Aller au contenu

514 606-3350

info@cliniqueomicron.ca​

FR / EN
Logo – Clinique Omicron
Gynécologie & Endocrinologie & Médecine de famille

Progestérone sérique

La progestérone est une hormone stéroïdienne appartenant à la famille des progestagènes, synthétisée principalement par le corps jaune ovarien après l'ovulation, puis par le placenta à partir du premier trimestre de grossesse, et en quantités minimes par les glandes surrénales et les testicules. Son nom évoque directement sa fonction principale — pro-gestation — car elle prépare et maintient l'endomètre dans un état réceptif à l'implantation de l'embryon et protège la grossesse débutante contre les contractions utérines prématurées. Elle est synthétisée à partir du cholestérol via la prégnénolone, et constitue un précurseur commun à toutes les hormones stéroïdiennes (corticoïdes, androgènes, estrogènes). Dans le cycle menstruel normal, la progestérone est quasi absente en phase folliculaire (valeurs < 3 nmol/L), puis s'élève brutalement après l'ovulation sous l'effet de la LH qui transforme le follicule de Graaf rompu en corps jaune — glande endocrine temporaire dont la production de progestérone atteint son pic vers J21 du cycle (J7 post-ovulatoire) pour atteindre 16 à 80 nmol/L, avant de chuter vers J26–J28 si l'œuf n'est pas fécondé, entraînant la dégénérescence du corps jaune (lutéolyse) et les règles. Cette élévation de la progestérone en milieu de phase lutéale est le marqueur biochimique le plus fiable de l'ovulation : un taux sérique supérieur à 16 nmol/L (5 ng/mL) à J21 du cycle confirme qu'une ovulation a bien eu lieu. En cas de grossesse, la production de progestérone est d'abord assurée par le corps jaune gravidique — maintenu par l'hCG sécrétée par le trophoblaste — jusqu'à la « lutéo-placentaire shift » (transition corps jaune–placenta) qui s'effectue entre 8 et 10 semaines d'aménorrhée, après quoi le placenta prend définitivement le relais pour atteindre des valeurs de 300 à 800 nmol/L au troisième trimestre.

Valeurs de référence par situation clinique

Situation clinique Progestérone sérique (nmol/L) Progestérone sérique (ng/mL)
Phase folliculaire (J1–J14) < 3,2 nmol/L < 1,0 ng/mL
Pic ovulatoire (autour de J14) 3,2 à 9,5 nmol/L (élévation transitoire) 1,0 à 3,0 ng/mL
Phase lutéale précoce (J15–J18) 9,5 à 32 nmol/L 3,0 à 10 ng/mL
Pic de la phase lutéale (J19–J23 — J7 post-ovulation) 16 à 80 nmol/L 5 à 25 ng/mL
Phase lutéale tardive (J24–J28) Chute progressive vers < 3,2 nmol/L Chute vers < 1,0 ng/mL
Ménopause < 3,2 nmol/L < 1,0 ng/mL
Grossesse 1er trimestre (5–12 SA) 32 à 256 nmol/L 10 à 80 ng/mL
Grossesse 2e trimestre (13–26 SA) 128 à 512 nmol/L 40 à 160 ng/mL
Grossesse 3e trimestre (27–40 SA) 320 à 800 nmol/L 100 à 250 ng/mL
Homme adulte 0,3 à 1,9 nmol/L 0,1 à 0,6 ng/mL
Conversion des unités 1 ng/mL = 3,18 nmol/L + 1 nmol/L = 0,314 ng/mL + vérifier l'unité du laboratoire — certains expriment en nmol/L, d'autres en ng/mL ou µg/L
ℹ️ Le timing du prélèvement est crucial pour l'interprétation de la progestérone : un dosage réalisé en phase folliculaire donnera toujours une valeur basse — ce n'est pas une insuffisance lutéale. La progestérone doit être dosée au milieu de la phase lutéale, soit environ 7 jours après l'ovulation présumée (J21 pour un cycle de 28 jours, ou J+7 de l'ovulation si le cycle est irrégulier). Dans les cycles irréguliers, plusieurs dosages à J21, J24 et J28 améliorent la fiabilité. Un taux supérieur à 16 nmol/L (5 ng/mL) confirme l'ovulation.

Rôles physiologiques de la progestérone

  • Préparation de l'endomètre à l'implantation : après l'action des estrogènes qui épaississent l'endomètre en phase folliculaire → la progestérone transforme l'endomètre prolifératif en endomètre sécrétoire (phase sécrétoire) → glandes endométriales tortueuses + riches en glycogène + stroma décidual → fenêtre d'implantation (J20–J24 du cycle) + en l'absence de progestérone suffisante → endomètre peu réceptif → défaut d'implantation
  • Maintien de la grossesse : inhibition des contractions du myomètre (effet tocoly­tique) → prévention des avortements précoces + maintien de la quiescence utérine tout au long de la grossesse + induction de la caduque décidualisée + régulation de l'immunotolérance fœto-maternelle (suppression de la réponse cytotoxique maternelle contre le trophoblaste)
  • Effet sur le col utérin et les glaires cervicales : épaississement de la glaire cervicale → mucus épais et imperméable aux spermatozoïdes → protection contre les infections ascendantes pendant la grossesse + cet effet est exploité par les progestatifs contraceptifs (microprogestatifs) qui maintiennent une glaire épaisse tout au long du cycle
  • Effets sur la température basale : élévation thermogénique de 0,3 à 0,5 °C après l'ovulation → mesure de la température basale matinale est une méthode de détection de l'ovulation + la montée thermique persiste tant que le corps jaune est actif
  • Effets mammaires : préparation des lobules et des acini glandulaires mammaires à la lactation + avec les estrogènes → développement complet de la glande mammaire pendant la grossesse + symptômes prémenstruels liés à la progestérone : tension mammaire + ballonnements + rétention hydrique
  • Effets sur le système nerveux central : métabolites de la progestérone (alloprégnanolone + pregnanolone) → agonistes puissants des récepteurs GABA-A → effets anxiolytiques + sédatifs + hypnotiques + l'alloprégnanolone est la cible du brexanolone (Zulresso®), premier traitement approuvé spécifiquement pour la dépression du post-partum (FDA 2019)

Interprétation clinique — progestérone basse

Situation Mécanisme et tableau clinique Bilan et prise en charge
Anovulation et cycles anovulatoires Absence d'ovulation → absence de corps jaune → progestérone en phase lutéale < 3–5 nmol/L + causes : SOPK (anovulation chronique par hyperstimulation androgénique) + hyperprolactinémie + insuffisance ovarienne prématurée + aménorrhée fonctionnelle (sous-poids + sport intensif + stress) + hypothyroïdie FSH + LH + prolactine + TSH + estradiol + AMH + échographie pelvienne + bilan androgènes (SOPK) + traitement de la cause : induction de l'ovulation (clomifène + létrozole + gonadotrophines) si désir de grossesse
Insuffisance lutéale Ovulation présente mais corps jaune de faible qualité → progestérone en phase lutéale < 16 nmol/L + phase lutéale courte (< 10 jours) + peut contribuer aux fausses couches précoces récidivantes (rôle débattu) + causes : hyperprolactinémie légère + hypothyroïdie subclinique + SOPK + vieillissement ovarien Progestérone au pic lutéal (J21 ou J+7 ovulation) + si confirmée → progestérone micronisée vaginale (Prometrium® 200 mg × 2/jour ou Utrogestan® 200 mg × 2/jour) ou progestérone en gel vaginal (Crinone® 8 %) de J+3 ovulation jusqu'à J12 de la grossesse
Grossesse extra-utérine ou fausse couche précoce Progestérone sérique < 16 nmol/L (< 5 ng/mL) au 1er trimestre → évocateur d'une grossesse non viable (GEU + avortement spontané en cours + grossesse arrêtée) + sensibilité 85 % + à interpréter avec l'hCG (cinétique d'hCG toutes les 48 h) Progestérone < 16 nmol/L + hCG non doubleuse → grossesse non viable → bilan complet + échographie endovaginale + si GEU suspectée → urgence (voir fiche Grossesse extra-utérine) + progestérone > 64 nmol/L = grossesse intra-utérine viable probable
Insuffisance lutéale en FIV / AMP Dans les cycles de FIV avec blocage hypophysaire (agonistes ou antagonistes GnRH) → le corps jaune est insuffisant car la LH endogène est supprimée + la sécrétion de progestérone par les cellules de la granulosa restantes est insuffisante Supplémentation lutéale systématique obligatoire en FIV : progestérone micronisée vaginale 200–400 mg × 2–3/jour du jour du transfert embryonnaire jusqu'à 10–12 SA + monitorage du taux sérique de progestérone pour ajustement de la dose

Progestérone micronisée — formes galéniques et indications

  • Progestérone micronisée orale (Prometrium® 100 mg et 200 mg) : progestérone identique à la progestérone naturelle (bioidentique) + administration orale ou vaginale + voie orale : première métabolisation hépatique importante → effets sédatifs marqués (alloprégnanolone) → à prendre le soir au coucher + absorption variable selon les repas (meilleure avec les lipides) + indications : THS de la ménopause (protection endométriale si utérus présent) + soutien lutéal en AMP + insuffisance lutéale + menace d'avortement chez les patientes à risque
  • Progestérone vaginale (Crinone® 8 % gel + Endometrin® comprimés vaginaux) : diffusion directe utérine par effet premier utérin (first uterine pass) → concentrations endométriales élevées avec taux sériques relativement faibles → moins d'effets systémiques (sédation) + forme préférée en FIV et pour le soutien lutéal + Crinone® 1 applicateur vaginal/jour ou 2×/jour selon le protocole
  • Progestérone injectable (en huile) : progestérone 50–100 mg IM tous les jours ou tous les 2–3 jours + taux sériques élevés et stables + utilisée dans certains protocoles de FIV ou de grossesse à haut risque d'accouchement prématuré + douloureuse à l'injection + risques d'abcès au site d'injection
  • Progestérone vaginale dans la prévention de l'accouchement prématuré : col court (< 25 mm) à l'échographie du 2e trimestre → progestérone vaginale 200 mg/soir de 16 à 36 SA → réduction du risque d'accouchement prématuré de 30–40 % (méta-analyses Cochrane) + traitement recommandé par la SOGC chez les grossesses uniques avec col court
Consultation médicale recommandée

Une progestérone sérique inférieure à 16 nmol/L au premier trimestre d'une grossesse connue doit conduire à une consultation médicale urgente associée à un dosage d'hCG et une échographie endovaginale pour exclure une grossesse ectopique ou évaluer la viabilité d'une grossesse intra-utérine. Ne pas attendre — la grossesse extra-utérine est une urgence chirurgicale potentielle.

Pour le dosage de la progestérone dans le cadre d'un bilan de fertilité, d'un suivi de grossesse précoce, d'une évaluation du cycle menstruel ou d'une discussion sur la supplémentation progestative, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron prescrivent et interprètent le dosage de la progestérone sérique dans le cadre d'un bilan d'infertilité (confirmation de l'ovulation) ou d'un suivi de grossesse précoce, évaluent une insuffisance lutéale, initient une supplémentation en progestérone micronisée si indiquée, et coordonnent avec les cliniques de procréation médicalement assistée pour les protocoles de FIV. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin, d'un gynécologue ou d'un endocrinologue de la reproduction. L'interprétation de la progestérone sérique doit toujours tenir compte du jour du cycle, du contexte clinique (grossesse, bilan d'infertilité, ménopause) et des valeurs de référence du laboratoire ayant réalisé le dosage.

Clinique Omicron

Besoin de consulter un médecin ?

Prise en charge en 24-48h. En clinique ou en télémédecine, partout au Québec.

Reçus pour assurances. 7j/7. Sans médecin de famille requis.