Mononucléose infectieuse (monotest)
Virologie de l'EBV, physiopathologie et manifestations cliniques
- Biologie de l'EBV et physiopathologie de la MNI : structure et tropisme de l'EBV : virus à ADN double brin + famille Herpesviridae + genre Lymphocryptovirus → infecte les lymphocytes B (via CD21 — récepteur du complément C3d) et les cellules épithéliales oro-pharyngées → latence virale dans les lymphocytes B mémoire à vie (le virus persiste toute la vie dans le pool des LB mémoire de l'hôte — latence de type III → type I en phase de latence chronique) + réactivations périodiques asymptomatiques avec excrétion salivaire → cycle lytique (réplication virale) dans les cellules épithéliales + cycle latent (programme de transformation) dans les LB → sous-types EBV-1 et EBV-2 (géographiquement différents) + physiopathologie de la MNI : transmission par la salive → infection des cellules épithéliales des amygdales → dissémination aux LB via CD21 → transformation et activation polyclonale des LB → reconnaissance des LB infectés par les LT CD8+ cytotoxiques (= les lymphocytes atypiques du frottis sanguin) → expansion considérable des LT CD8+ (lymphocytose atypique) → responsable de la plupart des symptômes (réponse immune exagérée) + libération massive de cytokines (IFN-γ + IL-6 + IL-10) → syndrome inflammatoire → l'EBV exprime des protéines de latence oncogènes (EBNA + LMP1 + LMP2) → transformation potentielle des LB → association à des lymphomes + carcinomes (Burkitt + Hodgkin + carcinome nasopharyngé + lymphome de l'immunodéprimé) + épidémiologie : prévalence mondiale quasi-universelle (>90 % adultes séropositifs) → primo-infection : enfant (pays en développement — souvent asymptomatique) + adolescent-adulte (pays développés — 50–75 % symptomatiques) → incubation : 4–7 semaines + contagiosité : lors de la phase aiguë + plusieurs mois après (excrétion salivaire prolongée)
- Manifestations cliniques de la MNI et formes particulières : triade classique de la MNI : 1/ fièvre : 38–40°C + asthénie intense (fatigue profonde +++) + myalgies + céphalées → durée 1–3 semaines + 2/ angine : pharyngite érythémateuse ou exsudative ou pseudomembraneuse (enduit blanc-grisâtre bilatéral sur les amygdales ++) + odynophagie très intense + érythème maculaire palatin + parfois pétéchies du voile du palais (signe peu connu mais très spécifique) + 3/ adénopathies : cervicales postérieures +++ (postéro-latérales — caractéristiques — ADP postérieures chez un adolescent avec angine = MNI jusqu'à preuve du contraire) → souvent bilatérales + diffuses (axillaires + inguinales) → fermes + sensibles → persistant 2–4 semaines + signes associés : splénomégalie (50–80 % des cas — risque de rupture ++) + hépatomégalie + ictère (10–20 % — hépatite EBV avec transaminases élevées) + éruption cutanée maculopapuleuse (5–10 % sans amoxicilline) → rash si amoxicilline donnée : 80–90 % des MNI sous amoxicilline → confluent + diffus + prurigineux → NE PAS attribuer à une allergie à la pénicilline + œdème palpébral bilatéral (signe de Hoagland — très évocateur de MNI) → NFS : leucocytose (10 000–30 000/µL) + lymphocytose ++ + lymphocytes atypiques (Downey cells — LT CD8+ activés) ≥10–20 % → diagnostic souvent clinique + biologique ; formes cliniques particulières : MNI sévère : obstruction des voies aériennes supérieures (amygdales très volumineuses touchant la luette + corticoïdes urgents) + rupture splénique (rare mais urgence chirurgicale) + syndrome d'activation macrophagique (SAM — très rare — gravissime) + anémie hémolytique auto-immune (anti-i) + thrombocytopénie + encéphalite + syndrome de Guillain-Barré + péricardite + myocardite + MNI chez l'immunodéprimé (VIH + transplantés + chimiothérapie) : formes sévères + lymphomes EBV-associés
Diagnostic et prise en charge
| Aspect / traitement | Données, modalités et protocoles | Références et recommandations |
|---|---|---|
| Diagnostic — monotest, NFS et sérologie EBV Monotest anticorps hétérophiles — sensibilité 85–90 % — faux négatif premières semaines — lymphocytes atypiques NFS — sérologie EBV anti-VCA IgM IgG anti-EBNA — PCR EBV charge virale — transaminases hépatite — LDH — sérologie VIH primo-infection |
Diagnostic de la mononucléose infectieuse — approche par étapes : diagnostic clinique : adolescent ou jeune adulte + triade (fièvre + angine exsudative + adénopathies cervicales postérieures) + splénomégalie + lymphocytes atypiques au frottis → MNI hautement probable → monotest (test hétérophile — Monospot) : principe : les anticorps hétérophiles produits dans la MNI agglutinent les globules rouges de mouton ou de cheval → résultat en 5–15 min → sensibilité 85–90 % + spécificité >99 % → faux négatifs dans les 2 premières semaines (anticorps hétérophiles pas encore produits en quantité suffisante) + faux négatifs plus fréquents chez l'enfant <4 ans (taux d'anticorps hétérophiles plus faible dans les MNI pédiatriques) → si Monospot négatif + clinique très évocatrice → répéter à 1–2 semaines OU passer à la sérologie EBV spécifique → sérologie EBV spécifique (anticorps anti-EBV) : anti-VCA (Viral Capsid Antigen) IgM : se positivent en début de MNI → marqueur d'infection aiguë → disparaissent en 3 mois → anti-VCA IgG : se positivent en début de MNI et persistent à vie → anti-EA (Early Antigen) : présents en phase aiguë + anti-EBNA (Epstein-Barr Nuclear Antigen) IgG : absents en phase aiguë + apparaissent 3–6 semaines après le début → leur présence confirme une infection ancienne → ABSENT au début = infection récente + si EBNA positif → infection ancienne → MNI confirmée (ancienne) ou infection passée asymptomatique → NFS + frottis sanguin : leucocytose avec lymphocytose ++ + lymphocytes atypiques (Downey cells) ≥10 % + thrombocytopénie possible + bilan hépatique : ASAT + ALAT élevées (10× N dans 80 % des cas) → hépatite EBV bénigne auto-limitée + LDH élevée + CRP + VS élevées → sérologie VIH : la primo-infection VIH peut mimer une MNI → dépister systématiquement + PCR EBV : utile chez l'immunodéprimé pour quantifier la charge virale | Cohen 2000 — NEJM : MNI + diagnostic + traitement → revue + Luzuriaga 2010 — NEJM : EBV + MNI + immunopathologie → référence + Dunmire 2018 — Current Biology : EBV + biologie + MNI → revue + Candy 2019 — BMJ : MNI + diagnostic + prise en charge → + Henle 1968 — Journal of Bacteriology : description sérologie EBV → référence historique + ASPC + INSPQ Québec : MNI + épidémiologie + INESSS Québec + RAMQ : monotest + NFS + sérologie EBV + bilan hépatique → remboursés si indication |
| Traitement, amoxicilline et restriction sportive Traitement symptomatique — NE PAS donner amoxicilline — rash 80–90 % — pas allergie vraie pénicilline — corticoïdes obstruction VAS — repos — analgésiques — restriction sport de contact 3–4 semaines — rupture splénique — retour à l'école — fatigue prolongée — antiviraux non indiqués — acyclovir ganciclovir inutiles MNI |
Traitement de la mononucléose infectieuse — principes fondamentaux : traitement symptomatique (pas d'antiviral curatif efficace en pratique clinique) : repos (éviter l'épuisement — l'asthénie peut être prolongée) + analgésiques et antipyrétiques : paracétamol 1 g × 3–4/j + ou ibuprofène 400 mg × 3/j si douleur intense → ASPIRINE : éviter chez l'enfant (risque de syndrome de Reye) → hydratation orale ++ (pour l'angine très douloureuse) → pastilles pour la gorge + bains de bouche → corticoïdes : indiqués si : obstruction des voies aériennes supérieures (amygdales très volumineuses touchant presque la luette + stridor) → prednisone 40–60 mg/j × 5–7 jours → ou méthylprednisolone IV si obstruction sévère → thrombocytopénie sévère + ou anémie hémolytique auto-immune sévère → pas d'indication systématique pour réduire la durée de la maladie → AMOXICILLINE ET AMPICILLINE — CONTRE-INDIQUÉES FORMELLEMENT : l'amoxicilline et l'ampicilline provoquent un rash maculopapuleux confluent + diffus + prurigineux + rouge vif dans 80–90 % des patients avec MNI → mécanisme : pas une allergie vraie à la pénicilline → mécanisme immune complexe / LB activés + médicament → NE PAS conclure à une allergie à la pénicilline à la suite de ce rash → rash résolutif en quelques jours à l'arrêt de l'antibiotique → si angine bactérienne surajoutée suspectée → utiliser amoxicilline-clavulanate est à éviter également → préférer céfuroxime ou azithromycine si besoin d'antibiotique → restriction des activités physiques et sportives : risque de rupture splénique ++ → la rate augmente de volume et devient fragile + à risque de rupture traumatique + parfois spontanée → restriction formelle des sports de contact (football + rugby + hockey + arts martiaux + basketball) + des efforts abdominaux intenses → pendant 3–4 semaines minimum après le début des symptômes → ou jusqu'à normalisation de la splénomégalie à l'échographie → le retour au sport doit être progressif et discuté avec le médecin → antiviraux (acyclovir + ganciclovir + valacyclovir) : inefficaces sur les symptômes de la MNI aiguë → ne pas prescrire en routine → quelques indications dans les formes chez l'immunodéprimé (greffe + VIH) | Cohen 2000 — NEJM : MNI + traitement + amoxicilline + rash → référence + Candy 2019 — BMJ : MNI + prise en charge + restriction sportive + Hamill 1988 — Pediatrics : rupture splénique + MNI + sport + Cohen 2000 — NEJM : antiviraux + MNI + inefficacité + Ebell 2004 — American Family Physician : MNI + critères diagnostiques + Hoagland 1952 : œdème palpébral + MNI → signe de Hoagland → référence classique + CPS (Canadian Paediatric Society) 2021 : MNI + pédiatrie + traitement + retour sport + ASPC + INESSS Québec + RAMQ : paracétamol + AINS + corticoïdes → remboursés |
| Complications, MNI chronique et associations oncologiques Rupture splénique urgence chirurgicale — SAM syndrome activation macrophagique — anémie hémolytique anti-i — encéphalite — Guillain-Barré — fatigue chronique — lymphome EBV Burkitt Hodgkin — carcinome nasopharyngé — lymphome immunodéprimé — PTLD — EBV et sclérose en plaques |
Complications de la mononucléose infectieuse et associations oncologiques : complications hématologiques : thrombocytopénie (fréquente — souvent modérée — rarement sévère) + anémie hémolytique auto-immune (AHAI) : anticorps anti-i (IgM froids) → hémolyse → Coombs direct positif (IgM + complément) → résolutive → corticoïdes si sévère + agranulocytose + syndrome d'activation macrophagique (SAM — rare mais très grave) : fièvre + cytopénies pancytopénie + hyperferritinémie + hypertriglycéridémie + hémophagocytose sur biopsie ostéomédullaire → urgence hématologique → immunosuppresseurs (anakinra + étoposide + ciclosporine) → complications neurologiques (rares) : encéphalite + méningite aseptique + syndrome de Guillain-Barré + paralysie faciale + atteinte des nerfs crâniens + complications spléniques : rupture splénique (0,1–0,5 % des MNI) → urgence chirurgicale → la rupture peut être spontanée ou traumatique → douleur abdominale gauche soudaine + hypotension + défense → appel 911 → NFS + groupage + artériographie → splénectomie ou splénorraphie → rupture souvent dans les 2 premières semaines + fatigue prolongée et syndrome post-MNI : asthénie intense persistant plusieurs semaines à mois après la résolution de la MNI aiguë → peut durer 3–6 mois → différent du syndrome de fatigue chronique (SFC/EM) → repos progressif + reprise graduelle des activités ; associations oncologiques de l'EBV : le virus EBV est oncogène et associé à plusieurs malignités : lymphome de Burkitt : t(8;14) + myc → LB EBV+ → endémique en Afrique sub-saharienne + sporadique partout → lymphome de Hodgkin (HL) : Reed-Sternberg CD15+ CD30+ → EBV+ dans 40–50 % des cas des pays développés → carcinome nasopharyngé (NPC) : EBV+ quasi-universellement → Asie du Sud-Est ++ → anti-VCA IgA spécifique + lymphome EBV de l'immunodéprimé (PTLD — Post-Transplant Lymphoproliferative Disease) : chez les transplantés sous immunosuppression → prolifération EBV+ des LB → traitement : réduction immunosuppresseurs + rituximab + sclérose en plaques : association épidémiologique forte EBV et SEP → EBV nécessaire mais non suffisant pour déclencher la SEP | Cohen 2000 — NEJM : MNI + complications + associations + revue + Luzuriaga 2010 — NEJM : EBV + physiopathologie + lymphomes + Dunmire 2018 — Current Biology : EBV + oncogénèse + Hjalgrim 2003 — NEJM : EBV + lymphome Hodgkin → association + Bjornsson 2020 — NEJM (Ascherio) : EBV + sclérose en plaques → cause nécessaire → référence 2022 + Hamill 1988 — Pediatrics : rupture splénique + MNI + CPS 2021 : MNI + pédiatrie + complications + ASPC + INSPQ Québec : EBV + MNI + lymphomes + INESSS Québec + RAMQ : hémato-oncologie → remboursés + CHU oncologie EBV-associé |
Patient avec MNI connue + douleur abdominale gauche soudaine et intense + hypotension + pâleur + tachycardie + défense abdominale → rupture splénique → appel 911 → NFS + groupage RAI en urgence → TDM abdomino-pelvien → chirurgie vasculaire urgente (splénectomie ou splénorraphie) → ne pas mobiliser le patient inutilement.
Adolescent avec MNI + amygdales très volumineuses + voix « étouffée » + stridor + difficultés à avaler + difficultés à ouvrir la bouche → obstruction des voies aériennes supérieures + ou abcès périamygdalien → urgences → prednisone 40–60 mg IV ou PO immédiatement → ORL de garde → intubation possible si obstruction sévère → NE PAS donner d'amoxicilline si angine due à la MNI.
Patient avec MNI + fièvre prolongée >3 semaines + pancytopénie + ferritine très élevée + hypertriglycéridémie + splénomégalie massive + altération marquée de l'état général → syndrome d'activation macrophagique (SAM) → urgence hématologique → myélogramme (hémophagocytose) → consultation hématologie → traitement immunosuppresseur (anakinra + étoposide + ciclosporine selon le protocole HLH-2004).
Consulter à Clinique Omicron
Les médecins de Clinique Omicron diagnostiquent la MNI cliniquement (triade fièvre + angine + adénopathies postérieures + splénomégalie) et biologiquement (monotest + NFS + sérologie EBV si nécessaire), prescrivent le traitement symptomatique adapté (paracétamol + repos + hydratation), interdisent formellement l'amoxicilline, prescrivent les corticoïdes si obstruction amygdalienne, donnent les consignes de restriction sportive (3–4 semaines minimum + progressivité), dépistent les complications (rupture splénique + SAM + anémie hémolytique), et orientent aux urgences en cas de signe alarmant. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin. Un rash survenant sous amoxicilline chez un patient avec MNI n'est PAS une allergie vraie à la pénicilline — ne jamais inscrire cette mention dans le dossier médical sans vérification. Toute douleur abdominale gauche soudaine chez un patient avec MNI est une rupture splénique jusqu'à preuve du contraire.
Clinique Omicron
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