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Neurologie & ORL & Médecine de famille

Syndrome de Ramsay Hunt

Le syndrome de Ramsay Hunt — décrit pour la première fois par le neurologue américain James Ramsay Hunt en 1907 et désigné également herpes zoster oticus ou zona du ganglion géniculé — est une forme particulièrement sévère et invalidante de zona résultant de la réactivation du virus varicelle-zona (VZV — Varicella-zoster virus, herpèsvirus de type 3) dans le ganglion géniculé du nerf facial (VII), après une primo-infection par la varicelle des décennies auparavant, lors de laquelle le VZV a établi une latence permanente dans les ganglions sensitifs des nerfs crâniens et spinaux. La réactivation virale au niveau du ganglion géniculé entraîne une inflammation et une nécrose des fibres nerveuses du VII ainsi qu'une diffusion virale vers les structures anatomiques voisines innervées par le nerf facial et ses branches : le conduit auditif externe + le pavillon de l'oreille + la membrane tympanique + le tiers antérieur de la langue (corde du tympan) + et, par extension, les structures cochléo-vestibulaires (VIII — nerf vestibulocochléaire) et la cavité orale. La triade clinique classique associe une paralysie faciale périphérique homolatérale (touchant tous les étages du visage — front + œil + bouche — contrairement à l'atteinte centrale qui épargne le front) + un zona auriculaire (éruption vésiculeuse douloureuse sur le pavillon de l'oreille + le conduit auditif externe + le tympan + parfois le palais et la langue) + des symptômes cochléo-vestibulaires (acouphènes + hypoacousie de perception + vertiges). Comparé à la paralysie a frigore (paralysie de Bell — de cause présumée virale non vériculaire), le syndrome de Ramsay Hunt a un pronostic nettement plus sévère : seulement 70 % de récupération complète de la paralysie faciale (vs 90 à 95 % pour la paralysie de Bell) — justifiant un traitement antiviral + corticoïde encore plus urgent et agressif. La précocité du traitement (dans les 72 premières heures après l'apparition des symptômes, idéalement dans les 24 heures) est le facteur pronostique modifiable le plus déterminant pour la récupération de la fonction faciale.

Présentation clinique

  • Douleur auriculaire intense (prodrome) : otalgie sévère + douleur brûlante profonde du conduit auditif externe + parfois irradiante vers le cou + la mâchoire + l'occipital + précède l'éruption de 1 à 3 jours + peut être le seul signe initial → tout patient avec otalgie intense + paralysie faciale doit avoir une éruption activement recherchée (le rash peut être discret ou absent au début)
  • Éruption vésiculeuse zona (éruption auriculaire) : vésicules groupées en bouquet sur fond érythémateux + siège caractéristique : pavillon de l'oreille (hélix + anthélix + lobule + conque) + conduit auditif externe + membrane tympanique + parfois palais mou + luette + langue (deux tiers antérieurs) + le rash peut être peu visible si confiné au conduit auditif → examiner soigneusement avec un otoscope
  • Paralysie faciale périphérique homolatérale : paralysie complète ou partielle de toute la musculature faciale du côté atteint + incapacité à fermer l'œil (lagophtalmie) → kératite d'exposition si non protégé + déviation de la bouche du côté opposé + effacement du pli nasogénien + disparition des rides du front + signe de Charles Bell (déviation du globe vers le haut lors de la tentative de fermeture des yeux) + la paralysie peut précéder ou suivre l'éruption
  • Atteinte cochléo-vestibulaire (VIII) : acouphènes unilatéraux + hypoacousie de perception (surdité neurosensorielle — distinguer de la surdité de transmission par otoscopie) + vertiges + nystagmus + nausées + vomissements + instabilité à la marche → l'atteinte du VIII témoigne de la diffusion virale et aggrave le pronostic
  • Autres manifestations possibles : dysgueusie (altération du goût — corde du tympan) + xérostomie + xérophtalmie (atteinte des glandes lacrymales et salivaires) + paralysie vélopalatine (voix nasonnée) + très rarement : atteinte des nerfs crâniens adjacents (IX + X + XI + XII) dans les formes étendues — syndrome de Garcin si atteinte multiple des nerfs crâniens

Diagnostic différentiel de la paralysie faciale périphérique

Étiologie Éléments distinctifs Fréquence
Paralysie de Bell (a frigore) Paralysie faciale idiopathique (présumée virale — HSV-1) + SANS éruption visible + SANS atteinte auditive + SANS vertiges + souvent après exposition au froid + diagnostic d'exclusion + pronostic favorable (90–95 % de récupération complète) 60–70 % des paralysies faciales périphériques + la plus fréquente
Syndrome de Ramsay Hunt Éruption vésiculeuse auriculaire + otalgie sévère + atteinte VIII possible + VZV + pronostic moins favorable que la paralysie de Bell 10–15 % des paralysies faciales périphériques
Otite moyenne aiguë ou chronique Antécédent d'otite + fièvre + otorrhée + atteinte de l'oreille moyenne à l'otoscopie + paralysie faciale par compression Rare + complication d'otite non traitée
Tumeur du nerf facial (neurinome + parotide) Paralysie faciale d'évolution progressive et lente (semaines à mois) — une paralysie faciale évoluant sur plus de 3 semaines doit faire évoquer une tumeur → IRM urgente Rare + à ne pas manquer
Maladie de Lyme (neuroborréliose) Contexte d'exposition aux tiques + éruption de Lyme antérieure (érythème migrant) + paralysie faciale parfois bilatérale + sérologie Lyme + LCR si méningite associée Rare au Québec + zones à risque : Estrie + Montérégie + Outaouais
Sarcoïdose (syndrome de Heerfordt) Uvéite + parotidite + fièvre + paralysie faciale + ACE élevé + scanner thoracique (adénopathies hilaires) Rare

Bilan paraclinique

  • Otoscopie : examen indispensable pour visualiser les vésicules dans le conduit auditif externe et sur le tympan + qui peuvent être invisibles à l'œil nu sans instrument + audiogramme si hypoacousie suspectée
  • IRM cérébrale avec gadolinium : prise de contraste du nerf facial au niveau du ganglion géniculé et du conduit auditif interne + élimine une cause tumorale (neurinome du VII + tumeur parotidienne envahissante + cholestéatome) + non indispensable si tableau classique + indiquée si évolution atypique ou progressive
  • PCR VZV sur prélèvement vésiculaire + sérologie VZV : confirmation virologique si diagnostic incertain + utile si zona sine herpete (Ramsay Hunt sans éruption visible — présent dans 10–15 % des cas)
  • EMG facial : évalue la sévérité de la dénervation + pronostique la récupération + à réaliser si paralysie complète persistante après 2 à 3 semaines
ℙ️ Le zona sine herpete — forme de syndrome de Ramsay Hunt sans éruption cutanée visible — est présent dans 10 à 15 % des cas et représente un piège diagnostique majeur. Un patient avec paralysie faciale périphérique sévère + otalgie intense + atteinte cochléo-vestibulaire (hypoacousie + vertiges) sans éruption peut néanmoins avoir un syndrome de Ramsay Hunt confirmé par PCR VZV sur frottis auriculaire ou sérologie VZV en séroconversion. Traiter comme un Ramsay Hunt (aciclovir + corticoïdes) si la présentation clinique est évocatrice, même sans vésicules visibles.

Traitement

  • Antiviral — aciclovir ou valaciclovir (urgence — dans les 72 h idéalement) : valaciclovir 1 000 mg × 3/jour × 7 jours per os (meilleure biodisponibilité que l'aciclovir oral) + ou aciclovir IV 10 mg/kg toutes les 8 h si formes sévères + ou immunodépression + mécanisme : inhibition de la réplication du VZV → réduction de la charge virale → limitation des lésions nerveuses + débuter même au-delà de 72 h si nouvelles lésions actives + ou formes sévères
  • Corticoïdes (prednisone) : prednisone 1 mg/kg/jour (max 60–80 mg/jour) × 5 jours puis décroissance sur 5 jours + à associer systématiquement à l'antiviral + réduit l'inflammation neurale + améliore la récupération de la paralysie faciale + réduit les douleurs + la combinaison aciclovir + prednisone est supérieure à chaque traitement seul pour la récupération faciale
  • Protection oculaire — PRIORITÉ si lagophtalmie : collyre lubrifiant (larmes artificielles) toutes les 2 heures le jour + pommade ophtalmique la nuit + occlusion de l'œil par une chambre humide (lunettes de protection) ou un pansement oculaire occlus la nuit + examen ophtalmologique urgente si kératite d'exposition suspectée (douleur oculaire + photophobie + baisse d'acuité visuelle) → risque de kératite neurotrophique si cornée insensible + ulcère cornéen + cécité si non traité
  • Antalgiques pour l'otalgie : paracétamol + AINS + tramadol si insuffisant + gabapentine ou prégabaline si composante neuropathique prédominante + névralgie post-herpétique fréquente après Ramsay Hunt (plus fréquente et plus sévère que le zona classique)
  • Physiothérapie faciale : massages + exercices de rééducation faciale + électrostimulation + à débuter dès les premiers signes de récupération motrice (trop tôt = contre-productif si nerf non récupéré) + à poursuivre pendant 3 à 6 mois
  • Traitement des vertiges : dimenhydrinate (Gravol®) + prochlorpérazine si vertiges invalidants + rééducation vestibulaire dès stabilisation de la phase aiguë

Pronostic et séquelles

  • Paralysie faciale : récupération complète dans 70 % des cas si traitement précoce (vs 90–95 % pour la paralysie de Bell) + séquelles dans 30 % : parésie résiduelle + syncinésies (mouvements involontaires associés — fermeture de l'œil lors du sourire) + contracture hémiface + spasme hémifacial + larmes de crocodile (larmoiement lors de la mastication)
  • Hypoacousie : séquelles auditives permanentes dans 20–30 % des cas + appareillage auditif ou implant cochléaire dans les formes sévères
  • Névralgie post-herpétique : douleurs neuropathiques persistantes après résolution de l'éruption + plus fréquentes et plus sévères dans le syndrome de Ramsay Hunt que dans le zona cutané + traitement : gabapentine + prégabaline + amitriptyline + lidocaïne patch + capsaïcine patch
  • Facteurs de mauvais pronostic : âge > 60 ans + paralysie faciale complète d'emblée + atteinte cochléo-vestibulaire associée + délai au traitement > 72 h + immunodépression
Urgence médicale — traiter dans les 72 heures

Consulter un médecin en urgence — dans les heures, pas les jours — si une douleur d'oreille intense + une paralysie faciale (bouche déviée + impossibilité de fermer un œil + asymétrie du visage) apparaissent, avec ou sans éruption visible sur le pavillon de l'oreille. Le syndrome de Ramsay Hunt est une urgence médicale : le traitement par valaciclovir + prednisone initié dans les 72 premières heures (idéalement dans les 24 heures) multiplie par 2 à 3 les chances de récupération faciale complète. Chaque heure de délai aggrave le pronostic neurologique. La protection oculaire (larmes artificielles + occlusion nocturne) doit être initiée immédiatement si l'œil ne se ferme pas complètement, pour prévenir la kératite d'exposition. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron diagnostiquent le syndrome de Ramsay Hunt à l'examen clinique (otoscopie + évaluation de la paralysie faciale), initient immédiatement le traitement par valaciclovir + prednisone, prescrivent la protection oculaire et orientent vers l'ophtalmologie si kératite d'exposition suspectée, prescrivent l'audiogramme et orientent vers l'ORL pour les atteintes cochléo-vestibulaires, et orientent vers la neurologie pour la rééducation faciale et la gestion de la névralgie post-herpétique. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un neurologue. Le syndrome de Ramsay Hunt est une urgence médicale dont le pronostic de récupération faciale est directement lié à la précocité du traitement antiviral et corticoïde — tout délai de traitement dégrade irréversiblement les chances de récupération complète.

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