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Pharmacologie & Médecine d'urgence & Psychiatrie

Syndrome sérotoninergique

Le syndrome sérotoninergique (SS) — désigné aussi toxicité sérotoninergique — est une urgence médicale iatrogène résultant d'un excès de sérotonine (5-hydroxytryptamine — 5-HT) au niveau des synapses du système nerveux central et périphérique, causée le plus souvent par l'administration concomitante de deux agents sérotoninergiques ou plus, par un surdosage d'un agent sérotoninergique, ou par l'addition d'un second agent sérotoninergique à un traitement préexistant. La sérotonine est un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l'humeur + du sommeil + de l'appétit + de la douleur + de la motricité + et de la thermorégulation — et son excès aux récepteurs 5-HT1A et surtout 5-HT2A du SNC et de la périphérie déclenche la triade classique du SS : altération neurologique (agitation + confusion + délirium) + hyperactivité neuromusculaire (tremblement + hyperréflexie + clonus — signe cardinal le plus spécifique + rigidité musculaire dans les formes sévères) + instabilité végétative (hyperthermie + tachycardie + HTA + diaphorèse + mydriase). Le clonus — contractions musculaires rythmiques spontanées ou induites par l'étirement tendineux, particulièrement au niveau des chevilles (clonus malléolaire) et des genoux — est le signe physique le plus spécifique du SS et sa présence doit immédiatement faire évoquer ce diagnostic chez tout patient sous médicaments sérotoninergiques. La gravité du SS s'échelonne d'une forme légère (tremblement + tachycardie + diaphorèse) à des formes sévères engageant le pronostic vital (hyperthermie > 41 °C + rigidité musculaire sévère + convulsions + rhabdomyolyse + coagulation intravasculaire disséminée + insuffisance rénale aiguë + SDRA + décès). La reconnaissance précoce est fondamentale car l'arrêt immédiat de(s) l'agent(s) responsable(s) + les benzodiazépines + la cyproheptadine permettent généralement une résolution en 24–72 h dans les formes modérées.

Médicaments impliqués — mécanismes sérotoninergiques

Mécanisme Médicaments Risque de SS
Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (SRI) ISRS (fluoxétine + sertraline + paroxétine + escitalopram + citalopram) + IRSN (venlafaxine + duloxétine + désvenlafaxine) + tricycliques (clomipramine + amitriptyline) + tramadol + tapentadol + méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA — ecstasy) + cocaïne Risque élevé en combinaison + risque modéré seuls à doses thérapeutiques + risque extrême en combinaison avec un IMAO
Inhibiteurs de la MAO (IMAO) IMAO irréversibles non sélectifs (phénelzine + tranylcypromine) + IMAO sélectif MAO-A (moclobémide) + IMAO-B (sélégiline + rasagiline — à doses élevées) + linézolide (antibiotique avec propriétés IMAO) + bleu de méthylène IV (IMAO faible) Combinaison IMAO + tout SRI = CONTRE-INDICATION ABSOLUE → risque de SS fulminant + mortel + délai de wash-out obligatoire (14 jours pour IMAO → ISRS + 14 jours pour ISRS → IMAO + EXCEPTION : fluoxétine → IMAO = 5 semaines car demi-vie très longue)
Agonistes des récepteurs 5-HT Triptans (sumatriptan + rizatriptan + almotriptan) + buspirone + LSD + psilocybine + fentanyl (faiblement) + méthadone (faiblement) Risque principalement en combinaison avec ISRS/IRSN + triptans seuls rarement en cause + prudence combinaison triptan + ISRS/IRSN (risque faible mais rapporté)
Inducteurs de la libération de sérotonine MDMA (ecstasy) + amphétamines + méthylphénidate + cocaïne Risque élevé en combinaison avec ISRS/IMAO → urgence toxicologique
Inhibiteurs du métabolisme de la sérotonine Linézolide (Zyvox® — inhibe la MAO) + bleu de méthylène IV (méthylthioninium) + tedizolide Risque majeur de SS si associé à un ISRS/IRSN → idéalement arrêter l'ISRS au moins 2 semaines avant le linézolide + si urgent : surveiller étroitement + serotonin syndrome possible même à la première dose de linézolide
Précurseurs de la sérotonine L-tryptophane + 5-HTP (5-hydroxytryptophane) Risque en combinaison avec ISRS/IMAO
Opioïdes avec effets sérotoninergiques Tramadol +++ (inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline) + mépéridine (péthidine) + fentanyl (faible) + oxycodone (faible) Tramadol = piège clinique fréquent → souvent prescrit en association avec un ISRS → SS possible à doses normales

Critères de Hunter (2003) — les plus validés

  • Utilisation d'un agent sérotoninergique + AU MOINS UN des signes suivants :
  • Clonus spontané : contractions rythmiques musculaires spontanées (sans stimulus externe) + cheville ou rotule + signe le plus spécifique
  • Clonus induit + agitation OU diaphorèse : clonus déclenché par l'étirement tendineux + ET agitation OU diaphorèse
  • Clonus oculaire + agitation OU diaphorèse : mouvements oculaires rythmiques horizontaux (nystagmus oculaire) + ET agitation OU diaphorèse
  • Tremblements + hyperréflexie
  • Hypertonie + température > 38 °C + clonus oculaire OU clonus induit : forme sévère
  • Sensibilité et spécificité des critères de Hunter : sensibilité 84 % + spécificité 97 % + supérieurs aux critères de Sternbach + le clonus est le signe clé à rechercher systématiquement

Sévérité et présentation clinique

  • Forme légère : tachycardie + diaphorèse + tremblement + myoclonies + anxiété légère + sans hyperthermie significative + résolution spontanée à l'arrêt du médicament
  • Forme modérée : hyperréflexie + clonus (signe cardinal) + agitation + mydriase + hyperthermie modérée (38–40 °C) + HTA + tachycardie + diarrhée + diaphorèse profuse
  • Forme sévère (risque vital) : hyperthermie > 41 °C + rigidité musculaire sévère (en planche) + convulsions + rhabdomyolyse (CK > 1 000 UI/L) + CIVD + IRA (myoglobinurie) + acidose lactique + SDRA + mort si non traitée dans les heures
  • Évolution temporelle : début rapide après l'introduction ou l'augmentation du médicament responsable (dans les 6 heures dans 60 % des cas + dans les 24 heures dans 80 % des cas) → évolution rapide vers les formes sévères sans traitement

Diagnostic différentiel

  • Syndrome malin des neuroleptiques (SMN) : principal diagnostic différentiel + causé par les antipsychotiques (halopéridol ++ + rispéridone + olanzapine) → rigidité en tuyau de plomb ++ + hyperthermie + dysautonomie + SANS clonus + SANS hyperréflexie + évolution lente (24–72 h) + CK très élevée + NFS : leucocytose → traitement : bromocriptine + dantrolène
  • Intoxication aux anticholinergiques : hyperthermie + tachycardie + agitation + mydriase + flush cutané + xérostomie + rétention urinaire + SANS clonus + SANS hyperréflexie + SANS diarrhée → traitement : physostigmine
  • Intoxication aux sympathomimétiques (cocaïne + amphétamines) : tachycardie + HTA + hyperthermie + agitation + mydriase + SANS clonus caractéristique → mais cocaïne peut aussi déclencher un SS par libération de sérotonine
  • Méningite + encéphalite : fièvre + confusion + rigidité de nuque → ponction lombaire + CRP + NFS
ℙ️ Le tramadol est une cause fréquente et sous-reconnue de syndrome sérotoninergique — particulièrement lorsqu'il est associé à un ISRS (combinaison très courante en pratique clinique). Le tramadol inhibe la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline en plus de son effet opioïde — ce double mécanisme le rend particulièrement à risque en association avec les antidépresseurs. Tout patient sous ISRS ou IRSN chez qui on envisage la prescription de tramadol doit être averti des signes du SS et surveillé étroitement — ou une alternative analgésique (acétaminophène + AINS si toléré + faibles doses d'opioïdes purs) doit être préférée.

Traitement

  • Arrêt immédiat de tous les agents sérotoninergiques : mesure la plus importante + identifier tous les médicaments sérotoninergiques (prescription + automédication + drogues illicites) + arrêter immédiatement
  • Benzodiazépines (traitement de première intention) : diazépam 5–10 mg IV (ou lorazépam 2–4 mg IV) + répéter toutes les 5–10 min si nécessaire + réduisent l'agitation + les myoclonies + la rigidité + améliorent l'hyperthermie par réduction de la rigidité musculaire + pas de plafond de dose si agitation sévère → ne pas sous-doser par peur
  • Cyproheptadine (antihistaminique antagoniste 5-HT2A) : 12 mg per os ou par SNG en dose de charge + puis 2 mg toutes les 2 h jusqu'au contrôle des symptômes (max 32 mg/jour) → antidote pharmacologique spécifique + efficacité démontrée dans les séries de cas + uniquement per os (pas de formulation IV) + peut causer sédation + xérostomie
  • Refroidissement actif : si hyperthermie > 39–40 °C → refroidissement externe (draps humides + ventilateurs) + antipyrétiques (paracétamol) → si hyperthermie > 41 °C → intubation + sédation + curares + refroidissement intensif + le dantrolène (utilisé dans l'hyperthermie maligne anesthésique) n'est PAS indiqué dans le SS (mécanisme différent)
  • Formes sévères (USI) : intubation oro-trachéale si agitation non contrôlée + hyperthermie sévère + insuffisance respiratoire + sédation (propofol + benzodiazépines + curare si besoin) + support hémodynamique + traitement de la rhabdomyolyse (hydratation massive IV) + hémodialyse si IRA sévère
  • À ÉVITER : bromocriptine (agoniste dopaminergique — risque d'aggraver le SS) + phénergan (prométhazine — antagoniste dopaminergique mais aussi antihistaminique — peut masquer sans traiter) + halopéridol (masque les symptômes + risque de SMN)
Urgence médicale — composer le 911

Composer le 911 ou se rendre immédiatement aux urgences si une personne sous antidépresseurs (ISRS + IRSN + tricycliques) + ou sous tramadol + ou sous tout autre médicament sérotoninergique développe : agitation + confusion + tremblement + fièvre + clonus (secousses rythmiques des chevilles ou des genoux) + diaphorèse profuse. Ces signes évoquent un syndrome sérotoninergique — urgence médicale pouvant évoluer vers une hyperthermie mortelle en quelques heures sans traitement. Arrêter immédiatement le médicament suspecté si possible. Ne pas administrer d'autres médicaments sans avis médical. Pour la vérification des interactions médicamenteuses sérotoninergiques en ambulatoire, Clinique Omicron offre des consultations dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consulter à Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron vérifient systématiquement les interactions médicamenteuses sérotoninergiques avant de prescrire un nouvel agent (tramadol + triptan + linézolide) chez un patient déjà sous antidépresseur sérotoninergique, respectent les délais de wash-out obligatoires entre IMAO et ISRS, reconnaissent les signes précoces du SS (clonus + hyperréflexie + agitation) et orientent immédiatement vers les urgences, et éduquent les patients sur les signes d'alarme. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un urgentologue. Le syndrome sérotoninergique est une urgence médicale iatrogène dont la prévention repose sur la vérification systématique des interactions médicamenteuses sérotoninergiques avant toute prescription. Le clonus est le signe clinique le plus spécifique du SS et doit être recherché activement chez tout patient suspect.

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