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Narcolepsie : symptômes, cataplexie, diagnostic et traitement | Clinique Omicron
Neurologie & Médecine du sommeil & Médecine de famille

Narcolepsy

La narcolepsie est un trouble neurologique chronique du sommeil caractérisé par une somnolence diurne excessive (SDE) incontrôlable et des manifestations dissociatives du sommeil paradoxal (REM) survenant à l'état de veille — dont la cataplexie, les paralysies du sommeil et les hallucinations hypnagogiques ou hypnopompiques. Elle résulte dans sa forme la plus caractéristique (narcolepsie de type 1) d'une destruction sélective et irréversible des neurones à hypocrétine (orexine) de l'hypothalamus latéral — probablement par un mécanisme auto-immun ciblant ces cellules chez des individus génétiquement prédisposés (porteurs de l'allèle HLA-DQB1*06:02, présent chez plus de 98 % des patients atteints de narcolepsie de type 1, contre 20 à 25 % de la population générale). L'hypocrétine (orexine) est un neuropeptide excitateur essentiel à la stabilisation de l'éveil et à la suppression du sommeil paradoxal diurne — sa déficience entraîne une instabilité des états veille-sommeil avec des transitions anormalement rapides et involontaires vers le sommeil paradoxal pendant la journée. La narcolepsie touche environ 25 à 50 personnes pour 100 000, avec une distribution mondiale relativement uniforme et une légère prédominance masculine. Le délai diagnostique est en moyenne de 8 à 10 ans après l'apparition des premiers symptômes — ce retard considérable s'explique par la méconnaissance de la maladie chez les médecins non spécialistes et par la confusion fréquente avec d'autres causes de somnolence (apnée du sommeil, dépression, hypothyroïdie, insuffisance de sommeil). La narcolepsie est une maladie chronique à vie dont le traitement repose sur des règles d'hygiène du sommeil strictes, des siestes programmées et une pharmacothérapie ciblant la somnolence diurne et les manifestations du sommeil paradoxal diurne.

Classification et physiopathologie

  • Narcolepsie de type 1 (avec cataplexie — anciennement narcolepsie-cataplexie) : déficience en hypocrétine-1 dans le liquide céphalorachidien (< 110 pg/mL ou < 1/3 de la valeur normale) + ou cataplexie cliniquement confirmée + destruction des 70 000 à 100 000 neurones à hypocrétine de l'hypothalamus latéral (perte de 85 à 95 % de ces cellules) + mécanisme auto-immun suspecté — auto-anticorps anti-TRIB2 et réponse T CD4+ et CD8+ réactive aux peptides de l'hypocrétine documentés + association au HLA-DQB1*06:02 dans > 98 % des cas + certains cas de narcolepsie de type 1 ont suivi la campagne de vaccination contre la grippe A H1N1 avec le vaccin Pandemrix® (adjuvant AS03) en Europe 2009–2010 — reconnus comme effet indésirable grave lié au vaccin dans plusieurs pays scandinaves
  • Narcolepsie de type 2 (sans cataplexie) : somnolence diurne excessive sévère + critères polysomnographiques remplis (MSLT anormal) + sans cataplexie + sans déficience documentée en hypocrétine (ou non mesurée) + HLA-DQB1*06:02 moins fréquemment présent (40 à 60 %) + physiopathologie moins bien comprise + peut représenter une forme partielle de déficience en hypocrétine ou un syndrome distinct
  • Mécanisme de la cataplexie : la déficience en hypocrétine lève l'inhibition tonique des neurones du noyau sublateral dorsal (SLD) et du noyau magnocellulaire du tronc cérébral responsables de l'atonie musculaire du sommeil paradoxal + en situation d'éveil avec émotion forte (rire + surprise + colère + excitation) → activation des circuits limbiques → désinhibition soudaine et involontaire des voies de l'atonie REM → paralysie musculaire transitoire (cataplexie) pendant que la conscience est maintenue
  • Instabilité des états veille-sommeil : chez le sujet sain les états veille + sommeil lent + sommeil paradoxal sont des états stables maintenus par des bascules bimodales (flip-flop switch) faisant intervenir l'hypocrétine pour stabiliser l'éveil + la déficience en hypocrétine déstabilise ce switch → transitions involontaires et répétées vers le sommeil paradoxal pendant la journée (endormissements directs en sommeil paradoxal = Sleep-Onset REM Periods — SOREMP) + fragmentation du sommeil nocturne

Présentation clinique — la tétrade narcoleptique

Symptom Clinical description Fréquence et valeur diagnostique
Somnolence diurne excessive (SDE) Besoin irrépressible de dormir pendant la journée + accès de sommeil soudains survenant dans des situations inadaptées (réunion + repas + conduite automobile + conversation) + les siestes sont courtes (10 à 20 minutes) + rafraîchissantes + suivi d'une période de lucidité de 1 à 2 heures (contrairement à l'apnée du sommeil où les siestes sont longues et non reposantes) + score d'Epworth souvent > 16/24 Présente dans 100 % des cas de narcolepsie (type 1 et 2) + premier symptôme à apparaître + souvent confondue avec la flemme ou la dépression + critère diagnostique obligatoire
Cataplexie Perte soudaine et transitoire du tonus musculaire déclenchée par une émotion forte (rire = déclencheur le plus fréquent + surprise + joie + colère + peur) + durant de quelques secondes à 2 minutes + pleine conscience maintenue pendant l'épisode (le patient ne perd pas connaissance) + formes partielles fréquentes : faiblesse des genoux + chute de la mâchoire + ptosis + faiblesse cervicale avec chute de la tête + formes complètes : effondrement au sol avec atonie totale Présente dans 60 à 70 % des narcolepsies de type 1 + pathognomonique de la narcolepsie de type 1 quand elle est typique + absente dans la narcolepsie de type 2 par définition + peut ne survenir que rarement (quelques fois par an) ce qui retarde le diagnostic
Paralysie du sommeil Incapacité transitoire à bouger ou parler lors de l'endormissement (hypnagogique) ou du réveil (hypnopompique) + conscience maintenue + dure quelques secondes à quelques minutes + souvent associée à des hallucinations terrifiantes + cède spontanément ou au toucher d'une autre personne Présente dans 25 à 50 % des narcolepsies + non spécifique (peut survenir dans 5 à 8 % de la population générale isolément) + valeur diagnostique en association aux autres symptômes
Hallucinations hypnagogiques / hypnopompiques Hallucinations visuelles + auditives + kinesthésiques (sensation de lévitation + de chute + d'intrusion) au moment de l'endormissement (hypnagogiques) ou du réveil (hypnopompiques) + souvent effrayantes + représentent des intrusions de rêves REM à la frontière veille-sommeil Présentes dans 30 à 60 % des narcolepsies + non spécifiques isolément (fréquentes dans la population générale en cas de manque de sommeil) + en association à la SDE et à la cataplexie → forte valeur diagnostique

La tétrade complète (SDE + cataplexie + paralysie du sommeil + hallucinations hypnagogiques) n'est présente simultanément que dans 10 à 15 % des cas. La somnolence diurne excessive est le seul symptôme universel et obligatoire.

ℹ️ La narcolepsie est la maladie avec le délai diagnostique le plus long en médecine du sommeil — en moyenne 8 à 10 ans entre les premiers symptômes et le diagnostic confirmé. Ce délai s'explique par la fréquente confusion avec la dépression (fatigue + somnolence), le syndrome d'apnée du sommeil (somnolence diurne), l'hypothyroïdie ou simplement un mode de vie avec insuffisance de sommeil. La clé du diagnostic est de reconnaître la cataplexie — cette faiblesse musculaire soudaine déclenchée par le rire — qui est quasi pathognomonique. Tout patient présentant des accès de sommeil irrésistibles avec une faiblesse musculaire déclenchée par les émotions doit être adressé en médecine du sommeil sans délai.

Diagnostic — examens complémentaires

  • Polysomnographie nocturne (PSG) : enregistrement du sommeil en laboratoire (EEG + EOG + EMG sous-mentonnier + flux aérien + efforts respiratoires + SpO2 + ECG + vidéo) + réalisée la nuit précédant le MSLT + objectifs : exclure une apnée du sommeil (IAH < 15/h requis pour valider le MSLT) + documenter la latence d'endormissement + la structure du sommeil + les SOREMP nocturnes (Sleep-Onset REM Periods dès la première heure de sommeil — présents dans 50 % des narcolepsies) + conditions : arrêt des médicaments psychoactifs (antidépresseurs + somnifères) 2 semaines avant + enregistrement agenda du sommeil 2 semaines avant + durée du sommeil nocturne ≥ 6 heures
  • Test de latences multiples d'endormissement (MSLT — Multiple Sleep Latency Test) : 5 siestes de 20 minutes proposées toutes les 2 heures le lendemain de la PSG + mesure de la latence d'endormissement à chaque sieste et de la présence de sommeil paradoxal + critères diagnostiques ICSD-3 : latence moyenne d'endormissement ≤ 8 minutes + au moins 2 SOREMP (endormissements directs en sommeil paradoxal) sur les 5 siestes (ou 1 SOREMP au MSLT + 1 SOREMP nocturne à la PSG) + sensibilité 80–95 % pour la narcolepsie de type 1 + moins sensible pour le type 2
  • Dosage de l'hypocrétine-1 (orexine-A) dans le LCR : ponction lombaire + dosage par radio-immunodosage ou ELISA + valeur diagnostique : hypocrétine-1 < 110 pg/mL (ou < 1/3 de la valeur normale du laboratoire) → confirme la narcolepsie de type 1 avec une sensibilité de 87 % et une spécificité de 99 % + indiqué si le MSLT n'est pas réalisable ou non interprétable + si le patient est sous antidépresseurs (qui suppriment le REM et faussent le MSLT) + ou si tableau clinique atypique + une hypocrétine basse peut aussi s'observer dans les encéphalites auto-immunes + traumatismes crâniens sévères + tumeurs hypothalamiques
  • Typage HLA DQB1*06:02 : présent dans > 98 % des narcolepsies de type 1 + valeur prédictive positive faible (20 % de la population générale est positive sans narcolepsie) → utilisé surtout pour exclure la narcolepsie si négatif (valeur prédictive négative élevée pour le type 1)
  • Bilan étiologique : IRM cérébrale avec séquences hypophysaires et hypothalamiques + si narcolepsie secondaire suspectée : traumatisme crânien + tumeur hypothalamique (craniopharyngiome + gliome) + sarcoïdose + encéphalite auto-immune à anticorps anti-IgLON5 + sclérose en plaques + syndrome de Kleine-Levin (hypersomnie récurrente distincte de la narcolepsie)

Traitement pharmacologique et non pharmacologique

Treatment Indication et posologie Efficacy and adverse effects
Siestes programmées — mesure non pharmacologique essentielle 2 à 3 siestes courtes programmées par jour (15 à 20 minutes chacune) + à horaires fixes + combinées à une bonne hygiène du sommeil (coucher et lever à heures régulières + durée de sommeil nocturne ≥ 8 heures) + éviter la conduite automobile lors des périodes de somnolence maximale + informer l'employeur et adapter le poste de travail si nécessaire Les siestes programmées réduisent la SDE de façon significative pendant 1 à 2 heures après chaque sieste + mesure fondamentale qui potentialise l'effet des médicaments + doit être proposée à tous les patients avant et pendant le traitement pharmacologique
Modafinil (Alertec®) — somnolence diurne — première ligne 100 à 400 mg/matin (dose habituelle 200 mg/matin) + peut être fractionnée (100 mg matin + 100 mg à midi) + substance contrôlée (annexe F au Canada) + mécanisme : inhibition de la recapture de la dopamine + activation des circuits orexinergiques résiduels Réduction de la SDE dans 70 à 80 % des cas + n'agit pas sur la cataplexie + effets indésirables : céphalées + nausées + anxiété + insomnie si pris trop tard + interactions hormonales (réduit l'efficacité des contraceptifs oraux — contraception additionnelle recommandée)
Armodafinil (Nuvigil®) — somnolence diurne 75 à 250 mg/matin + isomère R du modafinil + demi-vie plus longue + peut être plus efficace en fin de journée que le modafinil + substance contrôlée Profil similaire au modafinil + demi-vie plus longue permettant une couverture de la somnolence jusqu'en soirée + effets indésirables similaires
Méthylphénidate (Ritalin® + Concerta®) — somnolence diurne 10 à 60 mg/jour en doses fractionnées + substance contrôlée (annexe III au Canada) + inhibiteur de la recapture de la dopamine et de la noradrénaline + utilisé si modafinil insuffisant ou non toléré Efficace sur la SDE + risque de dépendance et d'abus + effets cardiovasculaires (tachycardie + HTA) + insomnie + perte d'appétit + contre-indiqué si HTA non contrôlée + psychose + glaucome
Oxybate de sodium (Xyrem®) — cataplexie + somnolence + sommeil nocturne Dose initiale 4,5 g/nuit en deux prises (2,25 g au coucher + 2,25 g 2,5 à 4 heures plus tard) + dose cible 6 à 9 g/nuit selon la réponse + substance contrôlée (annexe III — accès restreint au Canada via programme d'accès spécial) + GHB (acide gamma-hydroxybutyrique) d'action centrale Seul médicament efficace simultanément sur la SDE + la cataplexie + et la qualité du sommeil nocturne + délai d'action de 4 à 8 semaines + effets indésirables : nausées + énurésie + somnambulisme + dépression respiratoire si combiné à l'alcool ou aux opioïdes (CONTRE-INDIQUÉ) + surveillance stricte + programme REMS aux États-Unis
Antidépresseurs (venlafaxine + clomipramine) — cataplexie Venlafaxine 37,5 à 150 mg/matin (IRSNA) → première ligne pour la cataplexie en dehors de l'oxybate + clomipramine 25 à 75 mg/jour (ATC) → très efficace sur la cataplexie mais effets anticholinergiques limitants + fluoxétine 20 à 60 mg/matin (ISRS) → alternative moins puissante Efficaces sur la cataplexie via la suppression du REM + pas d'indication officielle pour la narcolepsie au Canada (usage hors indication) + arrêt brutal → cataplexie de rebond sévère (à éviter absolument) + effets secondaires des antidépresseurs classiques
Pitolisant (Wakix®) — somnolence + cataplexie 7,5 à 35,6 mg/matin + antagoniste inverse des récepteurs H3 de l'histamine → augmente la libération de l'histamine + de la dopamine et de l'acétylcholine + non classé comme substance contrôlée + approuvé en Europe (2016) + FDA (2019) + non encore disponible au Canada au moment de la rédaction Efficace sur la SDE et partiellement sur la cataplexie + avantage : pas de potentiel d'abus + peut être utilisé chez les patients avec antécédents d'abus de substances + effets indésirables : insomnie + céphalées + nausées + allongement de l'intervalle QT (contre-indiqué si QTc > 500 ms)
Situations requiring prompt medical attention

Toute personne présentant des accès de sommeil irrésistibles survenant plusieurs fois par jour dans des situations inadaptées (repas + conduite + travail) depuis plus de 3 mois, associés à des épisodes de faiblesse musculaire soudaine déclenchés par les émotions (rire + surprise), doit consulter sans délai en médecine du sommeil ou en neurologie — le diagnostic de narcolepsie de type 1 peut être confirmé et un traitement efficace instauré, évitant des années de souffrance, d'accidents et d'invalidité professionnelle non traitées.

La narcolepsie non traitée expose à un risque majeur d'accidents de la route et d'accidents du travail. Au Québec, tout conducteur atteint de narcolepsie a l'obligation de le déclarer à la SAAQ — le médecin traitant doit également aviser la SAAQ conformément au Code de la sécurité routière si l'état du patient est incompatible avec la conduite sécuritaire. La conduite automobile est contre-indiquée jusqu'à ce que la somnolence soit adéquatement contrôlée sous traitement.

Pour l'évaluation d'une somnolence diurne excessive, la prescription d'une polysomnographie et d'un MSLT, ou l'orientation vers la médecine du sommeil, Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Consult at Clinique Omicron

Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron évaluent les patients présentant une somnolence diurne excessive invalidante, reconnaissent les symptômes évocateurs de narcolepsie (cataplexie + paralysie du sommeil + hallucinations hypnagogiques), prescrivent la polysomnographie et le MSLT, orientent vers la médecine du sommeil et la neurologie pour confirmation diagnostique et initiation du traitement, et accompagnent les patients dans les démarches administratives auprès de la SAAQ et de l'employeur. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un spécialiste en médecine du sommeil. La narcolepsie est une maladie chronique nécessitant une prise en charge spécialisée pour le diagnostic par polysomnographie et MSLT, et l'initiation d'un traitement pharmacologique adapté sous supervision médicale.

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