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Syndrome CREST (sclérodermie limitée) : symptômes, anticorps et traitement | Clinique Omicron
Rhumatologie & Médecine interne

Syndrome CREST — Sclérodermie systémique limitée

Le syndrome CREST — acronyme de Calcinose, phénomène de Raynaud, atteinte de l'œsophage (Esophageal dysmotility), Sclérodactylie et Télangiectasies — est une forme clinique distincte de sclérodermie systémique (ScS), classée dans le sous-type de sclérodermie systémique cutanée limitée (lcSSc — limited cutaneous systemic sclerosis) selon la classification ACR/EULAR 2013. Il se distingue de la forme diffuse de sclérodermie (dcSSc) par une atteinte cutanée restreinte aux extrémités distales (mains, pieds, avant-bras distaux) et au visage — sans atteinte cutanée du tronc ou des bras proxim — une évolution plus lente et un meilleur pronostic global à court terme. Cependant, le syndrome CREST n'est pas une maladie bénigne : il expose à long terme à des complications viscérales potentiellement graves, dont la plus redoutée est l'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) — complication survenant chez 10 à 15 % des patients au cours de leur vie et représentant la première cause de décès dans le syndrome CREST. La prévalence de la sclérodermie systémique est estimée à 250–300 cas par million d'habitants au Canada, avec une nette prédominance féminine (ratio femme/homme de 4:1 à 9:1) et un pic de survenue entre 45 et 65 ans. La physiopathologie de la sclérodermie repose sur trois mécanismes intriqués : une dysrégulation immunitaire avec activation des lymphocytes T et B auto-réactifs, une vasculopathie diffuse affectant les petits vaisseaux (endothélium et cellules musculaires lisses vasculaires), et une fibrose progressive de la peau et des organes viscéraux par activation des fibroblastes et surproduction de collagène — principalement de type I et III. La présence d'anticorps anti-centromère (ACA — anti-centromere antibodies) est la signature sérologique du syndrome CREST, retrouvée chez 70 à 90 % des patients et constituant un marqueur diagnostique hautement spécifique.

Les cinq composantes du syndrome CREST

LettreComposantePrésentation clinique et caractéristiques
C Calcinose cutanée Dépôts de calcium (hydroxyapatite) dans les tissus sous-cutanés — préférentiellement aux zones de pression (pulpes digitales, avant-bras, coudes, genoux) ; nodules fermes, blancs, parfois douloureux, pouvant s'ulcérer et extérioriser une substance calcaire blanche ; visibles sur la radiographie des mains (calcifications punctiformes ou confluentes) ; mécanisme : hypoxie tissulaire locale et altération du métabolisme cellulaire → précipitation des sels calciques ; traitement limité — diltiazem (inhibiteur calcique — résultats variables), colchicine, minocycline (anti-inflammatoire), hydroxychloroquine, bisphosphonates à faible dose ; exérèse chirurgicale si lésion très volumineuse, douloureuse ou infectée
R Raynaud (phénomène de) Vasospasme paroxystique des artères digitales déclenché par le froid ou le stress émotionnel → succession triphasique caractéristique : phase blanche (ischémie — vasospasme) → phase bleue (cyanose — stase veineuse) → phase rouge (hyperhémie réactionnelle au réchauffement) ; souvent le premier symptôme de la maladie — peut précéder les autres manifestations de 10 à 20 ans ; dans le CREST, le Raynaud est dit « secondaire » (plus sévère, plus prolongé, avec risque d'ulcérations digitales et de nécrose que dans le Raynaud primaire idiopathique) ; capillaroscopie péri-unguéale (gold standard) : mégacapillaires, capillaires désorganisés, zones avasculaires, hémorragies capillaires (pattern scleroderma) — permet de distinguer le Raynaud secondaire sclerodermateux du primaire fonctionnel dès le début de la maladie ; traitement : protection thermique, inhibiteurs calciques (nifédipine LP 30–90 mg/jour — première ligne), ARA-II (losartan), inhibiteurs des phosphodiestérases 5 (sildénafil) pour les formes sévères, analogues de la prostacycline (iloprost IV — ulcérations digitales actives ou ischémie menaçante), bosentan (anti-endothéline — prévention secondaire des ulcérations digitales)
E Œsophage (Esophageal dysmotility) Atteinte œsophagienne la plus fréquente dans la ScS (70–90 % des patients) — fibrose progressive de la musculeuse de l'œsophage inférieur et atrophie de la musculature lisse → hypomotilité œsophagienne et incompétence du sphincter inférieur de l'œsophage (SOI) → reflux gastro-œsophagien (RGO) chronique, dysphagie (d'abord pour les solides puis pour les liquides), pyrosis, régurgitations ; complications : œsophagite érosive, endobrachyœsophage (métaplasie de Barrett — risque d'adénocarcinome), sténose peptique, pneumopathies d'inhalation ; diagnostic : manométrie (hypomotilité, baisse de la pression du SOI), pH-métrie des 24h, FOGD (œsophagite, Barrett) ; traitement : IPP (oméprazole, pantoprazole) à pleine dose (doubles doses souvent nécessaires), metoclopramide ou dompéridone (prokinétique — limité par les effets secondaires), surélévation de la tête du lit, fractionnement des repas, éviter position couchée 3h après les repas
S Sclérodactylie Épaississement et induration progressive de la peau des doigts (de façon bilatérale et symétrique) puis des mains et des avant-bras distaux — due à la fibrose cutanée par accumulation excessive de collagène dans le derme et l'hypoderme ; évolution en trois stades : phase œdémateuse (doigts boudinés, aspect de « saucisses ») → phase indurée (peau épaissie, indurée, adhérente aux plans profonds) → phase atrophique (peau fine, scléreuse, tensions sur les articulations) ; limitation de la mobilité des doigts (réduction de l'ouverture du poing → Score de Rodnan modifié, mRSS) ; ulcérations digitales ischémiques sur les pulpes (complication grave) ; résorption des dernières phalanges (acro-ostéolyse) ; évaluation par mRSS (score 0–51, basé sur 17 zones cutanées) — la sclérodactylie limitée (doigts et mains seulement) est le critère de classification ACR/EULAR 2013 qui distingue la forme limitée de la forme diffuse
T Télangiectasies Dilatations capillaires permanentes visibles à la surface cutanée sous forme de petites taches rouges planes (macules vasculaires de 1–5 mm) qui blanchissent à la pression (diascopy) — distinguées des pétéchies (pétéchies ne blanchissent pas) ; localisées préférentiellement sur le visage (nez, joues, lèvres), les mains (pulpes digitales, paumes), les muqueuses buccales et les lèvres ; peuvent saigner lors de traumatismes cutanés ; télangiectasies des muqueuses gastrique, intestinale et vésicale → angiodysplasies → anémie ferriprive chronique par micro-saignements occultes (à rechercher systématiquement) ; traitement : laser vasculaire (Nd:YAG, PDL) à visée esthétique ; photocoagulation argon ou traitement endoscopique des télangiectasies gastro-intestinales hémorragiques (angiodysplasies de l'estomac — « pastèque gastrique » ou GAVE — gastric antral vascular ectasia)

Bilan immunologique — anticorps spécifiques

  • Anti-centromère (ACA — anti-CENP-B principalement) : anticorps signature du syndrome CREST/lcSSc — présents chez 70 à 90 % des patients avec sclérodermie limitée ; reconnaissent les protéines centromériques CENP-A, CENP-B et CENP-C impliquées dans la division cellulaire et la ségrégation des chromosomes ; en immunofluorescence sur HEp-2 : pattern centromérique — fluorescence discrète et régulièrement espacée dans les noyaux en métaphase (image « collier de perles » caractéristique) ; fortement associés à l'HTAP et aux complications vasculaires ; très rarement retrouvés dans d'autres connectivites ; valeur pronostique : ACA + → risque d'HTAP multiplié par 3
  • AAN (anticorps antinucléaires) : positifs chez 90–95 % des patients avec ScS — titre généralement élevé (> 1:160) ; pattern nucléaire selon la cible auto-antigénique (centromérique dans le CREST, moucheté dans la forme diffuse)
  • Anti-Scl-70 (anti-topoisomérase I) : caractéristiques de la sclérodermie systémique diffuse (dcSSc) — retrouvés chez 30–40 % des dcSSc vs < 5 % des lcSSc/CREST ; associés à la fibrose pulmonaire interstitielle ; un patient avec ACA positifs et anti-Scl-70 positifs simultanement est exceptionnel
  • Anti-ARN polymérase III : associés à la dcSSc sévère et à la crise rénale sclerodermateux aiguë (CRS) ; non retrouvés dans le CREST
  • Autres anticorps moins spécifiques : anti-SSA/Ro, anti-SSB/La (syndrome de Sjögren secondaire associé — fréquent dans la lcSSc), facteur rhumatoïde (30 % des ScS), anti-PM-Scl (syndrome de chevauchement myosite-sclérodermie)
  • Bilan complémentaire sérologique systématique : NFS (anémie ferriprive si saignements digestifs sur GAVE), CRP, VS, créatinine (crise rénale rare dans lcSSc mais à surveiller), protéinurie (atteinte rénale), bilan hépatique, TSH (hypothyroïdie auto-immune associée dans 15–20 % des cas), NT-proBNP (dépistage HTAP)

Complications viscérales et surveillance

ComplicationCaractéristiques, fréquence et surveillance
Hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) Complication la plus grave du CREST — survient chez 10–15 % des patients lcSSc, souvent après 10–20 ans d'évolution ; mécanisme : vasculopathie proliférative des artérioles pulmonaires (hypertrophie de l'intima et de la media, thromboses in situ) → augmentation progressive des résistances vasculaires pulmonaires → insuffisance ventriculaire droite ; symptômes : dyspnée d'effort progressive, syncope, douleurs thoraciques, signes d'insuffisance cardiaque droite (œdèmes, turgescence jugulaire) ; diagnostic : échographie cardiaque transthoracique de dépistage annuelle (PAPS estimée — seuil d'alerte > 40 mmHg) + cathétérisme cardiaque droit (gold standard — PAPm > 25 mmHg au repos) ; biomarqueurs : NT-proBNP élevé → investigation urgente ; dépistage systématique annuel recommandé (algorithme DETECT pour les ScS > 3 ans) ; traitement : ambrisentan/macitentan (anti-ERA), sildénafil/tadalafil (IPDE5), riociguat (stimulateur de la guanylate cyclase soluble), sélexipag (agoniste IP2), époprostenol IV (formes sévères), transplantation pulmonaire
Fibrose pulmonaire interstitielle Moins fréquente que dans la dcSSc (20–30 % des lcSSc vs 70–80 % des dcSSc) ; pattern NSIP (non-specific interstitial pneumonia) ou UIP (usual interstitial pneumonia) ; EFR (spirométrie + DLCO) et scanner thoracique haute résolution (verre dépoli, réticulations, bronchectasies de traction) ; DLCO < 60 % prédicateur d'HTAP et de mauvais pronostic ; surveillance : EFR + scanner thoracique annuels ; traitement : nintédanib (inhibiteur des tyrosine-kinases — SENSCIS trial 2019) approuvé pour la PID associée à la ScS ; tocilizumab (anti-IL-6) en phase d'extension
Atteinte digestive étendue Au-delà de l'œsophage : atteinte gastrique (gastroparésie — nausées, vomissements, satiété précoce — GAVE angiodysplasies hémorragiques — anémie ferriprive) ; intestin grêle (hypomotilité → pullulation bactérienne — diarrhée chronique, malabsorption, malnutrition → antibiotiques rotatifs) ; côlon (pseudo-obstruction colique, incontinence fécale — biofeedback périnéal) ; GAVE traitement endoscopique (thermocoagulation argon plasma ou laser Nd:YAG)
Ulcérations digitales ischémiques Surviennent dans 30–50 % des patients ScS au cours de l'évolution — surtout en hiver ; zones de pression (articulations IPP et IPD) ou pulpes digitales ; risque d'infection, d'ostéomyélite et d'amputation digitale si non traitées ; traitement aigu : iloprost IV (5 jours) ; traitement préventif : bosentan (anti-endothéline — RAPIDS-2 trial — réduction du nombre de nouvelles ulcérations de 30 % vs placebo) ; PDE5i
Crise rénale sclerodermatique (CRS) Beaucoup plus rare dans la lcSSc/CREST que dans la dcSSc (< 1–2 % vs 10–15 %) — mais possible ; urgence rénale absolue : HTA maligne brutale, insuffisance rénale aiguë rapidement progressive, microangiopathie thrombotique ; traitement : IEC (inhibiteurs de l'enzyme de conversion — captopril en première ligne — améliorent le pronostic rénal significativement) ; contre-indication relative des corticoïdes à haute dose (facteur déclenchant de la CRS)
Atteinte cardiaque Péricardite (épanchement péricardique dans 30–40 % — souvent asymptomatique) ; myocardite fibreuse (blocs de conduction, arythmies) ; cardiomyopathie restrictive secondaire à la fibrose myocardique ; coronaropathie par vasculopathie des petits vaisseaux (angine microvasculaire)
ℹ️ La capillaroscopie péri-unguéale est un examen non invasif, rapide et peu coûteux qui permet de distinguer dès les premiers stades le phénomène de Raynaud primaire (capillaires normaux) du phénomène de Raynaud secondaire à une connectivite (mégacapillaires, désorganisation, zones avasculaires — pattern « sclérodermique »). Elle est recommandée par l'ACR/EULAR pour tout phénomène de Raynaud nouveau et doit être réalisée avant de conclure à un Raynaud primaire bénin. Un pattern sclérodermique à la capillaroscopie, même en l'absence d'autres signes cliniques, justifie la recherche d'ACA et le suivi spécialisé.
Hypertension artérielle pulmonaire — signes d'alarme

Consultez un médecin en urgence ou composez le 911 si vous présentez une dyspnée d'effort progressivement croissante, des syncopes à l'effort, des douleurs thoraciques, des œdèmes des membres inférieurs ou une augmentation rapide du périmètre abdominal (ascite) — ces signes peuvent traduire une HTAP sévère ou une insuffisance cardiaque droite décompensée, complications les plus graves et les plus mortelles du syndrome CREST. Une élévation du NT-proBNP lors d'un bilan biologique annuel doit déclencher une échographie cardiaque en urgence et un avis spécialisé en pneumologie ou cardiologie sans délai.

Traitement et prise en charge globale

  • Phénomène de Raynaud : nifédipine LP 30–90 mg/jour (première ligne), losartan 25–100 mg/jour, fluoxétine, protection thermique stricte (gants chauffants, éviter les changements brusques de température) ; sildénafil 20–100 mg/jour pour les formes réfractaires ; iloprost IV (5 jours consécutifs) pour les ulcérations digitales actives ou la menace ischémique digitale ; bosentan 62,5 mg → 125 mg 2×/jour en prévention secondaire des nouvelles ulcérations
  • Fibrose cutanée : aucun traitement à ce jour n'a démontré d'efficacité certaine sur la fibrose cutanée dans la lcSSc ; méthotrexate (10–25 mg/semaine SC ou IM) — efficacité modeste sur la peau dans les formes précoces et inflammatoires ; mycophénolate mofétil — utilisé dans les formes avec atteinte viscérale inflammatoire ; physiothérapie et ergothérapie des mains (exercices de mobilisation, port d'orthèses) — essentiels pour maintenir la fonction des mains et prévenir les rétractions
  • Atteinte gastro-intestinale : IPP double dose pour le RGO et la prévention de l'œsophagite et de l'endobrachyœsophage ; prokinétiques (métoclopramide, dompéridone, érythromycine à faible dose) pour la gastroparésie ; antibiotiques rotatifs (ciprofloxacine, amoxicilline-clavulanate, rifaxiline) pour la pullulation bactérienne de l'intestin grêle
  • HTAP : prise en charge spécialisée en centre expert ; traitement par voie orale : ambrisentan ou macitentan (anti-ERA) + sildénafil ou tadalafil (iPDE5) en combinaison d'emblée (recommandations ESC/ERS 2022 — thérapie combinée supérieure à la monothérapie — AMBITION trial) ; riociguat en alternative aux iPDE5 (non combinable avec iPDE5 — risque d'hypotension) ; sélexipag (agoniste sélectif IP2 — GRIPHON trial) en 3e ligne orale ; époprostenol ou treprostinil IV/SC pour les formes WHO-FC III/IV sévères ; transplantation pulmonaire en dernier recours
  • Surveillance annuelle systématique recommandée dans le CREST : bilan rénal (créatinine, protéinurie, tension artérielle), EFR avec DLCO + scanner thoracique haute résolution, échocardiographie (PAPS), NT-proBNP, FOGD si dysphagie ou RGO non contrôlé, transit du grêle ou entéro-IRM si malabsorption suspectée

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron évaluent les phénomènes de Raynaud secondaires, prescrivent le bilan immunologique initial (ACA, AAN, anti-Scl-70), orientent vers la capillaroscopie et le rhumatologue pour le diagnostic et la prise en charge des formes confirmées, et assurent le suivi des complications (RGO, calcinose, anémie ferriprive sur GAVE). Les complications viscérales sévères (HTAP, fibrose pulmonaire, crise rénale) sont prises en charge en centre spécialisé. Des consultations sont disponibles dans nos points de service au Québec ainsi qu'en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Le syndrome CREST est une maladie chronique complexe nécessitant un suivi multidisciplinaire régulier.

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