Dengue - Test médical Clinique Omicron
Physiopathologie et classification clinique OMS 2009
- Phase fébrile (J1–J3) : virémie intense (charge virale élevée — DENV dans le sang, la salive, les urines) → activation des monocytes/macrophages → production de TNF-α, IL-6, IL-8, IFN-γ → fièvre élevée brutale (39–40 °C), céphalées rétro-orbitaires, myalgies intenses (appelée historiquement « breakbone fever » — fièvre brisante), arthralgies, exanthème maculaire ou maculo-papuleux diffus ; leucopénie et thrombopénie débutantes (destruction des précurseurs médullaires + activation plaquettaire + complexes immuns)
- Phase critique (J4–J6) — fenêtre de danger : la fièvre peut baisser (« apyrexie trompeuse ») — moment de plus grand risque de progression vers la dengue sévère ; fuite plasmatique (augmentation de la perméabilité capillaire → épanchement pleural, ascite, œdème) — détectable par élévation de l'hématocrite ≥20 % au-dessus de la valeur basale + hypoalbuminémie ; thrombopénie progressive (<100 000/mm³ puis <20 000/mm³) ; risque de dengue sévère avec choc hypovolémique et/ou hémorragie interne
- Phase de récupération (J7–J10) : résorption des épanchements + hemodilution → risque de surcharge volémique iatrogène si perfusion excessive maintenue ; récupération du taux de plaquettes (remontée spontanée) ; apparition possible d'un second exanthème prurigineux (« rash de la convalescence » — aspect en îlots blancs dans une mer rouge)
- Classification clinique OMS 2009 : dengue sans signes d'alarme (fièvre + 2 critères parmi : nausées/vomissements, exanthème, douleurs, leucopénie, test du lacet positif) ; dengue avec signes d'alarme (douleurs abdominales, vomissements persistants, épanchement liquidien, saignements muqueux, léthargie, hépatomégalie >2 cm, augmentation rapide de l'hématocrite concomitante à une chute rapide des plaquettes) → hospitalisation obligatoire ; dengue sévère (fuite plasmatique sévère avec choc ± détresse respiratoire ; hémorragie sévère ; atteinte organique sévère — foie, SNC, cœur, rein) → réanimation
Diagnostic biologique selon la phase
| Test diagnostique | Principe, fenêtre de détection et sensibilité | Interprétation et utilisation pratique |
|---|---|---|
| Antigène NS1 (Non-Structural Protein 1) Phase fébrile — J1 à J5 |
La protéine NS1 est une glycoprotéine sécrétée en grande quantité dans le sérum lors de la virémie active (J1–J9 dans certains cas) ; détection par ELISA ou test rapide immunochromatographique (RDT) ; sensibilité : 60–90 % selon le test et le sérotype (DENV-1 et DENV-2 mieux détectés) ; spécificité : 85–99 % ; avantage majeur : détectable dès le 1er jour de fièvre avant le développement des anticorps (fenêtre sérologique précoce) ; concentration diminue à partir de J5–J6 avec l'apparition des anticorps IgM (neutralisation de NS1 par les anticorps) | Test de choix en phase fébrile précoce (J1–J5) ; disponible en combinaison avec la sérologie (combo NS1 + IgM/IgG) dans les tests rapides modernes ; un NS1 négatif après J5 n'exclut pas la dengue — associer la sérologie ; le NS1 reste positif plus longtemps lors d'une primo-infection (infection primaire) que lors d'une réinfection (infection secondaire) — les anticorps de rappel plus rapides dans l'infection secondaire éliminent NS1 plus vite |
| RT-PCR viral (DENV RNA) Référence — phase fébrile J1 à J5 |
Détection et amplification du génome ARN du DENV par RT-PCR en temps réel (reverse transcription PCR) → gold standard diagnostique en phase virémique ; sensibilité >95 % (J1–J5) ; permet le génotypage du sérotype infectant (DENV-1 à 4) → information épidémiologique importante et identification du risque d'ADE (réinfection secondaire) ; disponible dans les laboratoires de référence (LSPQ au Québec — Laboratoire de santé publique du Québec) ; délai de résultat : 24–48h | Recommandée pour confirmer les cas suspects importés au Québec (déclaration obligatoire — MADO — Maladies à déclaration obligatoire) ; le sérotypage oriente le risque clinique (DENV-2 et DENV-3 plus souvent associés à la dengue sévère) ; aussi utilisée pour confirmer les cas avant le 5e jour si NS1 négatif ou équivoque |
| Sérologie — IgM et IgG anti-DENV Phase tardive — à partir de J5–J6 |
IgM anti-DENV : apparaissent à J4–J5, atteignent leur pic à J2 post-apyrexie, persistent 2–3 mois → marqueur d'infection aiguë récente ; IgG anti-DENV : apparaissent plus tardivement en primo-infection (J14) mais très rapidement en réinfection (dès J1–J2 — rappel immunitaire) ; ratio IgG/IgM : ratio élevé (IgG prédominant dès les premiers jours) → infection secondaire (risque ADE — dengue sévère plus probable) ; ELISA MAC (IgM capture) : sensibilité 90 % à partir de J6 ; test rapide combo NS1/IgM/IgG : utilité maximale entre J4 et J10 | Réactions croisées possibles avec d'autres flavivirus (Zika, fièvre jaune, West Nile, vaccin contre la fièvre jaune) — interpréter en contexte clinique et épidémiologique ; en cas de vaccination préalable contre la fièvre jaune ou d'infection Zika récente : les IgG anti-flavivirus peuvent être positives → faux positifs de sérologie dengue ; la confirmation par RT-PCR reste préférable pour les cas avec exposition récente à d'autres flavivirus |
| Hémogramme — NFS et plaquettes Surveillance évolutive quotidienne en phase critique |
Leucopénie (GB <4 000/mm³ — nadir à J4–J6) avec lymphocytose relative — caractéristique de la dengue (contrairement aux infections bactériennes) ; thrombopénie progressive : plaquettes >100 000 (phase fébrile) → 50 000–100 000 (phase critique) → <20 000 (dengue sévère) ; élévation de l'hématocrite ≥20 % au-dessus de la valeur de base (hémoconcentration par fuite plasmatique — signe d'alarme majeur) ; ASAT et ALAT modérément élevées (hépatite dengue — ASAT souvent plus élevée que ALAT — inverse de l'hépatite virale classique) ; temps de prothrombine allongé si atteinte hépatique sévère | La surveillance quotidienne (voire bi-quotidienne) de la NFS + hématocrite est recommandée dès que les plaquettes passent sous 100 000/mm³ ; la chute rapide des plaquettes (≥20 000/mm³/jour) combinée à une élévation de l'hématocrite (>20 % de la valeur initiale) signale l'entrée en phase critique et la nécessité d'hospitalisation ; les plaquettes remontent spontanément à partir de J7–J8 sans traitement spécifique dans la dengue non compliquée |
Prise en charge et traitement
| Traitement / Intervention | Indication, mécanisme et modalités | Précautions, contre-indications et suivi |
|---|---|---|
| Réhydratation orale et surveillance ambulatoire Dengue sans signes d'alarme — domicile |
La grande majorité des cas de dengue sont gérés en ambulatoire avec un traitement symptomatique ; réhydratation orale abondante (2–3 L/jour d'eau, SRO, jus non sucrés, bouillons) pour compenser les pertes hydriques (fièvre, diaphorèse, vomissements) et maintenir une perfusion tissulaire adéquate en prévention du choc ; paracétamol (acétaminophène) 500–1 000 mg toutes les 6h si T° >38,5 °C (dose maximale 4 g/jour — prudence si atteinte hépatique) ; repos et surveillance clinique quotidienne à domicile ou en consultation ; retour immédiat à l'urgence si signes d'alarme | Éviter absolument l'aspirine et les AINS (ibuprofène, naproxène, diclofénac) : risque d'aggravation de la thrombopénie et d'hémorragie (inhibition COX-1 → réduction thromboxane A2 → agrégation plaquettaire altérée + irritation gastrique) ; éviter les injections intramusculaires (risque d'hématomes profonds si thrombopénie) ; critères de surveillance ambulatoire : plaquettes >100 000/mm³, absence de signes d'alarme, tolérance orale satisfaisante, patient coopérant avec accès facile à l'urgence |
| Hospitalisation et perfusion IV — dengue avec signes d'alarme Phase critique J4–J6 — réhydratation contrôlée |
Hospitalisation obligatoire si signes d'alarme (douleurs abdominales intenses, vomissements persistants, épanchement liquidien clinique ou échographique, saignements muqueux, plaquettes <100 000/mm³ avec hématocrite en hausse, léthargie) ; cristalloïdes isotoniques (NaCl 0,9 % ou Ringer lactate) en perfusion IV titrée selon la diurèse et l'hématocrite — objectif de perfusion : diurèse 0,5–1 mL/kg/h + hématocrite stable ; la réhydratation IV doit être prudente et titrée : excès de perfusion → surcharge volémique lors de la phase de récupération → détresse respiratoire aiguë par résorption des épanchements ; surveillance : hématocrite + plaquettes toutes les 4–6h, diurèse horaire, TA et fréquence cardiaque, signes de fuite plasmatique | Ne pas administrer de solutés hypotoniques (risque d'hyponatrémie) ; les colloïdes (albumine) peuvent être utilisés si hématocrite élevé persistant malgré les cristalloïdes ; pas de transfusion plaquettaire prophylactique systématique (la thrombopénie est transitoire — les plaquettes remontent spontanément) — transfusion plaquettaire seulement si hémorragie active significative + plaquettes <20 000/mm³ ou chirurgie urgente ; la dexaméthasone n'a pas démontré de bénéfice dans la dengue sévère (essai clinique randomisé négatif) |
| Choc dengue (dengue sévère) — réanimation Syndrome de choc dengue — USI |
Syndrome de choc dengue (SCD) : hypotension (TAS <90 mmHg ou TAS/TAD différentiel ≤20 mmHg chez l'enfant) + signes d'hypoperfusion (extrémités froides, marbrures, oligurie, altération de la conscience) ; réanimation volumique rapide : NaCl 0,9 % ou Ringer lactate 10–20 mL/kg en 15–30 min (bolus) → réévaluation → répéter si nécessaire → si hématocrite >45 % persistent malgré perfusion → albumine 5 % ; oxygénothérapie + monitoring continu (TA, SpO₂, diurèse, ECG) ; pas d'inotropes vasopresseurs en 1re intention (le choc est hypovolémique — non cardiogénique) ; surveillance des complications hémorragiques (hémorragie digestive, hémorragie cérébrale) | Mortalité du syndrome de choc dengue sans traitement : 10–40 % ; avec prise en charge rapide et titrée : <1 % dans les centres expérimentés ; la surcharge volémique iatrogène (over-resuscitation) est une cause majeure de mortalité évitable — interrompre les perfusions dès que les signes de choc régressent et que la diurèse est restaurée ; surveillance particulière lors de la phase de récupération (J7–J10) : risque de détresse respiratoire aiguë par résorption des épanchements → réduire les perfusions IV progressivement |
| Vaccin anti-dengue — Dengvaxia (CYD-TDV) Prévention — séropositifs antérieurs uniquement |
Dengvaxia (Sanofi Pasteur) : vaccin tétravalent recombinant chimèrique vivant atténué (chimère des 4 sérotypes de la dengue dans la charpente du virus de la fièvre jaune vaccinale YF17D) — 3 doses à 0, 6 et 12 mois ; efficacité globale : 59,2 % après 3 doses (CYDTDV pooled analysis — NEJM 2015) ; efficacité chez les séropositifs (infection dengue antérieure documentée) : 79–83 % de réduction des dengues symptomatiques et 80–95 % des hospitalisations ; chez les séronégatifs (jamais infectés) : la vaccination confère une primo-infection artificielle → la 2e infection naturelle est perçue comme une « infection secondaire » → risque accru de dengue sévère (ADE) — signal majeur de sécurité identifié en 2017 (Philippines — controverse sanitaire) ; approbation Santé Canada : non approuvé au Canada ; FDA (États-Unis) approuvé en 2019 pour les 9–16 ans résidant en zone endémique avec infection préalable documentée | La vaccination sans dépistage sérologique préalable est contre-indiquée (risque d'augmenter la dengue sévère chez les séronégatifs) ; TAK-003 (Qdenga — Takeda — vaccin vivant atténué tétravalent basé sur DENV-2 — approbation EMA 2022 et plusieurs pays d'Asie/Amérique latine) : profil de sécurité meilleur que Dengvaxia — efficacité 73–84 % sans pré-sélection sérologique — en cours d'évaluation Santé Canada ; pour les voyageurs canadiens : protection non vaccinale prioritaire (répulsifs, vêtements longs, moustiquaires) |
| Prévention individuelle — voyageurs Mesures anti-vectorielles — priorité absolue |
Protection contre les piqûres de moustiques diurnes (Aedes aegypti pique principalement le matin tôt et en fin d'après-midi — contrairement aux moustiques du paludisme qui piquent la nuit) : répulsifs cutanés à base de DEET 20–35 % (adultes — protection 4–8h) ; icaridine 20 % (Picaridin — efficacité comparable au DEET — meilleure tolérance cutanée) ; IR3535 20 % (alternative pour femmes enceintes et enfants) ; port de vêtements longs de couleur claire ; moustiquaires de lit imprégnées de perméthrine ; climatisation (les moustiques Aedes n'apprécient pas les environnements froids) ; élimination des gîtes larvaires (eaux stagnantes — vases, pneus, gouttières — reproduction dans les eaux propres et peu profondes, contrairement aux anophèles) | Le DEET est sécuritaire dès l'âge de 6 mois (concentrations ≤10 % recommandées chez les enfants de 6 mois à 2 ans — 1 seule application/jour) ; la perméthrine peut être appliquée sur les vêtements et les moustiquaires (insecticide + répulsif) — ne pas appliquer directement sur la peau ; la dengue n'est pas transmissible de personne à personne (pas d'isolement requis) — mais un patient virémique piqué par un Aedes peut transmettre le virus → recommander la protection contre les piqûres pendant les 5–7 premiers jours de maladie (pour éviter la vectorisation locale au retour) |
Consultez immédiatement à l'urgence (ne pas attendre le lendemain) si un patient avec dengue suspectée ou confirmée présente l'un de ces signes d'alarme : douleurs abdominales intenses ou sensibilité abdominale à la palpation ; vomissements persistants (>3 épisodes/heure ou incapacité à s'hydrater per os) ; saignements des muqueuses (épistaxis, saignements gingivaux, méno-métrorragies, rectorragie) ; plaquettes <50 000/mm³ en chute rapide ; hématocrite augmenté de >20 % par rapport à la valeur basale ; léthargie ou agitation (altération de l'état de conscience) ; hépatomégalie >2 cm sous le rebord costal ; chute rapide et brutale de la fièvre accompagnée d'une aggravation de l'état général (« apyrexie trompeuse » = entrée en phase critique).
Composez le 911 immédiatement en cas de : hypotension ou collapsus cardiovasculaire (choc dengue) ; hémorragie grave (hémoptysie, hémorragie digestive active, hémorragie cérébrale) ; détresse respiratoire aiguë (épanchement pleural massif) ; altération profonde de la conscience ou convulsions (encéphalite dengue).
Consulter à Clinique Omicron
Les médecins de Clinique Omicron assurent l'évaluation des voyageurs de retour de zones endémiques présentant une fièvre, prescrivent le bilan diagnostique adapté à la phase (NS1, RT-PCR, sérologie, NFS, frottis sanguin pour le paludisme), coordonnent la surveillance ambulatoire des cas légers et orientent vers l'urgence dès l'apparition de signes d'alarme. Les consultations de médecine des voyages pré-départ (conseils de prévention, répulsifs, vaccinations) sont également disponibles dans nos points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Tout voyageur présentant de la fièvre dans les 14 jours suivant un retour de zone tropicale doit être évalué médicalement en urgence pour exclure un paludisme.
Clinique Omicron
Besoin de consulter un médecin ?
Prise en charge en 24-48h. En clinique ou en télémédecine, partout au Québec.
Reçus pour assurances. 7j/7. Sans médecin de famille requis.