Le 8 mai marque la Journée mondiale de sensibilisation au cancer de l’ovaire. C’est une occasion de rappeler quelque chose que beaucoup de femmes ne savent pas : ce cancer est rarement silencieux, mais ses signaux d’alarme ressemblent tellement à des inconforts digestifs banals qu’on les met souvent sur le compte du stress ou d’une mauvaise alimentation. C’est précisément ce qui le rend difficile à détecter tôt. Comprendre ces signaux et savoir quand en parler à son médecin, c’est la meilleure chose qu’une femme puisse faire pour sa santé ovarienne.
Qu’est-ce que le cancer de l’ovaire ?
Les ovaires sont deux petites glandes situées de chaque côté de l’utérus. Elles produisent les ovules et participent à la régulation hormonale féminine. Un cancer de l’ovaire survient quand des cellules de l’ovaire se multiplient de façon anarchique et forment une tumeur maligne. Il en existe plusieurs types, mais le plus fréquent se développe à partir des cellules épithéliales qui tapissent la surface de l’ovaire.
Ce cancer représente la cinquième cause de décès par cancer chez les femmes au Canada, selon la Société canadienne du cancer. La majorité des cas sont diagnostiqués à un stade avancé, non pas parce que le cancer est particulièrement agressif dans ses débuts, mais parce que ses symptômes précoces passent inaperçus ou sont attribués à d’autres causes.
Pourquoi est-il difficile à détecter tôt
Les ovaires se trouvent profondément dans la cavité pelvienne. Une tumeur peut grossir pendant des mois sans provoquer de douleur franche ni de signe visible. C’est ce qu’on désigne souvent par l’expression « cancer silencieux », même si cette étiquette est un peu trompeuse.
En réalité, la plupart des femmes présentent des symptômes. Le problème, c’est que ces symptômes sont non spécifiques : ils ressemblent à ceux d’un syndrome de l’intestin irritable, de reflux gastrique ou de troubles hormonaux. Ils sont donc facilement attribués à autre chose, par la patiente comme parfois par les soignants. C’est pourquoi il faut s’y attarder quand ils persistent.
Au Québec, il n’existe pas de programme de dépistage populationnel pour ce cancer. Les outils disponibles (échographie pelvienne, marqueur CA-125) n’ont pas démontré d’efficacité suffisante pour réduire la mortalité lorsqu’ils sont appliqués à l’ensemble de la population. La vigilance clinique individuelle prend donc toute son importance.
Les signes à ne pas ignorer
La campagne internationale BEAT a popularisé quatre symptômes clés à surveiller :
- Ballonnements. Un ventre gonflé de façon persistante, distinct des ballonnements passagers liés aux repas.
- Eating less (satiété précoce). La sensation d’être rassasiée rapidement, même avec de petites quantités d’aliments.
- Abdominal pain (douleurs abdominales ou pelviennes). Une pression ou une douleur dans le bas-ventre ou le bassin, qui revient régulièrement.
- Trouble urinaire. Une envie fréquente d’uriner ou une sensation d’urgence, sans infection urinaire confirmée.
La règle de base : si l’un de ces symptômes persiste plus de trois semaines, ou s’il s’intensifie progressivement, il mérite une évaluation médicale. Ce n’est pas une raison de paniquer, mais c’est une raison d’en parler à son médecin.
Risk factors
Certaines femmes présentent un risque plus élevé que la moyenne. Les principaux facteurs reconnus :
- des antécédents familiaux de cancer de l’ovaire ou du sein, surtout au premier degré
- une mutation génétique BRCA1 ou BRCA2, associée à un risque accru de cancer de l’ovaire et du sein
- l’âge (la grande majorité des cas surviennent après 50 ans, souvent après la ménopause)
- l’absence de grossesse au cours de la vie reproductive
- un traitement hormonal substitutif à base d’estrogènes seuls (sans progestérone), utilisé sur une longue période
- l’endométriose, associée à un risque légèrement accru de certains sous-types de cancer ovarien
À l’inverse, certains facteurs semblent réduire le risque : les grossesses à terme, l’allaitement prolongé et l’utilisation de contraceptifs oraux sur plusieurs années. Ces associations sont bien documentées dans la littérature scientifique, même si elles ne remplacent pas une évaluation individuelle par un médecin.
Le rôle du bilan de santé annuel
En l’absence de programme de dépistage systématique, le bilan de santé annuel devient un moment privilégié pour aborder sa santé gynécologique. C’est lors de ces rendez-vous que les femmes peuvent parler de symptômes vagues qu’elles n’auraient peut-être pas signalés autrement, que le médecin peut recueillir les antécédents familiaux et évaluer si une surveillance particulière s’impose.
Un bilan complet peut inclure un examen physique, une revue des symptômes et, selon le profil de risque, des investigations ciblées. Pour les femmes ayant des antécédents familiaux significatifs ou une mutation BRCA connue, le médecin peut orienter vers des suivis spécialisés en génétique ou en gynécologie oncologique.
Le bilan de santé annuel n’est pas qu’une prise de sang et une mesure de la tension artérielle. C’est aussi un espace de dialogue où les inquiétudes peuvent être posées et évaluées sérieusement.
Le parcours diagnostic au Québec
Quand des symptômes évocateurs sont rapportés, le médecin de famille dispose de plusieurs outils pour commencer l’investigation :
- L’échographie pelvienne est généralement le premier examen demandé. Elle permet de visualiser les ovaires, de détecter une masse et d’en évaluer certaines caractéristiques.
- Le dosage du CA-125 (antigène carbohydrate 125) peut être prescrit en complément. Ce marqueur tumoral n’est pas spécifique au cancer de l’ovaire et peut être élevé dans d’autres situations, mais combiné à l’échographie, il aide à orienter la prise en charge.
- La référence en gynécologie s’impose lorsque les résultats suggèrent une anomalie qui mérite une investigation plus poussée. Selon les résultats et le profil clinique, une orientation en gynécologie oncologique peut être recommandée.
Le médecin de famille a un rôle central dans ce parcours. C’est lui qui écoute, qui trie et qui coordonne. Il n’est pas toujours possible d’avoir accès rapidement à un gynécologue au Québec, mais une investigation de première ligne peut se faire efficacement en médecine générale.
When to consult?
Il n’est pas nécessaire d’attendre un symptôme alarmant pour en parler à son médecin. Les situations qui justifient une consultation sans tarder :
- Des ballonnements, des douleurs pelviennes ou une satiété précoce qui durent plus de trois semaines.
- Des symptômes urinaires inexpliqués (urgences, fréquence accrue) sans infection confirmée.
- Une masse ou une douleur perçue au niveau pelvien.
- Des antécédents familiaux de cancer de l’ovaire ou du sein qui n’ont jamais été discutés avec un médecin.
La règle est simple : un symptôme qui dure, qui change ou qui revient mérite une évaluation. Il vaut toujours mieux en parler et se rassurer que d’attendre.
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