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Urologie & Médecine interne & Endocrinologie

Erectile dysfunction

La dysfonction érectile (DE) — anciennement appelée impuissance — est définie comme l'incapacité persistante ou répétée à obtenir ou à maintenir une érection suffisante pour permettre une activité sexuelle satisfaisante, depuis au moins 3 mois. Elle constitue l'un des troubles sexuels masculins les plus fréquents : sa prévalence augmente de façon marquée avec l'âge — environ 40 % des hommes de 40 ans sont concernés, 50–55 % à 50 ans, 65–70 % à 65 ans et plus de 80 % après 80 ans, qu'elle soit partielle ou totale. Au Canada, on estime que plus de 3 millions d'hommes présentent une dysfonction érectile cliniquement significative. La physiologie de l'érection repose sur un mécanisme neuro-vasculaire complexe : la stimulation sexuelle (psychogène centrale ou réflexogène périphérique) déclenche la libération de monoxyde d'azote (NO) par les cellules endothéliales des corps caverneux et les terminaisons nerveuses non-adrénergiques non-cholinergiques (NANC) ; le NO active la guanylate cyclase soluble → production de GMPc → relaxation des fibres musculaires lisses des artérioles et des corps caverneux → vaflux sanguin artériel massif → compression des veines de drainage contre la tunique albuginée (mécanisme veno-occlusif) → érection. La phosphodiestérase de type 5 (PDE5) dégrade le GMPc et met fin à l'érection — les inhibiteurs de la PDE5 (iPDE5) constituent le traitement pharmacologique de première ligne de la DE. Bien que souvent perçue comme un problème de qualité de vie uniquement, la dysfonction érectile est un marqueur vasculaire majeur : elle précède de 2 à 5 ans l'apparition d'un événement cardiovasculaire (infarctus, AVC) dans 70 % des cas — les artères pelviennes (diamètre 1–2 mm) développent une athérosclérose visible avant les artères coronaires (diamètre 3–4 mm), faisant de la DE un véritable « signal d'alarme vasculaire » justifiant un bilan cardiovasculaire systématique.

Causes and risk factors

EtiologyMechanism and examplesClinical evaluation
Vasculaire
Cause la plus fréquente (60–80 %)
Athérosclérose des artères iliaques internes, honteuses et caverneuses → réduction du flux artériel pénien ; insuffisance veno-occlusive (fuite veineuse) ; facteurs de risque : HTA, diabète, dyslipidémie, tabagisme (×2–3 risque DE), obésité, syndrome métabolique, sédentarité — la DE est souvent le premier signe d'athérosclérose systémique TA aux deux bras, auscultation cardiaque et abdominale, pouls périphériques, bilan lipidique, glycémie, créatinine ; indice de pression systolique bras-cheville si AOMI suspectée ; écho-Doppler pénien au besoin (flux artériel <25 cm/s après injection intracaverneuse de prostaglandine E1 → insuffisance artérielle)
Neurological
15-20 %
Neuropathie diabétique autonome (atteinte des fibres C et Aδ des plexus pelviens) ; lésion médullaire (T6 et en dessous — érections réflexogènes possibles ; au-dessus de T6 — érections psychogènes possibles) ; sclérose en plaques ; maladie de Parkinson ; chirurgie pelvienne (prostatectomie radicale — lésion des bandelettes neurovasculaires de Walsh — DE dans 40–80 % selon la technique) ; radiothérapie pelvienne Anamnèse chirurgicale et neurologique ; examen neurologique ciblé (sensibilité périnéale, réflexe bulbo-caverneux, tonus anal) ; EMG des nerfs pudendaux si neuropathie suspectée
Hormonale
5-10 %
Hypogonadisme (testostérone totale <8–10 nmol/L — 2,3–2,9 ng/mL) : cause ou facteur aggravant de DE — la testostérone module l'expression de la PDE5 et la sensibilité au NO dans les corps caverneux ; hyperprolactinémie (adénome hypophysaire — inhibe la sécrétion de GnRH → hypogonadisme hypogonadotrope) ; hypothyroïdie (réduction de la libido et DE réversible sous L-T4) ; hyperthyroïdie (excès de SHBG → réduction de la testostérone libre) Testostérone totale matinale (8–10h — 2 dosages à 4 semaines d'intervalle si anormal) ; SHBG + albumine → testostérone libre calculée ; LH, FSH (distinguer hypogonadisme central vs périphérique) ; prolactine ; TSH ; si hypogonadisme confirmé : IRM hypophysaire
Psychogène
10–20 % (souvent mixte)
Anxiété de performance (cercle vicieux — échec → anxiété → catécholamines → vasoconstriction pénienne → nouvel échec) ; dépression (anhedonie, réduction de la libido, effet des antidépresseurs ISRS) ; troubles relationnels ; traumatismes psychosexuels ; stress chronique (hypercortisolémie → réduction de la testostérone) ; DE situationnelle (avec un partenaire mais érections nocturnes et matinales conservées) Érections nocturnes et matinales conservées → composante psychogène prédominante (test RigiScan nocturne si doute) ; questionnaire IIEF-5 (International Index of Erectile Function) ; évaluation de la relation de couple ; dépistage dépression (PHQ-9)
Médicamenteuse
Fréquemment sous-estimée
Antihypertenseurs : bêta-bloquants (surtout aténolol, métoprolol — effet central et périphérique) et diurétiques thiazidiques (réduction du flux pénien) ; ISRS et IRSN (anorgasmie, retard éjaculatoire, DE) ; antipsychotiques (hyperprolactinémie, effet anti-adrénergique) ; antiandrogènes (traitement du cancer de la prostate — finastéride — DE dans 5–8 %) ; alcool chronique (neuropathie et réduction de la testostérone) ; cannabis chronique Révision systématique de tous les médicaments ; substitution si possible (ex. : remplacement d'un bêta-bloquant par un IECA ou un ARA-II — moins d'effet sur la fonction érectile ; remplacement d'un thiazide par un antagoniste calcique)
Anatomique / post-traumatique Maladie de La Peyronie (fibrose des corps caverneux → déviation douloureuse du pénis — peut coexister avec une DE organique) ; fracture du pénis ; séquelles de priapisme ; hypospadias sévère Examen physique du pénis (plaques fibreuses à la palpation — Peyronie) ; courbure documentée ; anamnèse traumatique

Bilan initial recommandé

  • Anamnèse sexuelle structurée : début et mode d'installation (brutal → psychogène ou post-traumatique ; progressif → organique) ; caractère situationnel ou global ; présence d'érections nocturnes et matinales (conservation → composante psychogène significative) ; libido conservée ou réduite (réduction → hypogonadisme, dépression) ; éjaculation et orgasme ; troubles du partenaire ; antécédents chirurgicaux pelviens ou urologiques ; questionnaire IIEF-5 (5 questions, score de 1 à 25 — sévérité : sévère ≤7, modérée 8–11, légère à modérée 12–16, légère 17–21, pas de DE 22–25)
  • Bilan biologique de base : glycémie à jeun ou HbA1c ; bilan lipidique complet ; créatinine et DFGe ; NFS ; testostérone totale matinale (2 dosages) ; TSH ; prolactine si testostérone basse ou libido très diminuée ; PSA si >40 ans avant tout traitement à la testostérone (risque de stimuler un cancer prostatique infraclinique)
  • Bilan cardiovasculaire selon le risque : ECG de repos ; évaluation du risque cardiovasculaire de Princeton (classification en 3 catégories de risque — guide la sécurité de l'activité sexuelle et des iPDE5) ; test d'effort si risque intermédiaire ou élevé avant de prescrire les iPDE5 ; écho-Doppler pénien (spécialisé) si suspicion d'insuffisance artérielle isolée sans facteur de risque cardiovasculaire évident

Traitements — inhibiteurs de la PDE5 et options spécialisées

TreatmentMechanism and dosageEffets indésirables, contre-indications et remarques
Sildénafil (Viagra, générique)
iPDE5 — 1re ligne
Inhibiteur sélectif de la PDE5 → accumulation du GMPc dans les corps caverneux → relaxation des muscles lisses → afflux sanguin ; nécessite une stimulation sexuelle (ne provoque pas d'érection spontanée) ; posologie : 25–100 mg per os 30–60 min avant l'activité sexuelle — durée d'action 4–6h ; débuter à 50 mg (25 mg si insuffisance hépatique ou rénale sévère, inhibiteurs du CYP3A4) ; générique disponible au Canada depuis 2013 — coût très réduit Effets indésirables : céphalées (10–15 %), bouffées vasomotrices (10 %), congestion nasale, dyspepsie, vision colorée bleue-verte (inhibition PDE6 rétinienne — transitoire) ; contre-indications absolues : nitrates (nitroglycérine, isosorbide — vasodilatation synergique → hypotension sévère — délai minimum 24h) ; guanylate cyclase stimulatrice (riociguat) ; hypotension sévère (TAS <90 mmHg) ; infarctus récent (<3 mois) ou AVC (<6 mois) — décision partagée ; réduire la dose avec les α-bloquants (risque d'hypotension orthostatique — sauf tamsulosine 0,4 mg)
Tadalafil (Cialis, générique)
iPDE5 longue durée — 1re ligne
Même mécanisme que le sildénafil — demi-vie beaucoup plus longue (17,5h) ; deux schémas : à la demande 10–20 mg 30–45 min avant l'activité (durée d'action jusqu'à 36h — « le week-end pill ») ou en continu 2,5–5 mg/jour (améliore la fonction érectile de base et les symptômes d'hyperplasie bénigne de prostate — HBP — double indication) ; pas d'interaction avec les aliments ni l'alcool modéré (contrairement au sildénafil — repas gras retarde l'absorption) ; générique disponible au Canada Myalgies et dorsalgies (inhibition PDE11 musculaire — 3–5 %) spécifiques du tadalafil ; mêmes contre-indications que le sildénafil avec les nitrates (délai 48h pour le tadalafil vs 24h pour sildénafil et vardénafil en raison de la longue demi-vie) ; avantage : spontanéité de l'activité sexuelle avec le schéma continu — amélioration de la confiance et réduction de l'anxiété de performance
Vardénafil (Levitra, générique) / Avanafil (Stendra)
iPDE5 alternatives
Vardénafil : profil similaire au sildénafil — légèrement plus puissant en termes de sélectivité PDE5 ; 10–20 mg à la demande ; avanafil (Stendra) : iPDE5 le plus sélectif et le plus rapide d'action (15–30 min avant l'activité) — moins d'effets visuels et musculaires ; 50–200 mg à la demande Vardénafil : allongement du QTc (caution chez les patients avec arythmies ou sous médicaments allongeant le QT) ; avanafil : délai d'action plus court intéressant en pratique — même profil de contre-indications nitrates ; les 4 iPDE5 ont une efficacité globalement comparable — le choix dépend du profil d'activité sexuelle, des préférences du patient et du coût
Testostérone (si hypogonadisme confirmé)
Traitement de la cause
Indication : testostérone totale matinale <8–10 nmol/L (2 dosages) + symptômes (DE, réduction de la libido, fatigue, dépression, troubles cognitifs) après exclusion d'une cause curable (adénome hypophysaire, hémochromatose) ; formes disponibles : gel transdermique (AndroGel, Testim — application quotidienne — T° constante) ; injection IM (Depo-Testosterone — cypionate ou énanthate — toutes les 2–4 semaines — pics et nadirs marqués) ; undécanoate IM (Aveed — toutes les 10–12 semaines — profil plus stable) ; restaure la libido et améliore la réponse aux iPDE5 en association Contre-indications : cancer de la prostate ou du sein chez l'homme (contre-indication absolue) ; érythrocytose sévère (hématocrite >54 %) ; insuffisance cardiaque décompensée ; désir de fertilité (suppression de la spermatogenèse — préférer la gonadotrophine chorionique hCG si fertilité souhaitée) ; surveillance : PSA + TR tous les 6–12 mois ; hématocrite tous les 3–6 mois ; testostérone cible : mid-normal range (15–25 nmol/L)
Injections intracaverneuses (IIC)
2e ligne
Alprostadil (prostaglandine E1) 5–40 µg injecté directement dans le corps caverneux → relaxation du muscle lisse → érection en 5–15 min — durée 30–60 min ; efficacité 70–80 % même en cas d'échec des iPDE5 ; indiqué après prostatectomie radicale, diabète sévère, lésion médullaire ; associations (bi ou tri-mix : alprostadil + papavérine + phentolamine) pour les formes réfractaires Douleur au site d'injection (20–30 % — atténuée avec l'alprostadil tamponné) ; priapisme (érection >4h — urgence urologique — nécessite drainage et injection d'éphédrine ou de phénylépinéphrine) — risque faible si dose correcte ; fibrose locale (utilisation répétée) ; enseignement indispensable par un professionnel de santé
Dispositifs à dépression (pompe pénienne) / Implant pénien
2e et 3e lignes
Pompe à vide (vacuum erection device — VED) : création d'une pression négative autour du pénis → afflux veineux → érection mécanique maintenue par anneau constricteur — efficacité 80–90 % — option chez les patients qui ne tolèrent pas les médicaments ou en post-prostatectomie (réhabilitation pénienne) ; implant pénien (prothèse pénienne gonflable hydraulique AMS 700 ou malleable) : chirurgie urologique définitive — satisfaction patient 90–95 % — réservé aux échecs de tous les traitements conservateurs VED : hématomes, difficultés éjaculatoires (compression urètre par l'anneau), sensation d'érection artificielle (pénis froid, pivot au niveau de l'anneau) ; implant : infection prothétique (1–3 % — ablation obligatoire) ; panne mécanique (3–5 % à 5 ans pour les gonflables) ; la pose d'un implant pénien rend impossible toute érection naturelle ultérieure (destruction des corps caverneux lors de la pose) — décision définitive

Modifications du mode de vie — impact prouvé

  • Exercice physique aérobie : méta-analyse Gerbild 2018 (Sexual Medicine) — 40 min d'exercice aérobie modéré à intense 4×/semaine améliore significativement la fonction érectile (score IIEF +3–5 points) — particulièrement efficace dans la DE vasculogénique — mécanisme : amélioration de la fonction endothéliale et de la production de NO, réduction de l'inflammation et du stress oxydatif, amélioration de la sensibilité à l'insuline
  • Arrêt du tabac : le tabagisme multiplie le risque de DE par 2–3 (Bacon 2006) — vasoconstriction des artères pelviennes, réduction du NO endothélial, oxydation du GMPc par les radicaux libres ; amélioration de la fonction érectile démontrée dans les 6–12 mois suivant l'arrêt
  • Perte de poids : obésité associée à une réduction de la testostérone (aromatisation périphérique des androgènes en œstrogènes dans le tissu adipeux), augmentation de la SHBG, insulinorésistance, inflammation ; perte de 10 % du poids corporel améliore significativement la DE (Esposito 2004, JAMA)
  • Réduction de l'alcool : consommation chronique excessive → neuropathie autonome + réduction de la testostérone + atteinte hépatique (réduction de la clairance des œstrogènes) → DE ; une consommation modérée (≤2 verres/jour) n'a pas d'effet délétère prouvé
  • Prise en charge psychologique : thérapie sexuelle cognitivo-comportementale (TCC sexuelle — Masters et Johnson, sensate focus) ; thérapie de couple ; traitement de la dépression et de l'anxiété sous-jacentes ; la combinaison iPDE5 + TCC est supérieure à chaque approche seule dans les DE mixtes
ℹ️ La dysfonction érectile est un marqueur cardiovasculaire précoce — elle précède un événement cardiovasculaire majeur (IDM, AVC) de 2 à 5 ans dans 70 % des cas. Tout homme présentant une DE d'apparition progressive après 40 ans sans cause évidente doit bénéficier d'une évaluation cardiovasculaire complète (bilan lipidique, glycémie, TA, ECG), indépendamment de son désir de traitement érectile. La règle de Princeton (Princeton Consensus) guide la stratification du risque cardiovasculaire avant la prescription des inhibiteurs de la PDE5 : risque faible (iPDE5 sans évaluation supplémentaire) ; risque intermédiaire (test d'effort requis avant prescription) ; risque élevé (stabilisation cardiologique avant traitement de la DE).
Priapisme — Urgence urologique

Le priapisme est une érection prolongée (>4 heures) non liée à une stimulation sexuelle et douloureuse — il constitue une urgence urologique : au-delà de 4–6 heures d'ischémie des corps caverneux, des lésions irréversibles du tissu érectile surviennent, conduisant à une dysfonction érectile permanente. Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement à l'urgence. Causes : injection intracaverneuse en surdosage, médicaments (antipsychotiques — chlorpromazine, rispéridone ; trazodone ; alpha-bloquants), drépanocytose (priapisme récurrent), leucémie, idiopathique. Traitement d'urgence : aspiration du sang des corps caverneux + injection intracaverneuse de phénylépinéphrine (vasoconstricteur α1 sélectif) — efficace dans 80–90 % des cas si pris en charge rapidement.

Consult at Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron évaluent la dysfonction érectile, prescrivent le bilan biologique complet (testostérone, glycémie, bilan lipidique, TSH), initient le traitement par inhibiteurs de la PDE5, évaluent le risque cardiovasculaire associé (règle de Princeton), gèrent l'hypogonadisme et orientent vers les spécialistes (urologue, endocrinologue, sexologue) selon les besoins. Des consultations sont disponibles dans nos points de service au Québec ainsi qu'en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. La dysfonction érectile peut être le signe d'une maladie cardiovasculaire ou hormonale sous-jacente — une évaluation médicale est recommandée avant toute automédication.

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