Analyse d'urine – Bandelette réactive et microscopie du sédiment
Comment se préparer et comment le prélèvement est-il réalisé ?
La qualité du prélèvement conditionne directement la fiabilité des résultats. Un prélèvement contaminé par des sécrétions génitales ou des bactéries périnéales peut fausser l'interprétation et conduire à des traitements inutiles. Les étapes essentielles d'un prélèvement correct sont les suivantes :
- Prélever de préférence le premier jet urinaire du matin, car les urines sont alors plus concentrées et les éléments pathologiques plus facilement détectables, ou à défaut des urines ayant séjourné au moins deux heures en vessie
- Effectuer une toilette périnéale soigneuse avec une compresse imbibée de savon doux ou de solution antiseptique fournie par le laboratoire, en nettoyant d'avant en arrière chez la femme, puis rincer abondamment à l'eau claire et sécher avec une compresse propre
- Éliminer le premier jet urinaire (10 à 20 mL) dans les toilettes, puis recueillir le milieu de jet directement dans le flacon stérile fourni par la pharmacie ou le laboratoire, sans toucher les bords du flacon avec les doigts ou la peau périnéale
- Refermer immédiatement le flacon et l'acheminer au laboratoire dans les deux heures suivant le prélèvement. Si un délai plus long est inévitable, conserver le flacon au réfrigérateur (4°C) pendant 24 heures maximum, car la prolifération bactérienne à température ambiante fausse rapidement les résultats
- Chez le nourrisson, utiliser les collecteurs pédiatriques adhésifs adaptés. Chez les patients sondés, prélever à partir du site de prélèvement dédié de la sonde, jamais à partir du sac collecteur
La bandelette réactive urinaire : que mesure-t-elle ?
La bandelette réactive est une languette plastique portant plusieurs plages réactives colorées, chacune détectant un paramètre chimique différent par réaction colorimétrique. La lecture se fait visuellement ou par un lecteur automatisé. Voici la signification de chaque paramètre :
| Parameter | Normal value | Abnormal meaning |
|---|---|---|
| Leucocytes (estérase leucocytaire) | Négatif ou traces | Positif : présence de globules blancs dans l'urine (leucocyturie), évoquant une infection urinaire, une urétrite, une néphrite interstitielle ou une inflammation des voies urinaires. Faux positifs possibles en cas de contamination vaginale |
| Nitrites | Negative | Positif : présence de bactéries à Gram négatif (E. coli, Klebsiella, Proteus) capables de réduire les nitrates alimentaires en nitrites. Haute spécificité pour l'infection bactérienne urinaire. Faux négatif si bactéries à Gram positif (entérocoques, staphylocoques) qui ne produisent pas de nitrites, ou si urines peu concentrées |
| Hématies (sang) | Négatif ou traces | Positif : hématurie (sang dans les urines) microscopique ou macroscopique. Causes multiples : infection urinaire, lithiase urinaire, tumeur de la voie urinaire, glomérulonéphrite, traumatisme. Faux positifs : myoglobinurie (rhabdomyolyse), hémoglobinurie, contamination menstruelle |
| Protéines | Négatif ou traces (<0,15 g/L) | Positif : protéinurie. Évoque une atteinte glomérulaire (glomérulonéphrite, néphropathie diabétique, syndrome néphrotique) ou tubulaire. Une protéinurie transitoire peut survenir après effort intense, fièvre ou déshydratation. La bandelette détecte surtout l'albumine |
| Glucose | Negative | Positif : glycosurie. Evoque un diabète sucré avec glycémie dépassant le seuil rénal d'environ 10 mmol/L, ou plus rarement un syndrome de Fanconi (atteinte tubulaire avec glycosurie normo-glycémique) |
| Corps cétoniques | Negative | Positif : cétonurie. Survient en cas de jeûne prolongé, de cétose diabétique (acido-cétose diabétique à rechercher en urgence si associée à une glycosurie), de régime très faible en glucides ou de vomissements répétés |
| Bilirubin | Negative | Positif : bilirubinurie conjuguée. Evoque une atteinte hépatique (hépatite, cirrhose) ou une obstruction des voies biliaires (cholestase), jamais une hémolyse (la bilirubine non conjuguée n'est pas filtrée par le glomérule) |
| Urobilinogène | Normal traces (< 1 mg/dL) | Élevé : hémolyse ou atteinte hépatocellulaire. Absent : obstruction biliaire complète (absence de cycle entérohépatique) |
| Urine pH | 4,5 à 8,0 (variable selon alimentation) | pH très alcalin (>8) : infection à germes uréase-positifs (Proteus, Klebsiella) qui hydrolysent l'urée en ammoniaque, favorisant les calculs de struvite. pH acide persistant : acidose métabolique, régime hyperprotéiné, goutte |
| Densité urinaire | 1 005 à 1 030 | Densité basse (<1 005) : hydratation excessive, diabète insipide, insuffisance rénale chronique (perte de pouvoir de concentration). Densité élevée (>1 030) : déshydratation, syndrome néphrotique, glycosurie importante |
La microscopie du sédiment urinaire : que recherche-t-on ?
La microscopie du sédiment consiste à centrifuger un échantillon d'urine, à éliminer le surnageant et à examiner au microscope le culot, qui concentre les éléments cellulaires et les structures figurées. Cet examen apporte des informations que la bandelette ne peut pas fournir, notamment sur l'origine exacte d'une hématurie ou d'une protéinurie.
| Élément microscopique | Normal | Signification si présent ou augmenté |
|---|---|---|
| Globules rouges (hématies) | <3/champ à fort grossissement (HPF) | Hématies isomorphes (rondes, régulières) : saignement d'origine urologique (lithiase, tumeur, traumatisme, prostate). Hématies dysmorphiques acanthocytes (déformées, irrégulières, forme « Mickey ») : hématurie d'origine glomérulaire (glomérulonéphrite). La morphologie des hématies est l'un des éléments les plus importants pour localiser l'origine du saignement |
| White blood cells (leukocytes) | 5 per high-power field | Leucocyturie : infection urinaire bactérienne (pyurie), néphrite interstitielle aiguë (souvent sans bactéries à la culture, associée à des éosinophiles), cystite radique, tuberculose urinaire (leucocyturie aseptique classique). Les leucocytes en agrégats ou les cylindres leucocytaires orientent vers une atteinte parenchymateuse rénale (pyélonéphrite) |
| Cellules épithéliales | Few squamous cells are acceptable | Nombreuses cellules épithéliales squameuses : contamination vaginale ou périnéale, prélèvement de mauvaise qualité invalidant l'interprétation. Cellules épithéliales tubulaires rénales : nécrose tubulaire aiguë (ischémie, néphrotoxiques). Cellules transitionnelles en agrégats ou atypiques : à investiguer pour tumeur de la voie urinaire |
| Urinary casts | Absent (except for rare hyaline cylinders) | Les cylindres sont des moulages des tubules rénaux, pathognomoniques d'une atteinte rénale parenchymateuse. Cylindres érythrocytaires (hématies incrustées) : glomérulonéphrite aiguë. Cylindres leucocytaires : pyélonéphrite, néphrite interstitielle. Cylindres granuleux ou pigmentés (brun-sale) : nécrose tubulaire aiguë. Cylindres cireux ou larges : insuffisance rénale chronique avancée. Cylindres hyalins seuls : déshydratation, effort physique intense (non spécifiques) |
| Bactéries | Absent | Présence de bactéries sur urine non centrifugée en coloration de Gram : bactériurie significative, corrélant bien avec une infection urinaire confirmée à la culture si prélèvement correct. À corréler impérativement avec la leucocyturie et les nitrites |
| Urinary crystals | Variables depending on pH and diet | Cristaux d'oxalate de calcium (enveloppe ou haltère) : fréquents après consommation d'aliments riches en oxalates, peuvent orienter vers une lithiase oxalocalcique. Cristaux d'acide urique (losanges jaunes-orangés) : uricosuries, goutte. Cristaux de phosphate triple (cercueils) : infection à germes uréase-positifs. Cristaux de cystine (hexagones) : cystinurie héréditaire rare. Cristaux de struvite : lithiase infectieuse |
| Filaments mycéliens ou levures | Absent | Candidurie : infection urinaire fongique à Candida, fréquente chez les patients immunodéprimés, diabétiques, sous antibiothérapie prolongée ou porteurs de sonde urinaire. À distinguer d'une contamination vaginale à Candida lors du prélèvement |
| Parasites | Absent | Œufs de Schistosoma haematobium (bilharziose urogénitale) chez les voyageurs ayant eu des contacts avec des eaux douces d'Afrique subsaharienne. Trichomonas vaginalis (mobile) : contamination vaginale ou urétrite à Trichomonas |
Comment interpréter les résultats dans leur ensemble ?
| Profil combiné bandelette + microscopie | Probable diagnostic orientation | Prochaine étape suggérée |
|---|---|---|
| Leucocytes+, nitrites+, bactéries à la microscopie | Infection urinaire bactérienne (cystite, pyélonéphrite) | Uroculture avec antibiogramme avant traitement antibiotique dans les cas complexes. Traitement empirique immédiat si cystite simple non compliquée |
| Leucocytes+, nitrites négatifs, pas de bactérie | Urétrite (Chlamydia, gonocoque), néphrite interstitielle, tuberculose urinaire, cystite à germes à Gram positif, contamination | Uroculture avec milieux spéciaux (Löwenstein pour BK si suspicion de tuberculose urinaire), bilan MST si contexte évocateur |
| Hématies+ avec acanthocytes ou cylindres érythrocytaires | Hématurie d'origine glomérulaire (glomérulonéphrite, néphropathie à IgA, lupus rénal) | Bilan rénal complet (créatinine, protéinurie, C3-C4, ANCA, anti-ADN), référence en néphrologie |
| Hématies+ isomorphes, pas de protéinurie | Hématurie d'origine urologique (lithiase, tumeur urothéliale, hypertrophie prostatique) | Échographie rénale et vésicale, uroscanner, cystoscopie selon âge et contexte (toute hématurie macroscopique chez un adulte doit être investiguée) |
| Protéines++ à ++++, cylindres granuleux, hématies dysmorphiques | Syndrome néphrotique ou néphritique, atteinte glomérulaire sévère | Référence urgente en néphrologie, protéinurie des 24 heures, bilan immunologique complet, biopsie rénale probable |
| Glucose+, corps cétoniques+ | Acido-cétose diabétique possible | Glycémie capillaire immédiate, bilan sanguin urgent si glycémie élevée avec cétose, consultation médicale urgente |
| Bandelette entièrement négative, microscopie normale | Normal urine | Rassurant. Si symptômes persistants, réévaluation clinique et envisager d'autres diagnostics |
Consultez sans délai un médecin si votre analyse d'urine révèle une hématurie macroscopique (urines visiblement rouges ou couleur rouille), des cylindres érythrocytaires à la microscopie (signe d'atteinte glomérulaire aiguë), une protéinurie massive associée à des oedèmes (syndrome néphrotique), une glycosurie avec corps cétoniques (suspicion d'acido-cétose diabétique), ou des leucocytes et nitrites fortement positifs avec fièvre et douleur lombaire (pyélonéphrite aiguë).
Facteurs pouvant modifier ou fausser les résultats
- Urines très diluées (boire en grande quantité avant le prélèvement) : peuvent faux-négativer la détection de protéines, de leucocytes et de nitrites, en raison de la dilution des éléments anormaux sous le seuil de détection de la bandelette
- Certains médicaments et aliments : la rifampicine et la phénazopyridine colorent les urines en orange-rouge mimant une hématurie. La betterave et les myrtilles peuvent rougir les urines. La vitamine C (acide ascorbique) à forte dose inhibe la réaction chimique de détection des hématies et du glucose, causant des faux négatifs
- Contamination bactérienne du prélèvement : bactériurie de contamination périnéale, particulièrement chez la femme, pouvant entraîner une fausse leucocyturie et une fausse bactériurie sans véritable infection. Un prélèvement de mauvaise qualité avec de nombreuses cellules épithéliales squameuses à la microscopie doit faire répéter l'examen
- Délai prolongé entre prélèvement et analyse : dégradation des éléments cellulaires (lyse des hématies et des leucocytes), prolifération bactérienne avec alcalinisation des urines et dégradation des cylindres. Un délai supérieur à deux heures à température ambiante peut invalider les résultats
- Exercice physique intense dans les 24 à 48 heures précédant le prélèvement : peut provoquer une hématurie et une protéinurie transitoires bénignes (protéinurie orthostatique ou d'effort) sans valeur pathologique
Consult at Clinique Omicron
L'analyse d'urine par bandelette réactive et microscopie fait partie des examens de routine réalisables en consultation ou sur prescription dans les points de service de Clinique Omicron au Québec. Que ce soit dans le cadre d'un bilan de santé annuel, d'un suivi de diabète ou d'hypertension, d'une suspicion d'infection urinaire ou de l'exploration d'une hématurie ou d'une protéinurie, nos médecins peuvent prescrire, interpréter et assurer le suivi clinique de vos analyses urinaires, en vous orientant vers un spécialiste si les résultats le nécessitent.
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