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Médecine interne & Médecine d'urgence & Pédiatrie

Déshydratation - Test médical Clinique Omicron

La déshydratation est un déséquilibre hydrique survenant lorsque les pertes en eau et en électrolytes dépassent les apports, entraînant une réduction du volume liquidien total de l'organisme. L'eau représente 60 % du poids corporel chez l'homme adulte (55 % chez la femme en raison d'une masse grasse plus élevée, 70–80 % chez le nouveau-né), répartie en deux compartiments principaux : le compartiment intracellulaire (LIC — 40 % du poids corporel, 2/3 de l'eau totale) et le compartiment extracellulaire (LEC — 20 % du poids corporel, 1/3 de l'eau totale), lui-même subdivisé en secteur vasculaire (volume plasmatique — 5 % du poids corporel) et secteur interstitiel (15 % du poids corporel). Les pertes hydriques quotidiennes obligatoires chez l'adulte s'élèvent à 2 000–2 500 mL/jour (urines 1 000–1 500 mL, perspiration insensible cutanée et respiratoire 800–1 000 mL, selles 100–200 mL) et doivent être compensées par des apports équivalents. La régulation de l'équilibre hydrique est assurée par deux mécanismes principaux étroitement couplés : la soif (déclenchée par une augmentation de l'osmolalité plasmatique de seulement 1–2 % — détecteurs osmotiques de l'hypothalamus antérieur) et la sécrétion d'hormone antidiurétique (ADH ou vasopressine — libérée par la neurohypophyse en réponse à une augmentation de l'osmolalité ou à une réduction du volume circulant — agit sur les aquaporines 2 du tubule collecteur rénal pour réabsorber l'eau libre). La déshydratation peut être isotonique (pertes équilibrées en eau et en sodium — natrémie normale — ex. : diarrhée, vomissements, hémorragie), hypotonique (pertes sodées prédominantes — hyponatrémie — ex. : insuffisance surrénale, pertes cutanées sudorales abondantes compensées par eau pure) ou hypertonique (pertes hydriques prédominantes sur les pertes sodées — hypernatrémie — ex. : diabète insipide, fièvre prolongée, coup de chaleur). Les populations les plus vulnérables sont les nourrissons (réserve hydrique relative faible, pertes fécales importantes lors des gastro-entérites), les personnes âgées (diminution de la sensation de soif avec l'âge, réduction de la capacité de concentration rénale, polypharmacie — diurétiques, IECA) et les patients sous traitement diurétique.

Évaluation clinique et degrés de sévérité

SévéritéAdulte — perte de poidsEnfant — perte de poidsSignes cliniques caractéristiques
Légère 1–2 % du poids corporel
(700 mL–1,4 L pour 70 kg)
3–5 % du poids corporel Soif, bouche légèrement sèche, légère diminution de la diurèse, urines jaune foncé concentrées (densité urinaire >1,020) ; performance cognitive légèrement altérée ; pas de signe clinique objectivable fiable à ce stade chez l'adulte
Modérée 2–5 % du poids corporel
(1,4–3,5 L pour 70 kg)
6–9 % du poids corporel Soif intense, muqueuses sèches (bouche, yeux), pli cutané (>2 secondes chez l'adulte — valeur limitée chez la personne âgée et l'obèse), tachycardie (FC >100/min), hypotension orthostatique (chute TAS >20 mmHg ou TAD >10 mmHg lors du passage couché → debout), oligourie (<0,5 mL/kg/h), céphalées, fatigue, irritabilité ; chez l'enfant : fontanelle déprimée (<18 mois), yeux cernés enfoncés, pleurs sans larmes, diminution du turgor cutané
Sévère >5–8 % du poids corporel
(>3,5 L pour 70 kg)
>10 % du poids corporel Hypotension franche (TAS <90 mmHg) ou état de choc hypovolémique (TAS <90 mmHg + tachycardie + marbrures + extrémités froides + confusion), temps de recoloration capillaire allongé (>3 secondes), anurie ou oligoanurie sévère, altération de la conscience (confusion, somnolence, coma), extrémités froides et marbrures ; chez le nourrisson : léhargie, hypotonie, respiration de Kussmaul si acidose associée ; biomarqueurs : urée/créatinine sériques augmentées (insuffisance rénale fonctionnelle pré-rénale), hématocrite augmentée (hémoconcentration), hypernatrémie si pertes hydriques prédominantes

Causes de déshydratation

  • Pertes digestives : gastro-entérite aiguë (cause la plus fréquente — diarrhée et vomissements simultanés peuvent provoquer des pertes de 10–20 L/jour dans les formes sévères — choléra, rotavirus chez l'enfant) ; vomissements incoercibles (hyperémèse gravidique, occlusion intestinale, sténose pylorique) ; diarrhée chronique (MICI, maladie cœliaque, syndrome de malabsorption, VIPome — cholera pancréatique) ; fistule digestive haute (jéjunostomie, fistule gastro-intestinale) ; abus de laxatifs
  • Pertes rénales (polyurie) : diabète sucré décompensé (diurèse osmotique au glucose — un patient en acidocétose diabétique peut perdre 5–10 L avant la prise en charge) ; diabète insipide central (déficit en ADH — neurochirurgie, traumatisme crânien, tumeur hypothalamique) ou néphrogénique (insensibilité tubulaire à l'ADH — lithium, hypercalcémie, hypokaliémie chronique) ; diurétiques (thiazidiques, de l'anse — furosémide) ; insuffisance surrénale primaire (déficit en aldostérone → perte sodée rénale) ; phase polyurique de la nécrose tubulaire aiguë
  • Pertes cutanées : fièvre prolongée (chaque degré au-dessus de 37 °C augmente les pertes insensibles de 200–300 mL/jour) ; coup de chaleur (hyperthermie exertionnelle ou non exertionnelle — pertes sudorales pouvant dépasser 2 L/heure à l'effort intense) ; brûlures étendues (pertes plasmatiques massives par la surface brûlée — règle des 9 de Wallace pour estimer la surface — formule de Parkland pour la réhydratation : 4 mL × poids kg × % surface brûlée en 24h) ; dermatose étendue (pemphigus, psoriasis érythrodermique)
  • Apports insuffisants : personnes âgées institutionnalisées (diminution de la sensation de soif, dépendance pour l'accès à l'eau, dysphagie) ; patients hospitalisés avec restriction hydrique ou sous sédation ; nourrissons allaités en cas d'insuffisance de lactation ; conditions sociales précaires (canicule 2003 au Québec — 96 décès excédentaires liés à la chaleur)
  • Troisième secteur (séquestration liquidienne) : pancréatite aiguë sévère (séquestration rétropéritonéale de plusieurs litres) ; occlusion intestinale aiguë (séquestration intra-luminale) ; sepsis sévère et syndrome de réponse inflammatoire systémique (SRIS) (fuite capillaire diffuse) ; hypoalbuminémie sévère (cirrhose, syndrome néphrotique — translocation vers le secteur interstitiel)

Bilan biologique

ParamètreInterprétation dans la déshydratation
Natrémie (Na⁺) Permet de classer la déshydratation : isotonique (Na⁺ 135–145 mmol/L — pertes équilibrées) ; hypotonique (Na⁺ <135 mmol/L — pertes sodées prédominantes) ; hypertonique (Na⁺ >145 mmol/L — pertes hydriques prédominantes sur les pertes sodées — diabète insipide, coup de chaleur, fièvre prolongée sans compensation hydrique) ; guide le choix du soluté de réhydratation
Créatinine et urée (BUN) Insuffisance rénale fonctionnelle pré-rénale : créatinine augmentée + rapport urée/créatinine élevé (>100 en SI — valeur normale : 30–80) ; fraction d'excrétion du sodium (FENa) <1 % confirme l'origine pré-rénale (rein réabsorbe activement le sodium pour restaurer la volémie — réponse physiologique normale) ; la créatinine peut être normale même avec une déshydratation modérée si la fonction rénale de base est bonne
Osmolalité plasmatique calculée Formule : 2×Na⁺ + glycémie/18 + urée/2,8 (en mmol/L) ; normale : 280–295 mOsm/kg ; augmentée dans la déshydratation hypertonique (>295) ; aide à distinguer les causes de polyurie (osmolalité urinaire basse <150 mOsm/kg dans le diabète insipide ; osmolalité urinaire élevée >800 mOsm/kg dans la déshydratation de restriction hydrique ou pertes extra-rénales)
Hématocrite et protéines totales Hémoconcentration — hématocrite augmenté et protéines totales augmentées par réduction du volume plasmatique ; utile si l'hématocrite de base est connu ; un hématocrite de 55 % chez un patient habituel à 40 % témoigne d'une déshydratation significative ; peu interprétable si anémie préexistante
Kaliémie (K⁺) Variable selon la cause : hypokaliémie fréquente (vomissements, diarrhée, diurétiques) ; hyperkaliémie possible si insuffisance rénale aiguë sévère associée ou insuffisance surrénale (déficit en aldostérone) ; la kaliémie guide la composition du soluté de réhydratation IV (KCl à ajouter si K⁺ <3,5 mmol/L)
pH et bicarbonates (gaz veineux) Acidose métabolique fréquente (diarrhée — pertes de bicarbonates dans les selles ; acidocétose diabétique ; insuffisance rénale aiguë ; hypoperfusion tissulaire — acidose lactique) ; alcalose métabolique possible (vomissements répétés — pertes d'HCl gastrique → excès de bicarbonates) ; lactate élevé (>2 mmol/L) si choc hypovolémique avec hypoperfusion tissulaire
Glycémie Hyperglycémie : cause de déshydratation osmotique (diurèse osmotique) dans le diabète décompensé (DKA, état hyperosmolaire) ; hypoglycémie possible dans l'insuffisance surrénale (associée à la déshydratation par carence en cortisol et aldostérone)

Traitement — réhydratation

  • Réhydratation orale (RHO) — traitement de première ligne pour la déshydratation légère à modérée : Solution de réhydratation orale (SRO) de l'OMS (2002) — formule réduite en osmolarité (245 mOsm/L) : 75 mmol/L Na⁺, 20 mmol/L K⁺, 65 mmol/L Cl⁻, 10 mmol/L citrate, 75 mmol/L glucose — préparée en sachet (Gastrolyte, Pedialyte) ou commercialisée ; la SRO tire parti du co-transport Na⁺-glucose dans les entérocytes (SGLT1 — chaque molécule de glucose absorbée entraîne 2 ions Na⁺ et donc de l'eau — mécanisme fonctionnel même lors d'une diarrhée sécrétoire) ; administration : 50 mL/kg en 4h pour la déshydratation légère-modérée chez l'enfant (protocole OMS) ; chez l'adulte : ad libitum selon la soif + SRO 200–400 mL après chaque selle diarrhéique ; les boissons gazeuses sucrées, les jus de fruits, le thé et l'eau seule ne sont pas des substituts appropriés (hyperosmolaires ou carencées en électrolytes)
  • Réhydratation intraveineuse (IV) — indications : déshydratation sévère (>5–8 % du poids), choc hypovolémique, vomissements incoercibles empêchant la RHO, altération de la conscience, déshydratation hypertonique sévère (hypernatrémie >160 mmol/L — correction lente obligatoire), nourrisson <3 mois avec déshydratation modérée ; soluté de choix selon la natrémie : isotonique (NaCl 0,9 % — sérum physiologique) si déshydratation isotonique ou hypertonique initiale (bolus 20 mL/kg en 15–30 min si choc, puis recalcul du déficit sur 24–48h) ; Ringer Lactate (soluté équilibré — moins hyperchlorémique que le NaCl 0,9 % — préféré dans les pertes digestives importantes — pancréatite, péritonite, iléus) ; NaCl 0,45 % ou solutions hypotoniques si hypernatrémie sévère (correction progressive — voir ci-dessous)
  • Correction de l'hypernatrémie sévère (>155 mmol/L) : correction lente et progressive OBLIGATOIRE — une correction trop rapide (plus de 10–12 mmol/L de Na⁺/24h ou 0,5 mmol/L/h) risque l'œdème cérébral (lors de la réhydratation, l'eau entre dans les cellules cérébrales qui se sont adaptées à l'hyperosmolalité par accumulation d'osmoles idiogéniques) → convulsions et décès ; objectif : correction de 10 mmol/L/24h maximum ; utiliser le déficit en eau libre calculé : eau libre à administrer (L) = 0,6 × poids kg × (Na mesuré / 140 − 1) ; remplacer la moitié du déficit en 24h, le reste en 24–48h supplémentaires
  • Correction de l'hyponatrémie sur déshydratation : traitement de la cause + remplacement sodé avec NaCl 0,9 % (soluté isotonique) ; en cas d'hyponatrémie symptomatique sévère (Na⁺ <120 mmol/L avec convulsions ou œdème cérébral) : NaCl hypertonique 3 % 100–150 mL en 10–20 min (augmentation cible de 3–5 mmol/L) puis NaCl 0,9 % ; règle absolue : ne jamais corriger la natrémie plus vite que 10 mmol/L/24h (risque de myélinolyse centropontine — syndrome de démyélinisation osmotique)
  • Populations particulières — personne âgée : apports recommandés 1,5–2 L/jour ; surveiller les signes de surcharge (insuffisance cardiaque, insuffisance rénale) lors de la réhydratation IV ; arrêter ou réduire les diurétiques si possible ; nourrisson : réhydratation orale en première ligne même si déshydratation modérée (supérieure à la voie IV en terme de rapidité de récupération et de complications — Cochrane 2004) ; sonde nasogastrique si échec de la voie orale ; ondes soluté IV si choc ou impossibilité de voie orale
ℹ️ La couleur des urines est un indicateur simple et accessible du statut d'hydratation : urines jaune pâle à claires (paille) = hydratation adéquate ; jaune foncé à ambre = déshydratation légère à modérée → augmenter les apports en eau ; brun-orangé = déshydratation sévère → consultation médicale urgente. L'objectif quotidien en eau chez l'adulte en bonne santé est de 1,5 à 2,5 L selon le poids, l'activité physique et la température ambiante. Par temps de canicule ou lors d'un effort physique intense, les besoins peuvent doubler.
Déshydratation sévère — Signes nécessitant une consultation urgente

Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement à l'urgence si vous observez : confusion ou altération de la conscience, incapacité à boire (vomissements incoercibles, somnolence), absence d'urine depuis plus de 8h, peau très sèche avec pli cutané persistant, hypotension franche ou vertiges sévères à la position debout, fréquence cardiaque très rapide et pouls faible, yeux très enfoncés et fontanelle creuse chez le nourrisson.

Chez le nourrisson et l'enfant en bas âge, la déshydratation peut évoluer vers un choc hypovolémique en quelques heures — toute déshydratation chez un nourrisson <6 mois avec vomissements et diarrhée simultanés justifie une évaluation médicale rapide même si les signes semblent modérés.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron évaluent les patients présentant une déshydratation, prescrivent un bilan biologique adapté (natrémie, créatinine, kaliémie, glycémie), initient la réhydratation orale ou orientent vers les soins d'urgence selon la sévérité, et prennent en charge les causes sous-jacentes (diabète, insuffisance surrénale, diarrhée infectieuse). Des consultations sont disponibles dans nos points de service au Québec ainsi qu'en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Une déshydratation modérée à sévère, en particulier chez le nourrisson ou la personne âgée, nécessite une évaluation médicale sans délai.

Clinique Omicron

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