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Dossier médical : y accéder, le transférer, le corriger

Changer de clinique, préparer un deuxième avis, contester une information erronée, ou simplement savoir ce qui est écrit sur soi : dans tous ces cas, il faut mettre la main sur son dossier médical. Le droit d’y accéder existe et il est solide. Ce qui bloque, ce n’est presque jamais le droit — c’est de ne pas savoir à qui demander, sous quelle forme, et ce qu’on peut exiger quand on n’est pas d’accord avec ce qu’on y lit.

Dans cette page

Où vit votre dossier — il n’y en a pas qu’un

C’est la source de la plupart des démarches qui n’aboutissent pas. Il n’existe pas de dossier médical unique et central au Québec : chaque endroit qui vous a soigné détient sa partie.

Détenteur Ce qu’il contient
Clinique ou cabinet médical Notes de consultation, ordonnances, résultats reçus
Établissement hospitalier Hospitalisations, urgences, chirurgies, imagerie
Laboratoire Analyses effectuées
Pharmacie Historique de médication servie
Portail gouvernemental de santé Une vue partielle : médicaments, prélèvements, imagerie, vaccination

Le portail gouvernemental ne remplace pas le dossier

Il donne une vue utile et rapide de certains éléments, mais il ne contient pas les notes de consultation de votre médecin, qui sont souvent le cœur de ce qu’on cherche. Pour un deuxième avis ou un transfert, c’est la clinique qu’il faut solliciter.

Le droit d’accès et ses limites

Toute personne a le droit d’accéder aux renseignements de santé qui la concernent. Ce droit est encadré et comporte un petit nombre d’exceptions, strictement définies.

  • Préjudice grave à la santé. L’accès peut être restreint temporairement si la communication risquait de causer un préjudice grave — une exception rare, qui doit être justifiée et qui n’est pas un refus définitif.
  • Renseignements sur un tiers. L’information concernant une autre personne peut être caviardée avant remise.
  • Notes personnelles du professionnel. Certaines notes de travail ne font pas partie du dossier remis.

Un refus doit être motivé et par écrit

Un établissement ou une clinique qui refuse doit vous dire pourquoi, par écrit, et vous indiquer le recours. Un refus verbal sans motif n’est pas conforme, et la Commission d’accès à l’information est l’instance à saisir dans ce cas.

À retenir

  • Il n’existe pas de dossier unique : chaque lieu de soins détient sa partie.
  • La demande se fait par écrit, auprès de chaque détenteur, avec une pièce d’identité.
  • Des frais de reproduction peuvent être exigés, mais pas des frais pour consulter sur place.
  • Un refus doit être motivé par écrit et indiquer le recours.
  • On ne peut pas faire effacer une note exacte, mais on peut faire corriger une inexactitude et faire verser ses commentaires au dossier.
  • Un employeur ou un assureur n’a jamais accès au dossier complet — seulement à ce qui est pertinent, avec un consentement précis.

Comment faire la demande

  1. Identifier chaque détenteur dont vous voulez le dossier — clinique, hôpital, laboratoire.
  2. Écrire une demande précisant votre identité, la période visée et le type de documents souhaités. Demander « tout mon dossier depuis toujours » allonge le traitement et gonfle les frais.
  3. Joindre une preuve d’identité. Aucun établissement ne remet un dossier sans vérification.
  4. Préciser la forme voulue : consultation sur place, copie papier, copie numérique.
  5. Conserver une trace de la date d’envoi : les délais de réponse courent à partir de la réception.

Les frais

La consultation sur place est gratuite. La reproduction peut être facturée selon un tarif encadré, proportionné au volume. Un montant qui paraît disproportionné peut être contesté — c’est un motif de plainte recevable.

Un dossier bien préparé change la valeur d’une consultation. Pour un deuxième avis ou une prise en charge, la consultation en ligne permet d’être évalué rapidement, et la prise de rendez-vous dans nos points de service au Québec donne accès à un examen en personne. Les modalités pour les organisations sont détaillées dans notre offre aux entreprises.

Transférer son dossier vers une autre clinique

Le transfert obéit à une logique différente de l’accès : il ne s’agit pas d’obtenir une copie pour soi, mais de faire circuler l’information entre deux professionnels.

  • C’est généralement la nouvelle clinique qui réclame le dossier à l’ancienne, avec votre autorisation écrite.
  • L’ancienne clinique ne « perd » pas le dossier : elle en transmet une copie et conserve l’original selon les durées de conservation prévues.
  • Le transfert n’est pas instantané. Le prévoir avant un rendez-vous plutôt que la veille.
  • Un professionnel qui cesse sa pratique doit assurer la conservation et l’accessibilité des dossiers — un départ à la retraite ne fait pas disparaître le vôtre.

Ce qui vaut la peine d’être transféré

Pour une prise en charge, l’essentiel tient souvent en peu de pages : la liste des problèmes actifs, la médication en cours, les allergies, les chirurgies, les résultats récents et les dernières notes de suivi. Demander ce bloc plutôt que l’intégrale accélère tout.

Corriger une information inexacte

Le droit de rectification est le pendant du droit d’accès, et il est souvent ignoré. Une erreur dans un dossier de santé n’est pas anodine : une allergie mal notée, un antécédent attribué à tort, un mauvais dosage consigné peuvent avoir des conséquences des années plus tard.

Nature du problème Ce qu’on peut obtenir
Erreur factuelle (nom, date, allergie, antécédent) Correction
Information incomplète Ajout
Information non pertinente ou périmée Retrait, si elle n’est pas nécessaire
Désaccord avec une opinion clinique Pas de retrait, mais versement de vos commentaires écrits au dossier

La dernière ligne est la plus mal comprise. Un diagnostic ou une observation dont vous contestez la justesse ne s’efface pas : c’est la trace de ce que le professionnel a pensé à ce moment. En revanche, vous avez le droit d’y joindre votre version, et elle voyagera avec le dossier.

Quand un tiers demande votre dossier

Assureur, employeur, avocat : la demande est fréquente, et c’est là que les gens signent trop large.

  • Le consentement doit être précis : quels renseignements, à qui, pour quelle fin, pour combien de temps.
  • Une autorisation générale et illimitée n’est pas conforme. Elle peut être refusée par le détenteur du dossier.
  • Un employeur n’a pas droit au diagnostic. Il a droit de savoir si vous êtes apte au travail, avec quelles limitations et pour quelle durée.
  • Le consentement peut être retiré, pour l’avenir.

Après un décès

Le dossier d’une personne décédée reste confidentiel. L’accès est possible dans des cas définis — notamment pour un héritier ou un proche dans la mesure nécessaire à l’exercice de ses droits, ou pour vérifier l’existence d’une maladie génétique. Ce n’est jamais un accès complet et automatique, et la demande doit préciser le motif.

Mythes et idées reçues

« Le dossier appartient au médecin »

Nuancé. Le support matériel est détenu et conservé par le professionnel ou l’établissement, mais les renseignements vous concernent et vous avez un droit d’accès et de rectification sur eux.

« Je peux faire effacer ce qui me déplaît »

Faux. On corrige une inexactitude, on n’efface pas une observation clinique exacte. Le recours est d’y joindre ses commentaires.

« Tous mes soins sont dans le portail gouvernemental »

Faux. Le portail offre une vue partielle. Les notes de consultation n’y sont pas.

« Mon dossier est détruit après quelques années »

Nuancé. Des durées de conservation minimales s’appliquent, et elles se comptent en années. Un dossier ancien peut donc encore exister, y compris après la fermeture d’une clinique.

« Demander mon dossier va froisser mon médecin »

Faux. C’est une démarche courante et un droit reconnu. Elle n’a pas à être justifiée.

Questions fréquentes

Combien de temps pour obtenir une réponse ?

La loi prévoit un délai de réponse qui se compte en jours à partir de la réception de la demande écrite. Passé ce délai sans réponse, l’absence de réponse équivaut à un refus, ce qui ouvre le recours.

Puis-je obtenir mon dossier en format numérique ?

Vous pouvez le demander. La transmission doit se faire de façon sécurisée : un envoi par courriel non protégé n’est pas approprié pour des renseignements de santé.

Puis-je demander le dossier de mon enfant ?

Le titulaire de l’autorité parentale y accède pour un jeune enfant. À partir d’un certain âge, l’adolescent acquiert des droits propres sur ses renseignements de santé, et l’accès parental devient plus limité.

Que faire si la clinique a fermé ?

Les dossiers doivent avoir été confiés à un cessionnaire ou à un gardien. L’ordre professionnel du praticien concerné peut indiquer qui les détient désormais.

Que faire en cas de refus ?

Exiger le refus par écrit avec ses motifs, puis saisir la Commission d’accès à l’information. Pour un service reçu dans le réseau public, le commissaire aux plaintes de l’établissement est un autre chemin.

Dois-je dire pourquoi je veux mon dossier ?

Non pour un accès à vos propres renseignements. Le motif devient pertinent seulement lorsqu’un tiers demande accès, ou pour le dossier d’une personne décédée.

Sources

  1. Commission d’accès à l’information du Québec
  2. Gouvernement du Québec — Dossier de santé
  3. Collège des médecins du Québec — tenue des dossiers
  4. Ordre des infirmières et infirmiers du Québec
  5. Protecteur du citoyen
  6. Éducaloi — droits des patients

 

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Geneviève Dostie
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