ; à doser au moins une fois dans la vie chez les patients à risque intermédiaire ou élevé ou avec antécédents familiaux cardiovasculaires |
Valeurs de référence et cibles thérapeutiques
Les valeurs normales du bilan lipidique varient selon le contexte clinique et le niveau de risque cardiovasculaire global du patient. Les cibles thérapeutiques sont plus strictes chez les patients à haut risque :
| Paramètre | Valeur optimale / normale | Valeur préoccupante | Cible chez patient à haut risque CV |
|---|---|---|---|
| Cholestérol total | < 5,2 mmol/L (200 mg/dL) | > 6,2 mmol/L (240 mg/dL) | Moins utilisé seul comme cible ; l'objectif principal est le LDL-C |
| Cholestérol LDL (LDL-C) | < 3,4 mmol/L en prévention primaire à risque faible | > 4,1 mmol/L | < 1,8 mmol/L pour haut risque CV (MCAS établie, diabète avec atteinte d'organe) ; < 1,4 mmol/L pour très haut risque (événement CV récent < 2 ans, MCAS + diabète) |
| Cholestérol HDL (HDL-C) | > 1,0 mmol/L chez l'homme ; > 1,2 mmol/L chez la femme | < 1,0 mmol/L (hommes et femmes) | Pas de cible numérique définie ; un HDL bas est un facteur de risque résiduel ; l'élévation du HDL par les fibrates ou la niacine n'a pas démontré de réduction des événements cardiovasculaires dans les essais cliniques |
| Ratio cholestérol total / HDL-C | < 4,0 (optimal < 3,5) | > 5,0 | Utilisé par Hypertension Canada et la SCC pour la stratification du risque cardiovasculaire global ; reflète mieux le risque que le LDL-C isolé dans certaines situations (hypertriglycéridémie, syndrome métabolique) |
| Triglycérides | < 1,7 mmol/L (150 mg/dL) | > 5,6 mmol/L (500 mg/dL) : risque de pancréatite aiguë | Pas de cible primaire définie ; les triglycérides très élevés augmentent le risque cardiovasculaire résiduel et le risque de pancréatite aiguë |
Stratification du risque cardiovasculaire
Les cibles thérapeutiques lipidiques sont définies en fonction du risque cardiovasculaire global du patient, évalué selon les recommandations de la Société canadienne de cardiologie (SCC) :
| Niveau de risque | Profil clinique | Cible LDL-C recommandée |
|---|---|---|
| Très haut risque | Maladie cardiovasculaire athérosclérotique (MCAS) établie ET diabète ou syndrome métabolique ; événement cardiovasculaire majeur dans les 2 dernières années (SCA, AVC ischémique) ; hypercholestérolémie familiale avec MCAS établie | < 1,4 mmol/L ou réduction d'au moins 50 % du LDL-C de base ; envisager l'ajout d'un inhibiteur de PCSK9 si cible non atteinte sous statine + ézétimibe |
| Haut risque | MCAS établie sans diabète ; diabète de type 1 ou 2 avec atteinte d'organe (néphropathie, rétinopathie, neuropathie) ou durée > 15 ans ; insuffisance rénale chronique (DFG < 60 mL/min/1,73m²) ; hypercholestérolémie familiale sans MCAS établie ; risque de Framingham à 10 ans > 20 % | < 1,8 mmol/L ou réduction d'au moins 50 % du LDL-C de base ; traitement médicamenteux (statine) recommandé indépendamment du LDL-C de départ |
| Risque intermédiaire | Risque de Framingham à 10 ans de 10 à 19 % ; diabète de type 2 sans atteinte d'organe et durée < 15 ans chez patient de moins de 40 ans ; certains facteurs de risque additionnels (Lp(a) élevée, syndrome métabolique, inflammation chronique) | < 2,0 mmol/L ; traitement médicamenteux à discuter selon le LDL-C de départ, les facteurs de risque additionnels et les préférences du patient |
| Risque faible | Risque de Framingham à 10 ans < 10 % ; absence de facteurs de risque cardiovasculaire majeurs | < 3,5 mmol/L ; traitement médicamenteux rarement indiqué ; priorité aux mesures hygiénodiététiques |
Causes d'hypercholestérolémie
L'élévation du cholestérol LDL peut résulter de facteurs génétiques, alimentaires, métaboliques ou médicamenteux :
| Catégorie | Cause | Mécanisme et particularités cliniques |
|---|---|---|
| Primaire (génétique) | Hypercholestérolémie familiale (HF) | Mutation du récepteur LDL (LDLR), de l'apolipoprotéine B (ApoB) ou de PCSK9 ; réduction ou absence de captation des LDL par les cellules hépatiques ; LDL-C très élevé (> 5 mmol/L en hétérozygote, > 13 mmol/L en homozygote) dès l'enfance ; risque cardiovasculaire majeur précoce ; dépôts de cholestérol dans les tendons (xanthomes tendineux) et la cornée (arc cornéen avant 45 ans) ; fréquence : 1/250 pour la forme hétérozygote |
| Primaire (génétique) | Hypercholestérolémie polygénique | Forme la plus fréquente d'hypercholestérolémie primaire ; résulte de l'interaction de multiples variants génétiques de faible effet individuel avec l'environnement ; LDL-C modérément élevé (3,5 à 5,0 mmol/L) ; répondant bien aux mesures diététiques et aux statines |
| Secondaire (médicale) | Hypothyroïdie | Réduction de l'expression des récepteurs LDL hépatiques et de l'activité de la lipoprotéine lipase ; hypercholestérolémie réversible après normalisation de la TSH ; à systématiquement exclure avant d'attribuer une hypercholestérolémie à une cause primaire |
| Secondaire (médicale) | Syndrome néphrotique | Hypersynthèse hépatique compensatrice de lipoprotéines en réponse à la perte urinaire d'albumine et à la chute de la pression oncotique ; dyslipidémie sévère avec élévation du LDL-C et des triglycérides |
| Secondaire (médicale) | Cholestase chronique | Rétention biliaire du cholestérol avec reflux dans la circulation ; hypercholestérolémie souvent marquée dans la CBP, la CSP et les cholestases médicamenteuses |
| Secondaire (médicale) | Diabète de type 2 et syndrome métabolique | Dyslipidémie athérogène caractéristique : triglycérides élevés, HDL bas, LDL souvent dans la normale mais avec des particules LDL petites et denses plus athérogènes ; risque cardiovasculaire augmenté même pour un LDL dans les valeurs habituelles |
| Secondaire (médicamenteux) | Corticoïdes, ciclosporine, rétinoïdes, antirétroviraux | Effet dyslipidémiant direct sur le métabolisme hépatique des lipoprotéines ; à prendre en compte lors de l'évaluation du bilan lipidique chez les patients sous ces traitements chroniques |
| Alimentaire | Alimentation riche en graisses saturées et en acides gras trans | Augmentation de la synthèse hépatique du cholestérol et réduction de l'expression des récepteurs LDL par les acides gras saturés (viandes grasses, charcuteries, fromages, huile de palme, produits ultra-transformés) ; les acides gras trans des huiles partiellement hydrogénées élèvent le LDL et abaissent le HDL simultanément |
Causes d'un HDL bas
Un taux de HDL-C inférieur à 1,0 mmol/L est un facteur de risque cardiovasculaire indépendant dont les causes sont multiples :
- Sédentarité : l'activité physique régulière d'intensité modérée à élevée est le moyen le plus efficace d'élever le HDL-C naturellement ; même une marche rapide de 30 minutes par jour augmente le HDL de 5 à 10 %
- Tabagisme actif : le tabac abaisse le HDL-C de façon significative (réduction de 5 à 10 %) par des mécanismes oxydatifs ; l'arrêt du tabac entraîne une remontée progressive du HDL en quelques semaines à mois
- Obésité abdominale et syndrome métabolique : l'accumulation de graisse viscérale augmente la lipolyse et la production de VLDL, accélérant le catabolisme des HDL ; la perte de poids augmente le HDL de 0,01 mmol/L pour chaque kilogramme perdu
- Hypertriglycéridémie : les échanges de lipides entre VLDL et HDL appauvrissent les HDL en cholestérol ester et favorisent leur catabolisme rapide ; la réduction des triglycérides améliore secondairement le HDL
- Diabète de type 2 insuffisamment contrôlé : l'insulinorésistance perturbe le métabolisme des HDL ; l'amélioration de l'équilibre glycémique améliore partiellement le profil lipidique
- Certains médicaments : bêtabloquants non sélectifs, progestatifs androgéniques, anabolisants, isotrétinoïne
- Causes génétiques rares : déficit en apolipoprotéine A-I, maladie de Tangier (absence totale de HDL fonctionnels)
Prise en charge et traitements
La prise en charge de la dyslipidémie associe systématiquement des mesures hygiénodiététiques et, selon le niveau de risque cardiovasculaire, un traitement médicamenteux :
| Intervention | Mécanisme et modalités | Réduction attendue du LDL-C |
|---|---|---|
| Alimentation cardioprotectrice | Réduction des graisses saturées (< 7 % des calories totales) et des acides gras trans (0 % visé) ; augmentation des fibres solubles (avoine, légumineuses, psyllium) piégeant le cholestérol intestinal ; ajout de phytostérols (2 g/jour dans les margarines enrichies) bloquant l'absorption intestinale du cholestérol ; régime méditerranéen ou DASH | 10 à 20 % de réduction du LDL-C ; les phytostérols réduisent le LDL de 8 à 10 % supplémentaires en ajout à une alimentation équilibrée |
| Activité physique régulière | Au moins 150 minutes d'activité aérobie d'intensité modérée par semaine ; améliore principalement le HDL-C et les triglycérides ; effet modeste sur le LDL-C mais bénéfice cardiovasculaire global important indépendamment des lipides | Effet direct sur LDL limité (3 à 5 %) ; augmentation du HDL de 5 à 10 % |
| Statines (inhibiteurs de la HMG-CoA réductase) | Inhibition de l'enzyme clé de la synthèse hépatique du cholestérol, entraînant une surexpression des récepteurs LDL hépatiques et une captation accrue des LDL circulants ; médicaments de première intention pour tous les patients nécessitant un traitement pharmacologique ; rosuvastatine et atorvastatine sont les statines les plus puissantes disponibles au Canada | 30 à 55 % selon la molécule et la dose ; doublement de la dose d'une statine réduit le LDL d'environ 6 % supplémentaires (règle du doublement) |
| Ézétimibe | Inhibe le transporteur intestinal NPC1L1 responsable de l'absorption du cholestérol alimentaire et biliaire ; utilisé en addition à une statine lorsque la cible LDL n'est pas atteinte avec la statine seule ou en monothérapie en cas d'intolérance aux statines | 15 à 20 % de réduction supplémentaire du LDL-C en ajout à une statine ; réduction du risque cardiovasculaire démontrée dans l'essai IMPROVE-IT |
| Inhibiteurs de PCSK9 (évolocumab, alirocumab) | Anticorps monoclonaux inhibant PCSK9, une protéine dégradant les récepteurs LDL hépatiques ; leur inhibition augmente massivement le nombre de récepteurs LDL disponibles à la surface des hépatocytes ; injections sous-cutanées toutes les 2 à 4 semaines | 50 à 65 % de réduction supplémentaire du LDL-C en ajout à une statine maximale ; remboursés au Québec pour les patients à très haut risque cardiovasculaire ne atteignant pas la cible sous statine + ézétimibe, et pour les patients atteints d'hypercholestérolémie familiale |
| Inclisiran (siARN anti-PCSK9) | Petit ARN interférent inhibant la synthèse hépatique de PCSK9 ; administré en injection sous-cutanée deux fois par an après la dose initiale, contrairement aux anticorps anti-PCSK9 nécessitant des injections mensuelles ou bimensuelles | 45 à 55 % de réduction supplémentaire du LDL-C ; remboursement au Québec en cours d'évaluation pour certaines indications |
| Fibrates (fénofibrate, bézafibrate) | Agonistes du récepteur nucléaire PPARα activant la lipolyse des VLDL riches en triglycérides et augmentant la production d'apoprotéines HDL ; effet principal sur les triglycérides et le HDL, moins marqué sur le LDL | Réduction des triglycérides de 30 à 50 % ; élévation du HDL de 10 à 20 % ; effet variable sur le LDL-C ; indiqués en priorité pour l'hypertriglycéridémie sévère et la dyslipidémie mixte |
Dépistage et surveillance biologique
Les recommandations canadiennes définissent les indications du dépistage lipidique et la fréquence de surveillance chez les patients traités :
- Dépistage universel recommandé chez tous les hommes de 40 ans et plus, toutes les femmes de 50 ans et plus (ou ménopausées), et plus tôt chez les personnes présentant des facteurs de risque cardiovasculaire (diabète, hypertension artérielle, tabagisme, antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire précoce, obésité abdominale) ou une suspicion d'hypercholestérolémie familiale
- Le bilan lipidique est idéalement réalisé à jeun (12 heures) pour permettre le calcul du LDL-C par la formule de Friedewald et une mesure précise des triglycérides ; un bilan lipidique non à jeun est acceptable pour le dépistage initial (le LDL-C peut être mesuré directement) mais un bilan à jeun sera requis pour la surveillance et la prise de décision thérapeutique
- Après initiation d'un traitement hypolipémiant, un contrôle du bilan lipidique est recommandé à 4 à 8 semaines pour évaluer la réponse, puis tous les 6 à 12 mois une fois la cible atteinte
- Un dosage des CPK (créatine phosphokinase) de base avant l'initiation des statines est recommandé chez les patients à risque de myopathie (personnes âgées, insuffisance rénale, hypothyroïdie, antécédents de myopathie, traitement concomitant par fibrates ou ciclosporine)
- Un bilan hépatique (ASAT, ALAT) de base et de contrôle à 3 mois après initiation d'une statine est recommandé ; les élévations des transaminases supérieures à 3 fois la normale imposent l'arrêt de la statine ou une réduction de dose
- Le dosage de la Lp(a) est recommandé une fois dans la vie pour tout patient ayant une maladie cardiovasculaire précoce inexpliquée, des antécédents familiaux cardiovasculaires importants, une hypercholestérolémie familiale ou un risque intermédiaire pour affiner la stratification
Un LDL-C très élevé (> 5,0 mmol/L) découvert de façon fortuite ou lors d'un dépistage, particulièrement chez un adulte jeune ou en présence d'antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire précoce (infarctus ou AVC avant 55 ans chez un homme ou avant 65 ans chez une femme au premier degré), doit conduire à une consultation médicale sans délai pour évaluer une hypercholestérolémie familiale, réaliser un bilan cardiovasculaire complet et initier un traitement précoce. Les patients sous statines qui développent des douleurs musculaires intenses, une faiblesse musculaire ou des urines foncées (couleur thé) doivent consulter en urgence pour mesurer les CPK et exclure une rhabdomyolyse.
Clinique Omicron offre des consultations pour la prescription et l'interprétation du bilan lipidique, la stratification du risque cardiovasculaire et l'initiation ou l'ajustement d'un traitement hypolipémiant dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
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Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Consultez un médecin pour tout résultat lipidique anormal, avant d'initier ou de modifier un traitement hypolipémiant, ou pour toute décision relative à votre santé cardiovasculaire.
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