Fièvre de l'enfant
Définitions, mesure de la température et évaluation clinique initiale
- Définitions et seuils de température selon la méthode de mesure : fièvre : température rectale ≥38,0 °C — la mesure rectale est la méthode de référence chez le nourrisson et l'enfant de moins de 2 ans (gold standard) ; hyperthermie sévère : température rectale ≥40,0 °C — associée à une plus grande probabilité d'infection bactérienne mais pas spécifique (nombreuses infections virales causent des températures >40 °C) ; méthodes de mesure et équivalences approximatives : rectale (or standard) : ≥38,0 °C = fièvre — axillaire : ≥37,4 °C (moins fiable — sous-estime souvent la température réelle de 0,5–1,0 °C — non recommandée chez le nourrisson <2 ans) — tympanique infrarouge : ≥38,0 °C (fiabilité variable selon la technique + l'âge — le conduit auditif externe du nourrisson est court et courbe → lectures variables) — frontale (temporale) : ≥38,0 °C (variabilité selon les modèles + la transpiration — moins fiable que rectale chez le nourrisson) — buccale : ≥37,8 °C (possible dès 4–5 ans) ; recommandations de la SCP sur la méthode de mesure : <2 ans → rectale ou tympanique (tympanique fiable dès 3 mois) + 2–5 ans → tympanique ou axillaire + >5 ans → buccale ou tympanique + la mesure frontale est acceptable en dépistage mais non pour décider d'une hospitalisation chez le nourrisson ; évaluation clinique générale — le « triangle d'évaluation pédiatrique » (TEP — Pediatric Assessment Triangle) : apparence (A) : tonus + interaction + regard + consolabilité + pleurs — circulation (C) : couleur de la peau (pâleur + marbrures + cyanose) + remplissage capillaire — travail respiratoire (R) : fréquence respiratoire + signes de détresse (tirage intercostal + battement des ailes du nez + geignement) — un enfant avec un TEP anormal → prise en charge urgente immédiate quelle que soit la température
- Stratification du risque selon l'âge — approche pédiatrique québécoise : nourrisson de 0 à 28 jours (nouveau-né fébrile) : tout nouveau-né avec température ≥38,0 °C → hospitalisation systématique + bilan sepsis complet (hémoculture + ECBU + ponction lombaire + NFS + CRP + PCT — procalcitonine) + antibiothérapie empirique IV immédiate sans attendre les résultats → risque élevé d'infection bactérienne grave (IBG) y compris à Streptocoque du groupe B + Listeria + E. coli + Herpes simplex (encéphalite herpétique néonatale → aciclovir IV systématique si doute clinique) ; nourrisson de 29 jours à 3 mois : tout nourrisson entre 1 et 3 mois avec T° ≥38,0 °C → évaluation médicale urgente — stratification par critères biologiques : critères de bas risque (NICE + Rochester + Philadelphia + Step-by-step — Mintegi) : aspect bien portant + absence de foyer bactérien identifié + NFS : globules blancs 5–15 G/L + bande (immatures) <1,5 G/L + PCT <0,5 ng/mL + CRP <20 mg/L + ECBU négatif → surveillance ambulatoire possible avec contrôle à 24–48h — critères de haut risque ou aspect toxique : hospitalisation + bilan + antibiothérapie IV + PL selon l'algorithme du CHU Sainte-Justine ; enfant de 3 mois à 36 mois (3 ans) : fièvre sans foyer (FSF) — pas de source infectieuse identifiée à l'examen → risque d'IBG plus faible qu'avant 3 mois mais non négligeable — évaluation selon l'aspect général + la hauteur de la fièvre + la vaccination (enfant vacciné vs non vacciné contre Hib + pneumocoque) + la durée ; enfant de plus de 3 ans : risque d'IBG faible chez l'enfant d'aspect bien portant vacciné — foyer clinique habituellement identifiable (ORL + respiratoire + urinaire) — prise en charge selon le foyer identifié
- Causes fréquentes de la fièvre chez l'enfant selon l'âge : causes virales (70–80 % des fièvres de l'enfant) : rhinopharyngite (virus respiratoires : rhinovirus + coronavirus + VRS + métapneumovirus) + pharyngite virale + laryngite + bronchiolite (VRS — nourrisson <24 mois) + grippe (influenza A et B) + otite virale + gastro-entérite virale (norovirus + rotavirus) + exanthèmes viraux (roséole/exanthème subit = HHV-6 — fièvre élevée 3–5 jours puis rush → très fréquente entre 6 mois et 2 ans + rubéole + varicelle + Coxsackie — maladie mains-pieds-bouche) + COVID-19 + adénovirus ; causes bactériennes (10–15 %) : otite moyenne aiguë bactérienne (la cause bactérienne la plus fréquente chez l'enfant — S. pneumoniae + H. influenzae + M. catarrhalis) + pharyngite à Streptocoque du groupe A (streptocoque bêta-hémolytique du groupe A — SBGA — test rapide de détection antigénique / TRDA) + infection urinaire (E. coli +++ — 5–10 % des fièvres sans foyer chez la fille <5 ans → ECBU systématique dans certaines indications) + pneumonie bactérienne (S. pneumoniae — toux + fièvre + polypnée) + méningite bactérienne (N. meningitidis + S. pneumoniae + H. influenzae — urgence absolue) + bactériémie occulte (risque réduit depuis la vaccination systématique contre Hib et pneumocoque) ; causes inflammatoires non infectieuses : maladie de Kawasaki (fièvre >5 jours + critères + risque d'anévrismes coronariens → IVIG urgentes) + arthrite idiopathique juvénile (AIJ) systémique + PFAPA (fièvre récurrente périodique — aphtes + pharyngite + adénite) + lupus pédiatrique
Prise en charge de la fièvre de l'enfant
| Situation clinique | Évaluation, causes et conduite diagnostique | Traitement et recommandations pratiques |
|---|---|---|
| Traitement antipyrétique — acétaminophène et ibuprofène Confort de l'enfant — dosages par poids |
L'objectif du traitement antipyrétique est d'améliorer le confort de l'enfant et non de normaliser absolument la température — une fièvre bien tolérée chez un enfant d'aspect bien portant ne nécessite pas nécessairement un traitement antipyrétique ; acétaminophène (Tylenol + génériques) : médicament de 1re ligne — indications : tout âge y compris nourrisson <3 mois si prescrit par un médecin — posologie : 15 mg/kg/dose PO (ou rectal) — intervalle minimum entre les doses : 4–6h — dose maximale journalière : 75 mg/kg/j (maximum absolu 4 000 mg/j chez l'enfant >12 ans) — disponible en suspension PO (80 mg/mL ou 160 mg/5 mL — vérifier la concentration sur le flacon — source fréquente d'erreur de dosage) + suppositoires (80 mg + 120 mg + 325 mg) + comprimés (325 mg + 500 mg — dès la capacité à avaler) ; ibuprofène (Advil + Motrin + génériques) : médicament de 2e ligne ou alternative — indications : enfant de plus de 6 mois (contre-indiqué chez le nourrisson <6 mois — risque rénal + pas de données suffisantes) — posologie : 5–10 mg/kg/dose PO — intervalle minimum : 6–8h — dose maximale : 40 mg/kg/j (maximum 2 400 mg/j) — avantage : durée d'action plus longue (6–8h vs 4–6h pour l'acétaminophène) — contre-indications et précautions : déshydratation sévère + gastroentérite avec vomissements répétés (risque de néphrotoxicité si hypovolémie) + asthme instable (inhibiteurs des prostaglandines — peut déclencher un bronchospasme chez certains asthmatiques — tester avec prudence) + varicelle (risque de fasciite nécrosante streptococcique → éviter les AINS dans la varicelle) + tout doute sur une infection bactérienne sévère (masque les signes d'aggravation) ; alternance acétaminophène / ibuprofène : pratique fréquente mais controversée — quelques études montrent une meilleure efficacité antipyrétique de l'alternance vs monothérapie — risque d'erreur de dosage augmenté + complexité pour les parents — la SCP ne recommande pas l'alternance systématique mais ne la contre-indique pas si l'enfant est très inconfortable et que les doses correctes sont respectées ; aspirine : formellement contre-indiquée chez l'enfant et l'adolescent <18 ans en présence d'une infection virale → risque de syndrome de Reye (encéphalopathie + défaillance hépatique — rare mais grave) | Mesures physiques et recommandations générales aux parents : hydratation : augmenter les apports liquidiens (eau + bouillon + jus dilué) — la fièvre augmente les pertes insensibles — objectif : mictions claires et fréquentes — allaitement maternel à la demande si nourrisson allaité ; habillement : déshabiller l'enfant — un enfant habillé trop chaudement peut aggraver sa fièvre — vêtements légers + couverture légère — pas de couvrir pour « faire suer » ; bains tièdes : bain à 36–37 °C (eau tiède — PAS eau froide qui provoque un frisson + vasoconstriction paradoxale) — efficacité limitée sur la durée mais peut améliorer transitoirement le confort — pas de frottage avec alcool (toxicité par absorption cutanée) + jamais bain d'alcool dans le traitement de la fièvre ; température ambiante : chambre à 18–20 °C ; quand donner l'antipyrétique : si l'enfant est inconfortable + irritable + douloureux — pas systématiquement pour une fièvre <38,5 °C bien tolérée ; tableau des doses par poids — acétaminophène (15 mg/kg) : 5 kg → 75 mg + 7 kg → 105 mg + 10 kg → 150 mg + 12 kg → 180 mg + 15 kg → 225 mg + 20 kg → 300 mg + 25 kg → 375 mg + 30 kg → 450 mg + 40 kg → 600 mg + toujours mesurer avec la seringue orale fournie — jamais avec une cuillère de cuisine ; surveillance et critères de réévaluation médicale : fièvre persistante >48–72h chez l'enfant de plus de 3 mois bien portant + fièvre qui réapparaît après 24h d'apyrexie (biphasique — certaines infections virales + bactérémie occulte) + tout signe d'alarme (voir section urgence) |
| Fièvre du nourrisson de moins de 3 mois Urgence — bilan systématique |
Le nourrisson de moins de 3 mois représente la population à plus haut risque d'infection bactérienne grave (IBG) devant une fièvre — la réponse immunitaire est immature + la présentation clinique est souvent trompeuse (un nourrisson avec une méningite peut sembler relativement bien portant) ; épidémiologie du risque d'IBG chez le nourrisson fébrile : 0–28 jours : risque IBG 15–20 % (méningite + bactériémie + infection urinaire + omphalite + ostéomyélite) + herpes néonatal (risque mortalité élevé) → hospitalisation + bilan complet + antibiotiques IV systématiques ; 29–60 jours : risque IBG 5–10 % — critères de stratification du risque (algorithme Step-by-step de Mintegi + critères NICE 2019) : bas risque (tous critères réunis) : aspect bien portant + leucocytes 5–15 G/L + bande <1,5 G/L + procalcitonine (PCT) <0,5 ng/mL + CRP <20 mg/L + ECBU négatif au test rapide → surveillance ambulatoire avec contrôle à 24h → sensibilité 98–99 % pour détecter une IBG ; haut risque (un seul critère anormal) ou aspect toxique → hospitalisation + bilan complet + antibiothérapie IV + PL selon protocole local ; 61–90 jours : risque IBG 2–5 % — stratification similaire mais seuils biologiques légèrement ajustés — la PCT reste le meilleur biomarqueur unique pour identifier une IBG (supérieure à la CRP à 6–12h d'évolution) ; bilan diagnostique du nourrisson fébrile <3 mois : NFS + différentielle + CRP + PCT (si disponible) + hémoculture (2 flacons) + ECBU par cathétérisme (standard) ou ponction sus-pubienne — NON par sac collecteur (contaminations fréquentes) + RxT si détresse respiratoire ou polypnée + ponction lombaire (PL) : systématique chez <28 jours + indiquée selon l'algorithme et l'aspect chez 29–90 jours + analyse du LCR : aspect + cellularité + protéinorachie + glycorachie + bactériologie + PCR Herpes simplex (HSV) ; antibiothérapie empirique du nourrisson fébrile <3 mois : ampicilline IV (50 mg/kg/dose — 3–4 doses/j) + gentamicine IV (ou céphalosporine de 3e génération selon le protocole) → couvre SBGA + Listeria + Gram négatifs + si signes neurologiques ou convulsions → aciclovir IV (20 mg/kg/dose × 3/j) d'emblée en attendant les résultats du LCR PCR HSV | Éducation parentale et messages clés pour les parents d'un nourrisson fébrile : tout nourrisson de moins de 3 mois avec une température ≥38,0 °C → consultation médicale le jour même — ne pas attendre et ne pas tenter de traiter à domicile sans avis médical — ne pas donner d'ibuprofène avant 6 mois ; signaux d'alerte à connaître absolument : pleurs inconsolables ou au contraire geignements faibles + hypotonie (mou + flasque) + difficulté à s'alimenter (refus du sein ou du biberon) + teint gris ou marbré + fontanelle bombante (signe de tension intracrânienne) + raideur de nuque + rash ou taches rouges/violacées + souffle rapide + cyanose → urgences pédiatriques immédiates (appel 911 ou urgences les plus proches) ; pour les parents : la fièvre en elle-même ne « brûle pas le cerveau » — seules les températures extrêmes (>42 °C — hyperthermie maligne non fébrile) peuvent être dangereuses — l'inquiétude principale n'est pas la hauteur de la fièvre mais l'aspect général de l'enfant ; gestion à la maison : thermomètre rectal obligatoire pour les nourrissons — prendre la température quand l'enfant est calme + noter l'heure + la température + les médicaments donnés + répondre aux questions du médecin lors de la consultation ; accès aux soins au Québec : clinique pédiatrique d'urgence (GPU — guichet d'accès pédiatrique) + urgences CHU Sainte-Justine + urgences CHU de Québec + 811 Info-Santé (infirmières) pour orientation + télémédecine Clinique Omicron pour évaluation initiale rapide chez l'enfant de plus de 3 mois d'aspect bien portant |
| Infection urinaire fébrile (pyélonéphrite) 2e cause d'IBG chez l'enfant — ECBU obligatoire |
L'infection urinaire fébrile (IUF) — pyélonéphrite aiguë — est la 2e cause d'infection bactérienne grave chez l'enfant après les méningites, et la 1re cause d'IBG chez le nourrisson entre 3 et 24 mois après la vaccination systématique contre Hib et pneumocoque ; épidémiologie : 5–10 % des filles fébriles de moins de 5 ans + 1–2 % des garçons après la 1re année de vie (fréquent chez le garçon non circoncis <12 mois — le prépuce non rétractable favorise la colonisation par E. coli) — 1re présentation souvent atypique chez le nourrisson (fièvre isolée sans signes urinaires + irritabilité + difficultés alimentaires) ; germes en cause : E. coli (80–85 %) + Klebsiella pneumoniae + Proteus mirabilis + Enterococcus faecalis + Pseudomonas (enfants avec anomalies urologiques) ; facteurs de risque : sexe féminin après 12 mois + garçon non circoncis <12 mois + anomalies urologiques (reflux vésico-urétéral — RVU + uropathie obstructive) + antécédents d'IU + constipation chronique + dysfonction vésicale ; diagnostic : ECBU par cathétérisme (standard de référence) ou ponction sus-pubienne chez le nourrisson (<2 ans) — bandelette urinaire (BU) : leucocyturie + nitrites — sensibilité de la BU dans la détection d'IUF : 92–95 % — BU négative chez l'enfant bien portant a une VPN élevée → peut éviter le cathétérisme systématique dans les algorithmes récents (NICE 2022) — culture urinaire obligatoire — critères diagnostiques : leucocyturie >10 leucocytes/mm³ (ou >5 par champ à fort grossissement) + bactériurie significative (>10⁵ UFC/mL sur miction propre ou >10⁴ sur cathétérisme) + culture monomicrobienne ; bilan complémentaire : NFS + CRP + PCT (élévés dans la pyélonéphrite) + hémoculture si nourrisson <3 mois ou aspect toxique (bactériémie à E. coli 5–10 % des pyélonéphrites du nourrisson) + échographie rénale dans les 72h si première IUF fébrile + absence de réponse aux antibiotiques à 48h | Traitement de l'infection urinaire fébrile de l'enfant : antibiothérapie orale en 1re ligne si enfant >3 mois + aspect bien portant + capable de s'alimenter : céfixime (Suprax) : 8 mg/kg/j PO en 1 prise × 7–14 jours (1re intention — spectre couvrant E. coli — résistances faibles au Québec) + céphalexine (Keflex) : 25–50 mg/kg/j en 4 prises × 10 jours (moins pratique que le céfixime) + amoxicilline-acide clavulanique (Clavulin) : 40 mg/kg/j d'amoxicilline en 3 prises — adapter selon l'antibiogramme à réception + TMP-SMX (Septra) : de moins en moins utilisé en 1re intention (résistances croissantes >20 % en Amérique du Nord) ; antibiothérapie IV si : nourrisson <3 mois + aspect toxique + vomissements + incapacité à s'alimenter + anomalie urologique connue sévère : céfotaxime IV (150 mg/kg/j en 3–4 doses) ou ceftriaxone IV (50–75 mg/kg/j en 1 dose) × 2–4 jours puis relais oral selon l'antibiogramme ; durée totale du traitement : IUF fébrile (pyélonéphrite) : 10–14 jours — cystite simple (fièvre <38 °C + pas de signe d'atteinte haute) : 3–5 jours ; bilan urologique post-IUF : SCP 2021 — 1re IUF fébrile bien répondeuse : échographie rénale et vésicale (obligatoire) + cystographie rétrograde (cystourétrographie mictionnelle — RUCM) : seulement si anomalie échographique + IUF récidivante + garçon <2 ans avec IUF + mauvaise réponse au traitement — plus recommandée systématiquement après toute 1re IUF depuis la révision 2021 des recommandations SCP (réduction des investigations invasives inutiles) ; prophylaxie antibiotique (TMP-SMX 2 mg/kg/soir × 12 mois) : si reflux vésico-urétéral de grade III–V documenté + IUF récidivantes (>2 IUF fébriles en 6 mois) |
| Convulsion fébrile Simple vs complexe — conduite à tenir |
La convulsion fébrile est la complication la plus fréquente et la plus anxiogène de la fièvre chez l'enfant — elle survient chez 2–5 % des enfants entre 6 mois et 5 ans (pic d'incidence 14–18 mois) et est généralement bénigne ; physiopathologie : la fièvre abaisse le seuil convulsivant chez des enfants génétiquement prédisposés — les canaux sodiques voltage-dépendants des neurones sont sensibles à la température — prédisposition familiale forte (si 1 parent antécédent de CF → risque 25 % + 2 parents → 50 %) ; définition et classification : convulsion fébrile simple (85–90 % des cas) : critères cumulés → T° ≥38,0 °C + crise tonique-clonique généralisée + durée <15 min + un seul épisode dans les 24h + résolution spontanée sans déficit post-ictal prolongé + enfant de 6 mois à 5 ans + sans ATCD neurologique + sans infection du SNC — pronostic excellent — risque de récidive de CF : 30–40 % (dont 15 % lors du même épisode fébrile) — risque d'épilepsie ultérieure légèrement augmenté par rapport à la population générale mais absolument pas condamné : 2–3 % vs 1 % en population générale ; convulsion fébrile complexe (10–15 % des cas) : au moins l'un des critères suivants → durée >15 min (état de mal fébrile) + focale (partielle) + répétition dans les 24h + déficit neurologique post-ictal prolongé (>1h — paralysie de Todd) + enfant <6 mois ou >5 ans → investigation obligatoire + risque plus élevé d'épilepsie ultérieure ; diagnostic différentiel de la convulsion fébrile : méningite/encéphalite (PL obligatoire si raideur de nuque + photophobie + purpura + signes méningés + <12–18 mois où les signes méningés sont moins fiables + convulsion fébrile complexe) + hypoglycémie (glycémie dès l'admission) + hyponatrémie (NFS + ionogramme) + encéphalite herpétique (aciclovir IV si signes encéphalitiques) | Prise en charge de la convulsion fébrile en cours (état convulsif) : position latérale de sécurité (PLS) + chronométrer la crise + ne rien mettre dans la bouche + ne pas retenir l'enfant — si crise >5 min → traitement anticonvulsivant d'urgence : diazépam rectal (Diastat) : 0,5 mg/kg PR (maximum 20 mg) — disponible en seringue préremplie — à avoir à la maison si enfant avec ATCD de CF complexe ou état de mal + midazolam buccal ou nasal (Versed) : 0,2 mg/kg (maximum 10 mg) — voie intranasale ou buccale — aussi efficace que le diazépam rectal — plus facile d'administration par les parents + lorazépam IV (Ativan) : 0,1 mg/kg IV si voie IV disponible (urgences) ; si crise ne cède pas après 2 doses de benzodiazépines (état de mal fébrile) → phénobarbital IV + appel neurologie + admission soins intensifs ; bilan post-convulsion fébrile simple : PAS de bilan biologique ou d'imagerie cérébrale systématique dans la convulsion fébrile simple chez l'enfant de 6 mois à 5 ans bien portant après la crise — NFS + glycémie si cliniquement indiqué (suspicion d'hyponatrémie ou d'hypoglycémie) — PL : indiquée si <12–18 mois + signes méningés + CF complexe + aspect toxique post-ictal — EEG : non indiqué après une 1re CF simple — indiqué si CF complexe + récidives fréquentes + doute diagnostique ; prophylaxie de la récidive : le traitement antipyrétique systématique lors d'un épisode fébrile ultérieur NE prévient PAS les récidives de CF (les CF surviennent souvent lors de la montée initiale de la fièvre, avant que les parents ne s'aperçoivent de la fièvre) — l'information et la dédramatisation des parents sont essentielles — diazépam rectal ou midazolam nasal à domicile si ATCD de CF complexe ou si grande anxiété parentale justifiée + traitement antiépileptique prophylactique au long cours (valproate) : réservé aux CF complexes récidivantes + décision neurologique spécialisée — les bénéfices ne l'emportent généralement pas sur les risques dans les CF simples |
| Maladie de Kawasaki et fièvre prolongée de l'enfant Fièvre >5 jours — causes à ne pas manquer |
La fièvre persistant plus de 5 jours chez l'enfant impose une démarche diagnostique systématique et l'exclusion active de la maladie de Kawasaki — maladie inflammatoire vasculaire qui peut entraîner des anévrismes coronariens permanents si non traitée ; maladie de Kawasaki (MK) : vascularite des vaisseaux de moyen calibre — cause principale de cardiopathie acquise chez l'enfant dans les pays développés — incidence au Québec : 15–25 cas/100 000 enfants <5 ans + pic d'âge 6 mois à 5 ans + prédominance masculine (H/F 1,5:1) + recrudescence hivernale et printanière ; critères diagnostiques classiques de Kawasaki : fièvre ≥5 jours + au moins 4 des 5 critères suivants : conjonctivite bilatérale non suppurée (sans sécrétions purulentes) + altérations des lèvres et de la cavité orale (lèvres rouges/craquelées + langue framboisée + rougeur des muqueuses) + rash polymorphe (érythème morbilliforme + érythème scarlatiniforme — débute souvent dans les plis inguinaux chez le nourrisson) + érythème et œdème des mains et des pieds (phase aiguë) + desquamation des extrémités (phase sub-aiguë J10–J25 — desquamation péri-unguéale caractéristique) + adénopathie cervicale ≥1,5 cm (souvent unilatérale) ; Kawasaki incomplet (frustre) : fièvre ≥5 jours + 2–3 critères cliniques + confirmation par écho-cardiographie (dilatation coronarienne) ou critères biologiques (CRP + VS + albumine + globules blancs + anémie + thrombocytose) → algorithme Kawasaki incomplet de l'AHA 2017 ; bilan biologique dans la MK : NFS (hyperleucocytose + thrombocytose en phase sub-aiguë) + VS très élevée + CRP très élevée + albumine basse + ASAT + ALAT + bilirubine + ECBU (pyurie stérile) + ferritine — échocardiographie (obligatoire au diagnostic + à 2 sem + à 6–8 sem) ; autres causes de fièvre prolongée (>5–7 jours) chez l'enfant : infections bactériennes (endocardite + ostéomyélite + arthrite septique + abcès profond — TDM abdominopelvien + scintigraphie osseuse) + infections virales prolongées (EBV + CMV + adénovirus) + AIJ systémique (Still pédiatrique — rush saumon évanescent + arthrite + ferritine très élevée) + leucémie aiguë (NFS + frottis + myélogramme) + lymphome | Traitement de la maladie de Kawasaki : urgence thérapeutique — à traiter dans les 10 premiers jours de fièvre pour prévenir les anévrismes coronariens ; immunoglobulines IV (IVIG) : 2 g/kg IV en une perfusion unique de 10–12h — médicament de référence — réduit le risque d'anévrismes coronariens de 25 % à <5 % — efficacité optimale si administrées avant le J10 de fièvre — effets indésirables : réactions transfusionnelles (fièvre + frissons + hypotension) → surveillance étroite pendant la perfusion ; aspirine : 80–100 mg/kg/j PO en 4 prises (dose anti-inflammatoire) pendant la phase fébrile → réduction à dose antiplaquettaire (3–5 mg/kg/j en 1 prise) après 48h d'apyrexie → poursuite 6–8 semaines ou jusqu'à normalisation des coronaires — exception à la règle générale de ne pas donner d'aspirine chez l'enfant : dans la MK, l'aspirine est le traitement de référence + le risque de syndrome de Reye dans ce contexte est infime ; résistance aux IVIG (fièvre persistant ou reprenant >36h après la fin de la perfusion) : 2e dose d'IVIG + corticostéroïdes (méthylprednisolone IV 30 mg/kg/j × 1–3 jours) + infliximab IV (5 mg/kg — anti-TNF) dans les formes réfractaires ; surveillance cardiologique : échocardiographie au diagnostic + à J14 + à J21 + à 6–8 semaines + anévrisme coronarien documenté → suivi cardiologique à vie + anticoagulation selon la taille de l'anévrisme (aspirine ± warfarine ± héparine selon le score Z) ; syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique associé à la COVID-19 (MIS-C — PIMS) : présentation semblable à Kawasaki + signes de choc + myocardite + hyperferritinémie + CRP très élevée + sérologie SARS-CoV-2 positive → IVIG + aspirine ± méthylprednisolone + avis cardiologie + réanimation pédiatrique selon la gravité |
Nourrisson <3 mois avec T° ≥38,0 °C → consultation médicale urgente le jour même — ne pas traiter à domicile et attendre.
Purpura (taches rouges/violacées ne blanchissant pas à la pression) + fièvre → méningococcémie → 911 → urgences → pénicilline G IV sans délai.
Raideur de nuque + photophobie + céphalées intenses + vomissements en jet → méningite bactérienne → urgences pédiatriques immédiates.
Fièvre ≥5 jours chez l'enfant de moins de 5 ans → maladie de Kawasaki à exclure → consultation médicale obligatoire + échocardiographie.
Enfant fébrile avec hypotonie, geignements faibles, refus d'alimentation, fontanelle bombante ou teint gris/marbré → sepsis ou infection grave → urgences pédiatriques immédiates.
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Les médecins et infirmières praticiennes spécialisées de Clinique Omicron évaluent les enfants fébriles de plus de 3 mois d'aspect bien portant en consultation ou en télémédecine, prescrivent le bilan initial si indiqué (ECBU + NFS + CRP) et orientent vers les urgences pédiatriques en cas de critères d'alarme. Pour les nourrissons de moins de 3 mois, la consultation aux urgences pédiatriques d'un CHU est recommandée en priorité. Des consultations pédiatriques sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'évaluation d'un médecin ou d'une infirmière praticienne. En cas de doute sur l'état d'un enfant fébrile, consulter un professionnel de santé sans délai.
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