Stomatite (aphtes et ulcérations buccales)
Classification et principales causes
| Type | Agent / Cause | Présentation caractéristique | Traitement |
|---|---|---|---|
| Stomatite aphteuse récidivante (SAR) | Idiopathique + multifactorielle (stress + traumatismes locaux + aliments [noix + fromages + tomates] + fluctuations hormonales + prédisposition génétique) | Ulcérations arrondies ou ovales + fond jaune-grisâtre + halo érythémateux + très douloureuses + muqueuse non kératinisée (face interne joues + lèvres + fond de vestibule + plancher) + pas de fièvre + durée 7–14 jours + guérison sans cicatrice + 3 formes : mineures (<1 cm — 80 %) + majeures (>1 cm — 10 % — cicatrisent) + herpétiformes (multiples petites ulcérations confluentes — 10 %) | Triamcinolone acétonide en pâte (Orabase®) + chlorhexidine bain de bouche + lidocaïne viscqueuse PRN + colchicine 0,5 mg × 2/j si récidives fréquentes + thalidomide (formes sévères — contrôle strict) |
| Stomatite herpétique (HSV-1) | Herpes simplex virus type 1 — primo-infection ou réactivation | Primo-infection (gingivostomatite herpétique aiguë de l'enfant) : fièvre élevée + adénopathies cervicales + vésicules multiples diffuses + érosions + muqueuse kératinisée ET non kératinisée + très douloureux + difficultés alimentaires + réactivation (herpès labial) : vésicules groupées sur la lèvre + bord vermillon | Primo-infection sévère : aciclovir 200–400 mg × 5/j × 5–7 jours (ou valaciclovir) + débuter dans les 72 h + antalgiques + hydratation + réactivation légère : aciclovir crème topique + valaciclovir per os si formes récidivantes fréquentes (prophylaxie) |
| Candidose buccale (muguet) | Candida albicans — immunodépression + antibiotiques + corticoïdes inhalés | Plaques blanchâtres crémeuses sur muqueuse buccale + facilement détachables à la spatule (laissant une muqueuse érythémateuse saignante) + forme érythémateuse (muqueuse rouge + douloureuse + sous prothèse dentaire) + forme angulaire (perlèche — commissures des lèvres) | Nystatine suspension buccale 100 000 UI/mL × 4/j × 7–14 jours + ou fluconazole 150 mg dose unique (formes sévères) + ou 100 mg/j × 7–14 j + rincer la bouche après les corticoïdes inhalés |
| Maladie mains-pieds-bouche | Entérovirus (Coxsackievirus A16 + A6 + Entérovirus 71) | Enfant < 10 ans ++ + vésicules érosives dans la bouche + éruption vésiculeuse paumes + plantes + fesses + fièvre modérée + très contagieux + épidémies en garderie + durée 7–10 jours | Symptomatique uniquement (paracétamol + ibuprofène + hydratation) + PAS d'antiviral + retour garderie possible dès apyrexie |
| Stomatite médicamenteuse | Méthotrexate + 5-fluorouracile + ciclosporine + AINS + IEC + sartans + bêtabloquants + nicorandil + inhibiteurs mTOR (évérolimus + sirolimus) | Ulcérations aphtoïdes ou diffuses + souvent liées à la dose + évolution temporellement liée à l'introduction du médicament + inhibiteurs mTOR → stomatite aphteuse dose-dépendante caractéristique | Réduction de dose ou arrêt du médicament responsable + bain de bouche à la triamcinolone ou à la dexaméthasone + bain de bouche à la kétamine 20 mg (inhibiteurs mTOR) + cicatrisation spontanée à l'arrêt |
| Stomatite des maladies systémiques | Maladie de Crohn + RCH + syndrome de Behçet + lupus + maladie cœliaque + anémie ferriprive + anémie mégaloblastique + neutropénie + VIH | Aphtes récidivants sévères ou atypiques + cicatrisant avec retard + ou accompagnés de signes extra-buccaux → bilan systématique si stomatite récidivante inexpliquée | Traitement de la maladie systémique causale + traitement local des lésions buccales |
Stomatite aphteuse récidivante (SAR) — prise en charge détaillée
- Facteurs déclenchants à identifier et éviter : stress émotionnel + traumatismes locaux (morsure accidentelle + brossage agressif + aliments durs + prothèses mal adaptées) + aliments déclenchants spécifiques (noix + amandes + fromages fermentés + tomates + ananas + chocolat + épices) + cycles menstruels (aphtes péri-menstruels chez certaines femmes) + sodas (laurylsulfate de sodium dans certains dentifrices → irritant muqueux → utiliser un dentifrice sans SLS)
- Traitement local des épisodes : triamcinolone acétonide 0,1 % en pâte oromucosale (Orabase® — Kenalog®) appliquée directement sur l'ulcération 3–4 ×/jour après les repas → réduction de la douleur + durée → sucralfate en suspension buccale + chlorhexidine 0,12 % bain de bouche 2×/jour (réduction durée + récidives) + lidocaïne visqueuse 2 % PRN (anesthésie locale avant les repas) + couvercle d'Orabase®
- Colchicine (SAR modérée à sévère récidivante) : 0,5 mg × 2/jour per os en continu + réduit la fréquence et la sévérité des poussées + mécanisme anti-inflammatoire (inhibition de la migration des neutrophiles) + effets indésirables : diarrhée + nausées (dose-dépendants) + interaction avec les statines + CYP3A4
- Dapsone + pentoxifylline + thalidomide : réservés aux formes sévères ou réfractaires + spécialistes seulement + thalidomide → tératogène strict (programme REMS obligatoire) + neuropathie périphérique + thrombose veineuse
Stomatite de la chimiothérapie
- Mécanisme : agents alkylants + antimétabolites (5-FU + méthotrexate) → destruction des cellules épithéliales buccales à renouvellement rapide → mucite orale → ulcérations extensives + surinfection (Candida + HSV) → douleur intense + impossibilité d'alimenter
- Grade (OMS 0–4) : grade 0 = pas de mucite + grade 1 = érythème douloureux + grade 2 = érythème + ulcères + peut manger solide + grade 3 = ulcères + ne peut manger que liquides + grade 4 = alimentation orale impossible → grade 3–4 = indication de nutrition parentérale ou entérale
- Prévention et traitement : cryothérapie buccale (glaçons pendant la perfusion de 5-FU — vasoconstriction → réduction de l'exposition de la muqueuse au 5-FU) + bains de bouche de soutien (bicarbonate de sodium + chlorhexidine) + facteur de croissance kératinocytaire (palifermina — Kepivance® — en hématologie) + laser de faible puissance (LLLT — photobiomodulation) → réduit la sévérité et la durée de la mucite + traitement antifongique préventif (fluconazole) + antiviraux prophylactiques (aciclovir si séropositivité HSV) + analgésie adaptée (opioïdes si grade 3–4)
Bilan recommandé pour une stomatite récidivante inexpliquée
- Bilan biologique de base : NFS (neutropénie + anémie) + ferritine + B12 + folates (carences → aphtes) + CRP + VS + glycémie + bilan hépatique
- Sérologie VIH : si facteurs de risque ou aphtes sévères récidivants
- Anticorps anti-transglutaminase IgA + IgA totales : maladie cœliaque (aphtes ++ avec carence en fer + B12 + folates)
- Bilan auto-immun si maladies systémiques suspectées : ANA + anti-ADN + ANCA + pathergy test (maladie de Behçet — piqûre intradermique → pustule ≥ 48 h = positif)
- Consultation dentaire et en stomatologie : évaluation des prothèses + des traumatismes occlusaux + des foyers infectieux dentaires
Consulter un médecin si des ulcérations buccales récidivantes (plus de 3 épisodes par an) + de grande taille (> 1 cm) + ou ne guérissant pas en 3 semaines malgré le traitement local + ou accompagnées d'ulcérations génitales + d'uvéite + d'amaigrissement + de diarrhée + ou de signes systémiques persistent. Une lésion buccale unique persistant plus de 3 semaines sans guérison spontanée doit faire éliminer un carcinome épidermoïde buccal par biopsie. Pour le bilan d'une stomatite récidivante + la prescription de traitements locaux et systémiques + et l'orientation vers la stomatologie ou la gastroentérologie selon les résultats, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
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Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron diagnostiquent et distinguent les différentes formes de stomatite (aphteuse + herpétique + candidosique + médicamenteuse + systémique), prescrivent les traitements locaux adaptés (triamcinolone + chlorhexidine + antifongiques + antiviraux), initient le bilan systémique si stomatite récidivante inexpliquée (NFS + ferritine + B12 + folates + anti-transglutaminase), recherchent une maladie de Behçet si tableau évocateur, et orientent vers la stomatologie + la gastroentérologie ou l'hématologie selon les résultats. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un dentiste. Une ulcération buccale persistant plus de 3 semaines sans guérison spontanée doit être biopsiée pour exclure un carcinome épidermoïde — particulièrement chez les fumeurs et les consommateurs d'alcool. Les aphtes récidivants avec des aphtes génitaux et une uvéite doivent faire évoquer la maladie de Behçet.
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