Phosphatase alcaline (PAL)
Valeurs de référence selon l'âge et le sexe
| Population | PAL normale (UI/L) | Remarques |
|---|---|---|
| Adulte (18–50 ans) | 40 à 130 UI/L | Valeurs similaires chez l'homme et la femme avant 50 ans + légère variation selon les laboratoires et les méthodes (IFCC vs DGKC) |
| Adulte (50–70 ans) | 40 à 150 UI/L | Légère augmentation physiologique avec l'âge (augmentation de la composante osseuse liée au remodelage osseux post-ménopausique chez la femme) |
| Adulte > 70 ans | 40 à 190 UI/L | L'élévation physiologique de la PAL avec l'âge est principalement due à l'augmentation de la composante osseuse — interpréter avec prudence |
| Enfant (2–12 ans) | 100 à 350 UI/L | Valeurs très élevées physiologiques liées à la croissance osseuse active — la composante osseuse représente 80–90 % de la PAL totale en pédiatrie |
| Adolescent (12–18 ans) — pic pubertaire | Jusqu'à 500–700 UI/L | Pic physiologique à la puberté (pic de croissance osseuse) + valeurs parfois très élevées chez les garçons en poussée de croissance — ne pas confondre avec une pathologie hépatique ou osseuse |
| Grossesse (2e et 3e trimestres) | 2 à 3 fois la normale adulte | Élévation physiologique par production de PAL placentaire + contribution de la PAL osseuse (minéralisation osseuse fœtale) + normalisation en 4 à 6 semaines post-partum |
Identification de l'origine de la PAL élevée
- GGT (gamma-glutamyltransférase) — enzyme discriminante clé : la GGT est présente dans le foie + le rein + le pancréas + les voies biliaires → mais PAS dans l'os + PAL élevée + GGT élevée = origine hépatobiliaire probable (cholestase + hépatite + médicaments) + PAL élevée + GGT NORMALE = origine osseuse quasi-certaine (maladie de Paget + métastases osseuses + ostéomalacie + fractures + adolescence + grossesse) + la GGT est la clef de voûte de l'interprétation de la PAL élevée en pratique courante
- 5'-nucléotidase (5-NT) : enzyme hépatobiliaire comme la GGT + si 5-NT élevée → origine hépatique + si 5-NT normale → origine osseuse + moins utilisée en routine que la GGT mais utile si la GGT est faussement élevée (alcool + médicaments inducteurs)
- PAL osseuse spécifique (b-ALP — bone-specific ALP) : dosage immunologique spécifique de l'isoenzyme osseuse (Ostase® — immunoradiométrie) + marqueur de formation osseuse de référence (avec le P1NP) + indiquée si PAL élevée avec GGT normale pour quantifier la contribution osseuse + normale : < 22,4 µg/L chez la femme préménopausée + < 30,6 µg/L chez la femme postménopausée + < 20,1 µg/L chez l'homme + très élevée dans la maladie de Paget (5 à 20 fois la normale)
- Électrophorèse des protéines avec mesure des isoenzymes PAL : technique historique permettant de séparer les différentes isoenzymes sur gel + moins utilisée depuis le développement des immunoassays spécifiques + encore pratiquée dans certains laboratoires spécialisés
Causes d'élévation de la PAL
| Origine | Étiologies et mécanismes | Niveau d'élévation et profil biologique |
|---|---|---|
| Cholestase hépatique intra-hépatique | Cirrhose biliaire primitive (CBP — anti-mitochondries positifs) + cholangite sclérosante primitive (CSP — ANCA + atteinte des voies biliaires) + hépatites médicamenteuses cholestatiques (amoxicilline-clavulanate ++ + clopidogrel + statines + antifongiques azolés + anabolisants) + cholestase de la grossesse + sarcoïdose hépatique + infiltration hépatique (lymphome + amylose + granulomes) | PAL 2 à 10 × la LSN + GGT très élevée + bilirubine conjuguée élevée + transaminases modérément élevées ou normales (profil cholestatique pur) + la CBP est la cause la plus fréquente de PAL très élevée isolée chez la femme de 40–60 ans |
| Cholestase hépatique extra-hépatique (obstruction biliaire) | Lithiase du cholédoque (calcul dans la voie biliaire principale) + cancer de la tête du pancréas + cholangiocarcinome + compression de la voie biliaire par adénopathies + sténose biliaire post-opératoire + parasitose biliaire | PAL souvent très élevée (> 5–10 × LSN) + GGT très élevée + bilirubine conjuguée élevée + transaminases élevées si obstruction aiguë + la dilatation des voies biliaires à l'échographie ou au scanner confirme l'obstacle |
| Maladie de Paget osseux | Hyperactivité ostéoclastique focale + réponse ostéoblastique massive → PAL osseuse très élevée (5 à 20 × la LSN) → principal marqueur biochimique de la maladie de Paget + niveau d'élévation corrèle avec l'étendue des lésions osseuses | PAL totale 5 à 20 × LSN + GGT NORMALE (origine osseuse certaine) + PAL osseuse spécifique très élevée + P1NP et CTX très élevés + scintigraphie osseuse hyperfixation + traitement : acide zolédronique IV unique |
| Métastases osseuses ostéoblastiques | Métastases à composante ostéoblastique (cancer de la prostate ++ + cancer du sein + cancer du poumon) → activation des ostéoblastes → PAL osseuse élevée + marqueur de l'étendue des métastases osseuses | PAL 2 à 10 × LSN + GGT normale + PSA très élevé si prostate + scintigraphie osseuse + scanner / IRM corps entier + les métastases ostéolytiques (myélome + rein) élèvent moins la PAL |
| Ostéomalacie et hyperparathyroïdie | Ostéomalacie : déficit minéralisation + recrutement ostéoblastique compensateur → PAL élevée + PTH élevée + 25-OH D très basse + phosphore bas + Hyperparathyroïdie primaire : activation ostéoclastique + réponse ostéoblastique → PAL osseuse élevée | PAL 2 à 5 × LSN + GGT normale + contexte : carence vitaminique + IRC + malabsorption + bilan phosphocalcique complet indispensable |
| Hépatites et atteintes hépatiques parenchymateuses | Hépatites virales aiguës (A + B + C) + hépatites alcooliques + NASH + hépatites auto-immunes → élévation prédominante des transaminases (ALT + AST) avec élévation modérée de la PAL → profil cytolyse >> profil cholestase | PAL modérément élevée (1,5–3 × LSN) + GGT élevée + transaminases très élevées (> 5–10 × LSN) + le profil prédominant est la cytolyse + la PAL s'élève moins que dans la cholestase |
| Causes physiologiques (faux positifs) | Croissance osseuse pubertaire (PAL jusqu'à 5–10 × LSN chez l'adolescent en poussée de croissance) + grossesse (PAL 2–3 × LSN par isoenzyme placentaire) + repas riche en graisses (augmentation transitoire de la PAL intestinale) + groupe sanguin B ou O | PAL élevée + GGT normale + contexte évident + pas d'investigation complémentaire si PAL isolée chez adolescent en croissance ou femme enceinte |
Causes de diminution de la PAL
- Hypofosfatasie : maladie génétique rare autosomale récessive ou dominante + mutations du gène ALPL codant la phosphatase alcaline non spécifique de tissu (TNSALP) → PAL très basse ou nulle + accumulation de substrats (phosphoéthanolamine + pyridoxal-5'-phosphate + pyrophosphate) → défaut de minéralisation osseuse et dentaire + rachitisme + pertes dentaires prématurées des dents de lait + fractures de stress + douleurs osseuses + traitement : asfotase alfa (Strensiq® — enzyme substitutive)
- Hypothyroïdie sévère : réduction du turnover osseux → diminution de la PAL osseuse + normalisation sous L-thyroxine
- Anémie pernicieuse : mécanisme peu clair + PAL modérément abaissée dans certains cas
- Zinc et magnésium bas : la PAL est une métalloenzyme zinc-dépendante → carence en zinc → réduction de l'activité enzymatique mesurée
Une PAL supérieure à 3 fois la limite supérieure de la normale (LSN) doit conduire à une évaluation médicale pour identifier l'origine (hépatobiliaire ou osseuse) par le dosage simultané de la GGT et selon le contexte clinique — en particulier si la PAL est très élevée (> 5–10 × LSN) sans cause physiologique évidente (adolescence + grossesse), car elle peut révéler une cholestase biliaire obstructive (cancer du pancréas + cholangiocarcinome) ou une maladie de Paget étendue nécessitant un traitement.
Pour l'interprétation d'une phosphatase alcaline élevée, la prescription de la GGT + la PAL osseuse spécifique si indiquée et l'orientation vers la gastroentérologie ou la rhumatologie selon l'étiologie suspectée, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Consulter à Clinique Omicron
Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron prescrivent et interprètent la phosphatase alcaline totale dans le cadre du bilan hépatique et osseux, demandent la GGT simultanément pour orienter l'étiologie, prescrivent la PAL osseuse spécifique et le P1NP si une pathologie osseuse est suspectée, orientent vers l'hépatologie pour les cholestases chroniques et vers la rhumatologie pour la maladie de Paget et les pathologies osseuses. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un gastroentérologue. L'interprétation d'une phosphatase alcaline élevée doit toujours être réalisée conjointement avec la GGT, les transaminases, le bilan phosphocalcique et le contexte clinique — une PAL élevée isolée chez un adolescent ou une femme enceinte ne requiert aucune investigation complémentaire.
Clinique Omicron
Besoin de consulter un médecin ?
Prise en charge en 24-48h. En clinique ou en télémédecine, partout au Québec.
Reçus pour assurances. 7j/7. Sans médecin de famille requis.