HBV-DNA (charge virale hépatite B)
Virologie, marqueurs sérologiques et phases de l'hépatite B chronique
- Structure du VHB, réplication et cccDNA : génome du VHB : ADN partiellement bicaténaire circulaire de 3,2 kb → 4 cadres de lecture ouverts (ORF) chevauchants : ORF S (gènes PreS1 + PreS2 + S → protéines d'enveloppe : grand AgHBs + moyen AgHBs + petit AgHBs) + ORF C (gènes PreC + C → précore → AgHBe sécrété + core → capside nucléocapside AgHBc) + ORF P (ADN polymérase — transcriptase inverse — cible thérapeutique des analogues nucléos[t]idiques) + ORF X (protéine X — transactivatrice — rôle dans l'oncogenèse hépatique + dans la transcription du cccDNA) → génotypes du VHB : 9 génotypes majeurs (A à I) + un génotype J → génotype A : Amérique du Nord + Europe du Nord → meilleure réponse à l'interféron pégylé → génotype B + C : Asie → C associé à un risque plus élevé de CHC → génotype D : bassin méditerranéen + Europe de l'Est ; cccDNA (Covalently Closed Circular DNA) : forme nucléaire episomale du génome du VHB dans le noyau des hépatocytes infectés → matrice transcriptionnelle de tous les ARNm viraux (dont l'ARN prégénomique — pgRNA — précurseur de l'ADN viral) → non éliminable par les analogues nucléos(t)idiques actuels → responsable de la persistance virale même après suppression de l'HBV-DNA plasmatique → responsable de la réactivation virale à l'arrêt du traitement ou lors d'une immunosuppression → cccDNA intrahépatique ne peut pas être mesuré en pratique clinique (biopsie hépatique nécessaire) → marqueurs sériques indirects du cccDNA : AgHBs (reflet indirect) + ARN VHB sérique (pgRNA encapsidé — marqueur émergent — dosé dans le cadre de la recherche) ; marqueurs sérologiques de l'hépatite B — interprétation : AgHBs (antigène de surface) : marqueur de l'infection active → positif : infection en cours (aiguë ou chronique) → persistence >6 mois = infection chronique → quantification de l'AgHBs (UI/mL) : corrèle indirectement avec le pool de cccDNA intrahépatique → utilisée pour monitorer la réponse à l'interféron pégylé + anti-HBs : anticorps protecteurs → positif après guérison naturelle ou vaccination → taux protecteur : ≥10 UI/L → anti-HBs isolé positif = vaccination efficace + AgHBe : marqueur de réplication active et d'infectiosité → sa présence indique généralement une charge virale élevée + tolérance immune (phase 1) ou hépatite chronique HBeAg+ (phase 2) → sa disparition (séroconversion HBe) et l'apparition de l'anti-HBe → passage à une phase de réplication plus faible (phase 3) ou à l'hépatite B HBeAg− (phase 4) + anti-HBe : marqueur de séroconversion HBe → peut être associé à une hépatite active HBeAg− (variants précore + core promoteur) + anti-HBc IgM : marqueur d'hépatite aiguë récente ou de réactivation intense + anti-HBc IgG (ou total) : marqueur d'infection ancienne (passée ou chronique) → positif à vie après toute infection par le VHB
- Phases de l'infection chronique par le VHB — classification EASL 2017 révisée : la classification actuelle (EASL Clinical Practice Guidelines 2017 — European Association for the Study of the Liver) distingue 5 phases — NB : le terme «porteur sain» est abandonné car potentiellement trompeur ; phase 1 — infection chronique HBeAg positive (anciennement «tolérance immune») : AgHBs+ + AgHBe+ + anti-HBe− + HBV-DNA très élevé (>10⁷ UI/mL souvent) + ALAT normale ou légèrement élevée + fibrose hépatique absente ou minimale → réplication virale intense mais réponse immunitaire faible contre le VHB → fréquent chez les personnes infectées à la naissance (transmission verticale — Asie ++) → durée variable (décennies) → pas d'indication de traitement antiviral dans la majorité des cas selon les guidelines actuelles (réponse médiocre aux traitements) → surveiller régulièrement l'ALAT + l'HBV-DNA + phase 2 — hépatite chronique HBeAg positive : AgHBs+ + AgHBe+ + HBV-DNA élevé (variable — 10⁴ à 10⁷ UI/mL) + ALAT élevée (activité hépatique significative) + fibrose en progression → le système immunitaire tente de contrôler l'infection → nécro-inflammation hépatique active → risque de progression vers la cirrhose si non traitée → indication de traitement si ALAT élevée + HBV-DNA >20 000 UI/mL + biopsy ou non-invasif : fibrose significative (≥F2) → phase 3 — infection chronique HBeAg négative (anciennement «porteur inactif») : AgHBs+ + AgHBe− + anti-HBe+ + HBV-DNA bas (<2 000 UI/mL — souvent indétectable) + ALAT normale + fibrose minimale ou absente → séroconversion HBe naturelle → contrôle partiel de la réplication → risque faible de progression → surveillance sans traitement + risque de réactivation si immunosuppression + phase 4 — hépatite chronique HBeAg négative : AgHBs+ + AgHBe− + anti-HBe+ + HBV-DNA modéré à élevé (>2 000 UI/mL — souvent fluctuant) + ALAT élevée (souvent fluctuante) + fibrose progressive → variante HBeAg− dite «mutant précore» ou «core promoteur» → variant viral échappe à l'expression de l'AgHBe → réplication active malgré l'HBeAg− → forme insidieuse car moins facilement détectée → risque élevé de cirrhose et CHC → indication de traitement antiviral + phase 5 — infection occulte / AgHBs négatif : AgHBs− + anti-HBc+ (avec ou sans anti-HBs) + HBV-DNA indétectable ou très bas dans le sérum (mais cccDNA persistant dans les hépatocytes) → résolution de l'infection apparente → risque de réactivation lors d'une immunosuppression profonde (chimiothérapie + rituximab + corticoïdes) → dépistage anti-HBc avant tout traitement immunosuppresseur
- Techniques de mesure de l'HBV-DNA et interprétation des seuils : techniques de quantification de l'HBV-DNA : PCR quantitative en temps réel (qPCR) : méthode de référence → sensibilité : limite inférieure de détection 10–20 UI/mL selon les plateformes (Roche COBAS AmpliPrep/TaqMan + Abbott RealTime HBV + Hologic Panther Aptima) → standardisation OMSMIMOSA : valeurs exprimées en UI/mL depuis 2010 (standard international OMS) → conversion : 1 UI/mL ≈ 5,3 copies/mL (variable selon les trousses — utiliser UI/mL exclusivement pour éviter les confusions) → seuils cliniques importants (guidelines EASL 2017 + AASLD 2018) : HBV-DNA indétectable (<10–20 UI/mL selon la trousse) : suppression virale complète sous traitement → objectif thérapeutique + HBV-DNA <2 000 UI/mL : phase 3 (infection chronique HBeAg−) — surveillance sans traitement si ALAT normale + HBV-DNA 2 000–20 000 UI/mL : zone grise — évaluation individuelle de l'indication de traitement (fibrose + ALAT) + HBV-DNA >20 000 UI/mL (HBeAg+) ou >2 000 UI/mL (HBeAg−) : seuils d'indication de traitement selon EASL/AASLD si ALAT élevée + fibrose significative + HBV-DNA >10⁶–10⁷ UI/mL : réplication intense — phase 1 ou phase 2 ou non traité → transmission sexuelle et parentérale plus probable ; variabilité analytique et pré-analytique : l'HBV-DNA peut fluctuer spontanément même sans traitement → une valeur isolée ne suffit pas → mesures sérielles (tous les 3–6 mois) nécessaires pour évaluer la tendance + conditions pré-analytiques : sérum ou plasma EDTA — conserver à −20 °C si délai >24h + interférence : hémolyse + lipémie → faux résultats → répéter sur un prélèvement de qualité + résultat rendu en logarithme (log₁₀ UI/mL) en clinique : 10⁴ UI/mL = 4 log₁₀ = 10 000 UI/mL → variation significative = ≥1 log₁₀ (facteur 10) entre deux mesures
Indications de traitement, antiviraux et surveillance
| Situation clinique | Évaluation et décision thérapeutique | Traitement et surveillance |
|---|---|---|
| Bilan initial de l'hépatite B chronique Sérologies — HBV-DNA — fibrose — génotype |
Le bilan initial d'une hépatite B chronique nouvellement diagnostiquée est structuré et vise à déterminer la phase de l'infection, l'état du foie et l'indication de traitement ; bilan sérologique complet : AgHBs quantitatif (UI/mL) + AgHBe + anti-HBe + anti-HBc IgG + anti-HBs (si négatif → confirme infection chronique active) + HBV-DNA quantitatif (PCR — exprimé en UI/mL et log₁₀) + co-infections à exclure systématiquement : Ac anti-VHC + ARN VHC (si Ac+) + Ac anti-VHD (virus delta — co-infection aggravante → si Ac anti-VHD+ → ARN VHD) + sérologie VIH (AgP24 + Ac anti-VIH) → co-infection VHB-VIH modifie le choix du traitement antiviral (nécessité de traiter les deux simultanément) + co-infection VHB-VHD : cirrhose accélérée + risque de CHC × 3 vs VHB seul → indication de traitement quasi-systématique + bilan biologique hépatique : ALAT + ASAT + GGT + phosphatases alcalines + bilirubine totale + albumine + TP/INR + NFS (thrombopénie si cirrhose) + créatinine + bilan phospho-calcique (si ténofovir envisagé — surveillance rénale et osseuse) ; évaluation non invasive de la fibrose hépatique (recommandée avant toute décision thérapeutique) : élastométrie hépatique (FibroScan — mesure de l'élasticité hépatique en kPa) : méthode de référence non invasive → seuils pour le VHB (différents du VHC) : F0-F1 (fibrose absente ou minimale) : <6 kPa + F2 (fibrose modérée) : 6–9 kPa + F3 (fibrose sévère) : 9–12 kPa + F4 (cirrhose) : >12 kPa → fiabilité réduite si ALAT très élevée (inflammation → fausse élasticité élevée) → répéter à distance de la poussée + scores biochimiques non invasifs : FIB-4 (Age × ASAT) / (plaquettes × √ALAT) → FIB-4 <1,30 : fibrose faible + FIB-4 >3,25 : fibrose avancée probable + APRI (AST-to-Platelet Ratio Index) : moins performant que FIB-4 + ELF test (Enhanced Liver Fibrosis — TIMP-1 + PIIINP + acide hyaluronique) → plus coûteux → réservé aux cas indéterminés + biopsie hépatique : gold standard (score METAVIR F0–F4 + A0–A3) → indications actuelles réduites (FibroScan + marqueurs sériques non invasifs désormais préférés) → utile si : résultats discordants + suspicion de pathologie associée (stéatose + NAFLD + hémochromatose) + évaluation avant un traitement limité dans le temps (interféron) | Génotypage du VHB et résistance : génotypage viral (séquençage Sanger ou NGS) : utile si traitement par interféron pégylé envisagé (génotype A + B → meilleure réponse) + en cas de résistance aux antiviraux + génotypes B et C : Asie → C associé risque CHC plus élevé + génotype D : Méditerranée + Europe de l'Est ; recherche de mutations de résistance aux analogues nucléos(t)idiques : non nécessaire en 1re ligne (ténofovir + entécavir : barrière génétique élevée → résistances extrêmement rares) → utile si : antécédent de traitement par lamivudine ou adéfovir (taux de résistance lamivudine : 80 % à 5 ans) + échec virologique documenté (HBV-DNA >2 000 UI/mL sous traitement bien conduit à 48 semaines) ; surveillance de la phase 1 (infection chronique HBeAg+ — ancienne tolérance immune) sans traitement : ALAT + HBV-DNA + AgHBe tous les 3–6 mois → bascule vers la phase 2 (hépatite) = ALAT élevée + fibrose → décision de traitement → FibroScan tous les 12–24 mois + dépistage du CHC : important même en phase 1 chez les patients à haut risque (homme asiatique >40 ans + homme africain à tout âge + femme asiatique >50 ans + antécédents familiaux de CHC + cirrhose) → échographie hépatique + AFP tous les 6 mois → ne pas attendre les symptômes ; bilan de la phase 3 (infection chronique HBeAg− — ancienne porteuse inactive) : ALAT + HBV-DNA tous les 3–6 mois pendant 12 mois → si stables et bas → surveillance annuelle → si fluctuation de l'ALAT ou HBV-DNA >2 000 UI/mL → passage en phase 4 possible → FibroScan + évaluation de l'indication de traitement |
| Indications de traitement antiviral et choix de l'agent EASL 2017 — AASLD 2018 — ténofovir — entécavir — interféron pégylé |
Les indications de traitement de l'hépatite B chronique reposent sur la combinaison HBV-DNA + ALAT + fibrose hépatique — les guidelines EASL 2017 et AASLD 2018 sont concordantes sur les principes majeurs ; critères formels de traitement antiviral (EASL 2017) : tout patient avec cirrhose compensée ou décompensée + HBV-DNA détectable → traitement immédiat quelle que soit l'ALAT + hépatite chronique HBeAg+ (phase 2) : ALAT >2× LSN + HBV-DNA >20 000 UI/mL + fibrose ≥F2 (FibroScan ou biopsie) → traitement recommandé → si ALAT élevée mais HBV-DNA <20 000 UI/mL : chercher autre cause d'hépatite + si fibrose <F2 et ALAT normal → surveiller + hépatite chronique HBeAg− (phase 4) : ALAT >LSN + HBV-DNA >2 000 UI/mL + ± fibrose → traitement recommandé → seuil plus bas car risque d'évolution silencieuse + phase 1 (ancienne tolérance immune) : HBV-DNA très élevé + ALAT normale + fibrose F0-F1 → traitement non recommandé en routine selon EASL 2017 → MAIS : traitement envisageable chez les >30 ans si HBV-DNA >10⁷ UI/mL + discussion individuelle + NB : AASLD 2018 a des critères légèrement différents mais convergents → traiter si : ALAT >2× LSN + HBV-DNA >2 000 UI/mL (HBeAg−) ou >20 000 UI/mL (HBeAg+) + ou toute cirrhose + ou CHC ; deux classes de traitement disponibles : analogues nucléos(t)idiques (ANT) : traitement oral à vie (dans la plupart des cas) + inhibent l'ADN polymérase virale (transcriptase inverse) → réduisent la réplication virale → suppression de l'HBV-DNA sous le seuil de détection en 48–96 semaines chez >90 % des patients → n'éliminent pas le cccDNA → rebound virologique à l'arrêt → traitement généralement à vie + interféron pégylé alpha-2a (PEG-IFN) : traitement limité dans le temps (48 semaines) + objectif : réponse immunitaire durable → séroconversion HBs possible (5–10 % à long terme) → avantage : durée limitée + inconvénients : injections sous-cutanées hebdomadaires + effets secondaires importants (syndrome pseudogrippal + cytopénies + troubles psychiatriques + dysthyroïdie) + contre-indications nombreuses → sélection des candidats essentiels | Choix de l'antiviral de première ligne (ANT préférés) — EASL 2017 + AASLD 2018 : ténofovir disoproxil fumarate (TDF — Viread) : 300 mg/j PO → barrière génétique élevée → résistance quasi-inexistante (<0,01 % à 8 ans) → suppression virale à 48 semaines : 76 % (HBeAg+) + 93 % (HBeAg−) (Heathcote 2011 — NEJM) → effets indésirables : toxicité rénale tubulaire proximale (syndrome de Fanconi — rare) + perte de densité minérale osseuse (DMO) → surveillance créatinine + phosphatémie + DMO (DEXA si utilisation prolongée) → CI si DFG <15 mL/min → ajuster la dose si DFG 15–29 mL/min + ténofovir alafénamide (TAF — Vemlidy) : 25 mg/j PO → prodrogue → concentration intrahépatique élevée + concentration plasmatique basse → efficacité antivirale équivalente au TDF + profil rénal et osseux supérieur (Buti 2016 — Lancet Gastroenterology) → préférable chez les patients avec fragilité rénale + ostéoporose + >60 ans + sous agents néphrotoxiques + entécavir (ETV — Baraclude) : 0,5 mg/j (1 mg/j si antécédent de lamivudine) PO → barrière génétique très élevée → résistance rare sauf si résistance préalable à la lamivudine → suppression virale à 48 semaines : 67 % (HBeAg+) + 90 % (HBeAg−) (Chang 2006 — NEJM) → effets indésirables : bien toléré + très rares cas d'acidose lactique chez l'immunodéprimé → CI si <16 ans + insuffisance rénale sévère (ajuster la dose) → remboursement RAMQ : TDF + ETV + TAF : inscrits sur la Liste des médicaments RAMQ → vérifier les critères d'inscription actuels + lamivudine (3TC) et adéfovir : abandonnés en 1re ligne (résistances élevées) → peuvent être rencontrés chez les patients anciennement traités → switch vers TDF ou ETV si résistance documentée |
| Surveillance sous traitement antiviral et objectifs thérapeutiques Suppression virale — séroconversion HBe — séroconversion HBs — CHC |
La surveillance sous traitement antiviral est standardisée — elle vise à confirmer la suppression virale, détecter les effets indésirables, et identifier les rares cas d'échec virologique ; objectifs thérapeutiques hiérarchisés (EASL 2017) : objectif idéal (cure fonctionnelle) : séroconversion HBs (disparition de l'AgHBs + apparition de l'anti-HBs) → élimination fonctionnelle du virus + réduction maximale du risque de CHC → taux avec les ANT : <1–3 % à 10 ans → rare mais possible + objectif intermédiaire : séroconversion HBe (AgHBe− + anti-HBe+) chez les patients HBeAg+ : diminution de la charge virale + réduction de l'activité hépatique → permet une tentative d'arrêt du traitement dans certains cas après consolidation 12 mois de séroconversion + objectif de base (recommandé pour tous) : suppression de l'HBV-DNA sous le seuil de détection (<10–20 UI/mL) → normalisation des ALAT → prévention de la progression de la fibrose + régression possible de la fibrose (même partielle) → réduction du risque de CHC (mais pas à zéro — surtout si cirrhose préexistante) → calendrier de surveillance sous ANT : HBV-DNA + ALAT + AgHBe + anti-HBe tous les 3 mois pendant 12 mois → puis tous les 6 mois si HBV-DNA indétectable + AgHBs quantitatif : annuellement (rechercher déclin vers séroconversion HBs) + NFS + créatinine + bilan hépatique + phosphatémie tous les 6 mois + DEXA (densitométrie osseuse) au départ puis tous les 2–3 ans si TDF au long cours + dépistage du CHC : échographie hépatique + AFP tous les 6 mois (même sous traitement antiviral — surtout si cirrhose) — le traitement antiviral réduit le risque de CHC mais ne l'annule pas (risque résiduel surtout si cirrhose) | Définitions de la réponse et de l'échec virologique : réponse virologique complète : HBV-DNA <10–20 UI/mL à 48–96 semaines de traitement → attendue chez >90 % des patients sous TDF ou ETV → si non atteinte à 96 semaines : vérifier observance + génotypage + recherche de résistance + échec virologique primaire : HBV-DNA ne diminue pas de 1 log₁₀ après 12 semaines de traitement correct → rare avec TDF ou ETV → envisager résistance préexistante ou mauvaise observance + rechute virologique (virologic breakthrough) : rebond de l'HBV-DNA ≥1 log₁₀ au-dessus du nadir sous traitement → première cause : mauvaise observance (interroger sans jugement) → résistance génotypique : rare avec TDF/ETV → génotypage + résistance à la lamivudine (M204V/I) + séquences L180M : si résistance lam → switch vers TDF ou ETV (1 mg) → ne pas ajouter un 2e ANT de la même famille (risque de résistance croisée) ; arrêt du traitement — quand est-ce possible ? hépatite B HBeAg+ : arrêt possible après : séroconversion HBe confirmée (anti-HBe+ stable) + HBV-DNA indétectable + ALAT normale + 12 mois de consolidation après séroconversion → risque de rechute : 30–50 % → surveillance mensuelle post-arrêt × 3 mois + trimestrielle × 12 mois + hépatite B HBeAg− (phase 4) : arrêt très difficile → rechute quasi-constante → traitement généralement à vie sauf séroconversion HBs + cirrhose : traitement à vie sans discussion + règle générale : ne jamais arrêter le traitement sans avis hépatologique → risque de poussée hépatique sévère (flare) avec décompensation |
| Réactivation du VHB sous immunosuppression Rituximab — chimiothérapie — biothérapie — prophylaxie |
La réactivation du VHB est une complication grave et potentiellement mortelle lors de l'utilisation de traitements immunosuppresseurs — elle peut survenir chez des patients AgHBs+ mais aussi chez des patients en phase 5 (anti-HBc+ AgHBs−) ; définition de la réactivation du VHB : augmentation de l'HBV-DNA ≥2 log₁₀ (×100) par rapport à la valeur de référence + ou HBV-DNA ≥3 log₁₀ si valeur basale indétectable + ou réapparition de l'AgHBs chez un patient anti-HBc+ AgHBs− → cliniquement : hépatite aiguë sévère → insuffisance hépatique fulminante → mortalité 5–40 % si non traitée (Chen 2012 — Gastroenterology) ; médicaments à risque élevé de réactivation (score de risque AASLD 2018) : risque très élevé (>10 %) : rituximab + obinutuzumab + ofatumumab (anti-CD20) + chimiothérapie en combinaison (notamment anthracyclines) + corticoïdes à haute dose + ibrutinib + midostaurin → prophylaxie antiviral obligatoire AVANT l'initiation du traitement immunosuppresseur + risque élevé (1–10 %) : corticoïdes ≥10 mg/j × >4 semaines + inhibiteurs TNF (adalimumab + infliximab + étanercept) + inhibiteurs des JAK (tofacitinib + baricitinib) + methotrexate + azathioprine + inhibiteurs de checkpoint immunitaire (pembrolizumab + nivolumab) → prophylaxie recommandée si AgHBs+ ou anti-HBc+ ; dépistage obligatoire avant tout traitement immunosuppresseur : AgHBs + anti-HBc total + anti-HBs → si AgHBs+ ou anti-HBc+ → HBV-DNA quantitatif + évaluation de la phase de l'infection + consultation en hépatologie avant l'initiation du traitement immunosuppresseur | Prophylaxie antivirale de la réactivation du VHB : patient AgHBs+ avec HBV-DNA indétectable : prophylaxie par ténofovir (TDF 300 mg/j ou TAF 25 mg/j) ou entécavir 0,5 mg/j → démarrer ≥7 jours AVANT le traitement immunosuppresseur → poursuivre pendant toute la durée du traitement + 12 mois après la fin si rituximab (18–24 mois selon certains centres) + 6 mois si autres immunosuppresseurs → ne pas interrompre prématurément → risque de rebond post-arrêt + patient anti-HBc+ / AgHBs− (phase 5 — infection occulte) : risque de réactivation variable selon le traitement immunosuppresseur → si rituximab ou chimiothérapie intensive : prophylaxie recommandée (TDF ou ETV) → si immunosuppression modérée (MTX + anti-TNF) : surveillance renforcée de l'HBV-DNA tous les 1–3 mois acceptable comme alternative selon certaines lignes directrices + suivi post-prophylaxie : HBV-DNA + AgHBs + ALAT tous les 1–3 mois pendant la prophylaxie + après l'arrêt : surveillance mensuelle × 3 mois puis trimestrielle × 12 mois → si réactivation malgré la prophylaxie (rare) : intensifier le traitement + avis hépatologie urgente ; VHB et grossesse : transmission verticale mère-enfant : risque majeur (90 % si mère HBeAg+ + HBV-DNA élevé sans prévention) → prévention standard au Canada : vaccination + immunoglobulines anti-HBs (HBIg 200 UI IM) au nouveau-né dans les 12h de vie → efficacité : 85–95 % + si mère avec HBV-DNA >200 000 UI/mL au 3e trimestre → traitement antiviral maternel par TDF à partir de 28–32 SA → réduit davantage la transmission (essai Han 2011 — Hepatology) → TDF: catégorie B (données rassurantes chez la femme enceinte) → entécavir non recommandé en grossesse (données limitées + tératogène animal) → allaitement : TDF compatible avec l'allaitement selon la plupart des guidelines (EASL 2017) mais décision individualisée |
| VHB et co-infections — VHD, VIH, alcool et stéatose Co-infection VHD — VHB-VIH — CHC — nouveaux traitements |
La prise en charge de l'hépatite B est modifiée par la présence de co-infections et de comorbidités hépatiques ; co-infection VHB-VHD (virus delta) : le VHD est un virus satellite du VHB — ne peut se répliquer qu'en présence de l'AgHBs du VHB → co-infection simultanée VHB-VHD : hépatite aiguë sévère → guérison spontanée plus fréquente + surinfection (patient VHB chronique qui se sur-infecte par VHD) → hépatite D chronique → cirrhose × 3 fois plus rapide + risque de CHC × 2 + risque d'hépatite fulminante + dépistage : Ac anti-VHD chez tout AgHBs+ → si positif → ARN VHD quantitatif + traitement : interféron pégylé alpha : seul traitement approuvé avec efficacité prouvée sur le VHD → 48–72 semaines → réponse virologique (ARN VHD indétectable) à l'arrêt du traitement : 25–40 % + bulevirtide (Hepcludex) : inhibiteur d'entrée du VHD (bloque le récepteur NTCP → sodium-taurocholate cotransporting polypeptide) → approuvé en Europe (EMA 2020) + non encore disponible au Canada (en cours d'évaluation par Santé Canada) → efficacité : suppression de l'ARN VHD + normalisation des ALAT dans 45 % à 24 semaines (D-LIVR trial 2023 — NEJM) ; co-infection VHB-VIH : prévalence : 5–10 % des personnes vivant avec le VIH au Canada → le VIH accélère la progression de l'hépatite B vers la cirrhose × 4–6 + traitement : traitement antirétroviral (TARV) doit obligatoirement inclure deux agents actifs contre les deux virus : ténofovir (TDF ou TAF) + emtricitabine (FTC) ou lamivudine (3TC) → jamais de lamivudine seule pour le VHB chez un patient VIH+ (sélection rapide des résistances VHB M204V) → en pratique : Descovy (TAF/FTC) ou Truvada (TDF/FTC) comme backbone du TARV → actifs contre VIH et VHB simultanément → surveiller HBV-DNA + ALAT séparément + dépistage du CHC : tous les 6 mois chez les co-infectés (risque très élevé) | Dépistage et surveillance du CHC dans l'hépatite B chronique : le VHB est un virus oncogène direct (protéine X → activation de voies oncogéniques + intégration du génome viral dans le génome hépatocytaire → instabilité génomique) → peut induire un CHC même en l'absence de cirrhose (contrairement au VHC) → populations à haut risque de CHC à surveiller par échographie + AFP tous les 6 mois : homme asiatique AgHBs+ >40 ans + femme asiatique AgHBs+ >50 ans + homme africain AgHBs+ à tout âge + tout patient AgHBs+ avec antécédents familiaux de CHC + tout patient avec cirrhose VHB (compensée ou décompensée) → le traitement antiviral réduit le risque de CHC de 50–80 % mais ne l'élimine pas (surtout si cirrhose préexistante) → surveiller même sous traitement + stade avancé (CHC découvert) : critères de Barcelona Clinic Liver Cancer (BCLC) pour la décision thérapeutique : stade 0-A : résection + ablation par radiofréquence + transplantation hépatique → stade B : chimioembolisation (TACE) → stade C : sorafénib + atézolizumab + bévacizumab → stade D : soins de confort ; nouveaux traitements en cours de développement (pipeline 2024–2026) : silenceurs du cccDNA (ARN interférents — JNJ-3989 + AB-729) : dégradent les ARNm viraux → réduction de l'AgHBs → essais de phase 2-3 en cours + inhibiteurs d'entrée virale (bulevirtide — déjà approuvé pour VHD en Europe) + capsid assembly modulators (CAMs — NVR 3-778) : perturbent l'assemblage de la capside virale → ARN prégénomique non encapsidé → réduction de la réplication → espoir d'une thérapie finie («functional cure») d'ici 5–10 ans |
Ictère + ascite + encéphalopathie + TP effondré (<50 %) + AgHBs positif → hépatite fulminante sur VHB ou décompensation de cirrhose VHB → hospitalisation urgente → traitement antiviral immédiat (ténofovir ou entécavir) → évaluation pour transplantation hépatique en urgence → avis hépatologie de 3e niveau.
Augmentation brutale de l'HBV-DNA (>2 log₁₀ par rapport au nadir) + ALAT multipliée par >3 chez un patient sous traitement immunosuppresseur → réactivation du VHB → traitement antiviral d'urgence (ténofovir ou entécavir) même si déjà sous prophylaxie → intensification + avis hépatologie urgente → hospitalisation si signes d'hépatite sévère.
Nodule hépatique découvert à l'échographie de surveillance + AFP en hausse chez un patient AgHBs+ ou avec cirrhose VHB → suspicion de carcinome hépatocellulaire → TDM triphasique ou IRM hépatique avec gadoxétate en urgence (protocole LI-RADS) → réunion de concertation pluridisciplinaire en oncologie hépatique dans les 2 semaines.
Fièvre + ictère + aggravation des tests hépatiques chez un patient anti-HBc+ ayant reçu du rituximab ou de la chimiothérapie sans prophylaxie antivirale → réactivation VHB sans prophylaxie → urgence hépatologique → ténofovir immédiat + hospitalisation + suspendre si possible l'immunosuppresseur.
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Les médecins de Clinique Omicron assurent le dépistage de l'hépatite B (AgHBs, anti-HBc, anti-HBs), l'initiation du bilan initial de l'hépatite B chronique nouvellement diagnostiquée — incluant l'HBV-DNA, les sérologies complètes, la prescription du FibroScan et le bilan des co-infections — et la coordination vers l'hépatologie ou l'infectiologie selon la phase et la sévérité. Le suivi longitudinal des patients en phase 3 (infection chronique HBeAg−, anciennement porteurs inactifs) et la surveillance du CHC par échographie hépatique semestrielle peuvent être intégrés dans le suivi médical habituel dans plusieurs points de service au Québec. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un hépatologue. L'interprétation de l'HBV-DNA et les décisions thérapeutiques dans l'hépatite B chronique doivent être réalisées par un professionnel de santé expérimenté, en tenant compte de l'ensemble des paramètres cliniques, biologiques et histologiques.
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