Mélatonine
Physiologie de la mélatonine et rythmes circadiens
- Biosynthèse, sécrétion et régulation de la mélatonine : voie de biosynthèse : tryptophane alimentaire → hydroxylation → 5-hydroxytryptophane (5-HTP) → décarboxylation → sérotonine → N-acétylation (enzyme AANAT — arylalkylamine N-acétyltransférase — enzyme limitante + régulée par la lumière) → N-acétylsérotonine → méthylation (HIOMT) → mélatonine → la mélatonine est liposoluble et hydrosoluble → diffuse librement à travers les membranes → demi-vie plasmatique courte : 20–45 minutes + récepteurs de la mélatonine : MT1 (Mel1A) + MT2 (Mel1B) → récepteurs couplés aux protéines G → exprimés dans le noyau suprachiasmatique (NSC — horloge circadienne centrale) + la rétine + le cervelet + l'hippocampe + les cellules immunitaires + le système cardiovasculaire → agissent comme des synchronisateurs endogènes → régulation de la sécrétion : lumière → voie rétino-hypothalamique → NSC → inhibition de la sécrétion de mélatonine → signal diurne = absence de mélatonine → nuit → mélatonine → signal nocturne → synchronisation de l'horloge circadienne → profil de sécrétion par âge : nourrissons : faible + pic développemental à 3–4 mois → enfants : taux nocturnes les plus élevés de la vie → adultes : taux nocturnes modérés + onset (DLMO — dim light melatonin onset) à 21h–22h habituellement → sujets âgés : réduction progressive de la production de mélatonine (calcification de l'épiphyse + réduction de l'amplitude du pic nocturne) → peut contribuer aux troubles du sommeil du sujet âgé + mélatonine et cancer : la mélatonine a des propriétés antiprolifératives in vitro (inhibition des cellules tumorales) → mais les données cliniques restent insuffisantes pour recommander son utilisation comme traitement anticancéreux
- Dosage de la mélatonine — indications et valeurs de référence : dosage de la mélatonine — indications cliniques spécialisées : diagnostic des troubles du rythme circadien du sommeil : syndrome de retard de phase du sommeil (SRPS) + syndrome d'avance de phase + rythme non-24h (chez les personnes aveugles +++) + investigation des troubles du sommeil réfractaires inexpliqués + évaluation du travail de nuit chronique et de ses effets sur l'horloge biologique + recherche et protocoles spécialisés + méthodes de dosage : DLMO (dim light melatonin onset — heure de début de sécrétion de la mélatonine en lumière tamisée) : méthode de référence pour évaluer la phase circadienne → nécessite des prélèvements sériés toutes les 30–60 min en soirée dans l'obscurité → salive ou plasma + dosage de la 6-sulfatoxy-mélatonine urinaire (6-SMT) sur urine de nuit ou urine des 24h : reflet de la production totale de mélatonine → plus simple à réaliser que le DLMO en série → ELISA ou LC-MS/MS + valeurs de référence approximatives (variables selon les laboratoires et les méthodes) : mélatonine plasmatique diurne (le jour) : <10–20 pg/mL → mélatonine plasmatique nocturne (pic) : 50–200 pg/mL chez l'adulte → 6-SMT urinaire nuit : 8–60 µg/8h → diminuée chez le sujet âgé + les patients sous bêtabloquants (propranolol) + les patients sous AINS + les fumeurs
Indications thérapeutiques, posologie et populations particulières
| Indication / population | Données, posologie et recommandations | Références et recommandations |
|---|---|---|
| Décalage horaire (jet lag) et travail de nuit Jet lag mélatonine efficacité — décalage vers l'est vs ouest — posologie 0,5 mg 3 mg — heure de prise — direction du voyage — adaptation circadienne — travail de nuit rotation postes — somnolence diurne — chronothérapie lumière vive — Herxheimer Cochrane |
Mélatonine et décalage horaire (jet lag) — la preuve la plus solide : mécanisme : le jet lag résulte d'un décalage entre l'horloge interne (NSC) et le nouvel horaire local → la mélatonine réinitialise l'horloge circadienne en signalant l'heure de la nuit → accélère l'adaptation → Herxheimer 2002 — Cochrane : mélatonine + jet lag → méta-analyse → mélatonine efficace pour réduire la sévérité et la durée du jet lag → surtout si traversée de ≥5 fuseaux horaires → vers l'est (plus difficile — avance de phase) + vers l'ouest + posologie et timing : 0,5 mg (dose physiologique) à 5 mg → prendre l'heure du coucher souhaitée dans le pays de destination → commencer le soir du départ ou le soir d'arrivée → continuer × 3–5 jours → les doses plus élevées (5–10 mg) ne sont pas plus efficaces et augmentent la somnolence diurne → vers l'est : commencer le traitement 2 jours avant + prendre le soir à l'heure de destination → vers l'ouest : prendre le soir local uniquement à l'arrivée + travail de nuit et rotations de postes : mélatonine 3 mg PO → prise 30 min avant le coucher diurne post-nuit → améliore la qualité et la durée du sommeil diurne → efficacité modérée → Liira 2014 — Cochrane : mélatonine + travail de nuit → amélioration du sommeil diurne → Santé Canada : mélatonine produit de santé naturel (PSN) → dose journalière maximale approuvée : 10 mg (adulte) → déconseillée chez l'enfant sans avis médical + grossesse et allaitement | Herxheimer 2002 — Cochrane : mélatonine + jet lag → efficacité → référence + Liira 2014 — Cochrane : mélatonine + travail de nuit → amélioration sommeil diurne → Auger 2015 — Journal of Clinical Sleep Medicine (AASM) : troubles du rythme circadien + mélatonine → guidelines + Santé Canada : mélatonine + PSN + doses approuvées + INESSS Québec : mélatonine + trouble du sommeil + ordonnance non requise + RAMQ : mélatonine LP (Circadin 2 mg) → remboursée si >55 ans + insomnie primaire selon critères |
| Syndrome de retard de phase et troubles circadiens SRPS syndrome retard phase — DLMO — chronothérapie — lumière vive thérapie — mélatonine 0,5 mg à faible dose — personnes aveugles rythme non-24h — tazimelteon — insomnie primaire Circadin — sujet âgé mélatonine LP — TCC-I thérapie cognitive comportementale insomnie |
Mélatonine et troubles du rythme circadien du sommeil : syndrome de retard de phase du sommeil (SRPS) : incapacité à s'endormir et à se réveiller aux heures souhaitées (endormissement naturel très tardif — 2h–6h du matin) → somnolence diurne chronique → adolescents et jeunes adultes ++ → traitement par chronothérapie + mélatonine à faible dose + lumière vive le matin : mélatonine 0,5 mg prise 5–6 heures AVANT le DLMO habituel (soit environ 20h si le DLMO est à 2h) → avance progressivement la phase circadienne → Auger 2015 — JCSM + Morgenthaler 2007 — Sleep : SRPS + mélatonine + lumière → recommandations AASM + rythme non-24h (chez les personnes aveugles) : absence de synchronisation par la lumière → horloge circadienne dérive librement → troubles du sommeil importants + conséquences socioprofessionnelles majeures → tazimelteon (Hetlioz — agoniste MT1/MT2) : premier médicament approuvé FDA (2014) + Santé Canada pour le rythme non-24h chez les personnes aveugles → mélatonine peut être utilisée hors indication + insomnie primaire chez le sujet âgé : mélatonine à libération prolongée (LP) : Circadin 2 mg → libération contrôlée sur 8–10h → mimique le profil physiologique nocturne → Wade 2007 — Current Medical Research and Opinion : Circadin 2 mg + sujets âgés (>55 ans) + insomnie → amélioration de la qualité du sommeil + de l'état d'alerte le matin → sans effet rebond ni dépendance → approbation EMA 2007 + Santé Canada → la TCC-I (thérapie cognitive et comportementale pour l'insomnie) reste le traitement de 1re ligne de l'insomnie primaire (recommandations AASM + Société canadienne du sommeil) — la mélatonine est un adjuvant et non un substitut à la TCC-I + mélatonine chez l'enfant et l'adolescent : usage répandu pour le SRPS pédiatrique + les troubles du spectre autistique (TSA) + le TDAH → données de sécurité à long terme limitées → usage court terme (quelques semaines) + doses faibles (0,5–3 mg) + avis médical recommandé + Santé Canada déconseille la mélatonine sans avis médical chez les enfants <12 ans | Wade 2007 — Current Medical Research and Opinion : Circadin + sujet âgé + insomnie → référence + Morgenthaler 2007 — Sleep (AASM) : troubles circadiens + mélatonine + lumière → recommandations + Auger 2015 — JCSM (AASM) : SRPS + traitement → Lockley 2015 — Lancet Neurology : tazimelteon + rythme non-24h aveugles → référence + Santé Canada : tazimelteon + approbation + mélatonine enfant → déconseillée sans avis médical <12 ans + RAMQ : Circadin 2 mg → remboursé si ≥55 ans insomnie primaire selon critères INESSS |
| Interactions médicamenteuses, contre-indications et effets indésirables Effets indésirables somnolence — céphalées — vertiges — humeur — interactions fluvoxamine CYP1A2 — bêtabloquants réduisent mélatonine — AINS réduisent mélatonine — anticoagulants AVK — grossesse allaitement déconseillée — conduite automobile — surdosage — qualité des suppléments — réglementation Health Canada |
Effets indésirables, interactions et limites de la mélatonine : effets indésirables de la mélatonine exogène : somnolence diurne (si prise trop tôt ou dose trop élevée) → peut réduire la vigilance et les réflexes → déconseillée si conduite automobile ou activités dangereuses dans les heures suivant la prise + céphalées + vertiges + irritabilité + humeur dépressive (rare) → nausées + cauchemars (rares, surtout haute dose) + hypothermie légère + à fortes doses : désynchronisation circadienne paradoxale si prise à la mauvaise heure → aggraver les troubles du sommeil au lieu de les améliorer → interactions médicamenteuses importantes : fluvoxamine (antidépresseur ISRS — inhibiteur puissant du CYP1A2) : multiplie par 12 les taux plasmatiques de mélatonine → somnolence marquée → association à éviter + ou utiliser des doses de mélatonine très faibles + ciprofloxacine + autres inhibiteurs CYP1A2 → mêmes effets + anticoagulants (AVK — warfarine) : quelques cas de potentialisation de l'anticoagulation → surveiller l'INR + médicaments qui réduisent la mélatonine endogène : bêtabloquants (propranolol → réduction majeure de la production nocturne) + AINS (ibuprofène + aspirine) + benzodiazépines + alcool + caféine tard le soir → contre-indications et précautions : grossesse et allaitement : données insuffisantes → déconseillée + enfant <12 ans sans avis médical → maladies auto-immunes : mélatonine peut stimuler l'immunité → prudence dans le LED + PR + thyroïdite auto-immune + épilepsie : peut modifier le seuil épileptique (controversé) → qualité des suppléments : le dosage réel peut varier de 83 % à 478 % de la dose indiquée sur l'étiquette (Erland 2017 — Journal of Sleep Research) → choisir des produits certifiés (NPN Santé Canada) + effets sur la lumière bleue : réduction de l'exposition aux écrans (téléphones + tablettes + ordinateurs) 1–2h avant le coucher → lumière bleue inhibe la sécrétion de mélatonine endogène → mesure comportementale fondamentale avant toute supplémentation | Erland 2017 — Journal of Sleep Research : mélatonine + suppléments + dosage variable → référence qualité + Buscemi 2005 — BMJ : mélatonine + effets indésirables + méta-analyse + Herxheimer 2002 — Cochrane : mélatonine + jet lag → interactions + Santé Canada : mélatonine + PSN + réglementation + NPN + Wade 2007 — CMRO + Auger 2015 — JCSM + AASM guidelines : mélatonine + insomnie + interactions + INESSS Québec : mélatonine → médicament non remboursé en général sauf Circadin si critères + mélatonine PSN disponible sans ordonnance |
Insomnie chronique (>3 mois) + somnolence diurne sévère + ronflements + apnées rapportées par le partenaire + ou réveils nocturnes multiples + hypertension artérielle + obésité → syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) → la mélatonine ne traite pas les apnées → polysomnographie ou test de dépistage portable → PPC (pression positive continue) si SAOS confirmé → NE PAS remplacer le diagnostic et le traitement du SAOS par la mélatonine.
Troubles du sommeil + dépression ou anxiété associées + humeur dépressive + anhédonie + fatigue persistante + ou idées sombres → la mélatonine n'est pas un traitement de la dépression ni de l'anxiété → consultation médicale urgente + traitement de la dépression ou de l'anxiété sous-jacente (TCC + antidépresseur) → la mélatonine peut être un adjuvant mais jamais un substitut au traitement psychiatrique.
Enfant ou adolescent + troubles du sommeil sévères + ou comportements inhabituels nocturnes + ou somnolence diurne excessive interférant avec la scolarité → évaluation médicale pédiatrique avant d'utiliser la mélatonine → exclure un SAOS pédiatrique + narcolepsie + troubles circadiens + TSA + TDAH → la mélatonine chez l'enfant <12 ans nécessite un avis médical (Santé Canada).
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Les médecins de Clinique Omicron évaluent les troubles du sommeil dans leur contexte clinique complet, prescrivent et interprètent le dosage de la mélatonine (sérique + urinaire) si indiqué dans le cadre d'un bilan circadien spécialisé, conseillent sur le bon usage de la mélatonine exogène (posologie + timing + qualité des produits), orientent vers la TCC-I comme traitement de 1re ligne de l'insomnie chronique, prescrivent le Circadin (mélatonine LP) chez les patients âgés éligibles, et dépistent les pathologies du sommeil sous-jacentes (SAOS + narcolepsie + dépression). Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un spécialiste en médecine du sommeil. La mélatonine est un produit de santé naturel réglementé par Santé Canada — son utilisation chez l'enfant de moins de 12 ans, pendant la grossesse ou l'allaitement, ou en association avec certains médicaments (fluvoxamine + anticoagulants) requiert un avis médical préalable.
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