Hyperthyroïdie
Étiologies, physiopathologie et présentation clinique
- Maladie de Basedow — physiopathologie auto-immune et manifestations spécifiques : mécanisme auto-immun : production d'anticorps IgG dirigés contre le récepteur de la TSH (TSHR) → TRAb stimulants (TSAb — thyroid-stimulating antibodies) → miment l'action de la TSH → activation constitutive de l'adénylyl cyclase → augmentation de l'AMPc → stimulation de la synthèse et de la sécrétion de T4 et T3 + prolifération des thyréocytes → goitre diffus vasculaire → TRAb détectables dans 95–99 % des Basedow actifs → test diagnostique de choix (sensibilité 97–99 % — Barbesino 2013 — Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism) → TRAb normalise sous traitement et peut prédire la rémission sous ATS + génétique et facteurs déclenchants : terrain génétique HLA-DR3 (DRB1*03:01) + HLA-B8 → risque ×5 + tabac : facteur de risque majeur (×1,9 pour l'hyperthyroïdie de Basedow + ×7,7 pour l'ophtalmopathie — Vestergaard 2002 — Thyroid) + stress psychologique + accouchement (post-partum) + iode (contraste iodé + amiodarone) + infections virales (EBV + Yersinia enterocolitica) + immunothérapie anti-cancer (ICB — checkpoint inhibitors → thyroïdite immune) ; triade classique de Basedow (signe de Merseburg — von Basedow 1840) : goitre + tachycardie + exophtalmie → triade complète dans seulement 30–40 % des cas → chaque élément peut être isolé → ophtalmopathie de Basedow (orbitopathie thyroïdienne — OT) : présente dans 25–50 % des Basedow → sévère dans 3–5 % → mécanisme : TRAb + anticorps anti-TSHR dans les fibroblastes orbitaires → activation + production de glycosaminoglycanes + myxoedème orbitaire → exophtalmie (proptose) + rétraction palpébrale (signe de Graefe) + diplopie (atteinte des muscles extraoculaires) + photophobie + larmoiement + kératite d'exposition + neuropathie optique menaçant la vision (urgence) → classification CAS (Clinical Activity Score — Mourits 1997 — European Journal of Endocrinology) : 0–7 → OT active si CAS ≥3 → traitement immunosuppresseur : méthylprednisolone IV dans l'OT active modérée à sévère (Kahaly 2005 — NEJM : MP IV → meilleure efficacité que orale) + sélénium 200 µg/j × 6 mois dans l'OT légère (Marcocci 2011 — NEJM : réduction de la progression de l'OT + amélioration qualité de vie) + téprotumumab (anticorps anti-IGF-1R) → FDA 2020 pour l'OT active modérée à sévère (Douglas 2020 — NEJM : réduction proptose −2,82 mm vs −0,54 mm) → Kriss 2021 — NEJM Evidence : téprotumumab → résultats confirmés + myxœdème prétibial : dermoïde myxœdémateux des jambes + dos des pieds → infiltrat lymphocytaire + accumulation de glycosaminoglycanes → traitement : corticoïdes locaux + acropachie thyroïdienne (périostite digitale) : rare → triade Basedow extra-thyroïdienne complète
- Goitre multinodulaire toxique, adénome toxique et causes secondaires : goitre multinodulaire toxique (GMN toxique — maladie de Plummer) : 2e cause d'hyperthyroïdie → 15–20 % des cas → surtout femmes âgées (>50 ans) + zones de carence iodée historique → mécanisme : mutation somatique activatrice du récepteur de la TSH (TSHR) ou de Gαs (protéine G) → autonomie focale de certains nodules → sécrétion autonome de T4/T3 → TSH supprimée → pas d'anticorps TRAb → scintigraphie : fixation hétérogène → nodules chauds (hyperfixants) + zones froides → évolution progressive + risque de toxicité après charge iodée (phénomène de Jod-Basedow) → traitement préférentiel : ¹³¹I ou chirurgie (ATS peu efficaces à long terme — pas de rémission spontanée) ; adénome toxique de Goetsch (adénome de Plummer) : nodule unique autonome + hyperfixant en scintigraphie + reste de la thyroïde silencieux (suppression TSH) → mutation TSHR somatique + jeune femme + traitement : ¹³¹I ou chirurgie (lobectomie + isthmectomie) ; causes secondaires et iatrogènes d'hyperthyroïdie : amiodarone : riche en iode (37 % du poids) → hyperthyroïdie dans 5–10 % des patients (type I : hyperproduction par charge iodée sur goitre préexistant → thyrimazole + perchlorate → type II : thyroïdite destructive → corticoïdes — Bogazzi 2015 — Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism) + contraste iodé : phénomène de Jod-Basedow → hyperthyroïdie dans les semaines suivant l'injection (surveiller la TSH 4–6 semaines post-injection chez les patients à risque) + immunothérapie (ICB — nivolumab + pembrolizumab + ipilimumab) : thyroïdite destructive → hyperthyroïdie transitoire → hypothyroïdie secondaire + thyroïdite subaiguë de De Quervain (virale) : douleur cervicale + VS très élevée + hyperthyroïdie transitoire 2–3 mois → hypothyroïdie transitoire → guérison spontanée → AAS ou AINS + corticoïdes si sévère + thyroïdite silencieuse (post-partum) : auto-immune + 5–7 % post-partum + hyperthyroïdie 1–4 mois → hypothyroïdie → récupération dans 70 % + hyperthyroïdie factice (ingestion exogène) : thyroglobuline basse + scintigraphie blanche → diagnostic à l'interrogatoire + TSH sécrétant (tumeur hypophysaire) : très rare → TSH normale ou élevée + T4 libre élevée (dissociation) + sous-unité alpha élevée + IRM hypophysaire
- Présentation clinique — signes et symptômes systémiques : métabolisme général : amaigrissement malgré l'hyperphagie (augmentation du métabolisme basal de 25–50 %) + thermophobie + hypersudation + fièvre légère + système cardiovasculaire : tachycardie sinusale (symptôme le plus constant — 100 % des cas) + palpitations + fibrillation auriculaire (10–25 % des hyperthyroïdies — risque ×6 dans l'hyperthyroïdie infraclinique si TSH <0,1 mUI/L — Sawin 1994 — NEJM) + insuffisance cardiaque à haut débit + cardiomégalie + aggravation d'une insuffisance coronarienne préexistante + HTA systolique (augmentation du débit cardiaque) + élargissement de la pression pulsée + système nerveux : irritabilité + anxiété + tremblement fin des extrémités + insomnie + labilité émotionnelle + troubles de la concentration + psychose thyroïdienne (hyperthyroïdie sévère) + yeux : asynergie oculomotrice (signe de von Graefe — lid lag) + regard fixe + asynergie avec l'orbiculaire (signe de Möbius) → présents dans toutes les hyperthyroïdies (pas spécifiques à Basedow) → à distinguer de l'exophtalmie (spécifique à Basedow) + muscles et os : faiblesse musculaire proximale + myopathie thyroïdienne (monter les escaliers difficile) + ostéoporose accélérée (hyperthyroïdie chronique → activation des ostéoclastes) + risque de fracture + peau et annexes : peau chaude + moite + érythème palmaire + ongles de Plummer (séparation de l'ongle du lit unguéal) + cheveux fins et cassants + alopécie diffuse + appareil digestif : hyperpéristaltisme + diarrhée (selles molles + fréquentes) + nausées + vomissements (rares) + hyperthyroïdie apathique (sujet âgé) : présentation atypique ++ → tableau de dépression + apathie + fonte musculaire + FA + insuffisance cardiaque → PAS de goitre notable → PAS de signes adrénergiques marqués → diagnostic souvent retardé → important : toujours doser la TSH chez un sujet âgé avec FA nouvelle + insuffisance cardiaque non expliquée + amaigrissement + fertilité : oligo-aménorrhée + cycles irréguliers + avortements spontanés + chez l'homme : gynécomastie (aromatisation des androgènes) + réduction de la libido
Diagnostic biologique, imagerie et choix thérapeutique
| Aspect diagnostique / traitement | Méthodologie et interprétation | Données cliniques et suivi |
|---|---|---|
| Bilan biologique et imagerie — algorithme diagnostique TSH — T4L — T3L — TRAb — scintigraphie — échographie — algorithme ATA 2016 |
Bilan biologique de première intention : TSH ultrasensible (TSHus) : examen de 1re ligne obligatoire → méthode immunométrique de 3e génération → sensibilité fonctionnelle 0,01–0,02 mUI/L → valeur normale : 0,4–4,5 mUI/L (selon le laboratoire) → TSH effondrée (<0,1 mUI/L) → forte suspicion d'hyperthyroïdie → TSH indétectable (<0,01 mUI/L) → hyperthyroïdie franche → attention : TSH basse isolée ≠ automatiquement hyperthyroïdie → éliminer : médicaments (dopamine + corticoïdes hautes doses + octréotide → suppressent la TSH) + grossesse au 1er trimestre (hCG stimule le TSHR → TSH transitoirement basse — seuils spécifiques à la grossesse) + maladie non thyroïdienne sévère (euthyroid sick syndrome) → T4 libre (T4L) : 2e paramètre clé → élevée dans l'hyperthyroïdie franche → normale dans l'hyperthyroïdie infraclinique → méthode de référence : dialyse d'équilibre ou ultrafiltration (gold standard) → en pratique : immunoessai automatisé (interférences possibles avec les protéines de liaison en cas de grossesse + syndrome néphrotique) → T3 libre (T3L) : utile si TSH basse + T4L normale (hyperthyroïdie à T3 — T3 toxicosis — 5–10 % des hyperthyroïdies, surtout GMN toxique et stade précoce de Basedow) → T3L élevée + T4L normale + TSH basse → T3 toxicosis → thyroglobuline (Tg) : élevée dans Basedow + GMN → effondrée dans l'hyperthyroïdie factice (pas de production thyroïdienne) → distingue l'hyperthyroïdie vraie de l'ingestion exogène ; anticorps thyroïdiens : TRAb (anticorps anti-récepteur TSH) : test diagnostique de Basedow → méthode TBII (radiorecepteur) ou bioassay (TSAb) → sensibilité 97–99 % + spécificité 98–99 % — Barbesino 2013 JCEM → positifs dans 95–99 % des Basedow actifs → indispensable pour confirmer le diagnostic de Basedow avant de choisir le traitement + confirmer la rémission sous ATS (TRAb négatif = bon prédicteur de rémission) + dépistage fœtal (TRAb >3× la normale à terme → risque de Basedow néonatal) → anti-TPO (anticorps anti-thyroperoxydase) : positifs dans Basedow + thyroïdite de Hashimoto → peu spécifiques pour le diagnostic étiologique de l'hyperthyroïdie + anti-Tg (anticorps anti-thyroglobuline) : positifs dans Hashimoto → peu utiles pour l'hyperthyroïdie ; imagerie thyroïdienne dans l'hyperthyroïdie : échographie thyroïdienne + Doppler : indispensable → volume thyroïdien + nodules + vascularisation → Basedow : goitre diffus + hypervascularisation intense (flux en «enfer thyroïdien» au Doppler couleur) + hypoéchogénicité diffuse → GMN toxique : goitre multinodulaire + hétérogène → adénome toxique : nodule unique hyperéchogène ou isoéchogène → reste de la thyroïde souvent normal ou atrophique → scintigraphie thyroïdienne au ⁹⁹mTc-pertechnétate ou à l'¹²³I : indiquée si : étiologie incertaine après bilan biologique + avant ¹³¹I thérapeutique + avant chirurgie (évaluation du parenchyme) → résultats → Basedow : fixation diffuse et homogène + élevée + GMN toxique : fixation hétérogène avec zones chaudes et froides + adénome toxique : nodule chaud unique + reste thyroïde silencieux + thyroïdite (subaiguë ou silencieuse) : fixation très basse ou nulle (lyse folliculaire sans néosynthèse) → distingue les thyroïdites (traitement symptomatique seulement) des hyperthyroïdies vraies (ATS efficaces) | Hyperthyroïdie infraclinique — définition et implications cliniques : TSH <0,4 mUI/L + T4L et T3L normales → deux catégories : TSH 0,1–0,4 mUI/L (infraclinique légère) + TSH <0,1 mUI/L (infraclinique marquée) → risques de l'hyperthyroïdie infraclinique non traitée : fibrillation auriculaire → Sawin 1994 NEJM : TSH <0,1 mUI/L → risque FA ×3 sur 10 ans chez >60 ans → Cappola 2006 JAMA : TSH basse → mortalité cardiovasculaire augmentée + ostéoporose + fractures (perte osseuse accélérée — Bauer 2001 JAMA) + indications de traitement de l'hyperthyroïdie infraclinique (ATA 2016 + ETA 2018) : TSH <0,1 mUI/L + âge ≥65 ans → traitement recommandé + TSH <0,1 mUI/L + maladie cardiovasculaire + ostéoporose → traitement recommandé + TSH 0,1–0,4 mUI/L → surveillance rapprochée ± traitement selon le contexte + confirmation biologique : répéter TSH + T4L + T3L à 4–6 semaines → éliminer une cause transitoire (thyroïdite + médicaments) avant de traiter ; bilan complémentaire recommandé au diagnostic d'hyperthyroïdie : NFS (leucopénie possible dans Basedow + agranulocytose sous ATS à surveiller) + bilan hépatique (cytolyse chez 5–10 % des Basedow + toxicité hépatique des ATS) + bilan ionique + créatinine + glycémie + calcémie (hypercalcémie légère possible par augmentation du turnover osseux) + ECG (tachycardie sinusale + FA à chercher) + densitométrie osseuse (DXA) si hyperthyroïdie ancienne ou sévère |
| Antithyroïdiens de synthèse (ATS) — méthimazole et propylthiouracile Méthimazole — propylthiouracile — inhibition de la peroxydase — rémission Basedow — agranulocytose |
Mécanisme d'action des ATS : inhibent la thyroperoxydase (TPO) → bloquent l'organification de l'iode + la coupling des iodotyrosines → réduction de la synthèse de T4 et T3 → propylthiouracile (PTU) : inhibe en plus la conversion périphérique de T4 en T3 (inhibition de la désiodase de type 1) → avantage dans la crise thyroïdienne (action plus rapide sur la T3 circulante) + méthimazole (Tapazole) et carbimazole (précurseur du méthimazole) : plus puissants + demi-vie plus longue (6–12h vs 1–2h pour le PTU) → 1 prise quotidienne possible + pas d'inhibition de la désiodation ; posologie initiale : méthimazole : hyperthyroïdie légère à modérée : 10–20 mg/j → hyperthyroïdie sévère : 30–60 mg/j → titration selon les hormones thyroïdiennes (T4L + T3L) toutes les 4–6 semaines → PTU : réservé à la grossesse au 1er trimestre (méthimazole tératogène : embryopathie — aplasie cutis + choanal atresia + syndrome méthimazole-embryopathie — Yoshihara 2012 — NEJM) + crise thyroïdienne (effet anti-désiodation) → PTU 100–200 mg × 3/j → passage à méthimazole après le 1er trimestre ; stratégies de traitement par ATS dans la maladie de Basedow : traitement classique (18–24 mois) — ATA 2016 + ETA 2018 : dose d'attaque 4–6 semaines → normalisation des hormones → phase de maintien (méthimazole 5–10 mg/j) × 12–18 mois → arrêt et surveillance → taux de rémission à 2 ans : 40–60 % si TRAb négatif à l'arrêt → récidive : 50–60 % dans les 5 ans si TRAb encore positif → taux de rémission meilleur si : petit goitre + TRAb bas à l'arrêt + normalisation rapide sous ATS → traitement prolongé ou à vie (alternative à ¹³¹I ou chirurgie) : pour les patients refusant les autres options ou contre-indications → méthimazole faible dose à long terme → bien toléré → EMMA study (Azizi 2019 — Thyroid) : méthimazole 2,5–5 mg/j × 7 ans → rémission durable dans 85 % des cas → APART study (Laurberg 2011 — JCEM) : traitement ATS prolongé vs ¹³¹I → qualité de vie équivalente → méthode «block and replace» : dose élevée d'ATS bloquant totalement la thyroïde + L-thyroxine simultanée → contrôle rapide + stabilité des hormones → taux de rémission similaire au traitement classique mais plus d'effets secondaires → moins utilisée en Amérique du Nord + méthode «titration»: dose progressive selon les hormones → standard en Amérique du Nord | Effets secondaires des ATS et surveillance obligatoire : agranulocytose : effet indésirable grave le plus redouté → méthimazole et PTU → incidence : 0,1–0,5 % → médiane d'apparition : 3 premiers mois mais possible à tout moment → mécanisme : immunologique (pas dose-dépendant) → présentation : fièvre brutal + mal de gorge + aphtes → règle d'or : TOUT patient sous ATS avec fièvre ou mal de gorge doit faire une NFS en urgence → si polynucléaires neutrophiles <500/mm³ → arrêt immédiat des ATS + G-CSF si sévère + hébergement en hématologie → NE PAS substituer méthimazole par PTU si agranulocytose → réaction croisée dans 50 % des cas → indiquer ¹³¹I ou chirurgie après récupération → hépatotoxicité : PTU → hépatite fulminante (rare mais sévère — incidence 1/10 000 — mortalité élevée → contre-indication formelle du PTU en dehors de la grossesse 1er trimestre et de la crise thyroïdienne selon la FDA 2009 + Black Box Warning) → méthimazole → cholestase bénigne (plus fréquente mais moins sévère) → bilan hépatique avant initiation + si symptômes → autres effets : éruption cutanée (5 % → antihistaminiques + substituer l'autre ATS si persistance) + arthralgie + lupus induit (PTU ++) + troubles du goût → surveillance biologique : NFS + bilan hépatique + T4L + TSH → avant traitement + à 4–6 semaines + puis tous les 3 mois → surveillance TRAb : à 12–18 mois → prédicteur de rémission (TRAb négatif → 60 % de rémission à l'arrêt des ATS) ; bêtabloquants — traitement symptomatique rapide : propranolol 40–120 mg/j (non cardiosélectif → inhibe aussi la conversion T4→T3) ou aténolol ou métoprolol → contrôle rapide de la tachycardie + des tremblements + de l'anxiété + de la thermophobie → délai d'action immédiat (24–48h) → à utiliser en attente de l'effet des ATS (4–6 semaines) → sevrage progressif une fois l'euthyroïdie atteinte |
| Iode radioactif (¹³¹I) — traitement ablatif Radiothérapie métabolique — Basedow — GMN toxique — contre-indications — hypothyroïdie post-¹³¹I |
Mécanisme et rationnel du ¹³¹I dans l'hyperthyroïdie : l'iode radioactif ¹³¹I (iode-131) est captée sélectivement par la thyroïde via le cotransporteur sodium-iode (NIS) → irradiation bêta locale → nécrose progressive du parenchyme thyroïdien → réduction du volume + réduction de la sécrétion hormonale → demi-vie physique du ¹³¹I : 8,02 jours → demi-vie effective (biologique + physique) : 5–6 jours → irradiation localisée à la thyroïde → faible irradiation systémique → sécurité radiologique : Franklyn 2010 — NEJM (étude de cohorte 7 900 patients sur 23 ans) : pas d'augmentation du risque de cancer thyroïdien post-¹³¹I + Metso 2007 — European Journal of Endocrinology : pas d'excès de mortalité → données de sécurité à long terme rassurantes ; indications préférentielles du ¹³¹I (ATA 2016) : maladie de Basedow sans contre-indication (adulte non enceinte + TRAb de préférence <3× la normale — risque d'aggravation de l'OT si TRAb très élevé) + GMN toxique (traitement de choix — excellente efficacité + pas de rémission attendue sous ATS) + adénome toxique (efficacité 80–90 %) + récidive après ATS + patient refusant la chirurgie + risque chirurgical élevé + contre-indications absolues du ¹³¹I : grossesse (irradiation fœtale — thyroïde fœtale fonctionnelle dès la 12e–16e semaine) + allaitement + incapacité à respecter les consignes de radioprotection (enfants en bas âge à domicile) + suspicion de cancer thyroïdien (nodule froid ou indéterminé à la cytologie) + contre-indications relatives : ophtalmopathie de Basedow active modérée à sévère (risque d'aggravation — Bartalena 2002 — NEJM : ¹³¹I → aggravation OT dans 15 % → prévenir avec prednisolone 0,4 mg/kg × 3 mois si OT légère) + grand goitre compressif (préférer chirurgie) ; préparation avant ¹³¹I : normalisation de l'euthyroïdie par ATS si tachycardie sévère ou comorbidités cardiovasculaires (arrêt des ATS 5–7 jours avant pour ne pas réduire la captation) → test de grossesse obligatoire (femme en âge de procréer) → abstinence de grossesse 4–6 mois post-¹³¹I → diète pauvre en iode 1–2 semaines avant (maximise la captation) → calcul de la dose de ¹³¹I : formule de Quimby-Marinelli : dose (µCi) = [activité cible (µCi/g) × masse thyroïde (g)] / captation ¹²⁴h (%) → ou dose fixe (10–15 mCi) selon les habitudes du centre | Résultats et effets secondaires du ¹³¹I : taux de guérison de l'hyperthyroïdie : Basedow : 80–90 % à 1 an avec une dose standard → nécessite parfois une 2e dose + GMN toxique : 80–90 % + délai d'action : 3–6 mois → maintenir les ATS ou les bêtabloquants pendant cette période si nécessaire → hypothyroïdie post-¹³¹I : quasi-inévitable à long terme dans la maladie de Basedow (80–100 % à 20 ans) → survient dans les 3–12 mois post-traitement dans la majorité des cas → traitement substitutif par L-thyroxine → à vie → suivi TSH : à 4–6 semaines + 3 mois + 6 mois + 1 an + annuellement → dès que TSH >5 mUI/L → initier L-thyroxine → ophtalmopathie de Basedow — risque d'aggravation post-¹³¹I : Bartalena 2002 — NEJM : essai randomisé → ¹³¹I vs méthimazole vs chirurgie → aggravation OT dans 15 % avec ¹³¹I vs 3 % méthimazole → prévention : prednisolone 0,4–0,5 mg/kg/j × 1 mois puis dégression sur 2 mois si OT légère pré-existante → contre-indication si OT active modérée à sévère → thyroïdite radique : 3–10 j post-¹³¹I → cervicalgie + tuméfaction → AINS → transitoire + libération de T4/T3 par la lyse folliculaire → risque de thyrotoxicose transitoire si thyroïde très hyperfonctionnelle → prétraitement par ATS recommandé si T4L très élevée avant ¹³¹I → radioprotection post-¹³¹I : isolement partiel 5–7 jours + éviter contact rapproché avec enfants <3 ans + femmes enceintes + restriction des sorties → consignes écrites obligatoires selon Santé Canada (Commission canadienne de sûreté nucléaire — CCSN) |
| Thyroïdectomie — chirurgie de l'hyperthyroïdie Thyroïdectomie totale — indications — complications — hypoparathyroïdie — paralysie récurrentielle |
Indications de la thyroïdectomie dans l'hyperthyroïdie (ATA 2016 + ETA 2018) : indications préférentielles de la chirurgie : grand goitre compressif (>80–100 g) avec symptômes (dysphagie + dyspnée + voix rauque + goitre plongeant) + nodule thyroïdien associé suspect de malignité (froid en scintigraphie + cytologie indéterminée ou suspecte) + ophtalmopathie de Basedow active modérée à sévère (¹³¹I contre-indiqué — préférer chirurgie ou ATS) + TRAb très élevés (>3× la normale) → risque d'aggravation OT avec ¹³¹I + désir de rémission rapide et définitive (grossesse envisagée à court terme — délai de 6 mois évité) + refus du ¹³¹I par le patient + contre-indication aux ATS (agranulocytose + hépatotoxicité) + patient non observant aux ATS ; technique chirurgicale : thyroïdectomie totale : standard pour la maladie de Basedow et le GMN toxique → taux de récidive quasi nul + hypothyroïdie à vie + lobectomie ± isthmectomie : pour l'adénome toxique unilatéral → préserve la fonction du lobe controlatéral → euthyroïdie post-opératoire possible sans L-thyroxine ; préparation préopératoire indispensable : euthyroïdie impérative avant chirurgie (ATS jusqu'à la veille de l'opération) → solution de Lugol (iodure de potassium 5 % + iode 10 %) : 5 gouttes × 3/j × 10–14 jours avant l'opération → réduit la vascularisation thyroïdienne (inhibe la synthèse et la libération hormonale de façon transitoire — effet Wolff-Chaikoff) → réduit le saignement peropératoire → propranolol ou bêtabloquant jusqu'à l'euthyroïdie si tachycardie ; complications spécifiques de la thyroïdectomie — suivi post-opératoire : hypoparathyroïdie (complication la plus fréquente) : transitoire dans 10–20 % des cas → définitive dans 1–3 % → mécanisme : lésion ou ischémie des glandes parathyroïdes → hypocalcémie post-opératoire → surveillance calcémie toutes les 4–6h les 48h post-op → signes d'hypocalcémie : paresthésies péribuccales + crampes + signe de Chvostek + tétanie → traitement : calcium oral ou IV + calcitriol (1,25-OH2D3 — Rocaltrol 0,25–1 µg/j) → paralysie récurrentielle (nerf laryngé récurrent) : unilatérale : dysphonie + voix rauque → 1–5 % permanente → bilatérale : stridor + insuffisance respiratoire → urgence → 0,1–0,5 % permanente → prévention : neuromonitoring peropératoire du nerf récurrent + préservation anatomique → hématome cervical post-opératoire : compression trachéale → urgence → réouverture de la plaie au lit si détresse respiratoire → hypothyroïdie post-thyroïdectomie totale : constante → L-thyroxine initiée dès J1 post-op → dose habituelle : 1,6 µg/kg/j → suivi TSH à 6 semaines → ajustement + taux de guérison de l'hyperthyroïdie après thyroïdectomie totale : quasi 100 % → pas de récidive d'hyperthyroïdie | Suivi post-traitement de l'hyperthyroïdie — selon la modalité choisie : après ATS (arrêt à 18–24 mois si rémission) : TSH + T4L à 6 semaines + 3 mois + 6 mois + 1 an → si TSH reste normale → rémission maintenue → suivi annuel × 5 ans → si récidive (TSH <0,4 mUI/L) → reprendre ATS ou discuter traitement définitif (¹³¹I ou chirurgie) → après ¹³¹I : TSH + T4L à 4–6 semaines + 3 mois + 6 mois + 1 an → hypothyroïdie → L-thyroxine → si hyperthyroïdie persistante à 6 mois → 2e dose ¹³¹I à discuter → après thyroïdectomie totale : calcium + PTH le lendemain de l'opération + TSH à 6 semaines → L-thyroxine ajustée → TRAb inutile si thyroïdectomie totale (plus de tissu cible) ; choix entre les trois options thérapeutiques — facteurs décisionnels (ATA 2016) : grossesse envisagée <6 mois → chirurgie (évite délai post-¹³¹I) → OT active modérée à sévère → ATS ou chirurgie (¹³¹I contre-indiqué) → GMN toxique ou adénome toxique → ¹³¹I en 1re intention → grand goitre compressif → chirurgie → récidive après 1er traitement ATS → ¹³¹I ou chirurgie → TRAb très élevés (risque OT) → ATS ou chirurgie → désir de rémission rapide + occupation à risque (pilote + chirurgien) → chirurgie → patient âgé + comorbidités cardiovasculaires → ¹³¹I si opérable non souhaitable + jeune femme sans enfant + maladie légère → ATS en 1re ligne avec espoir de rémission |
| Hyperthyroïdie et grossesse — gestion spécifique PTU 1er trimestre — méthimazole 2e–3e trimestre — TRAb fœtal — Basedow néonatal — suivi |
Spécificités de l'hyperthyroïdie pendant la grossesse : physiologie thyroïdienne de la grossesse : hCG stimule le TSHR → TSH transitoirement basse au 1er trimestre (8–12 semaines) → seuils de référence TSH spécifiques à la grossesse (ATA 2017) : 1er trimestre : 0,1–2,5 mUI/L + 2e trimestre : 0,2–3,0 mUI/L + 3e trimestre : 0,3–3,5 mUI/L → hyperémèse gravidique + TSH très basse + T4L légèrement élevée → hyperthyroïdie gestationnelle transitoire → traitement symptomatique uniquement (hydratation + antiémétiques) → pas d'ATS ; maladie de Basedow en grossesse : ATS indispensables si T4L élevée (risque fœtal et maternel) → choix de l'ATS selon le trimestre : 1er trimestre (jusqu'à 16 semaines) : PTU 100–200 mg × 3/j → méthimazole tératogène → embryopathie méthimazole : aplasia cutis + atrésie choanale + fistule trachéo-oesophagienne + faciès particulier (Yoshihara 2012 — NEJM) → 2e et 3e trimestres : passage au méthimazole (PTU → risque hépatite fulminante maternel) → méthimazole 5–20 mg/j selon la T4L → objectif thérapeutique en grossesse : maintenir T4L dans la moitié supérieure de la normale (légèrement au-dessus de la normale accepté) + maintenir TSH en bas de la normale → éviter l'hypothyroïdie fœtale (les ATS traversent le placenta) → la L-thyroxine ne traverse pas suffisamment le placenta → ne pas utiliser la méthode «block and replace» en grossesse → dose la plus faible d'ATS possible pour maintenir T4L acceptable + TRAb et surveillance fœtale : TRAb maternels traversent le placenta librement → si TRAb >3× la normale (>3e trimestre) → risque de Basedow néonatal → surveillance fœtale : fréquence cardiaque fœtale (tachycardie fœtale >160 bpm → signe d'hyperthyroïdie fœtale) + écho fœtale : goitre fœtal + accélération de la maturation osseuse + retard de croissance intra-utérin → si Basedow néonatal probable : PTU ou méthimazole maternel adapté → néonatologue prévenu → surveillance du nouveau-né les 5–7 premiers jours (TRAb maternel disparaît en 3–6 mois) ; post-partum et allaitement : PTU et méthimazole compatibles avec l'allaitement à doses modérées (méthimazole ≤20 mg/j + PTU ≤300 mg/j) → ATA 2017 → prendre les ATS immédiatement après la tétée → surveillance NFS néonatale si doses élevées → thyroïdite du post-partum : 5–7 % des femmes → hyperthyroïdie dans les 1–4 mois → hypothyroïdie dans les 4–8 mois → récidive dans 25 % à chaque grossesse → surveillance TSH 6–12 semaines post-partum chez toute femme avec ATCD de Basedow ou Hashimoto | Gestion de l'hyperthyroïdie dans les situations cliniques particulières : insuffisance cardiaque à haut débit sur hyperthyroïdie : objectif prioritaire : rétablir l'euthyroïdie → ATS + bêtabloquants en urgence + traitement de l'insuffisance cardiaque (diurétiques si nécessaire) → la cardiopathie thyrotoxique est réversible sous traitement + FA sur hyperthyroïdie : restaurer l'euthyroïdie → 50–60 % des FA se convertissent spontanément en rythme sinusal → cardioversion électrique différée jusqu'à l'euthyroïdie → anticoagulation : recommandée si FA >48h + score CHA₂DS₂-VASc ≥2 → AOD en 1re ligne → si conversion spontanée à l'euthyroïdie → discuter poursuite anticoagulation selon le risque thrombo-embolique résiduel → hyperthyroïdie + diabète : l'hyperthyroïdie aggrave l'insulinorésistance → augmente la glycémie → ajustement des antidiabétiques ou de l'insuline lors du traitement de l'hyperthyroïdie → hyperthyroïdie chez la personne âgée (apathique) : ATS à doses plus faibles (métabolisme réduit) + risque de FA et d'insuffisance cardiaque plus élevé → ¹³¹I souvent préféré après normalisation de l'euthyroïdie + hyperthyroïdie à l'amiodarone : type I (goitre préexistant) → arrêt amiodarone si possible + méthimazole + perchlorate de potassium → type II (thyroïdite destructive) → prednisone 40 mg/j → type mixte : difficile → parfois les deux traitements combinés → Bogazzi 2015 JCEM → thyroïdectomie en dernier recours si réfractaire |
Crise thyroïdienne (tempête thyroïdienne) : score de Burch-Wartofsky ≥45 — hyperthermie >38,5–40°C + tachycardie extrême (>140 bpm) + agitation + confusion ou coma + vomissements + diarrhée profuse + insuffisance cardiaque à haut débit → mortalité 10–30 % même avec traitement → urgence médicale absolue → hospitalisation en soins intensifs.
Traitement de la crise thyroïdienne (ordre chronologique d'administration) : 1. PTU 500–1 000 mg per os ou par sonde nasogastrique (bloque la synthèse ET la conversion T4→T3) → puis 250 mg × 4/j ; 2. Solution de Lugol 5–10 gouttes × 3/j (30–60 min APRÈS le PTU pour éviter d'alimenter la synthèse) ; 3. Hydrocortisone 300 mg IV en bolus puis 100 mg × 3/j (inhibe la conversion T4→T3 + prévient l'insuffisance surrénalienne relative) ; 4. Propranolol 60–80 mg per os toutes les 4–6h ou 1–2 mg IV lentement (contrôle de la tachycardie + inhibition de la conversion T4→T3) ; 5. Cholestyramine 4 g × 4/j (réduit le cycle entérohépatique des hormones thyroïdiennes) ; 6. Traitement du facteur déclenchant (infection + chirurgie + accouchement + contraste iodé).
Agranulocytose sous ATS (PNN <500/mm³) + fièvre + mal de gorge → arrêt immédiat des ATS + hospitalisation + G-CSF + antibiothérapie à large spectre si fièvre + NE PAS substituer par l'autre ATS (réaction croisée 50 %) → traiter l'hyperthyroïdie par ¹³¹I ou chirurgie après la récupération hématologique.
Ophtalmopathie de Basedow avec baisse d'acuité visuelle ou kératite d'exposition sévère → neuropathie optique compressive → urgence ophtalmologique → méthylprednisolone IV 0,5–1 g/j × 3 jours → si pas de réponse à 2 semaines → décompression orbitaire chirurgicale.
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Les médecins de Clinique Omicron assurent l'évaluation initiale de l'hyperthyroïdie — dosage de la TSH, de la T4 libre et des TRAb — la prescription et le suivi des antithyroïdiens de synthèse, et la coordination vers l'endocrinologie, la médecine nucléaire ou la chirurgie thyroïdienne selon l'étiologie et le projet thérapeutique. Le suivi à long terme après traitement est assuré dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un endocrinologue. Tout symptôme évoquant une aggravation de l'hyperthyroïdie — tachycardie extrême, fièvre, agitation, confusion — nécessite une évaluation médicale urgente.
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