Épicondylite (tennis elbow)
Présentation clinique et diagnostic différentiel
- Présentation typique : douleur localisée à l'épicondyle latéral de l'humérus, irradiant parfois vers l'avant-bras dorsal ; apparition progressive liée à une activité répétitive (extension du poignet, préhension, forehand au tennis avec technique défectueuse, utilisation prolongée de la souris d'ordinateur) ou après un effort inhabituel ; douleur maximale lors de la préhension d'objets (poignée de main, soulever une tasse de café, serrer un outil) et à l'extension contrariée du poignet ; palpation douloureuse de l'épicondyle latéral et à 0,5–1 cm en distal (insertion du CERC) ; force de préhension réduite de 20 à 40 % du côté atteint
- Tests cliniques diagnostiques : test de Cozen (extension contrariée du poignet poing fermé coude en extension — sensibilité 84 %, spécificité 78 %) ; test de Mill (étirement passif des extenseurs — avant-bras en pronation + poignet en flexion + coude en extension — reproduit la douleur) ; test de la chaise (soulever une chaise par le dossier, coude en extension, avant-bras en pronation — reproduit la douleur épicondylienne) ; grip strength dynamomètre : réduction significative vs côté sain
- Diagnostic différentiel à connaître : syndrome du tunnel radial (compression du nerf interosseux postérieur — branche du nerf radial — 3 à 5 cm en distal de l'épicondyle + douleur à la supination contrariée + paresthésies éventuelles — peut coexister avec l'épicondylite dans 5 à 10 % des cas — électromyogramme pour confirmation) ; épicondylite médiale (golfer's elbow — épicondyle médial — flexion contrariée du poignet douloureuse) ; arthrose du coude (limitation de la mobilité articulaire + gonflement) ; neuropathie radiale (C6–C7) ; bursite épicondylienne ; pathologie cervicale C6–C7 (douleur irradiée)
- Facteurs de risque : âge 35–55 ans ; travail de force avec gestes répétitifs (manutention, outil vibrant) ; travail informatique intensif ; technique sportive incorrecte (tennis — grip trop petit ou trop grand, cordage trop tendu, forehand avec flexion du poignet) ; tabagisme ; obésité ; diabète (tendons plus vulnérables à la dégénérescence) ; hypercholestérolémie (dépôts lipidiques dans les tendons)
- Imagerie : non indiquée en routine pour le diagnostic clinique ; échographie musculosquelettique : épaississement tendineux + hypoéchogénicité + néovascularisation au Doppler couleur — utile si doute diagnostique ou pour guider une infiltration ; IRM : supérieure pour détecter une déchirure partielle ou complète du CERC (indication chirurgicale potentielle) — réservée aux formes réfractaires >6 mois
Traitement
| Traitement | Mécanisme, technique et modalités | Efficacité, durée et précautions |
|---|---|---|
| Physiothérapie — exercices excentriques et isométriques Traitement de 1re ligne — meilleur pronostic à long terme |
Exercices excentriques des extenseurs du poignet (Tyler twist — Therabar ou bâton flexible) : contraction excentrique — allongement du tendon sous charge → stimulation de la synthèse de collagène de type I + remodelage tendineux ; protocole standard : 3 séries × 15 répétitions × 2 fois/j × 6 à 12 semaines — douleur ≤5/10 tolérée pendant l'exercice (pas de douleur >5/10 après l'exercice) ; exercices isométriques en phase aiguë (Rio 2015) : contraction isométrique des extenseurs 5 × 45 secondes — effet analgésique immédiat démontré (inhibition corticospinale de la douleur) — particulièrement utile pour les épisodes aigus ou en complément des excentriques ; exercices HSR (heavy slow resistance — Coombes 2013 Lancet) : progression vers des charges lourdes à vitesse lente — résultats supérieurs aux excentriques seuls sur la structure tendineuse ; manipulation du coude par thérapie manuelle (HVBA — haute vélocité basse amplitude) en complément des exercices (Bisset 2006 BMJ — 65 % de guérison à 12 mois vs 69 % corticostéroïdes mais taux de rechute inférieur) | Traitement de référence pour le bénéfice à long terme — supérieur aux corticostéroïdes à 12 mois malgré une amélioration initiale plus lente (Bisset 2006 BMJ) ; non remboursé par la RAMQ en dehors d'un contexte CNESST ou SAAQ — coût approximatif 70–100 $/séance en clinique privée au Québec — prévoir 6 à 12 séances en moyenne ; programmes d'exercices supervisés préférables aux exercices à domicile seuls pour l'adhérence et la progression des charges ; retour au sport ou au travail progressif dès que la douleur est ≤3/10 en activité — ne pas attendre la guérison complète ; éviter les gestes aggravants identifiés (modification ergonomique du poste de travail : hauteur du bureau, type de souris, clavier — évaluation ergonomique recommandée si cause professionnelle) |
| Orthèse et modification des activités Décharge mécanique — soulagement à court terme |
Orthèse counter-force (bande épicondylienne — elbow strap) : bande élastique appliquée 2 à 3 cm en distal de l'épicondyle — comprime le ventre musculaire des extenseurs → réduit la traction sur le site d'insertion épicondylien → décharge partielle du tendon CERC ; orthèse de poignet en légère extension (10–15°) : immobilise le poignet en position de repos → réduit les contraintes sur les extenseurs — plus utile la nuit ou lors d'activités spécifiques ; modification des activités : identification et réduction temporaire des gestes aggravants (pas d'arrêt complet de l'activité — maintien d'une activité sans douleur recommandé) ; ergonomie sportive (tennis) : vérification du grip (taille du manche adaptée — test du doigt annulaire), cordage (18–20 kg de tension — éviter la tension excessive), raquette (tête médium — éviter les raquettes trop rigides), technique (éviter l'extension du poignet lors du forehand) | Bénéfice à court terme démontré (Struijs 2002 Cochrane) — pas de bénéfice démontré à long terme en monothérapie ; les orthèses sont un adjuvant aux exercices — ne pas utiliser seules comme traitement principal ; durée d'utilisation recommandée : phase aiguë et lors des activités provocatrices (pas à porter en permanence — risque d'amyotrophie si port continu prolongé) ; disponibles en pharmacie et chez le physiothérapeute — coût modique (15–40 $) ; non couvertes par la RAMQ mais remboursables par les assurances privées |
| Analgésie — AINS topiques et oraux Soulagement de la douleur à court terme |
AINS topiques : diclofénac gel 1 % (Voltaren Emulgel) appliqué 3 à 4 fois/j sur l'épicondyle × 4 semaines — efficacité analgésique supérieure au placebo (Cochrane Derry 2015) avec effets systémiques minimaux — 1re intention si douleur modérée isolée ou si contre-indications aux AINS oraux (IRC, antécédents UGD, anticoagulants) ; AINS oraux : ibuprofène 400 mg × 3/j ou naproxène 250–500 mg × 2/j × 5 à 10 jours — légèrement supérieurs au placebo à court terme — à utiliser sur les poussées douloureuses aiguës uniquement (pas en traitement continu — pas de bénéfice démontré au-delà de 2 semaines) — CI : IRC, ulcère gastro-duodénal actif, insuffisance cardiaque, anticoagulants — IPP en protection gastrique si >5 jours ou âge >65 ans ; acétaminophène 500–1 000 mg × 3–4/j : adjuvant analgésique — moins efficace seul mais utile en association avec les AINS ; glace locale 10–15 min × 3–4/j : effet antalgique et anti-inflammatoire local | Les AINS agissent sur la douleur mais pas sur le processus dégénératif tendineux sous-jacent — ne pas prolonger au-delà de 2 semaines sans réévaluation ; les AINS topiques sont préférables aux AINS oraux si l'objectif est l'analgésie locale avec un risque systémique réduit ; ne pas associer deux AINS (augmentation du risque gastro-intestinal et rénal sans bénéfice analgésique additionnel) ; informer le patient que les AINS améliorent les symptômes mais n'accélèrent pas la guérison tendineuse — les exercices excentriques restent le traitement fondamental |
| Infiltration de corticostéroïdes Efficacité à court terme — effet inversé à 12 mois |
Injection locale de corticostéroïde (triamcinolone 10–20 mg ou méthylprednisolone 20–40 mg) + anesthésique local (lidocaïne 1 % — 0,5 à 1 mL) directement sur le site douloureux de l'épicondyle — technique de « peppering » (multiples ponctions du tendon) ou injection unique péritendineuse ; guidage échographique recommandé pour améliorer la précision (surtout si infiltration antérieure infructueuse ou anatomie difficile) ; maximum 2 à 3 infiltrations espacées d'au moins 6 à 8 semaines — au-delà, risque d'atrophie cutanée, de dépigmentation et de fragilisation tendineuse (risque de rupture tendineuse si injection intratendineuse directe) ; flair post-infiltration : douleur augmentée dans les 24 à 48h suivant l'injection (réaction aiguë au corticostéroïde — rassurer le patient) | Efficacité à court terme (6 semaines) supérieure à la physiothérapie et au placebo — NNT ≈ 2 (Smidt 2002 BMJ) — soulagement dans 70–80 % des cas à 6 semaines ; effet inversé à 12 mois : les patients infiltrés ont plus de récidives et de moins bons résultats à 12 mois que ceux traités par physiothérapie seule (Bisset 2006 BMJ) — phénomène de « rebound » lié à l'effet masquant des corticostéroïdes sur la douleur sans traitement du processus dégénératif sous-jacent ; toujours associer à un programme d'exercices excentriques commencé dès la 2e semaine post-infiltration (la réduction de la douleur facilite l'engagement dans les exercices) ; effets secondaires locaux : atrophie cutanée (10–20 % après infiltrations répétées) + dépigmentation cutanée (particulièrement visible chez les peaux foncées) + rupture tendineuse (rare mais possible si injection intratendineuse directe) ; remboursée par la RAMQ si effectuée par un médecin |
| Traitements de 2e ligne et chirurgie Formes réfractaires après 6–12 mois |
PRP (plasma riche en plaquettes) : injection de plasma autologue concentré en facteurs de croissance (PDGF, TGF-β, IGF-1) dans le tendon CERC dégénéré → stimulation de la régénération tendineuse — efficacité supérieure aux corticostéroïdes à 12 mois dans certaines études (Mi 2017 Am J Sports Med) mais hétérogénéité des résultats — non remboursé RAMQ — coût 300 à 600 $/injection — 1 à 3 injections espacées de 4 semaines ; ondes de choc extracorporelles (ESWT) : 3 à 5 séances — mécanisme de neuromodulation + stimulation de la cicatrisation — efficacité modérée (Rompe 2007 Am J Sports Med) — non remboursé RAMQ — disponible en clinique privée ; chirurgie (ténotomie de Nirschl) : résection du tissu dégénéré angiofibroblastique du CERC par arthroscopie ou à ciel ouvert — réservée aux formes réfractaires après >12 mois de traitement conservateur bien conduit — succès 85 à 90 % à 2 ans — retour au travail 6 à 12 semaines — remboursée par la RAMQ | Avant d'envisager une chirurgie, vérifier que le traitement conservateur a été correctement conduit (exercices excentriques supervisés × 12 semaines + 1 à 2 infiltrations + modification ergonomique) et que le diagnostic est correct (éliminer un syndrome du tunnel radial — EMG — une pathologie cervicale ou une arthrose du coude) ; la ténotomie percutanée à l'aiguille (tendon fenestration — PENS) est une alternative mini-invasive à la chirurgie ouverte disponible dans certains centres spécialisés ; la rééducation postopératoire est indispensable (physiothérapie 3 mois minimum) — sans rééducation, le taux de récidive est augmenté ; référer en orthopédie ou en chirurgie de la main après échec de 12 mois de traitement conservateur complet bien documenté |
Consultez votre médecin si l'épicondylite présente : déficit de force ou paresthésies de la main (compression nerveuse associée — syndrome du tunnel radial — à ne pas manquer) ; gonflement articulaire du coude + limitation de la flexion-extension (arthrose, corps étranger articulaire, fracture — imagerie urgente) ; absence d'amélioration après 6 à 8 semaines de traitement bien conduit (réévaluation diagnostique et thérapeutique) ; douleur nocturne au repos intense sans lien avec l'activité (évoquer une tumeur osseuse ou une pathologie cervicale).
Consulter à Clinique Omicron
Les médecins de Clinique Omicron évaluent et traitent l'épicondylite latérale — diagnostic clinique, prescription de physiothérapie, analgésie, infiltration de corticostéroïdes si indiquée, et orientation vers l'orthopédie ou la chirurgie de la main pour les formes réfractaires. Des consultations sont disponibles dans nos points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Tout déficit neurologique ou douleur résistante au traitement doit faire l'objet d'une réévaluation médicale.
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