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Scorbut (carence en vitamine C) : symptômes, diagnostic et traitement | Clinique Omicron
Médecine interne & Nutrition & Médecine de famille

Scorbut (carence en vitamine C)

Le scorbut est une maladie de carence sévère en vitamine C (acide ascorbique — C₆H₈O₆) — une vitamine hydrosoluble essentielle que l'être humain, contrairement à la plupart des autres mammifères, est incapable de synthétiser de novo (perte de la L-gulonolactone oxydase — enzyme nécessaire à la dernière étape de la biosynthèse de l'acide ascorbique lors de l'évolution des primates) et doit donc obligatoirement obtenir par l'alimentation. Décrit depuis l'Antiquité et historiquement associé aux marins en long voyage privés de fruits frais (avant la découverte de sa cause par James Lind en 1747 avec les citrons), le scorbut est aujourd'hui une maladie réémergente dans les pays développés — touchant non plus les marins mais les populations vulnérables modernes : personnes âgées vivant seules + alcooliques chroniques + sans-abri + grands fumeurs + patients en hémodialyse + personnes suivant des régimes alimentaires extrêmement restrictifs ou souffrant de troubles alimentaires sévères + enfants avec alimentation très sélective (autisme + troubles alimentaires pédiatriques) + populations défavorisées avec insécurité alimentaire. La physiopathologie centrale du scorbut repose sur le rôle indispensable de la vitamine C comme cofacteur de la prolyl hydroxylase et de la lysyl hydroxylase — enzymes essentielles à l'hydroxylation des résidus proline et lysine du procollagène, étape indispensable à la formation des liaisons croisées stabilisant la triple hélice de collagène mature. En l'absence de vitamine C, le collagène synthétisé est structurellement défectueux — entraînant la fragilité des parois vasculaires (hémorragies périvasculaires + purpura périfoliculaire) + la défaillance des jonctions intercellulaires des capillaires (hémorragies des gencives + hémarthroses + hémorragies sous-périostées) + les troubles de la cicatrisation + et dans les cas extrêmes la réouverture des cicatrices anciennes. La carence se développe lentement en 1 à 3 mois d'apports nuls (les réserves corporelles de vitamine C sont de 1 500–2 000 mg).

Populations à risque au Québec

  • Alcoolisme chronique : apports alimentaires insuffisants + absorption intestinale réduite + métabolisme accéléré de la vitamine C par l'alcool + souvent associé à d'autres carences (B1 + B12 + folates + zinc)
  • Personnes âgées vivant seules : difficultés à préparer des repas frais + réduction de l'appétit + revenus fixes + problèmes de mastication limitant les fruits et légumes + isolement social
  • Fumeurs : le tabagisme augmente les besoins en vitamine C de 35 mg/jour supplémentaires (stress oxydatif accru) + les fumeurs ont des taux plasmatiques de vitamine C systématiquement inférieurs aux non-fumeurs à apports alimentaires équivalents → besoin accru de 100–125 mg/jour
  • Hémodialyse chronique : la vitamine C est dialysable (non liée aux protéines + poids moléculaire bas) → perte de 150–250 mg par séance → besoins augmentés
  • Troubles alimentaires sévères : anorexie mentale + régimes extrêmement restrictifs + alimentation monotone (pas de fruits + légumes + légumineuses) + alimentation industrielle ultra-transformée exclusive
  • Enfants avec alimentation sélective : troubles du spectre de l'autisme + néophobie alimentaire sévère → alimentation à base d'aliments transformés pauvres en vitamine C
  • Populations en situation d'insécurité alimentaire : revenus très faibles + accès limité aux fruits et légumes frais

Manifestations cliniques

  • Phase de carence subclinique (< 3 mois d'apports insuffisants) : fatigue + irritabilité + dépression légère + douleurs musculaires + apathie → souvent sous-diagnostiquée
  • Purpura périfoliculaire (signe précoce et caractéristique) : petites hémorragies cutanées en halo autour des follicules pileux + prédominant sur les membres inférieurs + cuisses + fesses + bras + non prurigineux + non palpable + à distinguer du purpura thrombopénique (thrombocytopénie absente dans le scorbut)
  • Poils en tire-bouchon (corkscrew hairs — signe quasi-pathognomonique) : poils enroulés en spirale + cassés + enkystés dans le follicule + sur les membres + le tronc + résultent de la synthèse anormale de kératine par déficit en collagène
  • Gingivite hémorragique : gencives gonflées + hémorragiques + couleur violacée + saignant au moindre contact + gencives « spongieuses » → uniquement en présence de dents (absent chez l'édenté complet) + ulcérations + nécrose gingivale dans les formes sévères
  • Hémorragies multiples : ecchymoses spontanées ou au moindre traumatisme + hémorragies sous-cutanées + hémarthroses (douleurs articulaires + épanchements) + hémorragies sous-périostées (très douloureuses chez l'enfant → tableau de pseudoparalysie + refus de marcher)
  • Troubles de la cicatrisation : retard de cicatrisation des plaies + réouverture spontanée de cicatrices anciennement guéries (signe tardif mais très évocateur)
  • Manifestations systémiques (formes avancées) : anémie normocytaire ou macrocytaire (carence associée en folates) + œdème des membres inférieurs + épanchements pleural + péricardique + ascite + atteinte dentaire (déchaussement des dents) + mort par hémorragie interne si non traité

Diagnostic

  • Diagnostic clinique : tableau clinique évocateur (purpura périfoliculaire + poils en tire-bouchon + gingivite hémorragique) + contexte de risque (alcoolisme + âge + régime restrictif) + réponse spectaculaire au traitement en 1–2 semaines (confirme le diagnostic a posteriori)
  • Vitamine C plasmatique : normale : 23–85 µmol/L + carence : < 11 µmol/L + scorbut manifeste : < 5 µmol/L + le prélèvement doit être fait à jeun et rapidement acheminé au laboratoire (la vitamine C s'oxyde rapidement ex vivo) + les taux plasmatiques reflètent les apports récents plutôt que les réserves tissulaires
  • Vitamine C leucocytaire : meilleur reflet des réserves tissulaires que le taux plasmatique + normale : 114–284 nmol/10⁸ leucocytes + examen moins accessible en pratique courante
  • NFS : anémie normocytaire (hémorragies) + ou macrocytaire si carence associée en folates (fréquente chez l'alcoolique) + thrombocytes NORMAUX (le purpura du scorbut est non thrombopénique — distingue du PTI)
  • Radiographie osseuse (chez l'enfant) : signes de scorbut infantile : zone de Trümmerfeld (bande de raréfaction sous-épiphysaire) + anneau de Wimberger (densification de l'épiphyse) + ligne de Fränkel (densification métaphysaire) + décollements périostés calcifiés
ℙ️ Le scorbut est souvent méconnu dans les pays développés parce que les médecins ne l'évoquent plus — on pense à tort qu'il n'existe plus. Pourtant, des séries de cas récentes au Canada, aux États-Unis et en Europe montrent une réémergence claire dans les populations vulnérables. Tout patient alcoolique ou âgé isolé avec des ecchymoses inexpliquées + des douleurs aux membres inférieurs + des gencives hémorragiques doit faire évoquer le scorbut. Le traitement est simple, peu coûteux et les résultats sont spectaculaires en quelques jours.

Traitement

  • Supplémentation en vitamine C (acide ascorbique) : 500–1 000 mg/jour per os × 4–6 semaines → amélioration des symptômes en 24–48 h (fatigue + douleurs) + résolution des signes cutanés et gingivaux en 2–4 semaines + cicatrisation des plaies en 4–6 semaines + en pratique : 500 mg per os × 2/jour pendant 1 mois puis dose d'entretien 100–200 mg/jour
  • Voie IV si malabsorption sévère : acide ascorbique IV 1 000 mg/jour × 5–7 jours puis relais oral + rare mais nécessaire si absorption intestinale très compromise (maladie de Crohn + résection intestinale étendue)
  • Correction des autres carences associées : chez l'alcoolique → thiamine (B1) + folates + B12 + zinc + magnésium → traitement des carences multiples simultanément
  • Réintroduction d'une alimentation équilibrée : éducation nutritionnelle + sources alimentaires riches en vitamine C : poivrons rouges (190 mg/100 g) + agrumes + kiwi + brocoli + cassis + fraises + épinards + tomates + le jus d'orange (120–150 mg/250 mL) + la cuisson détruit 25–90 % de la vitamine C (thermolabile + sensible à l'oxydation) → préférer les aliments crus ou légèrement cuits à la vapeur
  • Besoins nutritionnels de référence : adulte : 75–90 mg/jour (Santé Canada) + grossesse : 85 mg/jour + allaitement : 120 mg/jour + fumeurs : + 35 mg supplémentaires + niveau maximal tolérable : 2 000 mg/jour (au-delà : risque de lithiase oxalique + diarrhée osmotique)
Consultation médicale recommandée

Consulter un médecin si des ecchymoses spontanées inexpliquées + des douleurs des membres + des gencives hémorragiques + de la fatigue intense apparaissent chez une personne âgée vivant seule + un alcoolique + ou une personne suivant un régime alimentaire très restrictif — ces signes peuvent indiquer un scorbut, carence en vitamine C diagnostiquée trop rarement. Un dosage de la vitamine C plasmatique + un bilan nutritionnel complet permettent le diagnostic. Pour l'évaluation nutritionnelle et la prescription de la supplémentation en vitamine C, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron reconnaissent les signes cliniques du scorbut (purpura périfoliculaire + poils en tire-bouchon + gingivite hémorragique + ecchymoses spontanées) chez les populations à risque, prescrivent le dosage de la vitamine C plasmatique, initient la supplémentation par acide ascorbique et corrigent les carences nutritionnelles associées, et orientent vers la diététique pour une rééducation alimentaire durable. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un diététiste. Le scorbut est une maladie de carence entièrement prévenable et traitable — le traitement par supplémentation orale en vitamine C est simple, peu coûteux et très efficace. Une supplémentation supérieure à 2 000 mg/jour comporte un risque de lithiase rénale oxalique et de diarrhée osmotique.

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