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Neurologie & Gériatrie & Médecine de famille

Maladie de Parkinson

La maladie de Parkinson (MP) est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d'Alzheimer, touchant environ 1 % de la population après 60 ans et 3 à 4 % après 80 ans, avec une prévalence de plus de 100 000 Canadiens et environ 25 000 Québécois. Décrite pour la première fois par le médecin britannique James Parkinson en 1817 sous le nom de « paralysie agitante », elle résulte d'une dégénérescence progressive et sélective des neurones dopaminergiques de la substance noire compacte (pars compacta) du mésencéphale, dont les projections striatales (voie nigro-striée) assurent normalement la régulation fine des mouvements volontaires, du tonus musculaire et de la coordination posturale. La déplétion en dopamine striatale — qui doit atteindre 60 à 80 % des neurones dopaminergiques avant que les premiers symptômes moteurs apparaissent — entraîne la tétrade cardinale motrice de la maladie : le tremblement de repos (tremblement asymétrique des membres au repos, disparaissant à l'action), la bradykinésie (lenteur et réduction de l'amplitude des mouvements volontaires), la rigidité en « tuyau de plomb » ou en « roue dentée » et l'instabilité posturale. Sur le plan histopathologique, la maladie de Parkinson se caractérise par la présence de corps de Lewy — inclusions intraneuronales d'alpha-synucléine agrégée et mal repliée — dont la distribution anatomique progressive (stadification de Braak) précède de plusieurs années l'atteinte nigrale et les symptômes moteurs, expliquant la richesse des manifestations non motrices prémoteurs (anosmie, constipation, troubles du comportement en sommeil REM, dépression) qui précèdent souvent le diagnostic clinique de plusieurs décennies. Le traitement symptomatique, dominé par la lévodopa en association à un inhibiteur de la décarboxylase périphérique (carbidopa ou bensérazide), reste après 50 ans d'utilisation le médicament le plus efficace disponible, mais ne modifie pas la progression neurodégénérative — la recherche de traitements neuroprotecteurs représentant l'enjeu scientifique majeur du domaine.

Physiopathologie et stadification de Braak

  • Dégénérescence dopaminergique et agrégation d'alpha-synucléine : la protéine alpha-synucléine (gène SNCA) se replie anormalement → formation d'oligomères toxiques → propagation de cellule en cellule selon un mécanisme « prion-like » → aggregats intracellulaires (corps de Lewy) → dysfonctionnement puis mort neuronale + la déplétion dopaminergique striatale rompt l'équilibre excitateur-inhibiteur des circuits des ganglions de la base → suractivation des voies indirectes inhibitrices → hypokinésie + rigidité
  • Stadification neuropathologique de Braak : stade 1–2 (pré-symptomatique) : atteinte du bulbe olfactif + du tronc cérébral dorsal (noyaux médullaires) → anosmie + constipation + troubles du comportement en sommeil REM + stade 3–4 (symptômes moteurs) : atteinte de la substance noire + de l'amygdale + du cortex temporal entorhinale → syndrome parkinsonien moteur + stade 5–6 (stade avancé) : atteinte du néocortex → démence parkinsonienne + hallucinations + psychose
  • Formes génétiques : 10–15 % des MP ont une forme génétique identifiable + mutations autosomales dominantes : SNCA (alpha-synucléine) + LRRK2 (leucine-rich repeat kinase 2 — la plus fréquente en population générale — 1–2 %) + mutations autosomales récessives : PARK2/Parkin + PINK1 + DJ-1 (formes juvéniles de début précoce) + mutation GBA (glucocérébrosidase — hétérozygote) : facteur de risque le plus fréquent — 5–10 % des MP sporadiques

Présentation clinique — signes moteurs et non moteurs

Catégorie Manifestations cliniques Caractéristiques distinctives
Signes moteurs cardinaux Tremblement de repos : rythme 4–6 Hz + asymétrique + « émiettement de pain » ou « comptage de monnaie » des doigts + aggravé par le stress et le marche + disparaissant à l'action et au sommeil + Bradykinésie : lenteur des mouvements + réduction de l'amplitude + micrographie (écriture de plus en plus petite) + hypomimie (faciès figé amimique) + voix basse et monotone (hypophonie) + Rigidité : résistance uniforme à la mobilisation passive (tuyau de plomb) + ou en roue dentée (rigidité + tremblement superposé) + Instabilité posturale : tardive + risque de chutes + rétropulsion (test de la poussée) Tremblement de REPOS = caractéristique de la MP (vs tremblement essentiel = tremblement d'ACTION) + début ASYMÉTRIQUE + progression lente sur des années + réponse à la lévodopa excellente dans les premières années (critère diagnostique)
Troubles de la marche et posture Marche à petits pas (festination) + piétinement + réduction du ballant des bras + posture en flexion (camptocormie) + freezing (blocage soudain de la marche en démarrant ou en passant un seuil de porte) + festination (accélération involontaire du pas avec tendance à courir pour rattraper le centre de gravité) Les troubles de la marche s'aggravent avec l'évolution + le freezing répond parfois aux signaux visuels (lignes transversales au sol) ou auditifs (rythme musical) + indice d'une phase plus avancée
Signes non moteurs précoces (prémoteurs) Anosmie (perte de l'odorat — présente chez 90 % des patients) + constipation chronique (ralentissement du transit par atteinte du système nerveux entérique) + troubles du comportement en sommeil paradoxal (REM Sleep Behavior Disorder — RBD : agitation nocturne + verbalisations + gestes brusques pendant les rêves) + dépression + anxiété + douleurs musculo-squelettiques inexpliquées L'anosmie + la constipation + le RBD peuvent précéder le diagnostic moteur de 5 à 20 ans — leur combinaison chez un individu de plus de 50 ans est fortement prédictive d'une synucléinopathie future + le RBD est le marqueur prodromal le plus spécifique (risque de MP ou de démence à corps de Lewy de 80 % à 10 ans)
Signes non moteurs de la phase établie Dysautonomie : hypotension orthostatique + constipation + hypersialorrhée + troubles vésicaux (impériosités mictionnelles) + dysfonction érectile + hyperhidrose + Neuropsychiatriques : dépression (40 %) + anxiété + troubles cognitifs légers + psychose (hallucinations visuelles — souvent liées aux médicaments ou à l'évolution vers la démence) + démence parkinsonienne (30 % après 10 ans d'évolution) + Troubles du sommeil : insomnie + somnolence diurne excessive + RBD + syndrome des jambes sans repos Les symptômes non moteurs diminuent souvent plus la qualité de vie que les symptômes moteurs dans la phase établie + la dépression est fréquemment sous-diagnostiquée et sous-traitée dans la MP + la démence à corps de Lewy est cliniquement très proche de la MP avec démence
ℹ️ Le diagnostic de maladie de Parkinson est clinique — il n'existe pas de biomarqueur sérique ni d'examen d'imagerie standard permettant de le confirmer formellement. Les critères diagnostiques de la MDS (Movement Disorder Society — 2015) requièrent la présence d'une bradykinésie associée à un tremblement de repos et/ou une rigidité, un début asymétrique, et une réponse remarquable à la lévodopa (amélioration d'au moins 30 % selon l'UPDRS). La DAT-scan (scintigraphie au ioflupane SPECT) peut aider à distinguer la MP d'un tremblement essentiel ou d'un parkinsonisme médicamenteux en visualisant la dénervation dopaminergique striatale, mais n'est pas indispensable dans les formes typiques.

Traitement pharmacologique

Médicament Mécanisme et posologie Efficacité, complications et remarques
Lévodopa + carbidopa (Sinemet®) — traitement de référence Lévodopa = précurseur de la dopamine franchissant la BHE + carbidopa = inhibiteur de la décarboxylase périphérique (évite la conversion de la lévodopa en dopamine en périphérie → réduit les effets indésirables + augmente la biodisponibilité cérébrale) + dose initiale : 100 mg lévodopa/25 mg carbidopa × 3/jour + augmentation progressive + dose maximale selon la tolérance + comprimés à libération immédiate (LI) + à libération prolongée (LP) + Rytary® (libération prolongée aux États-Unis) Le médicament le plus efficace disponible + amélioration motrice de 50–70 % sur l'UPDRS dans les premières années + complications motrices après 5–10 ans : fluctuations (wearing off — réapparition des symptômes avant la prochaine dose) + dyskinésies (mouvements involontaires choréiques au pic de dose) + on/off (oscillations imprévisibles entre état mobile et état bloqué) + nausées au début + hallucinations (surtout chez le sujet âgé)
Agonistes dopaminergiques — première ligne chez le sujet jeune Pramipexole (Mirapex®) 0,125 mg × 3/jour → jusqu'à 1,5 mg × 3/jour + ropinirole (Requip®) + rotigotine patch transdermique (Neupro®) + stimulent directement les récepteurs dopaminergiques D2/D3 sans conversion en dopamine + alternative ou complément à la lévodopa Moins efficaces que la lévodopa sur les symptômes moteurs + induisent moins de fluctuations motrices et de dyskinésies à court terme + complications : somnolence diurne + attaques de sommeil (risque de conduite) + hallucinations + hypotension orthostatique + comportements compulsifs (jeu pathologique + hypersexualité + achats compulsifs + hyperphagie — révélés au patient et à la famille dès l'initiation) + œdème des membres inférieurs
Inhibiteurs de la MAO-B (IMAO-B) Rasagiline (Azilect®) 1 mg/jour + sélégiline (Eldepryl®) 5 mg × 2/jour + safinamide (Xadago®) 50–100 mg/jour + inhibent la monoamine oxydase B (qui dégrade la dopamine striatale) → augmentent la disponibilité de la dopamine endogène + utilisés en monothérapie en début de maladie (effet modeste) + en association à la lévodopa pour réduire le wearing off Effet neuroprotecteur potentiel de la rasagiline (ADAGIO study — résultats non concluants) + bonne tolérance en monothérapie + en association : risque de syndrome sérotoninergique si associé aux ISRS/IRSNA (à utiliser avec prudence) + interactions médicamenteuses nombreuses pour la sélégiline
Inhibiteurs de la COMT Entacapone (Comtan®) 200 mg avec chaque prise de lévodopa + tolcapone (Tasmar®) + opicapone (Ongentys®) 25 mg/soir + inhibent la catéchol-O-méthyltransférase → réduisent la dégradation périphérique de la lévodopa → prolongent son effet (réduction du wearing off) Réduisent la durée du wearing off de 60–90 min/jour + peuvent exacerber les dyskinésies existantes + diarrhée (entacapone + tolcapone) + coloration orange des urines (entacapone) + tolcapone : risque d'hépatotoxicité → bilan hépatique avant et pendant le traitement
Anticholinergiques Trihexyphénidyle (Artane®) + benzatropine + uniquement pour le tremblement résistant + utilisés de moins en moins (surtout chez le sujet âgé) Effet modeste uniquement sur le tremblement + effets indésirables anticholinergiques (sécheresse buccale + constipation + rétention urinaire + confusion + hallucinations) + formellement déconseillés chez les patients > 70 ans et chez ceux avec déficit cognitif + à éviter dans la démence parkinsonienne
Amantadine 100 à 400 mg/jour + antagoniste du récepteur NMDA du glutamate + effet anti-parkinsonien modeste + utilisé surtout pour réduire les dyskinésies induites par la lévodopa (effet unique) Réduction des dyskinésies de 40–60 % + effets indésirables : livedo reticularis + œdème des membres inférieurs + confusion + hallucinations (surtout chez le sujet âgé) + amantadine à libération prolongée (Gocovri®) approuvée spécifiquement pour les dyskinésies

Traitements non pharmacologiques et dispositifs

  • Stimulation cérébrale profonde (Deep Brain Stimulation — DBS) : implantation d'électrodes dans le noyau sous-thalamique (NST) ou le globus pallidus interne (GPi) + stimulation électrique continue par un générateur d'impulsions implanté sous la clavicule + indications : fluctuations motrices sévères et dyskinésies invalidantes résistantes aux ajustements médicamenteux + patient jeune (idéalement < 70 ans) + bonne réponse initiale à la lévodopa (prédicteur de succès) + sans démence significative + résultats : réduction des dyskinésies de 60–70 % + réduction du temps OFF de 60 % + amélioration de la qualité de vie + n'arrête pas la progression de la maladie + contre-indications : démence + dépression sévère + troubles psychiatriques importants + anticoagulation
  • Thérapies avancées d'administration continue : pompe à apomorphine SC continue (Apokyn®) → agoniste dopaminergique puissant + administré en perfusion SC continue via pompe portative → réduction des fluctuations sévères + gel intestinal de lévodopa-carbidopa (Duodopa®) → administré en perfusion intrajéjunale continue via sonde PEG-J → réduction des fluctuations + alternative à la DBS si contre-indication chirurgicale
  • Physiothérapie et rééducation : LSVT BIG (Lee Silverman Voice Treatment) pour la motricité + LSVT LOUD pour la voix + entraînement de la marche avec tapis roulant + méthode Parkinson Café (exercice en groupe) + boxe adaptée + tai-chi (réduction des chutes démontrée) + natation + vélo + la pratique régulière d'exercice physique intense est le seul traitement ayant montré un bénéfice potentiel sur la progression de la maladie dans des modèles animaux + études humaines en cours
  • Orthophonie : hypophonie (voix basse) + dysarthrie + dysphagie (évaluation et traitement du risque d'aspiration) + LSVT LOUD démontre des résultats significatifs sur l'intelligibilité vocale
  • Ergothérapie : aménagement du domicile + aides techniques (ustensiles adaptés + vêtements à velcro + poignées de lit) + maintien de l'autonomie dans les activités de la vie quotidienne
Situations nécessitant une consultation médicale rapide ou urgente

Consulter un médecin ou un neurologue rapidement si un patient parkinsonien présente une aggravation soudaine de ses symptômes moteurs (augmentation brutale du tremblement + blocages fréquents + chutes répétées) — cette aggravation peut être liée à une infection intercurrente, un problème médicamenteux (interaction + dose oubliée) ou une progression de la maladie nécessitant un ajustement thérapeutique. Toute modification brutale de l'état mental (confusion + hallucinations + psychose) chez un patient parkinsonien doit conduire à une évaluation médicale rapide — les médicaments antiparkinsoniens en sont souvent la cause (réduction ou élimination de l'agoniste dopaminergique ou de l'anticholinergique en premier).

Le syndrome malin des neuroleptiques (SMN) peut survenir si les médicaments dopaminergiques sont arrêtés brutalement chez un patient parkinsonien — ne jamais interrompre la lévodopa ou les agonistes dopaminergiques brusquement + en contexte hospitalier ou chirurgical, toujours maintenir le traitement antiparkinsonien ou trouver une voie d'administration alternative.

Pour l'évaluation de symptômes évocateurs de maladie de Parkinson ou l'ajustement thérapeutique et l'orientation vers la neurologie, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron évaluent les patients présentant des tremblements, une rigidité ou une lenteur des mouvements évocateurs de maladie de Parkinson, orientent vers la neurologie pour confirmation diagnostique et initiation du traitement, assurent le suivi des comorbidités et des symptômes non moteurs (dépression + troubles du sommeil + hypotension orthostatique + constipation), coordonnent avec les équipes de physiothérapie et d'orthophonie et gèrent les interactions médicamenteuses chez ces patients souvent polymédiqués. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un neurologue spécialisé en troubles du mouvement. La maladie de Parkinson est une pathologie complexe dont la prise en charge optimale nécessite une équipe multidisciplinaire (neurologue + physiothérapeute + orthophoniste + ergothérapeute + infirmière spécialisée + travailleur social) et un suivi régulier pour adapter le traitement à l'évolution de la maladie.

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