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Infectiologie & Médecine des voyages & Médecine de famille

Paludisme / Malaria - Test médical Clinique Omicron

Le paludisme — désigné malaria en anglais, terme dérivé de l'italien mala aria (mauvais air) — est la parasitose protozoaire la plus meurtrière au monde, causée par des parasites intracellulaires obligatoires du genre Plasmodium transmis à l'être humain par la piqûre de moustiques femelles du genre Anopheles lors de leur repas sanguin nocturne. Cinq espèces de Plasmodium infectent l'humain : P. falciparum — responsable de 95 % de la mortalité mondiale par ses propriétés uniques de séquestration dans les capillaires des organes vitaux (cerveau + poumons + reins + placenta) via la cytoadhérence des érythrocytes parasités aux récepteurs endothéliaux — P. vivax et P. ovale qui forment des hypnozoïtes dormants dans le foie pouvant causer des rechutes pendant plusieurs années après l'infection initiale — P. malariae à évolution chronique pouvant persister des décennies — et P. knowlesi, parasite simien d'Asie du Sud-Est pouvant infecter l'humain et evoluer rapidement vers des formes sévères. Selon l'OMS, le paludisme a tué 619 000 personnes en 2021 — dont 77 % d'enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne — malgré les progrès considérables réalisés depuis 2000 (réduction de 40 % de la mortalité). Au Canada, environ 500 à 1 000 cas importés sont diagnostiqués annuellement — presque exclusivement chez des voyageurs revenant de zones d'endémie (Afrique subsaharienne + Asie du Sud + Amérique centrale et du Sud) ou chez des immigrants récents — sans transmission autochtone possible dans nos conditions climatiques actuelles. La règle d'or en médecine des voyages et en médecine d'urgence : tout voyageur fébrile revenant d'une zone d'endémie palustre dans les 3 mois précédents est suspect de paludisme jusqu'à preuve du contraire et doit bénéficier d'un frottis sanguin + une goutte épaisse ou un test de détection rapide (TDR) dans l'heure suivant la consultation — le paludisme à P. falciparum non traité peut tuer en 24 à 48 heures.

Espèces de Plasmodium et caractéristiques cliniques

Espèce Distribution géographique Caractéristiques cliniques et particularités
P. falciparum Afrique subsaharienne (90 % des cas) + Asie du Sud-Est + Amérique centrale et du Sud + Océanie Forme la plus dangereuse + période d'incubation 7–14 jours + accès palustre toutes les 48 h (fièvre tierce maligne) + séquestration cérébrale → neuropaludisme + SDRA + IRA + CIVD + hypoglycémie + anémie hémolytique sévère + ictère + mortalité 15–25 % si non traité + 0,5–1 % si traité précocement + RÉSISTANCES : chloroquine (quasi-universelle) + sulfadoxine-pyriméthamine + artémisinine (émergente en Asie du Sud-Est)
P. vivax Asie du Sud + Moyen-Orient + Amérique latine + Afrique de l'Ouest (émergence) Période d'incubation 12–17 jours + accès palustre toutes les 48 h (fièvre tierce bénigne) + forme hépatique dormante (hypnozoïtes) → rechutes pendant 3 à 5 ans + anémie + splénomégalie + plus rarement sévère mais formes graves décrites en Asie + traitement : chloroquine + primaquine (éradication des hypnozoïtes) + vérifier G6PD avant primaquine (hémolyse si déficit)
P. ovale Afrique de l'Ouest + Asie du Pacifique Incubation 16–18 jours + accès 48 h + hypnozoïtes → rechutes possibles jusqu'à 5 ans + forme généralement bénigne + traitement identique à P. vivax (chloroquine + primaquine)
P. malariae Zones tropicales (Afrique + Asie + Amériques) — distribution plus limitée Incubation 18–40 jours + accès toutes les 72 h (fièvre quarte) + pas d'hypnozoïtes mais persistance érythrocytaire de très longue durée (décennies) + néphropathie quartane (glomérulonéphrite membranoproliférative chronique) + traitement : chloroquine seule (sensible)
P. knowlesi Bornéo (Malaisie) + Asie du Sud-Est insulaire (Philippines + Indonésie) Zoonose simienne + incubation 9–12 jours + accès quotidiens (fièvre quotidienne) + peut être très sévère + mortalité comparable à P. falciparum dans certaines séries + diagnostic difficile (ressemble à P. malariae au microscope) → PCR indispensable + traitement identique à P. falciparum

Présentation clinique

  • Phase prodromique (J1–J2) : syndrome pseudo-grippal non spécifique → fièvre + frissons + céphalées + myalgies + arthralg ies + nausées + malaise général → tableau identique à une grippe + une dengue + une infection virale banale → le contexte de retour de voyage est l'élément clé du diagnostic
  • Accès palustre typique (triade de Laveran) : stade de frissons (30 à 60 minutes de frissons intenses + sensation de froid) → stade de chaleur (fièvre très élevée 39–41 °C + 2 à 6 heures + céphalées + myalgies + nausées) → stade de sueurs (sueurs profuses + défervescence + soulagement temporaire) → cycle se répétant selon l'espèce (48 h pour falciparum + vivax + ovale + 72 h pour malariae) + la triade typique est inconstante et souvent absente initialement
  • Signes physiques : splénomégalie (après plusieurs jours d'évolution) + hépatomégalie + anémie + ictère + pâleur + tachycardie
  • Paludisme grave à P. falciparum — critères OMS : neuropaludisme (trouble de conscience + convulsions + coma) + anémie sévère (Hb < 70 g/L) + détresse respiratoire + hypoglycémie (< 2,2 mmol/L) + insuffisance rénale aiguë + hyperparasitémie (> 5 % des hématies parasitées) + CIVD + choc + ictère sévère + hémoglobinurie (urine noire — fièvre bilieuse hémoglobinurique)

Diagnostic

  • Frottis sanguin + goutte épaisse — examens de référence : réaliser IMMÉDIATEMENT chez tout voyageur fébrile revenant d'une zone d'endémie + le frottis mince permet l'identification morphologique de l'espèce + la goutte épaisse augmente la sensibilité (concentration des parasites) + sensibilité globale : 75–90 % pour 1 frottis + répéter toutes les 12–24 h × 3 si négatif mais forte suspicion + nécessite un microscopiste expérimenté + résultat en 30 à 60 minutes dans les centres spécialisés
  • Test de détection rapide (TDR) : bandelette immunochromatographique détectant les antigènes parasitaires (HRP-2 pour P. falciparum + pLDH pour toutes les espèces) + résultat en 15 à 20 minutes + sensibilité 90–95 % pour P. falciparum si parasitémie ≥ 200 parasites/µL + moins sensible pour les autres espèces et les faibles parasitémies + ne remplace pas le frottis (n'indique pas la parasitémie ni l'espèce précise pour les non-falciparum) + faux négatifs si HRP-2 délété (Afrique de l'Ouest + Pérou)
  • PCR palustre : gold standard de sensibilité et de spécificité + identification précise de l'espèce (essentiel pour P. knowlesi) + détecte les parasitémies submicroscopiques + résultat en 4 à 24 heures selon les laboratoires + indispensable si TDR et frottis négatifs mais forte suspicion clinique + ou si espèce indéterminée au microscope
  • Bilan biologique associé : NFS (anémie hémolytique + thrombocytopénie — présente dans 60–70 % des cas même modérés → thrombocytopénie chez un voyageur fébrile = paludisme jusqu'à preuve du contraire) + LDH (hémolyse) + bilirubine (ictère hémolytique) + créatinine + glycémie (hypoglycémie grave) + TP-TCA (CIVD si falciparum sévère) + CRP
ℹ️ La thrombocytopénie est un signe biologique quasi-constant du paludisme — même en dehors des formes graves. Chez tout voyageur revenant d'une zone d'endémie avec fièvre et thrombocytopénie, le paludisme est le diagnostic à évoquer en priorité et à exclure par frottis + TDR dans l'heure. Ne jamais attribuer une fièvre à une autre cause chez un voyageur de retour d'une zone d'endémie sans avoir d'abord éliminé le paludisme.

Traitement

Situation Traitement recommandé Durée et remarques
P. falciparum non compliqué (voyageur non immunisé) Artémether-luméfantrine (Coartem® — médicament de référence) + 4 comprimés à 0 + 8 + 24 + 36 + 48 + 60 h + prendre avec repas gras (améliore absorption) + ou atovaquone-proguanil (Malarone® — option si déjà sous prophylaxie proguanil-atovaquone) + ou quinine IV + doxycycline si Coartem non disponible 3 jours (Coartem) + surveillance hospitalière recommandée chez les voyageurs non immunisés (adultes canadiens) + contrôle frottis à J3 + J7 + J28 + ne jamais traiter P. falciparum par chloroquine seule (résistance quasi-universelle)
P. falciparum grave — paludisme sévère Artésunate IV 2,4 mg/kg à H0 + H12 + H24 puis toutes les 24 h jusqu'à amélioration → relais Coartem oral + l'artésunate IV est supérieure à la quinine IV (étude AQUAMAT 2011 — NEJM) → réduction de 22 % de la mortalité + disponible dans les centres universitaires canadiens Hospitalisation en soins intensifs + réanimation + transfusion si anémie sévère + dialyse si IRA + anticonvulsivants si convulsions + contrôle glycémique + surveillance horaire de la parasitémie
P. vivax + P. ovale Chloroquine 25 mg base/kg sur 3 jours (10 mg base/kg J1 + 5 mg/kg J2 + 10 mg/kg J3) + PUIS primaquine 0,5 mg base/kg/jour × 14 jours (éradication des hypnozoïtes hépatiques pour prévenir les rechutes) + TESTER G6PD avant primaquine (hémolyse si déficit — surtout populations méditerranéennes + africaines + asiatiques) La primaquine est indispensable pour P. vivax et P. ovale — sans elle, rechutes certaines dans 50–80 % des cas + tafénoquine (Krintafel® 300 mg dose unique) = alternative récente à la primaquine × 14 jours + contre-indiquée si déficit G6PD
P. malariae Chloroquine seule (même posologie que P. vivax) + pas de primaquine nécessaire (pas d'hypnozoïtes) Traitement généralement bien toléré + surveillance de la fonction rénale si néphropathie quartane

Chimioprophylaxie — prévention chez le voyageur

  • Atovaquone-proguanil (Malarone®) : 1 comprimé/jour per os + débuter 1–2 jours avant le départ + continuer pendant tout le séjour + arrêter 7 jours après le retour + efficacité > 95 % si prise correcte + bonne tolérance (nausées légères + céphalées) + premier choix pour l'Afrique subsaharienne + cher mais recommandé pour les séjours courts + non remboursé RAMQ (traitement préventif)
  • Méfloquine (Lariam®) : 1 comprimé/semaine + débuter 2–3 semaines avant le départ + continuer 4 semaines après le retour + efficacité 90–95 % + effets neuropsychiatriques possibles (vertiges + insomnies + cauchemars + dépression + psychose — contre-indication si antécédents psychiatriques ou épilepsie) + résistances en certaines zones (Thaïlande + Myanmar + Cambodge) + option pour les séjours longs
  • Doxycycline : 100 mg/jour per os + débuter 1–2 jours avant + continuer 4 semaines après + très bon profil d'efficacité + photosensibilisation (protection solaire obligatoire) + contre-indiquée pendant la grossesse + enfants < 8 ans + peu cher + option dans les zones de résistance à la méfloquine (Asie du Sud-Est)
  • Chloroquine + proguanil : réservée aux zones de faible résistance (certaines régions d'Amérique centrale + Caraïbes non touristiques + Moyen-Orient) + efficacité insuffisante en Afrique subsaharienne et Asie → NE PAS utiliser en Afrique
  • Mesures anti-vectorielles (indispensables + complémentaires) : répulsifs à base de DEET (30–50 %) sur les zones cutanées exposées + vêtements couvrants imprégnés de perméthrine + moustiquaires imprégnées (lit + berceau bébé) + climatisation ou ventilateur + évitement des sorties entre le coucher et le lever du soleil (piqûres d'Anophèles nocturnes)
Urgence médicale absolue — composez le 911

Tout voyageur revenant d'une zone d'endémie palustre (Afrique subsaharienne + Asie du Sud + Amazonie) présentant une fièvre dans les 3 mois suivant le retour doit être évalué EN URGENCE pour exclure un paludisme à P. falciparum — même s'il a pris une chimioprophylaxie (efficacité non totale) + même si la fièvre est légère + même si les symptômes ressemblent à une grippe. Composez le 911 ou rendez-vous immédiatement aux urgences si la fièvre s'accompagne d'une confusion + de convulsions + d'une jaunisse + d'une urine foncée + ou d'une dyspnée — signes de paludisme grave à P. falciparum nécessitant une réanimation intensive et un traitement IV urgent. Le paludisme grave tue en quelques heures sans traitement.

Pour la consultation de médecine des voyages avant le départ (chimioprophylaxie + vaccinations + conseils anti-vectoriels) et l'évaluation d'un voyageur fébrile au retour, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron offrent des consultations de médecine des voyages pré-départ pour prescrire la chimioprophylaxie adaptée à la destination (atovaquone-proguanil + méfloquine + doxycycline selon le pays + la durée + le profil du voyageur), dispensent les conseils anti-vectoriels, évaluent les voyageurs fébriles de retour de zones d'endémie et orientent immédiatement vers les urgences pour frottis sanguin + TDR en cas de suspicion de paludisme. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un spécialiste en médecine des voyages et des maladies tropicales. Le choix de la chimioprophylaxie antipaludique doit être individualisé selon la destination précise, la durée du séjour, le profil médical du voyageur et les contre-indications. Tout voyageur fébrile au retour d'une zone d'endémie doit être évalué en urgence médicale pour exclure le paludisme.

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