Kérion (teigne inflammatoire du cuir chevelu)
Microbiologie, physiopathologie et présentation clinique
- Agents étiologiques, sources de contamination et physiopathologie du kérion : dermatophytes responsables des teignes du cuir chevelu et du kérion : dermatophytes anthropophiles (transmis d'homme à homme — provoquent surtout les teignes sèches) : Trichophyton tonsurans : agent le plus fréquent en Amérique du Nord (particulièrement dans les communautés afro-américaines et caraïbéennes) → teigne endothrix (spores à l'intérieur du poil → poil cassant + facilement arraché) → souvent teigne sèche → kérion possible mais moins fréquent + Trichophyton violaceum + Microsporum audouinii (rare) → dermatophytes zoophiles (transmis par les animaux — déclenchent des réactions inflammatoires intenses → kérion ++) : Microsporum canis : chats + chiens → agent zoophile le plus fréquent au Québec → teigne ectothrix (spores à l'extérieur du gaine du poil → poil cassant + fluorescent à la lampe de Wood — jaune-vert) → réaction inflammatoire intense → kérion + Trichophyton mentagrophytes : lapins + cobayes + rongeurs + Trichophyton verrucosum : bovins + équins → responsable des kérions profonds (boggy) + dermatophytes géophiles (provenant du sol — déclenchent des réactions inflammatoires intenses) : Microsporum gypseum : sols → travaux de jardinage + contact avec la terre → kérion parfois + physiopathologie du kérion : invasion des follicules pileux par le dermatophyte → pénétration dans le cortex du poil (endothrix) ou autour de la gaine (ectothrix) → production d'enzymes kératinolytiques (kératinases + protéases) → dégradation de la kératine → activation de l'immunité adaptative (lymphocytes T CD4+ Th1) → réaction d'hypersensibilité retardée de type IV → afflux de polynucléaires neutrophiles → formation de folliculites + abcès folliculaires → suppuration → cette réaction immunitaire est initialement protectrice (elle élimine le champignon) mais si excessive → dommages aux follicules pileux → fibrose périfolliculaire → risque d'alopécie cicatricielle permanente si traitement tardif → le kérion représente une battle immunologique entre l'hôte (réaction intense) et le champignon → le traitement antifongique + les corticoïdes (pour modérer la réaction) doivent être initiés rapidement pour préserver les follicules pileux viables + réaction d'id (trichophytide) : réaction allergique à distance → lésions vésiculeuses des mains + des pieds + ou du tronc → mécanisme immunitaire (pas d'infection à distance — pas de traitement antifongique local à ces sites) → régression avec le traitement antifongique systémique
- Présentation clinique et diagnostic différentiel : présentation clinique du kérion : plaque unique (ou multiple) sur le cuir chevelu → aspect boggy (molle + fluctuante comme une éponge imbibée) + suppurante (pus s'écoule à la pression ou spontanément des ostia folliculaires → aspect en « nid d'abeilles ») + érythémateuse + douloureuse au toucher + alopéciante (alopécie de la plaque + pelade des cheveux sur la lésion) + croûtes + écailles + taille : 2–10 cm de diamètre → les cheveux cassés restent sur la plaque (contrairement à l'alopecia areata où le cuir chevelu est lisse) + localisation : cuir chevelu préférentiellement → peut toucher la barbe + les cils + les sourcils + adénopathies cervicales postérieures + sous-occipitales + douloureuses + volumineuses → quasi-constantes dans le kérion → peuvent être le premier signe amenant à la consultation + fièvre + asthénie (dans les formes sévères) + parfois : réaction d'id (trichophytide) à distance + caractéristiques selon l'agent : Microsporum canis → fluorescence jaune-vert à la lampe de Wood (lampe ultraviolette — présente dans environ 50 % des cas de M. canis) → endothrix de T. tonsurans → PAS de fluorescence + bilan paraclinique : examen mycologique direct : cheveux + squames prélevés → examen au microscope + potasse (KOH) → visualise les spores autour (ectothrix) ou à l'intérieur du poil (endothrix) + culture sur gélose de Sabouraud + actidione + chloramphénicol → 2–4 semaines pour identification → spécification du genre + espèce → guide l'épidémiologie + la source + NFS : leucocytose modérée + signe d'inflammation systémique + CRP élevée → diagnostic différentiel : abcès bactérien du cuir chevelu : staphylocoque + streptocoque → pus franc + sans cassure des cheveux → culture bactérienne + furonculose + folliculite pustuleuse bactérienne → pas de plaque alopéciante diffuse + alopecia areata (pelade) : non inflammatoire + non purulente + cuir chevelu lisse + pas de cheveux cassés + pas d'adénopathies + extension centrifuge possible + cicatrices de varicelle + de brûlures
Traitement antifongique et prise en charge
| Traitement / aspect | Données, modalités et résultats | Études clés et recommandations |
|---|---|---|
| Antifongiques systémiques — griseofulvine, terbinafine, itraconazole Griseofulvine — terbinafine — itraconazole — fluconazole — durée traitement — posologie poids — traitement de choix selon l'agent — suivi — contrôle mycologique — alimentation grasse — effets indésirables |
Traitement antifongique systémique — pilier du traitement du kérion : rappel fondamental : les antifongiques topiques seuls sont INSUFFISANTS → ne pénètrent pas dans les follicules pileux jusqu'à la profondeur requise → le traitement SYSTÉMIQUE oral est indispensable + éducation : éviter le partage de brosses à cheveux + bonnets + oreillers + pendant le traitement → pas d'éviction scolaire systématique si traitement initié (AAP + NICE) → shampooing antifongique (kétoconazole 2 % ou sulfure de sélénium 2,5 %) × 2–3/sem en complément (réduction de la charge fongique et du risque de contamination) → griseofulvine : antifongique historique + encore très utilisé + approuvé pédiatrique → mécanisme : inhibition de la polymérisation de la tubuline fungique → arrêt de la mitose + dosage : griseofulvine micronisée 20–25 mg/kg/j PO en 1–2 prises → max 1 g/j → ou griseofulvine ultramicronisée 10–15 mg/kg/j → prendre avec un repas gras (absorption augmentée × 2) → durée : 6–12 semaines (jusqu'à 4 semaines après la guérison clinique et mycologique) → efficacité : taux de guérison 80–95 % pour M. canis + moins efficace pour T. tonsurans (nécessite parfois des doses plus élevées ou une durée prolongée) → effets indésirables : photosensibilité + céphalées + troubles GI + interactions médicamenteuses (enzyme inducteur CYP3A4 → réduit l'efficacité des contraceptifs hormonaux + warfarine + ciclosporine) + contre-indication : grossesse (tératogène) → porphyries → lupus érythémateux ; terbinafine : antifongique de 2e génération → mécanisme : inhibition de la squalène époxydase → arrêt de la synthèse de l'ergostérol + accumulation de squalène toxique → fongicide → supérieure à la griseofulvine pour T. tonsurans → dosage pédiatrique : <25 kg : 62,5 mg/j → 25–35 kg : 125 mg/j → >35 kg : 250 mg/j → durée : 4–6 semaines → supérieure à la griseofulvine en termes de durée de traitement (plus courte) → Chen 2001 — Journal of the American Academy of Dermatology : terbinafine supérieure à la griseofulvine pour T. tonsurans + durée plus courte → terbinafine est maintenant recommandée en 1re ligne pour T. tonsurans aux USA (AAP 2021) → pour M. canis → griseofulvine ou itraconazole préférés (terbinafine moins efficace contre Microsporum) → effets indésirables : troubles GI + éruption cutanée + rarement hépatotoxicité (bilan hépatique si traitement prolongé) → surveiller NFS si traitement prolongé (neutropénie rare) ; itraconazole : azolé → mécanisme : inhibition du cytochrome P450 fongique (14α-déméthylase) → arrêt de la synthèse de l'ergostérol → dosage pédiatrique : 5 mg/kg/j PO en 1 prise → durée : 4–6 semaines → efficace pour Microsporum + Trichophyton → alternative à la griseofulvine si intolérance → nombreuses interactions médicamenteuses (inhibiteur CYP3A4 ++ ) → contre-indication : insuffisance cardiaque congestive + prise avec les repas (capsules) → fluconazole : triazolé + dosage : 6 mg/kg/j × 2–4 semaines → ou protocole pulse (6 mg/kg/sem × 4–8 semaines) → alternative si griseofulvine + terbinafine + itraconazole non disponibles ou non tolérés → données moins robustes pour la teigne + choix selon l'agent responsable (résumé) : T. tonsurans : terbinafine (1re ligne AAP) + ou griseofulvine (longue durée) → M. canis : griseofulvine + ou itraconazole → T. verrucosum : griseofulvine + ou itraconazole | Chen 2001 — Journal of the American Academy of Dermatology : terbinafine vs griseofulvine + T. tonsurans → terbinafine supérieure + durée plus courte → référence de choix pour T. tonsurans + AAP (American Academy of Pediatrics) 2021 : guidelines teigne du cuir chevelu + terbinafine 1re ligne T. tonsurans + griseofulvine si M. canis + NICE 2018 : guidelines teigne + kérion → griseofulvine + terbinafine + itraconazole + British Association of Dermatologists (BAD) 2014 : guidelines tinea capitis → kérion → traitement systémique → +/− corticoïdes + Gupta 2005 — Journal of the American Academy of Dermatology : revue des antifongiques systémiques pour la teigne de l'enfant → Seebacher 2007 — Mycoses : kérion → traitement + épidémiologie + INESSS Québec + RAMQ : griseofulvine remboursée pour tinea capitis + terbinafine 250 mg remboursée + itraconazole remboursé + Santé Canada : griseofulvine + terbinafine + itraconazole approuvés |
| Corticoïdes systémiques, soins locaux et mesures d'entourage Prednisone — méthylprednisolone — alopécie cicatricielle prévention — soins locaux — drainage contre-indiqué — compresses — séchage — contrôle à domicile — contamination — animaux — dépistage fratrie — shampooing antifongique — retour école |
Corticoïdes systémiques — réduction de l'inflammation et prévention de l'alopécie cicatricielle : rôle des corticoïdes dans le kérion : la réponse immunitaire excessive (hypersensibilité type IV) est elle-même destructrice pour les follicules pileux → les corticoïdes réduisent l'inflammation + préservent les follicules viables → recommandation : prednisone PO 1–2 mg/kg/j × 7–14 jours → en association avec l'antifongique systémique → jamais en monothérapie (le champignon continuera à proliférer sous corticoïdes seuls) → résultats : régression plus rapide du kérion + réduction de la douleur + réduction des adénopathies + possible réduction du risque d'alopécie cicatricielle (données moins solides) → Hussain 2007 — Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology : corticoïdes + kérion → réduction de l'inflammation + amélioration de la régression → niveau de preuve modéré → les guidelines BAD 2014 + NICE 2018 recommandent de considérer les corticoïdes systémiques dans les kérions volumineux + douloureux + avec risque d'alopécie cicatricielle + prise en charge locale du kérion : NE PAS inciser le kérion (ni drainer chirurgicalement) → le kérion n'est PAS un abcès bactérien franc → l'incision ne fait qu'aggraver la lésion + risque de surinfection bactérienne + compresses douces imbibées d'une solution antiseptique (solution saline + ou chlorhexidine dilution légère) → maintien de l'hygiène locale sans traumatisme → shampooing antifongique (kétoconazole 2 % + ou sulfure de sélénium 2,5 %) × 2–3/sem → réduit la charge fongique + diminue le risque de contamination de l'entourage → surtout les premières semaines + surinfection bactérienne secondaire : possible dans les kérions très suppuratifs → staphylocoque + streptocoque → antibiothérapie orale si surinfection documentée (amoxicilline-clavulanate + ou céfalexine) → culture bactérienne du pus → contrôle à la guérison : examen mycologique de contrôle à 6–8 semaines → culture négative = guérison mycologique → la guérison clinique précède souvent la guérison mycologique ; mesures d'entourage et de santé publique : rechercher la source animale : M. canis → chats + chiens → examen vétérinaire → traitement antifongique de l'animal si atteint (miconazole lotion + ou griseofulvine vétérinaire) → T. verrucosum → animaux de ferme (bovins + équins) → signalement vétérinaire → dépistage de la fratrie et des contacts proches : examen clinique du cuir chevelu + prélèvements mycologiques si symptômes → traitement des porteurs symptomatiques → les enfants porteurs asymptomatiques transmettent le champignon mais nécessitent un traitement si confirmation mycologique + retour à l'école : l'AAP + les autorités canadiennes recommandent généralement de NE PAS exclure l'enfant de l'école dès lors que le traitement systémique est initié → shampooing antifongique pendant la période de traitement → informer l'école + les parents des contacts → éviction scolaire est excessive et non recommandée dans la plupart des guidelines | Hussain 2007 — Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology : corticoïdes systémiques + kérion → réduction de l'inflammation + régression accélérée + BAD 2014 (British Association of Dermatologists) : guidelines tinea capitis → kérion → corticoïdes systémiques recommandés dans les formes sévères + NICE 2018 : tinea capitis + kérion → traitement systémique + corticoïdes si sévère + AAP 2021 : teigne + retour à l'école → pas d'exclusion si traitement initié + Gupta 2005 — JAAD : revue complète des teignes de l'enfant → sources + traitement + dépistage + Seebacher 2007 — Mycoses : kérion → épidémiologie européenne + traitement + Hay 2017 — Mycoses : tinea capitis → épidémiologie mondiale + traitement → revue récente + Agence de la santé publique du Canada (ASPC) : tinea capitis + gestion en collectivité + SCD (Société canadienne de dermatologie) : recommandations tinea capitis + kérion au Canada + INESSS Québec + RAMQ : griseofulvine + terbinafine + itraconazole + prednisone → remboursés dans les indications pédiatriques |
Enfant 2–12 ans avec plaque boggy (molle + fluctuante) du cuir chevelu + suppuration + cheveux cassés + alopécie de la plaque + adénopathies cervicales volumineuses + sensibles + fièvre → kérion (teigne inflammatoire sévère) → consultation médicale urgente → prélèvements mycologiques (KOH + culture) → antifongique systémique oral immédiat sans attendre la culture : griseofulvine 20–25 mg/kg/j si M. canis suspecté (contact avec chat ou chien) OU terbinafine si T. tonsurans → prednisone 1 mg/kg/j × 7–14 jours si inflammation importante → shampooing antifongique × 2–3/sem → NE PAS inciser.
Enfant traité pour kérion depuis 4 semaines sans amélioration clinique — inflammation persistante + nouvelle suppuration + alopécie croissante → échec du traitement → vérifier l'observance (griseofulvine avec les repas gras ?) → réévaluer la culture mycologique pour identification de l'espèce + antifongramme → si M. canis non répondeur → augmenter la dose de griseofulvine → ou switch vers itraconazole → si T. tonsurans → terbinafine → consultation dermatologique pédiatrique → risque d'alopécie cicatricielle si délai prolongé.
Enfant avec kérion + éruption vésiculeuse diffuse des paumes + plantes + ou tronc sans infection de ces sites → réaction d'id (trichophytide) → réaction allergique à distance aux antigènes du dermatophyte → PAS d'infection à distance → PAS de traitement antifongique local des lésions d'id → la trichophytide régresse avec le traitement systémique du kérion → antihistaminiques si prurit intense → consultation médicale pour confirmation.
Consulter à Clinique Omicron
Les médecins de Clinique Omicron diagnostiquent le kérion cliniquement (plaque boggy + suppurante + alopéciante + adénopathies cervicales chez l'enfant), prescrivent les prélèvements mycologiques (KOH + culture), initient le traitement antifongique systémique approprié selon l'agent suspecté (griseofulvine + terbinafine + itraconazole), ajoutent les corticoïdes systémiques si le kérion est volumineux ou sévère, conseillent sur les mesures d'entourage (animal + fratrie + hygiène) et orientent vers le dermatologue pédiatrique si le cas est complexe ou résistant. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un dermatologue. Le kérion est une urgence thérapeutique — le retard de traitement expose au risque d'alopécie cicatricielle permanente. Un antifongique systémique oral est indispensable — les traitements topiques seuls sont insuffisants.
Clinique Omicron
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