CK — Créatine kinase
Valeurs de référence
| Population | Valeurs normales | Remarques |
|---|---|---|
| Homme adulte | 40–320 U/L | Les valeurs normales sont plus élevées chez l'homme en raison d'une masse musculaire plus importante ; l'activité physique régulière et la race noire sont associées à des valeurs basales plus hautes |
| Femme adulte | 25–200 U/L | Valeurs plus basses que l'homme ; la grossesse peut légèrement modifier les valeurs normales selon le trimestre |
| Nouveau-né et nourrisson | 70–380 U/L | CK physiologiquement plus élevée à la naissance (travail obstétrical, immaturité musculaire) ; se normalise dans les premières semaines ; valeur très élevée chez le nouveau-né évoque une myopathie congénitale |
| Enfant (1–12 ans) | 60–300 U/L | Légèrement plus élevée que l'adulte ; CK très élevée chez un garçon (>10× N) → dépistage de la myopathie de Duchenne obligatoire |
| Personne âgée (> 70 ans) | 30–200 U/L | Valeurs généralement plus basses en raison de la sarcopénie (réduction de la masse musculaire) ; CK normale basse chez un sujet très âgé ne témoigne pas d'une bonne santé musculaire |
| Personnes d'origine africaine | Jusqu'à 2× la LSN habituelle | Valeurs basales physiologiquement plus élevées — mécanisme génétique non entièrement élucidé (possiblement lié à la composition en fibres musculaires) ; à prendre en compte avant d'attribuer une hyperCKémie asymptomatique à une pathologie |
Isoenzymes de la CK — distribution et utilité clinique
- CK-MM (dimère M-M) : représente 95 à 98 % de la CK totale circulante chez le sujet sain ; produit exclusivement par le muscle squelettique ; fraction dominante lors de toute atteinte musculaire (rhabdomyolyse, myopathie, traumatisme, exercice intense) ; son élévation reflète fidèlement la destruction musculaire strée globale ; pas de valeur diagnostique différentielle per se — c'est l'élévation de la CK totale qui oriente
- CK-MB (dimère M-B) : représente 1 à 4 % de la CK totale dans le sang normal ; produit principalement par le myocarde (15–25 % de la CK cardiaque est CK-MB) et en faible proportion par le muscle squelettique régénérant (myosatellites, muscles lisses) ; historiquement le marqueur de référence de l'infarctus du myocarde (IDM) — sensibilité 50–60 % à 4h, 80–90 % à 8h, pic à 18–24h, normalisation à 48–72h ; désormais largement remplacée par la troponine I ou T ultrasensible (TnUs) pour le diagnostic de l'IDM (sensibilité 97–99 % à 3h avec algorithme 0h/3h) ; la CK-MB garde une utilité pour détecter un réinfarctus précoce (renormalisation puis réascension après IDM initial — la TnUs reste élevée plus longtemps) et pour évaluer la taille de la zone de nécrose (aire sous la courbe CK-MB corrèle au volume myocardique nécrosé) ; rapport CK-MB/CK totale > 6 % — évocateur d'atteinte myocardique (vs atteinte musculaire squelettique pure)
- CK-BB (dimère B-B) : produit principalement par le cerveau et les muscles lisses (utérus, prostate, intestin) ; ne passe pas normalement la barrière hémato-encéphalique — non détectable dans le sang à l'état normal ; CK-BB élevée dans le sang → accident vasculaire cérébral sévère, traumatisme crânien grave, anoxie cérébrale, chirurgie vasculaire, certains cancers (cancer de la prostate, cancer du sein) ; rarement dosée en routine — peut être source d'élévation inexpliquée de la CK totale dans certains cas de malignité occulte
- CK mitochondriale (CK-Mt) : isoenzyme de la membrane mitochondriale interne — représente < 1 % dans le sang normal ; son élévation est associée aux maladies mitochondriales, aux myopathies sévères et à certains cancers (marqueur de mauvais pronostic) ; dosage rarement effectué en pratique courante
- Macro-CK : complexe de CK (souvent CK-BB) lié à des immunoglobulines (IgG ou IgM) → grande molécule de faible clairance → CK totale chroniquement élevée sans pathologie musculaire ou cardiaque ; cause de CK élevée inexpliquée chez 1–2 % des patients hospitalisés ; détection par électrophorèse des isoenzymes ou précipitation au polyéthylène glycol ; bénigne mais peut conduire à de nombreuses investigations inutiles si non reconnue
Causes d'élévation de la CK selon l'amplitude
| Cause | Amplitude CK | Mécanisme et caractéristiques |
|---|---|---|
| Exercice physique intense | 2–20× N | Micro-lésions des fibres musculaires lors d'exercice excentrique (descente de pente, musculation, marathon) — pic à 24–72h après l'effort, normalisation en 5–7 jours ; corrèle à l'intensité et à la non-habituation musculaire (DOMS — delayed onset muscle soreness) ; à ne pas confondre avec une pathologie musculaire — toujours doser la CK à distance de tout exercice intense (> 72h de repos) |
| Injection intramusculaire | 2–5× N | Traumatisme direct des fibres musculaires par l'aiguille et le produit injecté — élévation proportionnelle au volume injecté et à la profondeur ; à jeun, avant toute injection pour une CK de base fiable |
| Myopathies inflammatoires (polymyosite, dermatomyosite, myosite nécrosante auto-immune) | 5–50× N (ou plus) | Destruction auto-immune des fibres musculaires squelettiques → CK très élevée (parfois > 10 000 U/L dans la myosite nécrosante à anticorps anti-SRP ou anti-HMGCR) ; faiblesse musculaire proximale symétrique (épaules, hanches) ; EMG myopathique + biopsie musculaire (infiltrat lymphocytaire périvasculaire dans PM, périfasciculaire dans DM) ; anticorps spécifiques myosite (anti-Jo-1, anti-Mi-2, anti-SRP, anti-MDA5, anti-TIF1) ; CCA corrèle à l'activité inflammatoire et à la réponse au traitement (corticoïdes, azathioprine, IVIG, rituximab) |
| Myopathies héréditaires (Duchenne, Becker, LGMD, dystrophine) | 10–200× N | Myopathie de Duchenne (DMD) — mutation du gène DMD (Xp21) → absence de dystrophine → instabilité membranaire des fibres musculaires → nécrose chronique → CK très élevée dès la naissance (souvent > 10 000–50 000 U/L) avant l'apparition des signes cliniques ; dépistage néonatal en développement au Québec ; myopathie de Becker (BMD) — forme allélique moins sévère, CK élevée mais moins que Duchenne ; LGMD (limb-girdle muscular dystrophies) — mutations diverses (calpaine, dysferline, gamma-sarcoglycane) → CK modérément à très élevée selon le type |
| Myopathie aux statines | Myalgie : < 4× N ; myosite : 4–10× N ; rhabdomyolyse : > 10× N | Mécanisme : déplétion en CoQ10, altération mitochondriale, réduction du cholestérol membranaire des fibres musculaires ; fréquence selon le tableau — myalgie (douleurs sans CK élevée) : 5–10 % (souvent nocebo — essai SAMSON 2020) ; myosite (CK 4–10× N + symptômes) : 0,5 % ; rhabdomyolyse (> 10× N + myoglobinurie) : 0,01 % ; facteurs de risque : dose élevée, âge avancé, hypothyroïdie, IRC, interactions médicamenteuses (fibrates — gemfibrozil ++, amiodarone, ciclosporine, inhibiteurs du CYP3A4 pour les statines métabolisées par ce CYP) ; arrêt de la statine si CK > 10× N ou si CK 4–10× N avec symptômes invalidants |
| Rhabdomyolyse | > 1 000–5 000× N | Destruction massive des fibres musculaires squelettiques → libération de myoglobine, CK, potassium, phosphore, acide urique dans la circulation → insuffisance rénale aiguë (myoglobine précipite dans les tubules rénaux) ; CK souvent > 100 000 U/L — peut atteindre plusieurs millions U/L ; causes principales : traumatisme écrasement (syndrome des loges), convulsions prolongées, état de mal épileptique, immobilisation prolongée (position de décubitus forcé), hyperthermie maligne ou d'effort, coup de chaleur, intoxications (alcool, cocaïne, héroïne, amphétamines), infections virales sévères (grippe, COVID-19 sévère), anomalies électrolytiques sévères (hypokaliémie, hypophosphorémie) ; traitement : hyperhydratation IV agressive (NaCl 0,9 % ou Ringer lactate 1–1,5 L/h) pour protéger les tubules rénaux, alcalinisation des urines si pH urinaire < 6,5 (bicarbonate IV), surveillance diurèse horaire (objectif ≥ 1–3 mL/kg/h), surveillance créatinine, kaliémie (hyperkaliémie → arythmie fatale) |
| Infarctus du myocarde (IDM) | 3–20× N (CK totale) | Nécrose myocardique → libération de CK-MB et CK totale ; cinétique : début d'élévation à 4–6h, pic à 18–24h, normalisation à 48–72h ; rapport CK-MB/CK totale > 6 % + contexte clinique (douleur thoracique, ECG) ; la troponine ultrasensible (TnUs) est désormais le marqueur de référence — beaucoup plus sensible et spécifique que la CK-MB pour la détection précoce de l'IDM |
| Hypothyroïdie | 2–10× N | L'hypothyroïdie réduit la clearance et augmente la production musculaire de CK ; cause fréquente et facilement méconnue de CK chroniquement élevée — une TSH doit être dosée systématiquement devant toute élévation inexpliquée de la CK ; normalisation de la CK après correction de l'hypothyroïdie par lévothyroxine (délai de 4 à 12 semaines) |
| Traumatisme musculaire, chirurgie, électrocution | 10–1000× N selon la sévérité | Lésion mécanique directe des fibres musculaires ; chirurgie orthopédique majeure (prothèse totale de hanche/genou → CK élevée 24–48h post-op) ; cardioversion électrique externe → CK élevée (surtout CK-MM) sans CK-MB significative ; électrocution sévère → rhabdomyolyse possible |
| Maladies mitochondriales | 2–10× N | Dysfonction mitochondriale → perturbation du métabolisme énergétique des fibres musculaires → CK modérément élevée ; contexte : fatigue profonde, faiblesse musculaire, ptôse, ophtalmoplégie, surdité, diabète, cardiomyopathie — tableau clinique multisystémique ; biopsie musculaire (ragged red fibers à la coloration Gomori modifiée) + séquençage de l'ADN mitochondrial et nucléaire |
HyperCKémie asymptomatique isolée
- Définition : élévation persistante de la CK totale (> 1,5 fois la limite supérieure de la normale sur au moins deux dosages à 4 semaines d'intervalle) sans faiblesse musculaire, sans myalgies importantes et sans cause évidente ; prévalence estimée 1–2 % dans la population générale adulte
- Bilan recommandé devant une hyperCKémie asymptomatique : doser la CK à distance de tout exercice intense (> 72h de repos), après au moins une nuit de repos, sans injection intramusculaire récente ; TSH (hypothyroïdie très fréquente et traitable) ; créatinine et DFG (IRC) ; électrolytes (hypokaliémie, hypophosphorémie) ; LDH, ASAT (hépatopatologie co-associée) ; bilan complet de myosite (anti-Jo-1, anti-SRP, anti-HMGCR — surtout si CK > 5× N) ; examen clinique neurologique et musculaire complet ; EMG si faiblesse ou CK persistamment > 5–10× N ; biopsie musculaire si bilan orientant (EMG myopathique, anticorps positifs, suspicion de dystrophie musculaire)
- Causes génétiques d'hyperCKémie asymptomatique : porteuse du gène de la myopathie de Duchenne (femme conductrice du trait DMD — CK élevée dans 50–70 % des cas) ; myopathie de Becker asymptomatique (forme allélique légère) ; dysferlinopathie débutante (LGMD type 2B — peut débuter par une hyperCKémie asymptomatique 5–15 ans avant la faiblesse musculaire) ; certains porteurs hétérozygotes de mutations de la calpaine-3
- Macro-CK : à évoquer si CK persistamment élevée (modérément, souvent 200–1 000 U/L) sans aucun symptôme et sans autre anomalie biologique — le dosage des isoenzymes par électrophorèse ou la précipitation au PEG permet la détection ; bénigne, ne nécessite pas de traitement ; permet d'éviter de multiples investigations musculaires coûteuses et anxiogènes
La rhabdomyolyse est une urgence médicale caractérisée par la destruction massive des fibres musculaires et la libération de myoglobine dans le sang et les urines. Les signes d'alarme sont : urines de couleur brun-rougeâtre ou « thé noir » (myoglobinurie), douleurs musculaires intenses et diffuses, faiblesse musculaire sévère, oligourie ou anurie. Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement à l'urgence en cas de suspicion de rhabdomyolyse — le risque principal est l'insuffisance rénale aiguë pouvant nécessiter la dialyse, et l'hyperkaliémie pouvant causer une arythmie cardiaque fatale. Une CK > 10 000–20 000 U/L associée à une élévation de la créatinine doit être considérée comme une rhabdomyolyse jusqu'à preuve du contraire et traitée en milieu hospitalier par hyperhydratation intraveineuse intensive.
Cinétique de la CK dans l'infarctus du myocarde — comparaison avec la troponine
| Marqueur | Cinétique dans l'IDM | Utilité actuelle |
|---|---|---|
| CK totale | Début élévation : 4–6h ; pic : 24h ; normalisation : 72h | Peu utilisée pour le diagnostic de l'IDM — remplacée par la troponine ; utile pour estimer la taille de la nécrose (aire sous la courbe) |
| CK-MB | Début élévation : 3–4h ; pic : 18–24h ; normalisation : 48–72h | Encore utile pour détecter un réinfarctus précoce (renormalisation puis réascension) ; rapport CK-MB/CK > 6 % oriente vers l'origine cardiaque |
| Troponine I ou T ultrasensible (TnUs) | Début élévation : 1–2h ; pic : 12–24h ; normalisation : 5–14 jours | Marqueur de référence de l'IDM (sensibilité 97–99 %, spécificité 90–95 %) — algorithme 0h/1h ou 0h/3h ; remplace la CK et la CK-MB pour le diagnostic initial |
Conduite à tenir selon le niveau de CK
- CK < 4× N sans symptômes : répéter le dosage dans 4 à 8 semaines après période de repos adéquat (>72h sans exercice intense, sans IM) ; doser TSH, créatinine, kaliémie, liste des médicaments en cours ; si persistant → bilan complémentaire orienté
- CK 4–10× N : bilan plus approfondi — EMG, anticorps de myosite, IRM musculaire si localisation ; évaluation neuromusculaire ; si statines en cours → arrêt temporaire et réévaluation à 6 semaines
- CK > 10× N (sans rhabdomyolyse manifeste) : éliminer d'urgence une rhabdomyolyse (créatinine, ionogramme, urines à la bandelette pour myoglobinurie) ; si rhabdomyolyse → hospitalisation et hyperhydratation IV ; si stable → bilan de myopathie complet (EMG, anticorps, IRM, biopsie musculaire) en consultation spécialisée
- CK > 100 000 U/L : rhabdomyolyse sévère → urgence hospitalière absolue ; risque d'IRA, hyperkaliémie fatale, troubles de coagulation (CIVD), syndrome des loges ; surveillance en USI ou unité de soins intensifs
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Les médecins de Clinique Omicron évaluent les CK élevées dans leur contexte clinique (médicaments, antécédents, signes musculaires), prescrivent le bilan orienté (TSH, ionogramme, anticorps de myosite, EMG), ajustent les traitements par statines, et orientent vers le neurologue ou rhumatologue pour la prise en charge des myopathies identifiées. Des consultations sont disponibles dans nos points de service au Québec ainsi qu'en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Les valeurs de référence de la CK varient selon les laboratoires — toujours se référer aux normes du laboratoire ayant effectué l'analyse.
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